‹ Le Magasin pittoresqueChapitre 12 sur 185 · L* APPRENTISSAGE · texte numérisé non relu

L* APPRENTISSAGE

HISTOIRE D'un JEUNE O0TRIER.

Un jour, J*eu8 occasion de me trouver avec un ouvrier dont la physionomie et les noanlères Intéressaient an premier abord par une sorte d'assurance modeste et polie. C'était un ébéniste qui touchait à peine à sa vingt-cinquième année. Je lui pendis un léger service et J'appelai sa Confiance ; préoccupé déjà des écueils qui entourent le jeune apprenti au sein de nos grands centres dindnstrie et de dépravation Je lui dehîaftdai quelques déUlls sur son enfance , Il me les commubtqua sans difficulté ; Je les consignai par écrit et je vous les transmets aujourd'hui simplement # sans avoir la prétention de faire un de ces récits d'atentures populaires qui sont à pr^nt Unt au goAt du Jour. Non « Je uV teux voir que le grate état de choses quMls décèlent « et dofit H est Impossible de n*étre pas profondément saisi lorsqu^on y porte ses regards I

Son père était tourneur sur mëtatf ft ^ et sa mère rempaillait en fin pour un fabrlcaiit de chaises ; ils habitaient te faubourg Mut*- Antoine, et avaient vécu quelque téMps heureux, comme on peut l'être ici-bas ; mais insensiblement le mari se lassé de cette «xistence paisible et régulière, et retomba dans d'anciennes habitudes. U chômait plusieurs jours de la semaine, et ne bougeait plus du cabaret les jours où il n'allait pas à

• (t) Extrait d'un exMÎletit livre publié >écéiiitnéDt par un écrivain dont toute la vie a été dévouée aii bien-, M. P.-A. Dufru , directeur de tlnslitut royal des aveugles de l^s. Cet ouvrage a pour titre :• lettres à une dame sur ta chàrit^, présentant (e taéUmm' complet des migres, astoeiatioUs et ètahlisseinents destinés ^» ^omktgemeni des ei€uses potières.

l'atelier. Le soir, rentrant ivre chez lui, il frappait sajeime femme à la moindre plainte qu'elle laissait ehten(|ve^jct s'lrr(7 tait même des lariues qu^elle versait en silence. Comme il nç lui rapportait presque plus tien du produit de sek joiir/iées^ la misère envahit peu à peu le. ménage, car Je travail 4e la pauvre rempailleuse, que'le cliagrin et la maladie in terrom* paient de temps à autre, n'était pas suffisant pour le soutenir ; tous les effets mobiliers furent successivenient vendus ou engagés ; bientôt même 11 fallut invoquer Les secours de la bienfaisance, l/enfant né de cette triste union grandissait avec ce tableau sous les yeux. De sales |ambeau]t lui servaient de vêtements, et 11 n'y avait pas toujours au logis du^ pain à lui donner quand il disait : J'ai faim. Cne de ces cata$tr<9phcs qui accompagnent assez souvent les dérégletnents des ouvriers vint ajouter encore à son malheur..

Un soir, son pér'é, à fa suite d'une affreUse rixe de cabaret| fut transporté mourant à rhôpitàl ; la jeune femme , sur-lechamp avertie, y courut; il entendit. ses sanglots, ouvrit les yeux et expira en faisant un geste pour saisir sa main.«. La veuve, sa première émotion calmée, reprit courage et vécut quelque temps presque moins malheureuse qu'avant de per-^ dre celui qui aurait dû lui rendre plus doux à porter k^far-^ deau d'Une laborieuse existence ; majs plusieurs années de souffrances avaient ruiné sa santé; puis son ini^jl,4aHs.u|^ moment de délire , lui avait certain jour pi^rté un/ coup vlo^ lent dont elle s'était toujours ressenliç ^s en rien dire^ Se^ efforts pour lutter contre le mal furent vajns \ elle languit plusieurs hnois ; rhôpilal la reçut k son tour, elle y mourut

Î fleurant sur le sort de l'orplielin qu'elle laissait après elle, à 'âge de dix ans, sans appid, sans protecteur, et dans un complet dénûiUent

Une vieille femme, qui occupait un grenier dan» la maison qu'haMiait la pauvre mère, avait consenti à recevoir Tcnfant pendanl sa maladie, et, émue dç compassion, elle le garda après ta morL C'était une ancienne marchande qui vivait seule, d'une façon assez misérable, de quelques éconoraie$ péniblement amassées. Elle n'était pas précisément perverse» maiâ elle n'aVait pas de principes ; elle n'eût pas encouragé à faire le mal , mais elle ne le condamnait guère, surtout si elle y trouvait du profit ; elle avait , pour pallier les écarts de conduite , de ces maximes relâdiées qui , dans l'adolescence , font sur la moralité l'effet d'un poison lent sur le corps ; elle voulut pourtant que l'enfant continuât de se rendre au caiééhisme de la paroisse , car ne fallait-il pas qu'il fit sa première communion 7 Mais Tenfant, qui voyait peu d'accord entre son lahgage ordinaire et ses intentions, au lieu d'aller ^ l'église descendait le faubourg et se rendait au' boulevard du Temple, dû tl passait sa journée , rôdant et jouant avec de jeunes garçons de son âge, regardait les étalages de gra-^ vurcs , écoutant les chansons grossières des rues, assistant à des parades immorales; vivant enfin sans cesse dans cette atmosphère où la corruption se perçoit en quelque sorte par tous les sens à la fois, où elle pénètre insensiblement jusqu'au éœur pour y tarir la source de tous bons sentiments. La vieille grondait bien un peu le soir quand il rentrait ; mais s'il lui apporUit quelques sous gagnés tant bien que mal en vendant des contre-marques ou en. abaissant le marchepied des voitures aux portes des spectacles, elle était vite apaisée 9 et il recommençait le lendemain la même existence.

L'enfant toutefois gardait encore certaine honnêteté ; il ne se laissait pas entraîner dans ces tabagies de dernier ordre, d>ù les jeunes gens ne sortent qu'engagés sans retour dans là carrière dû crime et de l'infamie ; il en avait peur, il a van* çait vers la porte, y jetait un œil curieux, mais n'entrait pas ; un seèt^t ihstinct l'arrêtait ; puis de bonne heure son imagination avait été frappée des terribles conséquences du vice, et il s'y âeutait peu porté ( Il côtoyait donc l^abime'sans y tomber.

Cependant il ne tarda pas à être retiré de cette iltuatiott

si pleine de périls. Un Jour, qu'il ljiisait,p«rti%d'ra%bmdJ/>

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qui sVliarnaf I après une misérable créature dont les regards égarés et la démarche chancelante décelaient de honteux excès y an passant, Indigné du spectacle qu'offrait la malheureuse, meurtrie et souillée par les diutcs multipliées que lui Taisait subir la poursuite de ces (^nfanls sans pitié, voulut leur Taire honte de cette conduite. Sa parole était haute et son gcst<* menaçant; il les traita de vagabonds qui, au lieu de tourmenter une femme , devraient être d'iiounélcs et labo* ricux apprentis, et leur prédit que, continuant de la sorte, ils reraieut pis un jour que celle qui était alors en butte a leurs mauvais traitements. — ïja plus grand nombre ne fil que rire de cette sévère allocution; mais celui qui nous occu|)e n'en rit pas ; Il ix*sta frappé , et le soir, quand il rentra, il dit ù sa vieille protectrice : — Je veu\ travailler. Le londemnin il entra chez un ciia|)olier du voisinage, qui, le troisième jour, le battit avec violence |K)ur je ne sais quelle élourdcrle; l'enfant s'enfuit , mais il persista, et qu(*lq nés jours après, indécis encore sur Pétat qu'il voulait adopter, il se plaça chez un ferblantier qui l'accablait de travail et le nourrissait ù peine. Il maigrissait et pâlissait à vued'œii; au bout de quelque tempsj^ n'y put tenir et fut obligé de changer de nouveau d'atelier; il en changea plusieurs fois encore, tantôt pour un motlT, tantôt pour un autre : ici il n'était pas assez Tort ; là il n'étah pas assez adroit. Tel maître , abusant de ce qu'il n'avait h rendre compte de sa^conduite à personne, en Taisait un domestique dont il employait tout le temps pour un peu de pain , sans s'inquiéter de lui montrer son état : partout , du reste , des occasions de scandale et de funestes exemples l partout il se trouvait quelque ouvrier qui , perdu dans les voies de la dépravation, cherchait à faire des prosélytes pour le mal avec le zèle que d'autres apportent à une propagande morale. L'enfant résistait encore ; mais peut-être eût-il fini par succomber, quand il eut le bonheur de faire 1» rencontre d'un vieux maître menuisier qui s'appliquait à son état avec cette sorte de prédilection orgueilleuse qui n'est pas rare chez tes habiles artisans. Le brave homme s'attacha à lui, et résolut d'on faire un bon ouvrier. En même temps que, sous sa direction , l'enfant acquit de l'habileté , il contracta ces habitudes d'ordre et de sagesse qui, lorsqu'elles sont prises dans la jeunesse , deviennent ensuite comme ime seconde nature dans l'âge mûr. Plusieurs années se passèrent ainsi sans qu'il se dérangeât jamais. Il n'avait formé que d'honnêtes connaissances, et épargnait chaque semaine une petite somme ; enfin, quand je le connus, il allait épouser une jeune fille qui promettait d'être une bonne mère de Tamille et une ménagère intelligente.

Voilà ce que me raconta mon jeune ouvrier ; cela est fort simple et fort commun. Eh bien ! c'est l'Uistoire de vingt , de cent, de presque tous I Interrogez-les ; il n'y a que les détails h changer, le Tond est à peu près le même. Celui-ci s'était sauvé parce qu'il y avait en lui des dispositions heureuses , et parce que la Providence avak mis sur son cliemîn un patron charitable; mais combien d'autres qui avaient commencé comme lui, qui avaient été aux prises avec les mêmes obstacles , qui avaient rencontré sous leurs pas les mêmes pièges et s'étaient perdus \ Il en Trémlssalt lui-même en y songeant. Il m'avoua qu'en lisant parfois dans un journal le compte-rendu des assises, il avait reconnu çà et là, parmi les membres de ces bandes de malfaiteurs poursuivies par la justice , tel ouvrier qu'il se rappelait avec effroi d'avoir eu pour compagnon sur la voie publique ou dans quelque atelier. — Ah ! se disait-il alors en soupirant ^ à quoi a-t-il tenu que je n'aie fini comme euxl

La fin à la prochaine livraison»

viandes, de poissons et de fruits. Il parcourut à l'instant même l'appartement de la reine mère, le trouva trop magnifiquement tendu et éclairé , remonta tout de suite en carrosse, et s'en alla à l'hôtel de Lesdiguières , où il voulut loger, déclarant qu'il n'en sortirait point avant qu'il n'eût reçu la visite du roi. Le lendemain matin , le Régent vint le voir. Pierre'sortit de son cabinet, fit quelques pas au-devant de lui , l'embrassa avec un grand air de supériorité , lui montra fa porte de son cabinçt, et, se tomnant à l'faistant, y entra. Le Régent le suivit; deux fauteuils étaient placés vis-à-vis l'un de l'autre ; le czar s'assit dans celui du haut bout , le Régent dans l'autre. La conversation dura près d'une heure, et le czar reconduisit le Régent jusqu'à l'endroit où il l'avait trouvé en entrant. Quelques jours après , il' lui rendit sa visite au Palais-Royal, et ne lui en fit pas d'antre.

Le lundi 10 mal, le roi Louis XV alla voir le czar, qui le reçut à la portière de son carh)sse, l'en vit sortir, et marcha de front à sa gauche. Dans la chambre étaient deux fauteuils égaux. Le roi s'assit dans celui de la droite. Pierre le prit sous les deux bras (11 avait alors sept ans), le haussa, et l'embrassa en Tair, au grand étonnement des spectateurs. La séance dura un petit quart d'heure. Le mardi 11 , le czar se rendit chez le roi. Il fut reçu par lui à la portière de son carrosse , et conduit de même , ayant toujours la droite. Le cérémonial de celte double entrevue avait été réglé à l'avance, et la durée de l'une ne fut pas plus longue que celle de l'autre.

Le 24, le Bionarque russe vint aux Tuileries de bonne heure , avant que le roi fût levé. Il entra chez le maréchal^ de Vlileroy, qui lui fit voir les pierreries de la couronne. De là, il voulut aller voir le roi, qui, de son côté, venait le trouver chez le maréchal. Cette rencontre fut ménagée de manière à ne pas paraître une visite officielle.

Pierre V* avait satisfait suivant ses principes aux lois de Pétiqiiette. Dès ce moment il ne s'occupa plus que de visiter et d'étudier dans Paris tout ce qui pouvait le guider et le servir dans son entreprise difficile de civiliser la Russie.

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