LE PAYSAGE
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DeMin de Mai vv, d'après Tiirner.
* Qai de nous, dans une heure de silencieuse rêverie, où Ton M soustrait aux rumeurs du monde , aux agitations de la dté, qui de nous n*a souvent arrêté ses pensées sur quelque acène champêtre reproduite par la mémoire , ou enfantée par rimagination 7 Qui de nous ne s'est fait à lui-même son Paysage, cadre idéal de la vie, cadre mobile et variable selon les diverses circonstances de notre destinée , ei los diverses ToMi XVf. — Août 184S.
situations de notre esprit ou de notre cœur 7 Quel que soi' • notre état de fbrtune , notre absorption dans les souci! matériels , on le rêve souvent plus tenace , plus impérieui de Tambition , nous n'échappons point à Tlnfluence de U nature extérieure , de celte nature qui nous environne de toutes parts, qui , dans ses éternelles harmonies , sans cesse frappe notro oroille , attire nos regards, et de temps h autre
vJt)ogie
nous saisit par l^émouvant souvenir des naïves émotions de notre enfance et des vives joies de noire jeunesse. 5ôus y revenons après nous en être imprudemment écartés , nous y revenons comme à un refu(;e paisiblet après les fatigues d'un ▼oyai^e aveniurcux , comme au sanctuaire où brille perpétuellement dans tout son éclat le feu sacré dont la flamme ▼acille et s'atfaiblit souvent en nous. Cette nature qui nous entoure , Dieu nous Ta donnée comme un enseignement et une consolation, comme une mère et une amie. Elle est liée à Texisteuce de Tliomme , elle en reproduit Timage dans le cours des saisons, elie berce l'enfant au milieu de ses (leurs, elle assoupit sous ses verts ombrages les ardentes passions 4e Tûge mûr , elle ouvre dans son sein un dernier glle au tieillard. Nous vivons avec elle. A tout instant, nous sommes ramenés vers elle par un attrait instinctif, ou par une irrésislible impulsion. Alors , nous nous créons au sein de ses Inépuisables richesses un asile coordonné d'après nos sensatloBSb L'idéal, pour les uns, c'est la maison blaucUe de Uousieau avec ses contrevents verts , pour d'autres un des lacs argentés de Wordsworth : tantôt nous soupirons après lile aoiitaire, rUe ignorée et libre de Thomas Moore, laiilôl après ks vastes steppes chantées par les poètes russes ; dans nos Jours de tristesse , nous songeons aux sombres défilés de SaUator llusa , dans nos Jours heureux aux splendeurs de IX)rlenL
Sans sortir des épaisses murailles qui composent notre demeure , nous nous en allons sur les ailes de la fantaisie à travers l'immense espace, cherchant et admirant tour à tour ks plus riantes ou les plus grandes images; id la mer aux flols d'azur et d'émeraude ; là les austères forêts du nord , ou les pahniers avec leurs grappes de fruits savomreux mCtri» par un ardi'nt soleil , ou les cimes dee montagnes couvertes de glaces éternelles. Si un seul de ces tableaux m suffit point aux caprices de notre imaginatioin «eus pouvoos sans de grands efforts y trouver un complémeat, allier 1» beautés distinctivcs d'une contrée à celles d'une autre coalréie, la montagne rocailleuse à la vallée féconde , et Tœuvre de lllidustrie humaUie à la nature primitive.
Notre gravure représente une de ces compositions de paysage où l'artiste s'applique à réunir sur un même* point , et dans un harmonieux eiutemble , des images étudiées en différents lieux; d'un c6(é la montagne escarpée portant à sa cime , cotame un nid de condor, une forteresse , uiMs viUe inaccessible, puis un pont immense dont les arches co^ lossaies traversent toute l'étendue d un lac4 de l'autre eûté ce lac tranquille doré par un lumineux rayon de soleil , sillonné par de légères embarcations, ombragé par des arbres majestueux , puis la colline solitaire , traversée par dnitx frais coulants , puis le gazon touffu , les plantes abondsmtes où li's vaches s'enfoncent jusqu'au poitrail , où les jfùU& causent mollement assis l'un à côté de l'autre.
Qu'on ne cherche point dans une des régions du gik)!» cette scène peinte par Turner, elle n'existe nulle part. C'est une œavre d'imaginaiion inspirée par diflérentes œuvres réelles , une strophe de l'Arioste . une page des coules de rOriem. Que la poésie, a dit un des malires de l'antiquité ,. soit commje la peinture I Geue fols , la peinture et \ù poésie sont réunies. L^œuvre de Turner, quoique l'on puisse lui reprocher la mollesse et le vague du de&iu» attache lfi6 regards et parle à la pensée.