COLONIES DE DÉPORTATION
Un officier de ia marine française, M. le capitaine RIgodIt, a publié, en 1839, à Toulon, une brochure qui a pour litre : De La fUcessili d'une colonie de déportation et de quelgue$ localUés proprei à ton etabUssenienl. Nous euipi untons à ce travail , peu connu , quelques passages qui nous
paraissent de nature à intéresser nos lecteurs, ne fût-ce que àous te rapport de l'étude géographique. L'auteur a solo d^annoncer que le choix des lieux qu'il décrit a été reslreipt par l'impossibilité de former des établissements près des terres déjà colonisées par les Européens , et par la nécessité de trouver réunies les conditions de salubrité, de fertUîté du sol et d'isolement qui puisse empêcher les évasions.
ILES MALOOINES 00 PAUU«A!fDS.
Cet archipel, situé à l'est du détroit de Magellan, est composé d'un grand nombre d'Iles de diverses grandeurs partagées en deux gi-oupes par le canal de San-Carlos. Deux d'entre elles août eunsidérables, Solédad et Falkland. Oimme toute la côte orientale de l^rtaguuie , les Malouines manquent de bois , tuab i f tielques pieds de profondeur, on trouve partout une tourbe excellente , qui , desséchée avant d'être employée, donne un feu aussi ardent que le charbon de terre. Lors d« la découverte par des Malouins , il n'y avait aucitn quadrupède sttr ces lies: les bœufs, dbevatix , porcs et lapins importée par h*s Fr?iQçais et les Ëspoitnols s'y sont depuis considéraitKHlient mullipUés à V^{9X curage. Au contraire les amphibè% qui étaient extrêmement nombreux, y ont été à peu près détruits par les pécheurs anglais et «mérieuins.
On y trouve beaucoup d'oiseaux %ui, par eux-mêmes ou par leurs wufis, fournissent un aliment préôeux aux luvigateurs : les végétaux qui y crolNsent sptmtanémeul olFrent un rafralcbissMueAt recneiché pour la guérison du scorbut
Le pays eet partout arrosé de petites civières: le gibier et le poissouy scmt aboh4anl3.
£n I7li4« ttiMigaiuvitte , commandant une eatpWdon compottée de ia fkrègate l'Aigk et la corveUe te Sphynx^ aborda attx llalouittcs dans la baie située à l'est de bokklad , et en prit sokui^eftfcrnient possession au nom du roi de Ki*ance , y bàUt un kwn et y étabht une colonie composée de deux familles Canadietuiesit d'ouvriers de toute espèce, et en la quittant, la laissa pourvue de vivres pour deia ans. En 1766, iluugainvllle, dans un second vuy<^e, y apporta de nouveaux colons et des apiprovisioiinemeuts; U Uouva hi cotoale dans l'élAt te plus sakisfiûSAAt tt. de hertiMie, «{tli y coaunaadait, a écrit les détaib suivaiMS.
« Notre agvkulittffo donne toute t$pMmt : l«ttfttt les ptanles potasèree ont réussi ; à W^gfJtû du lilé, tt a pcoduit de beaux épis , inis quant à la fioftnte seul^nKïttt : U n\si point venu de grains. Nos terres demandent à êu^ plus longtemps travaUltfes et mêm» aittéhuiées avet de bon fumier. Ce que nous avous de b^tiaux He suffit que pour des essais; quatre de nos géolsses et Irois chevaux mhu louiours en pleia ctiamp; nous n'avoues pu réos&ir à les rattraper , mais km- humeur vagabonde nous Ea4t connaître an des grand» avantages dm puys : e'tett que les bestiai» peuvent y rester eu toiue ^Btsun , jour et nuit aux champs , et qu'ils y U'ouvent pâture et litière.
» L'hiiver que nous avons pâmé ici n'a point été rigoureux : Jamais assez dkt D«tige pour couvrir la boucle des souliers, de glace |>our sout^'uir uitc pierre gvosse comme le poing, et si ce n'etU été lu pluie qjUi passait à uavers nos couvertures , comjue un crible, nous aurious &ii lrè.s-peu de feu. »
Ce» iMiUi^eilA comiomutuimnUi^ pouvaient Taire espérer tin avenir prospère pour notre colonie nai.ssanlc à laquelle Bougainviiie consacrait ses soins et sa fortune, lorsque l'Espagne inquiète de notre voisinage , réclama cet archipel comme annexe de la vice-royauté de Buenos-Ayres. Des négociations eurent lieu , et en 1767 , à la suite d'un traité , notre éiablisseiueni de Solédad fut remis à cette puissance qui plus tard l'abandonna.
Nous avions pris |K)s.sess{on de Solédad en 176A : Byroîi
prit pos.Ne.viion de Falkland iK)ur TAngleierre en 1765; mais
cette pui.^saUi e ayant refusé de restituer cette Ile , comme
nous avions fait de Solédad , le vice-roi de Boenos-Ayrei
MAQA.SIN PITTORESQUE.
69 6t eiile?cr lea Anglais et dëlrai^t l^iir ^(ablLssement.
. Uoe guerre génémle faillit être le, r^iflfat de cette vloleoçç, et pQiir l'éviter , il fut convent^ entre les deux couronnes qve les éiabljjisements dét^iui (s ^raient relevés et que TAngleteiTe ^rail remise, en possessioa de Falklaod.» mais qu'ensuite ell^ Tabandonnerait*
• L'Angklerre n*a donc plus aucun droit sur ce|s Iles, et peitt-élre même TEspague est^elle dans le mé;me q^s : néanmoins en 1820 , la république de Buenos-Ayres, s^ croyant subrogée aux droits de TEspagne, en tit prendre possession par la frégate l'Héroïne^ et avec son autorisation, un Français suivi d'un certain nombre de Gauclios était venu s'y élablir, lorsque vers 1832, TAugleterre fit occuper noli*e ancien établissement de Solédad par un lieutenant de vaisseau et quelques soldats* Le Français, se prétendant lésé, proiesiti contre c«tte usurpation et se rendit à JMienos-Ayres pour obtenir justice, tandis que les Gauclios se constituèrent en étut d'hostilité contre le poste anglais.
Dans cet étal de Clioses , le gouvernement Jugera s'il doit entamer des négociations avec les £(ais qui prélcudent à la souveraiueié des Maloulncs, ou si, reprenant les droits abandonnés par l'Espagne, il fera occuper telle partie de cet immense archipel jugée convenable à une colonie de déportation.
PORT-fAUIlIK.
Ce port, situé à 60 lieues à l'ouest dtl cap des Vierges, dans le détruit de Magellan , après le passage du second goulet , est le lieu qu'avait choisi Sarniieuto, eu lo8i, pour y fonder la colonie de Philippeville, au moyen de luquem TEspugne prétendait interdire aux autres nalionn te passage dans la kner du Sud.
Quatre l);istions y furent érigés ei armés pour protéger la ville où iiOQ colons furent laissés ; mais trop occupés ailleurs, les Espagnols néglig{>rent a*t élablUsenient avant qu'il pât se suffire à lui-même; la dissension se mit parmi les colons, et en 1587 , quand GavcndisU y parut , un seul homme y restait.
L'issue malheureuse de cette leniativc pour coloniser cette extrémité de l'Amérique ne me paraît pas un niolif su(lis<iut pour faH'e renoncer à un nouvel essai dans uu liiu Htiiii, boisé et arrosé, où, suivant les divers navigateurs qui y ont relAché, l« nulme au printemps est partie tic Imis les dons précurseurs de la fécondité, où la chasse et surtout la pèche donpent les produits les plus al>ondants.
Byron , dans son voyage autour du monde eu 1766 : en parle dans les termes suivants :
« La rivière Sedger qui se jette à la mer au Port-Famine offre un aspect aussi agréable qu'il est possible d'en coiicetoir à l'imaglflalioR la plus riante et la plus féconde. I/ïs slDUosités de son cours sont agréablement diver>i(lées : on aperçoit de cliaqua côté un bosquet d'arbres superbes qui penelient leurs têtes élevées sur la rivière , et forment un agréable ombrage. Les chants variés d'une foule d'oiseaux et les parfums des fleurs qui embellissent ses bords , scmblent se réunir pour enchanter tous les sens du voyageur. Telle est cette délicieuse contrée dont les beautés ne sont connues que par on très-petit nombre de sauvages , tandis qa>He8 liraient le charme des hommes du goût le plus délicat. Parmi les arbres, Il y en a d'an diamètre de trois pieds et demi ; le bois près du rivage s'étend tout le long des collines , mais les montagnes qui sont un peu plus loin dans rintérieur, s'élèvent beautoiip plus haut, et leurs sommets déchirés et stériles sont toujours couverts de neige. »
Plus loin il ajoute : « Nous commençâmes l'aimée 1765 au Port-Famine , où nous jouîmes de tous les agréments que nous avions droit d'attendre : nous avions du poisson , de Peau et du bois en abondance. »
Tel parait être en effet Port-Famine en été , d'après les
récits de Cavendish, de Weddell et du capitaine King ; mais par 5û* latitude australe à un été de quel<|ues mois paralysé déjà dans ses effels par les nombreux coups de vent du Sud au Nord-Ouest accompagnés de déluges de pluie et de grêle, succède un hiver long et rigoureux.
Ce n'est donc qu'après un easai de colonisation sur une petite échelle, qu'en cas de succès, on pourrait procéder k un établissement déllhitif ; néanmoins les Guanacos de cette partie de l'Ajnérique .et les chevaux des Patagons trouvant dans les pâturages quji^ croissent spontanément sur ce sol fertile une nourriture abç^ndante , on ne peut douter de la possibilité de recueillir en été un fourrage suffisant pour la nourriture des animaux dome.sUques durant la saison froide : la colonie obtiendra donc pnsque sans travail , eau, bois , fourrdfee et pèche abondante : les essais h faire montreront , ce que la culture des céréales et des légumes peut ajouter aux productions spontanées du sol , et si les récoltes à attendre suffiront aux besoins de la colonie et à ses échanges.
Une dernière considération parait devoir ^ire préijeniée en faveur d'un essai de colonisation à Port-Famine , c'est que là, du moins, l'espace est incontesté et sans limite ; les Patagons qui fré(|uentcnt les côtes du détroit en été n^y ont aucune prétention ; iht ne s'approchent guère des Européens que pour en obtenir des vivres , et leur état misérable ne seMit pas un encouragement à la désertion.
COTE OGCIDEMTALB SB PATAGOAlE.
Cette côte difîère essentiellement de la côte correspondante de la Patagonie orientale : au lieu de terrains bas, imprégnés de salpêtre et de sel , où la végétation est réduite à quelques Chétives plantes, on trouve ici un sol montueux, accidenté* arrosé et couvert de bois superbes. Lq littoral est entrecoupé do goltes proronds et de canaux qui séparent du continent des lies considérables. Les ports y sont nombreux et offrent des abris sûrs aux vaisseaux de tout rang. Malheureusement ces avanuiges sont Compensés : le climat y est froid et humide; les vents dtiS.-O» au N.-O., qui y régnent presque constamment , soufflent avec une violence qui en rend l'approche dangereuse, et amènent avec eux une rapide succession de pluie , de grêle et de rafales qui en éloignent les navires n'ayant d'ailleurs aucun motif pour approcher une côte où il n'y a pas d'établissements et où la grande pèche est rarement avantageuse.
Néaimioins il semble impossible qu'un pays situé entre des |)arailrles correspondants à ceux dans lesquels la France cs^ renfermée , et où l'on trouve un pays arrosé et une superbe végétation , se refuse aux diverses cultures qui chez nous font vivre l'agriculteur.
Les renseignements manquant pour résoudre complètement celte question, ce n'est qu'en allant sur cette côte faire une exploration de ses ressources qu'on en obtiendra une enttt're solution. Dans ce cas, les lieux préférables seraient les suivants :
Port Uenry. — Ce port est situé à la côte septentrionale de rile Madre-de-l)ios , à une lieue du cap Très-Puntas. L'accès en est facile , et au fond du havre se trouve une véritable darse où un navire peut entreprendre toute espèce de réparation ; l'eau , le bois sont abondants près d'une plage de sable. Latitude sud, ôO'^Oi'; longitude occidentale, 77» Sô'.
Santa Barbara, — Ce port sitnd, à h côte nord de Plie Campana , a deux entrées séparées par une lie. Il offre un excellent abri , el le petit brassioge de ses alxirds en rend l'accès facile. L'eau et le bois y sont abondants. Latitude sud, ùd' ; longitude occidentale, 77* 50'.
Port Oiteway, — Ce port , situé à la côte méridionale de 111e Très-Montés , s'enfonce à 5 ndlles dans l'ouest de liolfovtray-Sound : l'entrée en est facile ; c'est un des meille.» hatm de I. Pai^toofe ««^ff»^ gy«<$i't5k©gie
comme dans les précédents de Peau et des bois superbes. Latitude sud, A6* 50' ; longitude occidentale, 77* ûO .
Jm suite à une autre livraison.