ENCOLLAGE DU PAPIER
Il y a qadqnefois nécessité d'encoller one estampe , writ entièrement, soit en partie, par exemple lorsqu'elle est couverte d'écorchures sur lesquelles on doit faire des raccords à l'encre de Chine. Les estampes qui ont été soumises à Teaii bouillante ont toujours perdu plus on mohis leur encollage.
Pour encoller un papier, on le trempe dans un liquide trèsconnu : c*est de l'eau contenant en dissolution un peu de coHe de pea«, d'alnn et de savon blanc Le savon ne parafe pas fort utile. La colle doit n*étre pas en excès, autrement le papier contracterait trop de raidenr et un brillant désagréable. L*eau 4olt être «atnrée d'alun , c'estnà-dlre contenir tout ee qu*elle a pu en dlsaondre à cbaod. Je crois qne 6 oo 8 granMues de colle de pean par litre est une 4|aantf té snfisante. On peut , quand Testampe est sèche , la retremper au iMsoin une deuxième , puis une troisième fols. La chaleur favorise beaucoup l'opérallon.
(i) Extrait de TEttai fur la restauratîoo des aDcieones estampes •t des lÏTres rares, par M. lioifMAmDOT. 184O.
Quand on veut encoller une écorchure seule, on applique le liiquide chaud au moyen d'un pinceau doux; on renouvelle au besoin plusieurs fois jusqu'à ce que le papier paraisse n'en plus absorber qu'avec peine. Si l'estampe grimaçait à cet endroit , et si le fer chaud ne la pouvait redresser, il faudrait remouiller toute la surface à l'éponge , et mettre en presse le recto tourné vers un marbre bien uni.
On peut, avec ce même liquide (on plutôt avec Talun tout seul) , fixer les dessins à la plombagine et aux crayons tendres. U sotfit de passer sur la surface, rapidement et légère' ment, un blaireau très-doux trempé dans la composition ; il faut prendre garde d'étaler le crayon , et éviter de passer plusieurs fois le pinceau sur le même point. On met ensuite en presse la partie collée appuyée sur le marbre.
LE BON GEHHARD.
Traduit de Rodolphe db Lors, poëte allemaud do seizièoie siècle.
Il y avait autrefois en Allemagne un riche et puissant empereur renouitté pour son courage et sa générosité. On l'appelait Othon le flooge. 11 épousa une pieuse femme nommée Ottegebe, qui foule jeune avait consacré son âme à Dieu, et qui sut développer datta le cœur de son époux l'amour de la vertu, le sentiment de k justice, l'ardeur de la cliarité.
L'un et l'autni ae réunirent dans une même pensée de religion pour fonder le richi archevêché de Magdebourg. ils lui donnèrent des terres , des villes , des châteaux. L'empereur voulut que les cbaiM>ittes de ce siège épiscopal fussent choisis parmi les fils des plus nobles familles. Pour archevêque il cboisH un pdnee d'une haute naissance et d'un noble caractère ; luiHttême voulut être vassal du prélau
Quand 11 eut accompli cette grande œuvre, l'orgueil pénétra malheureusement dans son esprit ; il se dit que personne n'avait rendu un hommage id éclatant à Dieu, eiqifk s'é|aii acquis par là une Mfo part dans le ciel. U« Jour qn*il était dans sa cathédrale , il adressa au Seigneur cette invocÎMion :
— Seigneur, toi qui es le maître de toutes choses, je t'ai si fidèlement servi que chacun loue ma piété ; fais-moi donc connaître quelle récompense tu me prépanes.
Alors 11 entendit une voix qui lui disait : -
— Le Seigneur t'a élevé bien haut en ce monde ; Il t'a donné le pouvoir et la ricliesse. Tu as fait un pieux emploi de tes biens, et une grande place t'était assignée dans le ciel; mais depuis que tu t'es enorgueilli de tes œuvres, cette place t'a été enlevée. Contente-toi à présent de la faveur mondaine dont tu t'es glorifié , et pour regagner la récompense éternelle, prends exemple sur le bon marchand dont le nom est inscrit dans le livre de vie.
— Quoi 1 s'écria l'empereur. Il y aurait un marchand qui se serait acquis aux yeux de Dieu plus de mérite que mol I
— Oui « répondit la voix , c'est Gerhard de Cologne ; va le voir, et prie-le de te raconter son hismire.
Le lendemain, Othon monta à cheval, et , suivi seulement d'une modeste escorte , se dirigea vers Cologne. Arrivé dans cette ville, il convoqua les prhicipaux citoyens , qui se hâtèrent de se rendre à sa demeure. Parmi eux se trouvait un vieillard à la barbe blanche devant lequel chacun slncUnait avec respect. Cet homme portait de riches vêtements , un pourpoint et un manteau de pourpre orné de zibeline , enrichi de pierres précieuses, et une magnifique ceinture. C'était le bon Gerhard. L'empereur dit qu^il était venu demander un conseil aux bourgeois de Cologne , et les pria de désigner celui d'entre eux pour lequel ib avaient le plus d'estime, afin qnll entrât en conférence avec lui. D'une voix unanime, ils lui nommèrent Gerhard.
Othon l'emmena dans son appartement, ferma la porte, et le pria de lui dire quelle grande action 11 avait faite, et |N>ttrquoi on l'appelait partout le bon Gerha^^OQLC
ars
. — Sire, répondit le fieillard, les geos de ce pays ont Tbabilude de donner ainsi, on ne sait souvent pourquoi, des surnoms. Je n'ai point mérité celui-ci ; j'ai seulement eu quelquefois de l>onnes intentions que ma faible nature ne m'a pas permis de réaliser, et je n'ai distribué aux pauvres que de médiocres aumônes, un peu de pain et de bière, quelquefois un vieux vêtement.
— Je sais , répliqua l'empereur, que tu as fait quelque chose de mieux , et je veux que tu me racontes celte action qui t'honore. .
Le vieillard se jeta à ses genoux , le conjura de ne point usinr dé son autorité hnpérfaile pour loi donner un pareil ordre, ajoutant qae si en e§et, par la grftee de Dieu, il avait en le bonlicur de remplir un devoir de cbrétieo, il annulerait lui-même le mérite de cette ifiovre s'it en tirait quelque vanité.
Ces paroles firent compreadre à l'empereur combien ce modeste bmn^;eeis loi était snpérienr, à toi qui s'était si fort efforgiieHH de sa fondation de Magdeboorg. Il le pressa de nouveau de lui raconter les événements de sa vie, et Gerhard, n'osant hil désobéir, commença son récit.
c A la mort de mon père , J'hérilai , dit-il » d'une fortune aises considérable et que je voulus encore augmenter pour mon fils. Afin de lui donner aussi le goOt des affaires, je lui confiai la gestion d'une partie de mes biens ; je pris avec moi une bonne somme d'argent, une cargaison de diverses marchandises, et je partb pour les contrées païennes. J'emportais def provisfons pour trois ans, et j'avais choisi pour mon navire des nuitelots expérimentés. J'abordai en Livonie , en Prusse , en Russie où^ je recueillis quantité de fourrures ; puis J'allai h Damas, à Ninlve où j'achetai des étofles de soie. Je revenais vers mon pays, quand soudain je fus surpris par une tempête qui dura douse jours et douze nuits et nous jeta le treizième jour au pied d'une montagne que personne de nous ne comiaissalL Quelques-uns de nos gens ayant gravi au tommet de la montagne pour observer le pays aperçurent une grande ville dont les rues étaient pleines d'élépbanto, de muleto, de chevaux et de chariots chargés de mardiandises. D'après ce renselgnemenl , je résolus d'y entrer, et j'y fus bien reçu, l^ seigneur du pays me vit passer, reconnut que j*étais étranger, me demanda si je comprenais le français, si j'étais chrétien. Lorsque j'eus répondu affirmativement à ces deux (|iM>slions, il me dit qu'il me prenait sous sa protectioo, que si ji* voulais foire entrer mes marchandises dans la ville, elles seraient affranchies de tout impôt, et il m'assigna pour demeure une très-belle maison.
» Quand je lui eus montré les diverses marchandises dont moa navire éuit chargé : — Ah l quelles magnifiques choses! s'écria-t-il; jamais je ne vis rien de semblable » et il n'y a que moi' dans c<'tte contrée à qui tu puisses vendre de telles raretés. Vcuvlu faire un écliange? Je te propose un trésor qui m'es( inutile ici , mais que tu sauras heureusement employer.
. » J'acceptai son offre sans autre explication. Il me conduisit alors dans une salle où je vis douze jeunes chevaliers enchaînés deux à deux , puis dans une autre salle où étaient quinze femmes d'une remarquable beauté.
M ~ Eh bien, me dit le seigneur païen, acceptes-tu?
» — Quoi donc T
» — Ces prisonniers que tu viens de voir, je suis prêt à te les vendre.
» — Qu'en ferai-jeî
» — Ah l tu en redreras un bon prix. Ces chevaliers appartiennent aux premières familles d'Angleterre. Ils étaient cliargés d'accompagner une princesse de Norvège que le fils de leur roi devait épouser, et cette princesse est là , dans la salle des femmes, avec ses quatorze compagnes.
» Je fus fort surpris , je l'avoue , de cette proposition : je m'étais attendu à voir s'ouvrir les trésors du prince païen, et non point des chambres d'esclaves. Le prince voulait qu'en
échange de ces captifs je lui donnasse toutes mes niarchandisês. Je demandai vingt-quatre heures pour me décider ; mals« la nuit, la voix d'un ange me réveilla et me dit :
» ^ Dieu est irrité de ton retard. De quelque îfaçon que tu viennes au secours de ces malheureux , tu en auras récompense. Si c'est en vue d'un bénéfice pécuniaire, tu l'auras; s| c'est pour acquérir quelque honneur aux yeux du monde, tu l'acquerras; si c'est par charité , pour complaire à Dieu, tu gagneras la couronne éternelle.
» Je me levai en remerciant Dieu de sa bonté , je fin célébrer une messe, puis j'annonçai au prince que j'étais décidé à racheter ses esclaves. On me conduisit près d'eux. Les hommes se jetèrent à mes pieds, promettant de me rendre le Rouble de ce que j'allais payer pour eux. La princesse , qui parlait français, me dit aussi que son père le roi de Norvège et que le roi d'Angleterre donneraient pour elle une forte rançon.
» — Ne parlons point de rançon , m'écriai-je. Je consacre volontiers tout ce que je possède à vous délivrer de votre captivité ; et Dieu me garde de vouloir retirer de ce marché quelque profit I
» L.e lendemain , mon navire étant déchargé de ses marchandises, je pris congé du prince, qui m'embrassa en pleurant, me recommanda à tous ses dieux païens, Jupiter, Pallas, Junon, Mahomet, Mercure, Thétys, Neptune, Éole, et me promit d'être désormais , en mémoire de moi , favorable aux chrétiens.
n Le navire sur lequel les voyageurs avaient été pris leur avait été rendu et voguait avec le mien. Après douze jours de navigation nous arrivâmes en vue des côtes d'Angleterre. Je donnai aux hommes des provisions pour se rendre dans leur pays , je pris avec moi les femmes pour les remettre entre les mains de leurs parents. J'arrivai heureusement à Cologne, et j'annonçai à mes amis que je re'venais plus riche que jamais : les négociants de la ville se rendirent à mon bftiiment pour voir les rares denrées que j'apportais, et, n'y trouvant que les pierres qui me servaient de lest , crurent que je m'étais moqu<^ d'eux. Ma femme me reprocha d'avoir employé mon trésor à racheter des esclaves; mais mon fils dit qu'il nous restait encore assez de fortune.
n Je fis préparer dans ma maison nn appartement pour mes pauvres captives. Li princesse se mit à travailler, et tissa d'une façon merveilleuse des étoffes d'or et de soie. Elle était d'tme telle douceur et d'une telle bonté de caractère , que lorsque j'éprouvais quelque chagrin il me suffisait de la voir pour me sentir aussitôt consolé.
n Cei)endaut, malgré toutes mes tentatives, je ne recevais aucune nouvelle de ses parents, et je n'entendais plus parler des chevaliers qui avaient dû rentrer en Angleterre. Je pensai que le roi d'Angleterre et le roi de Norvège étaient morts, et pour assurer le sort de celte jeune fille étrangère , qui se trouvait en Allemagne sans parents et sans ressources, je lui demandai si elle voudrait épouser mon fils. Elle me répondit qu'elle était prèle à faire tout ce que je désirerais, à remplir même dans ma maison , s*il le fallait , l'office de servante ; mais qu'avant de s'unir à mon fils elle me priait de lui accorder encore un délai d'un an, espérant que dans ce temps elle apprendrait peut-être ce qu'étaient devenus son père et son fiancé.
Mais cette année se passa encore sans qu'il nous arrivât aucune nouvelle de Norvège ni d'Angleterre. Alors la princesse me dit qu'elle était prèle à accepter la proposition que je lui avais faite. J'allai trouver monseigneur l'archevêque de Cologne, je lui racontai tout ce qui s'était passé. Il approuva le parti que j'avais pris à l'égard de la princesse ; et pour rapprocher mon fils d'une femme de si haute naissance. Il le nomma chevalier. Un grand banquet fut préparé pour la célébration du mariage. Pendant que nous étions à table , j'aperçus un pauvre homme, debout à l'écart , qui de temps à autre regardait timidement la princesse et essuyait une larâfiT
dans ses yeux. Je m'approchai de lui et je lui demandai qai il était. II me dit qu*il était Guillaume, héritier du royaume d'Angleterre ; qu'en revenant de Norvège, où II avait été voir 8à fiancée, il avait été jeté par un orage sur une plage étrangère ; que de là il avait cherché de contrée en contrée la jetme princesse, et qu'il ne pouvait se consoler de la retrouver au moment où elle allait devenir l'épouse d'un autre.
» — Rassurez- vous , lui répondis>je ; vous ne savez pas encore ce que la bonté de Dieu vous réserve.
» Je le fis alors conduire dans une chambre où on lui donna de riches vêtements ; puis j'allai rendre compte de cette découverte à l'archevêque , qui me dit que le mariage de mon fils ne pouvait plus avoir lieu. Ce fut une grande douleur pour mon fils ; mais nous lui représentâmes quiP devait se soumettre aux décrets de la providence, et il se résigna. Le jour même , le prince et la princesse furent heureusement mariés ; puis je m'embarquai avec eux pour les conduire en Angleterre.
n Quand nous fûmes dans le port de Londres , je laissai le prince sur le navire , et je descendis seul à terre avec un de mes valels. Une grande quantité de tentes étaient dressées sur la plage , et il y avait tant d'étrangers dans la ville que j'eus grand'pelne h y trouver un glle. J'appris que le roi étant mort , on allait lui nommer un successeur, et que Félcction était confiée ù vingt-quatre chevaliers et à trois prélats. Je montai à cheval , et comme j'étais richement \ètu , on me prit pour un personnage important ; on me laissa arriver jusqu'au milieu de l'assemblée des électeurs. L'un d'eux me demanda quel était mon nom, et d'où je venais.
» — Je ne suis , répondis- je , qu'un simple marchand , Gerhard de Cologne.
» — A ces mots , les chevaliers se levèrent , déclarèrent que c'était Dieu inéme qui m'envoyait dans leur pays, et que je serais leur roi. Malgré mes protestations et ma résistance, je fus transporté dans la salle du trône, et la couronne d'Angleterre fut placée sur ma tête.
» Quand le calme fut rétabli , je parvins enfin à leur faire entendre que je ne pouvais être leur roi. Je leur appris que le fils de leur souverain légitime vivait, qu'il était près d'eux. Cette nouvelle excita dans toute l'assemblée et parmi le peuple une joie enthousiaste. Le prince, que j'avais fait prévenir, débarqua sur la plage , et les chevaliers avec leurs bannières et la foule coururent au-devant de lui.
» 11 fut proclamé roi d'un accord unanime par tous les habitants de la contrée, par des députaUons de l'Ecosse, de rirlande, du pays de Galles. Puis le roi de Norvège, à qui on avait annoncé tous ces heureux événements, arriva avec une suite nombreuse. L'avènement au trône, le mariage de Guillaume, furent célébrés par des fêtes, des banquets, des tournois pompeux. Jamais , depuis le roi Arthur, l'Angleterre n*avait été si brillante.
» Je demeurai là tant que durèrent ces fêtes joyeuses. Lorsque je manifestai l'intention de retourner dans mon pays, le roi me supplia de rester près de lui : il m'offrit une place dans son conseil et le duché de Kent , puis la ville et le comté de Londres ; je refusai. Il me pria alors de lui laisser au moins tripler la valeur de ce que j'avais donné pour délivrer son épouse et ses chevaliers de leur prison ; je refusai encore. Au moment où j'allais partir, la princesse me dit :
» — &lun cher père, vous me permettrez au moins d*envoyer un souvenir h votre femme.
i> Et elle m'envoya tant d'or, tant d'argent et de pierres précieuses , que si j'avais tout emporté j'aurais été le plus riclie marchand de l'Allemagne. J'acceptai seulement un anneau et une ceinture. Je revins à Cologne où l'on commença & m'appeler le bon Gerhard ; mais je ne mérite pas ce titre, car je ne suis qu'un pauvre pécheur. »
Quand l'empereur eut entendu ce récit, il dit à Gerhard :
— C'est avec raison qu*on t'a surnommé le Bon, et tu vaux encore mieux que ta renommée. Le ciel te récompensera de
ta vertu ; moi, je te remercie de la leçon que tu m'as donnée. Puis il l'embrassa , et s'en alla à Magdebourg expier le péché d'orgueil qu'il avait commis.