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LE SÉPULCRE DE L'ÉGLISE SAINT-JEAN

A GHAUMOIYT

(Département de la Haute-Marne).

Le sépulcre de Saint-Jean de Ghanmont remonte à lA/O en* viron ; on le doit à la piété de messire Geoffroy de Saint-Blin, bailli du lieu , chambellan dn roi Louis XI , et de Marguerite de Beaudrlcourt, son épouse (1).

Ce sépulcre est le principal ornement d'une espèce de cha« pelle, située à gauche de l'entrée de l'église, dans le bas de la tour nord-ouest du portail, et en quelque sorte séquesU^ du reste de l'édifice dont elle fait cependant partie. Aox gardes-sépulcre , autrefois placés de chaque côté de la porte, on a substitué deux statues de grandeur naturelle : ceUe de la Vierge et celle du Christ appuyé sur la croix. An-dessus de cette porte est figurée une empreinte de la tète du Christ couronné d'épines , sculptée sur un voile en pierre blancbet qui rappelle le Veron eikon de la légende (1837, p. 71); an-» dessus encore est un crucifix de grandeur naturelle. Une seule fenêtre éclaire la scène : le dair obscur enveloppe les personnages. Le tombeau découvert, renfermant le corps da Sauveur, est placé au-dessous du niveau du sol ; la pieire destinée à le recouvrir, revêtue d'anneanx^en pierre, est dressée en avant , à demi engagée dans les dalles qui forment le sol. A la tête de la tombe est Joseph d'Arimathie à genoux, tenant à la main un vase de parfums ; aux pieds da Christ , Nicodème dans une attitude semblable. Derrière le tombeau, trois saintes femmes à genoux dans l'attitude de la douleur : la Vierge, et à sa droite, la Madeleine et .Salomé. Debout contre le mur et dans un enfoncement sont représentés le centenier , à sa droite saint Jean détournant la tête , puis Marie de Cléophas , sainte Véronique et saint Jacques le Majeur.

Il ne faut chercher dans cette naïve représentation ni l'ann pleur des formes grecques, ni l'élégance demi-païenne de la renaissance. L'œuvre que nous analysons appartient au moyen ftge. « A cette époque , dit M. Michelet , l'art s'acharna sur la pierre, s'en prit à elle de la vie qui tarissait ; il la creusa, la subtilisa... En poussant plus avant cette ardente poursuite , ce que l'homme rencontra , ce fut l'homme même. » La peinture et la sculpture se détachent de leur sœur l'architecture ; l'artiste fait passer dans des scènes particulières la vie qui rayonnait dans l'église entière ; cette tendance vers l'individualité devient sensible par la comparaison des se* pultures de Cbaumont , de Saint-Mihiel et de Reims.

Au treizième siècle la statuaire peu développée , nnie intimement à l'arohitecture , avait donné 1 ses œuvres la roideur et la maigreur des colonnes gothiques. L'artiste dn quinzième siècle s'est rapproché de la nature ; son œuvie est plus humaine que celle de ses devanciers. L'expression que ceux-ci avaient réservée à la tête a passé dans les attitudes, au préjudice sans doute des physionomies qui ont perdu la solennelle et naïve tristesse du treizième siècle, mais à l'avantage de la pureté et de la vérité des formes. Ces deux qualités ne sont pas encore parfaites, mais la tendance est sensible. La recherche de la vérité dans la forme a souvent conduit à la trivialité; la plupart des types sont vulgaires; la tête et les bras de la Madeleine , le Joseph d'Arimathie cC le Nicodème ne sont pas d'un modèle satisfaisant : l'artiste reproduisait probablement la nature qu'il avait sous les yeux;

(f) On peut consulter, pour les détails historiques de la fonda* tion, une brochure de M. Fériel ( Chaumont. iJ4 il.

mais il travaillait avec la même passion que ses prédécesseurs ; comme eux, il a Tait circuler Àa vie dans les moindres détails de son travail ; comme eux, il mérite le nom de « malure des pierres vives, » {nuigislcr de vivii lapidibus). De là cette étude des plus délicats ornements que Ton peut remarquer dans rajustement de Mcodème, la coiiïure du centenier, celle de Salomé, de Véronique et de Marie , mère de Jacques. Ces sortes de mitres ou turlians ont un carac-

tère tout particulier de délicatesse et d*élégance« On peut remarquer sur la poitrine et le bras de la Madeleine un cilice en corde, travaillé avec une exactitude scrupuleuse. Les plisdes vêtements, le voile de la Vierge ne laissent rien à désirer pour la souplesse de Texécution. Le corps du Sauveur mcrtlc une attention spéciale ; le modèle en est de beaucoup supérieur à celui des autres personnages; celui des mains, des pieds et des articulations est surtout remarquable; la

Le iépiilcre de SaÎDt-Jetn de Chaunont.

Jépression des muscles de la poitrine et des flancs est bien rendue ; Texpression de la tète est saisissante ; l'empreinte de la mort y est gravée avec toute son horreur, mais c'est, autant qu'il a été possible au sculpteur, Temprelnte d'une mort divine. Cette supériorité dans l'exécution est assez notable pour faire conjecturer que le personnage du Christ n'est pas l'œuvre du même ar^ste , ou même qu'il serait d'une date postérieure au reste du sépulcre : c'est ce qui pourrait ré-

sulter de l'étude du style de la tombe. Les pilastres qui U décorent et leurs chapiteaux, la disposition des lignes, semblent appartenir au seizième siècle et se ressentir de l'antiquité traduite par la renaissance. Le veron eikon dont nous avons parlé , la tête du Sauveur placée au-dessus de la porte d'entrée du monument se déuche du voile qui la porte par un relief à peine sensible : elle est remarquable par l'ampleur des traits et par une expression profonde de douleur

vrs

qu'augmente encore la dépression des lignes, caus<^e par la disposition des plis du voile.

Tomes ces statues sont d'une proportion un peu plus grande que naiure. On y retrouve facilement la trace des peintures des ajustements que Ton avait coutume de rehausser par des couleurs. Les dnq personnages du fond se détachent sur un bleu dur. Au-dessus, deux panneaux en ogive portent sur un fond rouge deux anges dans l^attltude de la prière, dotit la pefnlure est fort dégradée. Sur la parotqni fait face, sont peintes les armoiries des fondateurs, portées, les unes, par deux chevaliers, les autres par deux anges d'une tournure pérugine»que; les dorures en sont encore vives ; le panneau porte la date de lû71.

Deux clefs de voûte sculptées, formées par la réunion des nervures de la voftie^ représentent. Tune le Sauveur couronné , Pautre la reine des cieux dans le style des madones espagnoles ; autour de cette dernière est gravée >. sur fond d'or en lettres gothiques , cette légende :

F.^fofe miséricordes siciit pater vesler misericors e*t. (Snyex miiri irortKeiix comme votre père est miséricordieux.)

Celle sccûe def douleur, ce mystère pétriilé se révèle aux fidèles sous nu jour mystérieux et dans des circonstances propres à Wupp^t vivement l'imagination. C*est pencfant la semaine sdimc^ le vendredi saint, quand tous les bruits dti monde ei fa voîx <fc Péglise elle-même semblent se laire, que la porte s'oifvrc h la foule : chacun arrive à son tour à cette station; ou entrevoit dans cette espèce de caveau, sous la lumière vacillanle de la lampe, les personnages sacrés, groupés derrière un tomlieau. Sous les jeux de la lumière et de Pombre, la pierre semble se mouvoir, les altitudes sont parlantes, le drame s'anime , chacun des personnages de rtvangile a pris un corps ei vît de sa vie propre , en même temps que Pimmobilité de la pierre et la fixité du geste en gravent profondément Pimagedans l'esprit.

COLONIE.^ Dfi nfil'ORTATION.

S«rile et fin. — \ «»\ . p. aôrt.

ARCHIPEL DE LOS GHOIfOS.

Les Iles de l/mcts el Ouaticas, situées à la limite extérieure de cet archipel, ont une fiche végétation ; el le voisinaîje de Pile Clilloé où se récolte beaucoup de Wé ne laisse aucun doiiic stîr la facilité de le cultiver aussi dans ces deux Iles. Le port de liémus n olfre d'abri que contre les venls du lai^c J celui de Guaticas , l)ien plus sûr , ne peut contenir qu'un pi'lit notnbrede bâtiments.

Iki belle Ile de Hnifs, conlinant à Plie Ghiloé, possède une rade vaste el sûre , et un Otablisscment semble devoir y trouver toutes les convenances désirables. Cette lie n'étant pas encore habitée , le voisinage des lieux colonisés par les Cbilieng ne semble point devoir s^opposer aérieuseroent à son occupation par la France.

NOtrVELLB-ZéLAIfDI.

Llle septentrionale de la Nouvelle-Zélande comprise entre les parallèles de 35* et de UT de latitude sud , est située à peu de disUnce de la Nouvollc-Galles et de la terre de VanfMémen : elle est depuis longtemps fréquentée par les navigateurs de ces colonies et par les baleiniers. Depuis plusieurs années aussi , la société anglaise des missions a fait dans ce payi des établissements , cl comme les capitaux dont elle dispose sont considérables , la gi«néreusc rémunération des services rendus, jointe aux prédications évangéllques, a acquis à ces missionnaires une grande influence. Ils en ont usé nonsêtilementdans un but de propagande religieuse, mais aussi dlBS un intérêt commercial et anglais exclusif. t)es rési-

dants anglais protègent partout les intérêts de leurs naUonanx ainsi que leurs personnes, et ajoutent leur hifluence à celle de leurs missionnaires. La Nouvelle-Zélande est, comme l'on voit, devenue im pays presque anglais.

Une colonie française de déportation peut d'autant moins être placée sur la partie méridionale de la Nouvelle-Zélande, à c6té des établissements anglais el indigènes répandus sur tout le littoral, qu'elle ne manquerait pas d'être pour eitx l'objet d'une Jalousie dont les conséquences ne peuvent se calculer. Il n'en serait pas de même dans la Zélande méridionale.

( Nous omettons quelques détails historiques de l'auteur , qui ne sont plus aujourd'hui d'une entière exactitude. ~ Voy. la table de 18/^3).

TAWAI-POÉHAMOtl.

Cette lie, presque inconnue encore, est comprise entre les âO et 67 degrés de latitude australe et située à peu près aux antipodes de la France. Elle est peu peuplée, mais ses habitants, quoique sauvages, connaissent les avantages de leurs relations avec les Kuropéens et ils les reciiercbcnt avec empressement : son climat modéré est favorable k la végétation des plantes des zones tempérées dans sa p»rtie orientale , abritée des vents violents de l'ouest par hi chaîne de hautes montagnes appelées par Cook, Alpes ausinles; tfest venteux et pluvieux dans la partie occidentale.

La température y a beaucoup de rapports av«e celle de la i^'rance et présente à peu près les mêmes différences correspondantes aux latitudes diverses de notre pays. En général le froid y est peu rigoureux.

Les forêts sont couvertes d'arbres des espèces les plus belles et les plus utiles ; parmi eux se distingue le Pinu$ Kaury dont le tronc atteint des dimensions colossales et sert de mâture aux plus grands navires de la marine royale d'Angleterre. Plusieurs autres espèces s'y font encore remarquer par des qualités particulières telles que la dureté, la flexibilité et la variété des couleurs.

Le Phormium tenaœ croit presque exclusivement sur cette Ile dans les lieux dépourvus de bois : il est déjà l'objet d'un commerce avantageux an pays, et il en de viendrai t peutêtre le pkm hnportant M l'Industne parvenait k Un procédé plus facile qu^ celui des Indigènes pour séparer du parenchyme In partie fibreuse.

I^s quadrupèdes importé* depuis longtemps à l'Ile du Nord y sont actuellement nombreux : ils sont encote rares 4 Tawal-Poénamou.

Lors de la découverte, les naturels ne se nourrilMkil tpe de poisson et de la racine d'une fougère particnHIre an pays : la pomme de terre qui y est aciuellemcni trèf^ultlvéé est devenue l'objet d'un commerce d'exportation assez considérable.

Les côtes abondent en poissons et la pèche de la baleine et des phoques à fourrure y donne des profits considérablet aux marins qui y sont attirés de toutes tes parties du globe* Des baies nombreuses y ofi'renl ûta abris sdrs aux navires des plus grandes dimensions. An nord , dans le détroit de Cook , se trouvent, après la baie de Tasinan , le canal de la Princesse-Charlotte et Cloudy-Bay ; à l'est, dans la presqu'île de Banks, la baie de Cooper et d'Acaroa ; enfin dans le sudouest, les baies Diisliy et Challiy.

Comme on le voit , cette lie réunit tous les avantages i rechercher dans un lieu de déportation et que certainement ceux dont il a été question jusqu'ici ne possèdent pas au même degré. Une localité surtout s'y fait remarquer par cette circonstance particulière qu'elle est la propriété d'un Français qui l'a acquise des chefs indigènes de cette partie de Itle, et qu'en outre des avantages énumérés ci-dessus , elle est d'un isolement facile : je veux parler de la presqu'île de Banks ; longue de 18 lieues sur 10 de large, elle est fertile, couverte de l>ois propres h la construction des navires, à leur

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tnAiore et à PéA)énisierk*. Elle est arrosée par plusieurs petites rivièreS) notamment par celle de la cascade ijui vient se jeter à la mer à Porl-Oooper et oflùre une chute d^u susceptible d'être utilisée pour des raojilius k larines et des scieries à bots.

C'est donc sut* ceUc presqu'Ue ^ de préférence h toute autre localité, qu'il conviendrait de placer une colonie de déportation ; mais pour ne pas y être bientôt bloqué par les établissements que se propose de faire sur cette île Taasociatiou anglaise pour la colonisation de la Nouvelle-Zélande, et aOn de donner plus tacd k notre établissement tous les développements désirables, il conviendrait d'acquérir tous les teriiûns encore disponibles sur cette lie.

JuM}u'ici 'i'awa^i^namou n'a été considérée que sous le rapport des convenances qu'elle présente pour l'étaiilissement d'une colonie de déporution : il reste k la montrer sous celui des avantages que sa position offrirait au commerce français.

Depuis quelques années, le commerce anglais a pris dans 'CCS mers un développement prodigieux.

Partant de la Nouvelle-Galles et de la Tasmanic , les Anglais se répandent dans les divers archipels de l'Océanie, en Chine , au Japon et même au Chili et au Pérou ; partout ils échangent contre les produits de chaque contrée , les produits des manufactures de la métropole, et retirent de ce commerce des profits considérables.

Un éublissement français sur la Nouvelle-Zélande entrerait bientôt en partage des incalculables avantages qu'en retirent aciuellemcnl les Anglais , offrirait à nos manufactures des débouchés qui Leur manquent , et donnerait à la navigation française une extension qui tournerait au prolit de notre population maritime et la développerait. Pour y parvenir facilement, il suffira de quelques exemptions de droits accordées aux productions de lib Nouvelle-Zélande obtenues par des ouvriers français ainsi que le pratiquent les Anglais à l'égard des prodidts provenant des établissements de l'Ile du Nord de la Nouvelle-Zélande, admis en franchise de tous droits en Angleterre, £Hes consisteraient : i* à reconnaître pour français , les navires construits avec les [M>is du pays , par des ouvriers français^ etft tes admetlresur le même pied qu'eux dans les ports de f rance.

2* A reoMK>ir les liuiles profi^nan^ de la pèche faite à la côte, par dis pirogues montées fNir des Français et des indigènes, en les considérant coqmk produits de la pèclie de la baleine en mer, mais sans droit à la prime.

3" A exempter de droits le Phormium, ainsi que les bois de construction et d'ébénitterie importés en France par navires Iranconzéiandais.

Ainsi, par la seule concussion des privilèges lantionnés ci-dessu^ sans qu'il en coiHe rien an trésor, tans mm» «w industries métropolimkws , et, qui |>lus est, en favorisant la plnpaK 4^mim «lies « 4a FlEtnee ne tarderait pas à voir l'industrie de ses enfants se développer dans «es régions éloignées , et une colonie riche d'avenir y ouvrir à noire commerce de nouveaux et considérables débouchés.

RÈsauL

Quatre locahtés réunissent « k des titres divers , la plus grande partie des conditions à rechercher dans l'établissement d'une colonie de déportation*

1* l^es Maioumes. Quoique sous un dhnat humide et orageux , la douceur de hi température y permet la culture de toutes les plantes poUgères et l'éducation des bestiaux. Sous ce rapport les récits de Ner ville sont pleinement confirmés par Weddel, qui dans ces dernières années y a iiivemé plusieurs fois, et par le capitahie Bernard qui, abandonné sur ces lies avec quatre de ses marins, sans ressources d'aucune espèce, y a vécu deux ans des productions du soi

2* Port-Famine. Son climat est sahi, mais froid et exposé

aux tempete& Là l'espace est jnconiesté et sans JImiies. PUicé entre les deux Océans , au cenu% de canaux immenses , lé cabotage et la pèche y deviendraient l'occupation nécessahr^ de la partie Ubre de la population*

Une position plus importante sous ie rapport politique et maritime semble difficile k urouver dans les nmn australeSé

d« L'arcliipel de Los Chonos, port Otlway, ou tout autre de ceux décrits ci-dessus, à la côte occidenbile de Patagonie, En cas de guerre maritime^ la France y trouverait, pour ses armements , un asUe et des secours qui lui manquent dans ces mers, et de là elle pèserait de tonte son influeuce mê lea &4a|s de l'Amérique ocddenlale;

4^ Nouvalle-Zéiande méridionale, l^arnii les looahliés dom il a été traité dans les diverses parties de ce mémok» « au^ aune ne réunit an même degré que la presqu'tie de Bank» toutes les conditions désirables pour l'établissement d'une colonie de dépoiiation et même d'une colonie hidustrielie % beaulé du climat , fertilité du sol , isolement facile , hnpor-* tance pohtique, maritime et commerciale Incontesudiies,

Le cœur a sa nourriture dans l'esprit; il s'éptiise faute d'idées : il est rare qu'il y ait des affections constantes dans les âmes vides. Bohstittxii.

L'obéissance à la loi soumet la volonté sans Taffaiblf r, tandis que l'obéissance à l'homme la blesse ou l'énervé. Madame Nbc&er ob Saussure.

SAINT-ESPKIT

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