VIS -A- VIS DE BA YONNE
( Laud«s}.
Saint-Esprit, par lequel on entre à Bayonne en venant de Paris, est un faubourg lointain et hidépendant de celte ville. La commune de Saint-Esprit est la plus peuplée du département des Landes, où Dax et Mont-de-Marsan ont seuls une population agglomérée plus considérable : on y compte environ à 000 âmes, et , en y comprenant celle de lout son territoire , plus de 6 500.
Dans notre gravure , le fond de la perspective est occupé par Saint-Esprit et par le grand pont qui , traversant TA dour, le Cuit communiquer avec Bayonne , situé à droite. tJne INtftiedesnanrs de la citadelle couronne la colline qui don^ine i$ muoùé f^ ; 4e groupe d'habiutions pkcé à sa base en est séparé par un chemin conduisant de Saint-Esprit au Boucan , près de Temboochure de l'Adour. Mais déjà quel» ques modifications à cette grmrure seraient nécessaires. Le pont de bois Jeté à la pUce d'im ancien pont de bateaux a été remplacé par un pont de pierre dont Ton admire le» grandes arches. La grande construction sur laquelle lu vue s'arrête est la maison Minghe-piastres (Mange-piastres), ainsi nommée d'tm sobriquet donné à tm riche Portugais par qui elle fut bâtie ; les masures qui , à sa base , garnissaient l'angle du pont , ont été abattues. U en a été de même dea deux vastes hangars que l'on voit plus bas, à Tabd desquelé se construisaient les vaisseaux de guerre ; lis étaient devenue inutiles depuis qu'on ne lance plus à Itoyonne de bâtfmenta d'un fort tirant d'eau.
Lue grande rue , qui est la continuation de la route de Paris, et qui se termine à la vaste place carrée où aboudt le pont , forme , avec cette place et quelques rues latérales, tool Saint-Esprit. Sur la place est une fontaine qui fournit à Bayonne et aux navires du port toute l'eau potable dont ils ont besoin ; ausri voit-on sans c^^ng^ foule de Basquaiifi^
MAGASIN PITTOUESQUE.
AiiUrourucs de la ville pour y chercher la provision quotidienne, et d'individus appartenant aux équipages du porL La citadelle commande en même temps la Tille , le port et la campagne. C'est une belle fortification à la Vauban, ayant la forme d'un carré avec des demi- lunes, et que sa position rend pour ainsi dire inexpugnable. Elle fut élevée par les ordres de Louis XIV pour mettre on terme aux réclamations des Bayonnais qui revendiquaient sans cesse le vieux privilège dont ils jouissaient sous les Anglais de se garder eux-mêmes , et que plusieurs rois leur avaient déjà contesté.
Saint-Esprit doit son importance et sa prospérité à des familles Israélites qui s'y réfugièrent. au commencement du seizième siècle, après leur expulsion d'E^fngne. Sous la qualification de marchands portugais ou nouveaux chrétiens, et en faisant valoir « le singulier désir qui leur croissait de jour en jour de résider dans le royaume pour faire le commeixe, » ils obtinrent de Henri H , en 1550, la permission de s'établir dans l'étendue du gouvernement de Bayonne. Ils ne purent a'ouvrir d'abord l'accès des corps de métiers ni d'aucune profession libérale : aussi ICvS vit-on se livrer à l'usure, à l'escompte, aux petits changes, aux branches les moins lucratives
du commerce. Des lettres patentes de Henri IV, en 1602, décidèrent qu'ils devraient entrer plus avant dans l'intérieur du royaume. Cependant, en 1682, M. de Riz, intendant, dut obliger quatre-vingt-treize familles juives de sortir de Bayonne, à cause de leur extrême pauvreté. Le 23 août 1691, les maire» et éclievins rendirent une ordonnance portant défense au$ Juifs portugais, établis au bourg Saint-Esprit , de faire des acquisitions en la ville de Bayonne , d'y tenir des ouvroirs cl boutiques pour y vendre et débiter des marchandises en détail, par pièces, à l'aune, à la livre, ou pour faire du chocolat (sauf la faculté d'avoir seulement des magasins pour vendre en gros, par balles sous cordes ou par cargaison , à peine de trob cents livres d'amende); comme aussi, sous la même peine, de manger et coucher en ville, et de traiter avec les catholiques les jours de fête et dimanches. En 1706, un Juif nommé George Cardoze, ayant acheté une maison à Bayonne, soo» le nom d'une tierce personne , une ordonnance du roi in* teixUt la faculté & lui et à tous autres Portugais de venir de* meurer ou s'habituer dans ladite ville.
Cette interdiction dura jusqu'à la révolution française qiif, en airrancliissant los Israélites, leur donna les mêmes droits
S:iiul-E.prit, pr^s de Bayonne. — Dessin de M. Morel-Falio, fait en 1840.
qu'aux autres citoyens français. Cependant encore aujourd'hui on les voit chaque soir retourner à Saint-Esprit, comme à l'époque où il leur fallait y rentrer au soleil couchant. Le pont de Saint-Esprit, par sa circulation active, rappelle au Parisien l'im de ses ponts ; mais le trajet en est peut-être plus agréable à cause du mouvement qui règne sur i'Adour couvert de bâtiments de commerce , et par la beauté des points de vue.
Ce que l'on voit de Bayonne sur la droite de notre gravure apparUent aux AUéei marines qui se prolongent à un quart de lieue au bord de la riviCic. Ces allées, couvertes en été de
promeneurs, ont pour perspective d'abord la citadelle et les flancs escarpés du monticule sur lequel elle est bâtie de l'autre côté de I'Adour ; puis le cours entier du fleuve jusqu'aax Pignadas , plantations de pins qui se déuchent en vert sur le fond jaune du sable des dunes.
BI3RZA0X D'AB0IfI1£U£NT ET UZ VZIITK
rue Jacob, 30, près de la rue des Pelils-AugusUns.
Imprimerie de feigfttfJd^SÎ^'V^îSCM^gie
LE FORWM.
Voy., sur Claude le Lorrain, p. 4.
Musie (Jii r.nuMc. — Vue du ( ampu-Yacciuo, ancien torum romain, d'apièi le tableau de (Juude le Lorrain.
Vous descendez le grand escalier du Capilole, « ce conseil public de Punivers, » comme PappeiailCicëron, el vous avez devant vous le Forum antique , la plus admirable et la plus éloquente réunion de ruines historiques qui soit sur la terre, « vaste cimetière des siècles, avec leurs monuments funèbres portant la date de leurs décès (1). w
Presque au centre, un peu à droite, cette fontaine formée d'un seul morceau de granit oriental, c'est la place d'un ancien étang dans lequel se noya Metius Curlius, général de la cavalerie sabine; suivant une autre tradition, c'est la place du gouffre où se précipita tout armé le Koniain Curtius.
Sur le premier plan de la gravure , ù droite , les deux colonnes et leur entablement sont les restes du temple de la Fortune capitoline , que pendant longtemps l'on a supposé ôtrc le temple'de la (jiicorde, où Clcéron avait dénoncé aux sénateurs la conjuration de Catilina.
Les trois colonnes que l'on voit au delà faisaient partie ; suivant quelques auteurs, du temple de Jupiter Stator.
Plus haut l'on voit une construction moderne , la villa Farnèse et ses jardins.
Au point le plus éloigné de la perspective est l'arc de Titus , que nous avons déjà figuré et décrit.
En avançant vers la gauche , on est devant les ruines gi-< gautesques du Colisée (1833, p. 161).
L'église dont la façade et le campanille dérobent en partie le Colisée aux regards, est celle de Santa-Francesca Romana.
En descendant , à gauche , on aperçoit le somniet d'une
(1) Cliateaubriaiid,
vaste voilte qui semble encadrer le faite d'une église : c'est une des arcades majestueuses que la science a décrites tour à tour comme les restes du temple de la Paix et comme ceux de la vaste basilique élevée par Constantin en honneur de sa victoire sur Maxence.
L'église est celle des saints Côme et Damien , érigée , d'après quelques savants, sur les ruines du temple de Komulus et de Rémus.
Au-dessous, ces deux rangées de belles colonnes qui forment les deux côtés d'une cella sont les restes du temple d'Antoine el de Faustine, élevé par ordre diu sénat. Ces colonnes, en marbre cipolin , sont du plus beau style de l'art romain.
Enfin , au premier plan , à gauche , est l'arc de Septime Sévère, si remarquable malgré ce qu'il a d'un peu pesant (1835, p. 32).
Ce n'est là qu'une partie des restes du Forum ; le peintre ne pouvait les embrasser tous du même point de vue. En pénétuBul à droite et à gauche entre ces majestueux débris, on retrouverait les vestiges de la plupai t des monuments célèbres de la Home Impériale mêlés aux temples chrétiens. Il faut revenir souvent fouler cette poussière illustre avant d'avoir tout découvert. « La multitude des souvenirs, l'abondance des sentiments vous oppressent, dit Chateaubriand; votre âme est bouleversée à l'aspect de celle Home qui a recueilli deux fois la succession du monde, comme héiliièrc de Saturne et de Jacob. »
Au milieu de ces ruines , il y a quelque chose de plus grand et de plus noble qu'elles- mômes, cVsi riiommo qui les comprend el les admire, Mais pour le» comprendre.
pour les admirer comme on le devrait, il ne suffirait point du simple bon sens et d^un degré d'instruction ordinaire : à une connaissance intime de Thistolre et de la littérature p^îeuue^ ei cbrtHkuot'^f h. une );rande mémoire, il £audiait unir le» quuJîiéâ Jts plus éU^M-ts de TinteUigence , une seotiitiiliié profoude et une vive mtagination ; ce n'est pas tout eijcore : ii Giiidiali âusfti aiiticr Tart et savoir pénétrer le *en» m«^rvelii«ux dt toules Kes fut mes successives. Quelques rare» esprits , c^oitus ou ïucmiiius, viennent de loin en loin t^giirder, contetup]i?r. iiiédllcr. Que se passe-t-U entre le ^otum et euï t Vut iiwpitaibn avcrète sort de ces pierres, sitisit Ictif Ame ^ r^lèvr, IV.miioriij dans des ravissements tubUmi'^. S\ €^ liofiim^'s prlvil«îgKs redisent au monde ce qu'ils ont vu^ o! t^u'Us t^iit curcndu, ce qu'ils ont compris en ce» heurc'S de prtiiaiidi* ^^juoliuu, k urs grandes paroles suffis^int à leur );\oïft . f ( leur^ liutnn sont inscrits sur les tables de la tR»5iériié» Api^s em tiennent les esprits inférieurs en scDâLbtlité, tn goûl et en saioir, qui contemplent aussi, mais qui s'humiliewi avrc justice el s'ebUmenl heureux d'entrevoir Muleinetil ce quHl y ciuraît à admirer et à comprendre.
Le t^Virum , si ^inptueux sous les empereurs , avait la Forait d*iin carré loug *^i éuïi etitc»iiré de portiques qui en marquaient le contour jntéiif^tir. UiS invasions d'Alaric , de Genséric, d*Attita, n'a valent altéré ^msiblement ni sa forme, ni son caract&re ; te^ pimi ancien» monuments de Thistoire roniiine « les pliu i^acrés , éiaient reités debout. Le temps et sa lenle desirucilon ont été moins funestes au Forum que Bobtrt Gul»circî lorpjue , à U têie de ses Normands, il vint, au c^mmrni'emrnt du onxi^nii siècle, défendre Grégoire VII cafUre ses sujets, et quf Briuoi Lcfiae lorsque, au treizième siècle I il renversa û'm brsi furieux temple* et palais, sons préicxie qu'ils tM>rviienl de refuges et de forteresset aux
Aux derniers itècics« k Forum éuiit devenui par une sorte de dérision des mœurs, tin marché atix bœufs, le campo Vacdno. Les réclamations des savauis etigagèrettt Pie VU I transporter ce marché bors la purie Flaiainia , près du Tibre.