LES ORIGINES DE LA MAISON DE BOURBON
SXFARCE DE HEÎfni IV.
S^l'ÊKIR!!
P^ilNCE IDE HkW^^mE
S 55 fis
.SlArsL
Poriniil de Henri de Navarre, depuis Henri IV. — D'après la peinture originale C(insf rvêc dans le cabinet de
M. Alfred de Vigny.
' Cetenrant dont la mine éveillëc, hardie et fine à la fols, semble sourire à l*avenir, sera HenrIlV un Jour. Déjà Tare •bourbonnien se dessine sur ce nez mignon, et l'oeil du petit Béarnais donne tontes les espérances que tiendra le Diable à ptatre de la chanson ; sur cette tété espiègle reposent à cette hem» les destinées de la maison qui, pendant plusieurs sièiiles, sera la plus puissante de TEurope. L'histoire de IVnfant ;A>^ pas longue encore ; mais elle a son intérêt : elle donne lés^Mrlgines de la maison de Bourbon.
Antofaie de Bourbon, duc de Vendôme et tb\ de Navarre, descendait en droite ligne de saint Louis par neuf générations, de mMe en mAle. Robert, comte de dermont, cinquième fils do saint roi, figure en tête de Tembranchement , sur Tarbre généalogique de la famille. En épousant Béatiix, fille de Jean de Bourgogne, baron de Bourbon par sa femme Agnès, Robert gi^t te nom de Bourbon qu'il transmit aux siens; mais il garda les armes de France, sage précaution qui maintint sa maison en ligne, et devait un jour en faire la fortune. Du reste, un choix sévère dans ses alliances, qui furent toutes Ulnslres et puissantes , sauva cette lignée princière de la dédiéante qui en atteignit tant d'autres d'égale origine* On
TomkXVI. — Jaktcir 1848.
eût dit qu'elle avait un pressentiment secret du sort qui Vattendait. Elle avait pris pour devise ce mot ambitieusement modeste : Espoir,
Parmi les branches puînées de la descendance de Robert de Glermont, une seule survécut pour l'histoire, celle de Vendôme, dont la souche était Jean de Bourbon, comte de la Marche, qui épousa, en 136/i, Catherine de Vendôme, héritière de Bouchard, le dernier comte. La terre fut érigée en duché par François 1*', en 1515, en faveur de Charles de Bourbon, fils de Tarrière-petit-fils du comte de la Marche, et qui fut le père d'Antoine, le roi de Navarre.
A cette époque la maison de Vendôme commence à entrer en scène. Il y a des noms historiques parmi les frères d'Antoine de Navarre, et le plus célèbre est celui du comte d'Enghien , le brillant vainqueur de Gerisolies , qui périt si malheureusement à l'assaut d'une bicoque, la tète brisée par un coffre qu'on lui jeta d'ime fenêtre. Un autre Vendôme, Jean, périt à la bataille de Saint-Quentin. Un troisième fut archevêque de Rouen, et cardinal du titre de Saint-Chrysogone. C*était lui qu'à l'époque de la ligue on appelait le vteux cardinal de Bourbon, que Mayenne fit jol de niince sous te nom î p
de Charles X, et que d^irrévérencieux ennemi» avaient surnommé VAnc rouge. Citons encore Louis de Condé , qui fut la tige de l'illustre maison de Condé.
Telle était la descendance paternelle de Henri de Navarre. Par sa mère, Jeanne d'Albret, il descendait de la puissante maison d'Albret qui , d'alliances en alliances , avait recueilli Théritage des comtes de Foix et d'Armagnac, des seigneurs du Bigorre et du Béam, et qui restait seule, débris d'un autre âge, poui; reprt^<yprUi:r daus le tiitdi la grandn féodalité, expulsée partout de ses pu^tltoni par fautorit^ royale. Jean d'Albrct, le gi*and-père de Jeanne^ élall devenu roi de Navarre par son mariage avec Catlierlne de Foli* sœur de Phœbus, le dernîer rejctoo de llUiudrc famille dcH comtes de Foix, auxquels un autre inar»age avait apporté jadis la Navarre.
Ce petit royaume de Nav.-ïrre» jeté k chefâl tur les Pyrénées, comme une protestation de Hiomme contre ha harrlhei élevées par la nature, éiaU un des plus vieux de FEtirope moderne, il remontait aux premiers temp^ de la féodal il*', et avait été taillé d'un blot- dans un morceau àf Peinpiie carlovingien. Tant qu'avait dur*^ te moyen Ûgr, kg grande» familles des deux versant?^ français et cspagna! s'étalent passé de main en main Ui royaume féodai , èsm quMl ie brisât en route ; mais on arrivait h Tépoquê où la cetitralliiation royale achevait son œuvre mr la éouble fi nnli^re de la Navarre. Pendant que Liouis XI éiofUfatf, avec les Armngîiacs, les dernières résistances dTj midi ; de l'autre c6té des montagnes, Ferdinand le Cath{>i]<)yef vnt^ln plus dangereux encore, portait une main andacleuse mr te» posjiesslonB espagnoles de son frère de Navarre. Prolitnnl sans remords du trouble inséparable de ravénementd'uw non y elle maison, il envahit la haute Navarre, et refoula Jean d"" Al bret derrière les Pyrénées.
Ainsi réduite de moitié, la fortune de la ma bon d*Albret demeurait enroie une é^s p\m consîdérablea du royaume. Avec la partie fï iuiçatse de Tandeiine Navarre, ^ean d'Albret possédait le R!.irii, le Blgorfe, les comtés de Foix, d'Albret, d'Armagnac, magniiique héritage provenant tant de son chef que du chef de sa femme, la 01le des comtes de Kiiix* Jean maria son fils Iknrl A la sœur de Françoli» l*\ M^irguerite de Valois, la fanipuse reine de N a va rn-, diantée fwr tilément Marot, et de ce mariage naquit Jeanne d'Albret, celle qui donna le Jour à l'enfant dont nous avons le portrait.
De bonne heure Jeanne sembla appelée à de hautes destinées. Toute petite, on l'avait surnommé la Mignonne des rois parce qu'elle était la favorite du roi son père et de son oncle Francis I*% qui la chérissaient à l'envi. Charles-Quint la demanda pour son fils ; plus tard, Philippe li, sous le prétexte de terminer le différend qui , depuis Ferdinand le Catholique, existait entre les deux couronnes d'Espagne et de Navarre ; en réalité, pour avancer en France, où il tenait déjà le Roussiilon. Mais le roi chevalier» qui était un habile politique, ne laissa pas aller loin la négociation. 11 fit venir sa mignonne à Ghâtelleraiilt et la maria à Antoine de Bourbon. Les noces ae firent sous ses yeux, à Moulins, en 1547, l'année même de sa mo^t
Henri ne fut pas le premier-né de cette unioUé Jeanne eot deux enfants avant lui ; mais, comme si la fortune l'eût désigné, une sorte de fatalité s'attacha k ceux qui semblaient devoir le devancer* « Le premier élouffia de chaleur» parée qne sa gouvernante, qni était fHleose, le tenait trop chaudement. Le aeooBd peiïlit la vie par la foute d'une nourrice , car, un Jonr, comme elle ae jouait de cet enfant avec un gentilhomme, et qu'ils ae le baillaient l*nn à l'autre, ils le laissèrent tomber par terre , dont II mourut de langueur. » (Peréfixe.) Enfin, vers le milieu de 1553, alors que Jeanne était au camp commandé par Antoine de Bourbon en Picar<tte, où U faisait tête à Charie8-<^aint , Henri d'Albret la rappela an paya natal pour veiller lui-même sur les pro- » el 11 fie d'oB n«M?el enfant» Gomme im homnae tûr
d'avance, le vieillard disait à qui voulait l'entendre que celuilà le vengerait de l'Espagnol. Sur Tordre de son père, la courageuse princesse se mit en route aux approches de l'hiver, malgré sa grossesse avancée. Partie de Compiègne le 15 novembre , elle arriva le U décembre à Pau en Béarn , après dix-neuf jours de route , ce qui fut cité dans le temps comme une vitesse fort remarquable : neuf jours après, elle mettait au monde notre héros.
\A naissance du fondateur de la grande dynastie nous est arrivée entourée de tout le prestige d'une légende. Jeanne était inquiète du testament de son père. Elle le croyait fait en faveur d'une inconnue. Pour l'avoir entre ses mains, et sur le défi de son père, elle chanta, au milieu des douleurs, une chanson du pays, en patois béarnais, et, digne fils de sa mère, l'enfant, dit-on, vint au monde sans pleurer ni crier. Le vieux roi remit alors à sa fille la botte d'or oit était son te&tament : Cela est à vous, lui dit-il, et ceci est à moi; et l'on sait que, s'emparant du nouveau-né, il lui fît avaler quelques gouttes de jurançon , et lui frotta les lèvres d'une gousse d'ail, pour le rendre fort et hardi, point pleureur ni grimacier, disait le rude vieillard.
A la naissance de Jeanne, les Espagnols de la frontière avaient imaginé une plaisanterie assez grossière, fondée sur les deux vadies qui étaient aux armes de Béarn. « Miracle, avaient-ils dit, la vache a enfanté ime brebis. » Henri d'Albret prenait entre ses bras son petit-fils, le montrait aux siens, et le baisait amoureusement en disant : « Voyez , ma brebis a enfanté un lion, i»
Cet enfant, l'espoir si cher de la vengeance paternelle, fut difficile à élever. On assure qu'il eut sept ou huit nourrices. On le donna ensuite à garder à la baronne de Miossens, qui l'emmena au château de Goarasse, rocher perdu dans les montagnes du Béarn. Ce fut là qu'il reçut cette éducation héroïque qui devait plus tard en faire un homme à part dans le monde coquet et délicat des rois. Fidèle à la méthode qu'il avait essayée le premier jour, Henri d'Albret avait défendu qu'on mit l'enfant au régime des douceurs el des babioles^ ni^'oB le traitât de prince, « disant que cela lui mettrait l'orgueil au cœur, au lieu de la générosité. » Par son ordre, l'héritier du royaume de Navarre était vêtu et nourri comme un petit monUgnard. On le voyait courir à travers les rochers, la tête nue, et les pieds aussi à l'occasion. Sa nourriture habituelle éuit celle des gens du pays, le pain bis, le bœuf, le fromage et l'ail, l'ail qui l'avait initié à la vie, le régal du Gascon. C'était un soldat qu'il fallait au fils rancunier de Jean d'Albret , le roi dépouillé , une machine de guerre à lancer sur l'Espagnol. De la couronne de France il n'en était pas question dans ses rêves : il y eût mis peut-êure plus de façon.
Henri d'Albret n'eut pas la joie de mener loin aon système d'éducation à la Spartiate. Le peUt Béarnais n'avait pas encore attehit l'Age de notre portrait quand son grand-père mourut, en 1555. Tenace jusqu'au bout, le vieillard voulut être enterré à Pampelune, au milieu des rois ses prédécesseurs, sur cette terre espagnole enlevée à sa famille. Il espérait qu'un joar le montagnard de Coarasse viendrait l'y chercher.
donné à Henri d'Albrct par Françoi^r', et qui retournait à son fils, selon l'usage du temps, consolation dernière de la féodalité dépossédée.
Deux ans après, Antoine et Jeanne reparurent à la cour de France , et y amenèrent leur fils , « qui était bien , disent les Mémoires de Tépoque, le plus joli et le mieux fait du monde.» 11 y avait alors un an que le portrait de 1556 était fait.
Ce portrait, œuvre naïve d'un artiste inconnu, appartient à M. Alfred de Vigny, qui a aussi célébré le héros de la Henriade. Le souvenir de Henri IV erre, comme une ombre aimée, dans les pages élégantes de Cinq-Mars. Le portrait que baisait le vieux Bassomplerre était peut-être une copie de celoi-là.
L'amour des sciences naturelles s'éveille dans de jeunes esprits sous l'influence d'impressions toutes physiques ou de clrconsunces fortuites en apparence : ce sont elles qui décideot de la vocation d'un homme. X'«nfant qui se plaît à suivre sur une carte la configuration des pays et des mers Intérieures, qui aspire à voir ces brillantes constellations australes inconnues à notre hémisphère , et feuillette avidement une vieille bible pour y chercher des images de palmiers et de cèdres du Liban» recèle déjà dans son âme les premiers germes de la passion des voyages. Sl*je rappelle mes propres souvenirs, si je m'interroge pour savoir quelles sont les circonstances qui ont feit naître cher mol ce désir immense de voir les régions tropicales, je trouve les descriptions des Iles océaniennes par Georges Forster, les tableaux de Hodger dans la maison de Warren Hastings à Londres, représentant les bords du Gange, et la vue d'un Dragonnicr colossal végéunt dans une vieille tour du jardin botanique de Berlin. Les objets qui m^nt impressionné appartiennent , comme on le Toil , à trois genres de représentation différents : une description poétique inspirée par la contemplation enthousiaste de la nature animée , sa reproduction par la peinture de paysage, ou l'image fidèle de formes végétales caractéristiques. A. DE HuMBOLDT, Kosmos, t. H, p. il.