JEAN PILLEMENT
Musée du Louvre ; Dessin.— Un Paysage, par Jean Pillemcnf.
Jean PiUement élali né à Lyon. H vint à Paris achever ses études d'art, voyagea en Angleterre, en Allemagne, et séjourna longtemps à Vienne. II acquit par ses paysages, ses marines et ses portraits une honnête renommée et quelque fortune. Il fut même attaché comme peintre au dernier roi de Pologne et à Marie-Antoinette ; mais la révolution de 89, en dispersant ses protecteurs , interrompit le cours de sa prospérité.. Ayant perdu en un seul jour une somme d'argent considérable qu*il avait mise en réserve pour la fin de sa vie, il retourna dans sa ville natale , où ses dernières années s^écoulèrent dans la tristesse et la pauvreté : on se rappelle ravoir va, octogénaire, marcher péniblement dans les rues de Lyon pour aller donner & un prix bien modique des leçons de dessin. On trouve en Allemagne un grand nombre d'ouvrages de Jean Pillement, soit dans les musées , soit dans les collections particulières. Son nom y est aussi plus connu qu*en France : c'est \k une destinée qui a été commune à plusieurs artistes du dernier siècle : aujourd'hui même on serait étonné de la répuUtion que se sont faite à l'étranger quelques-uns de nos peintres classés par noue cdUque à un rang secondahre. U tableau des Quatre Saiions , par J. Pillement, a été gravé par le célèbre artiste anglais William WooUett. Le recueil des estampes d'après ses œuvres forme un volume in-folio qui a été publié en 1767 à Paris. Cette année même naissait à Vienne son fils Victor Pillement, qui s'est fait une réputation comme graveur. Jusqu*à l'âge de quatorze ans, il avait suivi son père dans ses voyages en Allemagne : vers cette époque de sa vie, livré à lui-même , il s'appGqQa avec ardeur d'abord à la gravure sur bois, puis à la gravure sof cdivf« : Il ne iarda point à se £»ftrc remarquer Tout XVI.— SirTiMBRi 1848.
surtout par l'étude inlellii;ente et minutieuse de ses estampes d'arbres et de végétaux ; sous ce rapport, il a rendu de véri- Ubles services à l'histoire naturelle. Malgré ses succès, des causes inconnues le firent tomber dans une mélancolie pro-» fonde qui détruisit sa santé ; et , après de longues douleurs « il mourut à Paris en i81/ii , âgé seulement de quarante-sept ans. On trouve encore dans le commerce une suite d'études de paysages à l'usage des jeunes artistes, dessinées et gra« vées par lui, et publiées en 1811.
TROIS MOIS SOUS LA NEIGE
Fin. — Voy. p. a8a, 189.
Le pauvre enfant , ayant des vivres pour dnq ou six jours encore , se décide à les ménager de son mieux ; il fait les recherches Tes plus actives dans le chalet pour s'assurer s'il n'en trouvera pas encore. Cependant le froid devient plus rigoureux que jamais , et semble reculer les espérances du prisonnier. C'est au moment où il touche à sa délivrance qu'elle lui parait le plus éloignée. Laissons-le décrire luimême les dernières scènes de son histoire.
Le ao février.
tt J'ai pris une grande résolution 1 Je quitterai demain le chalet. Avant de risquer ma vie , je veux écrire dans mon journal, que je laisserai sur cette uble, comment je me suis décidé ù ce parti.
Hier malin , les bêlements de Blanchetle m'ont tiré d'un rêve affreux. Je me voyais, les mains ensanglantées, dépct^ani
les membre^ de ce pauTre animal ; fentendats sortir de sa tètet séparée du corps, des bêlements plaintils : c'ëiaient ceux qui frappaient réellement mes oreilles. Quel plaisir tîe revoir h mon réveil Blancheite encore vivante l J'ai couru près d'elle; elle était plus caressante que jamais. Et Je n'avais plus de vivres que pour aujourd*hiU l 11 fallait me résoudre 1 J'ai pris un couteau» et me suis occupé à Taffiler sur le foyer de grès* J'étais an désespoir ; il me semblait que j'allais commettre un assassinat, et, après m'èlre ifLWvgÂé ea .iremblant , je me suis arrêté , parce que BlancboHe s'est avancée ^ son tour, croyant que je lui apportais sa ralion de sel.
Le froid me glaçait les mains; c'était ime raison de siiq>endre encore un acte pour lequel favais tant de répugnance. J'ai allumé tm bon feu, l't me suis mis à rêver i^ii mcckiay^pt. w Si les loups peuvent mardjer bur lit neige, ai-je dit tout à coup , poui'{[Ud n'y marcherious-iioil^ pou au^i ? «>
Dtm kli^e m'a fdiL Ullre le eujiir de joie; puisja crainte m'a pi'U. J'irais ine livrer à ct^îi bélea affauif^^^s, ai, fiùw Jïc pas faire ma pikiure de Blancbelie, Jt; m*éxpo»eraîâ k devenk celle des loups t
Ikiii ! une ititâque de loups pendant noire course; n'eat point ce ruine ; noire ntarche #era prouipte ; nous deiceQfUons en IralDeau*
A ceïî*> pcDsée , je me suis îev? eu sm&iut : im résolution élaït -prise, f t, dès ce momeiU, fat ira vaille à l'exécution.
Deu£ jiiw& m'ont Ktiffi pour fabriquer la voilure néctts- #ii ire à notre voyage. J'ai cons^acré S cet usage le meilleur bois qui me imtaii> J'aiilcmué aux ba»p^ du ^irahu'au uae grande krgeur, p«mr évit<3r qti'U fte«*euroace. iT^ttarlieriiL la chèvre derrière , ei je lui tit^rat lc# piiîdij de nmnl^e k uc lui peruieure auqitii moiiviinieuL Je me placerai sur le .devant. Accoutum*^ depuis mon enfance à ^ulikr un lraliiea|i«ar IcSv pmtm i^ plub rapides» J'espère, s'il m me survi<>||t Jiiy ; d'accident , arriver bienlâl dans la plaine.
Je vais me coucher avec une grande .iSmolipii. Je regpr^ AfijM^tueiiSisinent ç^tte p^n où J^ai Unt soué^t , ,oji je lais- Mffii &» (lûpiiuille-morielkde mon gr^nd-jAie ; je^pitiiffe jui«c frayeur 'i la distance qui me sépare du village ; mais je ne reculerai pas. L.a pensée que je serai bientôt certain du sort de mon père me donne une impatienc» incroyabie. La voi- ^irç est prête ; vpici la cor^e dont je lierai les pieds de Blaaçhêiie, voici la gerbe qui lui servira.de lit et d'abri,, la couyeclure doptje m'envelopperai; içnfin voici l'ioiiution de Jésu8T<}4iri;9l ; Je Qe,m'en séparerai plus ; Je veux qu'elle me suive èJft yic ou ^ l^.raorL C'est avec elle que je dis dans ces ^rpïers moments : » Seigneur, je suis arrivé à cette heure ^>fm.qpe votrje gloire éclate , lorsque, ayant été dans une Pi^ande.tFJbulatton, vous m'en avez délivré. Qu'il vous plaise, u Seigneur, de m'en tirer, car que puis-je faire, pauvre comme »*je suis, et où irai-je sans vous 7 Aidez-moi, mon Dieu, et » je ne craindrai rieiî. » '"^
te 1 mars, dans fa miison de mon père.
Je suis auprès de lui. 11 tient de relire mon Journal que je D7ai paidea^iKsoin deJaiMordaiis l<e cbaleU et il ^le presse décrire: la: CDodusion. L'éçiotion que Je sens encore , après unejemaiiie deboBbeur,iie nie laissera pas raconter avec beanooiipd'Drilrela der/Uère scène de ma captivité. Les choses •e sont passées Men eiiu-ement que je ne m*y attendais.
Le 21 Cévrier, le.froid r«e jiarut encore plus rigoureux, cl je «ésohu de ne pas perdre un instant. U (a|la{t ouvrir un passage suffisant pour le traîneau ; qutis Je pouvais rejeter la neige dans le chalet, et cela me rendait le travail plus facile. Je l'entrepris sdr-le-champ, et je m'y livjrai avec tant d'ardear qa^Sn je me fatiguai. Je fus obligé de m'arrêter quelques Instants. J'allumai du feu ; maisà peine la fumée venaitelle de s'élever que j'entendis de grands cris au dehors. Ma première pensée fut que les loups m'avalent aperçu et qu'ils lilaient me dévorer* Je fermai k porte vivement. Ma frayeur iBed«npMl«iglcm|N^; Je m'entendis appeler disiinctement
par mon nom , et je crus même reconnaître la voix. Je ré* pondis de toutes mes forces.
Des cris de joie me prouvèrent que j'avais été entendu* Aussitôt il se fit du côté de la porte un bruit confus de voiz^ comme de gens qui s'animaient m trava^. Aa ktM de ^pA ques minutes, une.ç^^ture as3ez large f^rheyait le paasaflf que j'avais commencé.. Uw^ père atte^t ù peine que le pas-t sage îùi praticable, i^ ^'é|s^Aça dans ^ cli^t en jpou6sa^U .119 cri : j'étais dans ses 4>ra(.
— Et ton grand-^ret!
J'étais trop ^isi pour répo^idM. le co|^$Uil8is XI109 §ère dans la laiterie où j'avais creusé la toiçbe. f^ ^ jet^ à ge-> noux ; J'en fis auunt , et, QOBune ^'.ess^ais 4e j^^nllqnef en détaU ce foi ^'^t passé :
r— {4us lard 1 me dit-*il. Me nous exposo^ pas ii «n m$r veau mf^UiQMr. 1^ temps nous presse ; le j^u^u* ,^ sera pap facile.
Les jiommes qui l'accompagnaient ^i^ii^ieot d'en^ ; c'étaient mes deux oncles et Pierre. Toy^ )iR'e<^ra$uii^rei|t. Ils virent mes préparatifs, qui fur^ j^{^q|i^4(^ ,Ç^ 4^1^ de partir sans retard. Tous mes Jlbéi:fHeurs ?tvii^nt ^91/m leuçs pieds des planchettes armées de pertes jKrti^^* V^^ avalei^t apporté deux paires de surplus, ili^ri II f ea .avait ui^ d'inutile; Je me diaussai de Pautre. i^s^r,tef^t chargé 4u Iralpeau. I^es loups pouvaient vci^ir^'^ ;leurKJajtsait : nous éMons tous arm^ Mon ptM'e,,^^i ^^Arit wAa main,;We.ipH4Sur l'épi^ule un fusil de chasse.
-•^ €e n'^iipas le moment , nous^^lît-ril ,.4'qmp^ii^ le 4>oqis de mon père. Hous reviendrons p\i printemps , s'il j|l^ à Dieu, le tirer d'ici, pour lui rendre (Çopv^fl^bleinom.M» 'Slage les derniers devoirs.
r^iSfptts devinez , ai-^e 4lt , la jifph)u(é4e4|iQp «riif^-tpèfs.
PierneAeelt tout disposé pour ile^Mpart. Jm «descente to rapide, m(^ fatigante. Je fus «^ii^ut ébloui de 4a Jutni^ du soleil et de l'éclat de la peige... ^ous arrivâmes eii|ifi è iKendirpit.Qik i:pn ,^^it c^mim^poé <^ m^^f le chemin popr essayer de venir -à nous. Je fus frappé de voir l'immense 4nh vail qu'il.avait dû coûter, et je compris que , sans la gelée. Je n'aurais pas été délivré de bien longtemps.
— Vous l'auriez été de» le niois de décembre , si le froid s'était soutenu , m'a dit mon père ; mais la neige s'est amollie, et il a fallu renoncer à ce travail. Quatre fois on a ouvert la route , et quatre fois elle s'est trouvée fermée comme auparavant.
— Mais étaitrclle fermée dès le premier jour? • Alors mon père m'apprit une circonstance iiien maihen-^
reuse. II avait failli périr au milieu d'un ébouleraient de nd^, en de^ndant de la montagne. On l'avait relevé mourant, an bord d'un ravin , et , à (juelques pas, on avait retrouvé le bâton de mon grand-père et ma bouteille.
On emporta mon père sans connaissance. Il ne revint I lui qu'au bout de trois jours. On avait perdu ce temps ,à nous chercher au fond du ravin, où l'on nous croyait ensevelis. Quand mon père eut repris connaissance, il était trop tard pour faire en notre faveur une tentative, qui d'ailleurs aurait été fort dangereuse dès le premier jour.
Je ne parlerai pas des tourments de mon père ni de ses efforts pour nous sauver. On avait encore plus souffert au village qu'au chalet. Tous nos voisins , accourus ft ma rencontre, m'ont témoigné la plus vive affection. Je rougissais d'en avoir douté. Dieu m'a rendu mon père ^ et je le bénis. Il n'a pas permis que mon grand-père pût revoir sa famille et son village : ce vénérable ami m'a enseigné lui-même à ne murmurer jamais contre les dispensations de U Providence. f>
Dans les anciennes républiques , la liberté était fondée moins sur le sentiment de la noblesse naturelle des hommes
, (lœ sur un équilibre d'ambiMan et de puissance entre les '.p&rticttliera. t*ainour de la ^trle était noins Ta^iourdeses ;coocltoyens qu*nne haine comomne pour les étrangers. De . Ik k% barjiailes qde les anciens exerçaiefix envers leurs esclaves } de ISi cette coutume de resclava^ répandue autrefois . wr tonte |a terre, ee$ oruantét jiorriMes dans jef guerres des* Grecs et des Romains , cette inégalité barbare entre les deux sexes qui règne encore aujourd'hui dans VOrlent, ce mépris de la plus grande partie des bommcs inspiré presque partout aux liommes comme une vertu , poussé dans l*Inde jisqu'à craindre de toucher un homme de basse naissance ; de là la tyrannie des grands envers le peuple dans les aristocraties héréditaires, le profond abaissement et l'oppression des peuples soumis à d'autres peuples. Enfm parKmt les pitts forts ont fait les lois et ont accablé les faibles; et Si Ton a quelquefois consulté les intérêts d'une société , On a toujours oublié ceux du genre humain. TcaoOT.