LE VOYAGEUR ET LE MENDIANT
Le voyageor. Bonjour, vieux.
Le menount. Je te répondrai par le même mot ; quant à moi , je n'ai jamais connu de mauvaiê joure. Le voyageur. Alors, pour salut, je te dirai : Sols heureux l Le mendiant. Je ne sais ce que c'est que le malheur. Lk voyageur. Que Dieu te conserve ainsi 1 mais expliquamoi tes réponses.
Le mendiant. Tu as souhaité que le jour me fût bon ; comment un jour donné par Dieu ne le serait-Il pas? Tn m'as dit d'être heureux ; comment ne pas l'être quand on accepte tout de la main de Dieu et qu'on n'a pour volonté que la sienne ?
Le voyageur. Mais si Dieu te rejetait I Le mendiant. Il ne le peut pas , car je l'ai saisi arec ks bras d'un humble amour et d'une foi ardente^ Us m'unis^t à lui par des liens indissolubles. J'aime mieux être avec mon père dans les plus basses profondeurs que sans lui sur t^ plus hautes cimes.
Le voyageur. D'où viens-tu ?
Le mendiant. Je viens de Dieu et je retourne à lui. Le voyageur. Où as-tu trouvé Dieu?
Le mendiant. Là ou n'était plus la créature.
Lb voyageur. Où demeure-t-il ?
Le mendiant. Dans les coeurs purs.
Le voyageur. Qui es-tu ?
Le mendiant. Un roL
Lb votageor. Et quel est donc ton rôyatmsé t Le mendiant. Mon âme; Dieu m'en a conBé le comman^ dément afin que les pensées qui lliabitent n'allient polni 8'égai*er au dehors.
Lb voyageur. D'après quelles règles gouvernes-tu ? Lb mendiant. Mon code est la patience, hi résifnatioo, b prière et l'obéissance.
Le voYAOfcim. Vera quel but marches-tu t Le meudiant. Vers le repos dans ce nul est grand et divin.
Le voyageur. Et quelle est ta couronne ?
Le mendiant. La sérénité de l'àme.
Lb voyagcur. Malheur donc à ceux qui, lous prétexte de nous conduire en avant, n'apportent que l'agitaUon et k$ vaines fatigues 1 Ils noua promettent toujours que nous aniverons au sommet de la montagne» et eux-mêmes se débattéU à ses pieds dans la ponasièrt.
C'est mal raisonner que d^ dire : Je suis plus rldit fte vous, donc je suis meilleur ;' je suis plus éloquent^ éottcje suis plus vertueux. Mais cette conséquence est bien tiret : Je suis plus, riche que vous , donc mes richesses surpassent les vôtres ; Je suis pins éloquent, donc mes discours valent admi que les vôtres. Mak toH tu n'es ni discours» ni richesaes.
ËncTiTB.
Il y a des hommes habitués I fëfl^bh', de vrais peaseon,
qui ne parviennent à Gxer la suite de leurs idées qu'en tenant leur plume ou en fumant leur pipe. Madame de Staél , dont la conversation avait tant d'éclat et de charme, se trouvait plus disposée & soutenir une discussion intéressante lorsqu'elle pouvait faire jouer une petite branche feuillée entre ses doigts. Un savant littérateur de ma connaissance » qui d'habitude ne parlait pas ^^'èf^f^^l^enl , trouvait l'expra*
sion qu'il cherchait avec moins de peine en pétrissant à la dérobée quelque petite boule de cire ou de pain. Il est peu de personnes qui t lorsqu'elles veulent rêver profondt^mc^nt, ne tiennent la tête penchée dans une de leurs mains, le coude appuyé sur le coin d'une table ou sur le dos d'une chaise.