‹ Le Magasin pittoresqueChapitre 128 sur 185 · WILHEM · texte numérisé non relu

WILHEM

GuUlaume-Louis Bocqnillon-Wilhem est né à Paris en 1781. A l'âge de dix ans, il suivit, en Hollande, à l'armée du Nord , son père François Bocquillon , alors chef de bataillon. A douze ans, en 1793, il était caporal dans une compagnie de .Mpears faisant les fonctionsde voltigeurs, et il s'acquittait réellement des devoirs de ce grade. En 1795, il quitta le service militaire et fut admis dans l'école nationale établie au château du duc de La Rochefoucauld-Liancourt, et plus lard à Compiègne. Cette école, origine du prytanéede Sainl-Cyr, s'était formée de celles du chevalier Paulet et de Léonard Bourdon : elle était particulièrement consacrée à Téducation des fils d'officiers pauvres. I^ jeune Wilhem demeura quatre ans dans celte institution. On lit dans une noie transmise en janvier 1799, au ministre de Tinlérieur parle directeur de l'école : « Le chef de compagnie G.-U Bocquillon, âgé de dixsept ans et demi, est cité comme instruit dans les mathématiques, les fortifications, la grammairt, la musique, comme aimé de tous les élèves, respecté par set subordonnés, estimé par ses supérieurs, comme4in modèle d'a|>plication, de sagesse et de bonté. »

Avant cet âge, Bocquillon-Wilhem s'était déjà exercé à la composition. Il avait mis en musique ud« ode du directeur de l'école de Uancourt , sur l'assassinat dta mfttlslrcs plénipotentiaires de< France au congrès de lUdstadL En novembre 1799, le directeur de Uancourt envoya Wilhem à Gossec , directeur du Conservatoire de n^usique, et le lui recommanda en ces termes :

« Ce jeune homme, déjà recommandable par d'excellentes qualités et par ses progrès dans les sciences, « pris un goût tout particulier pour la musique, et ses heureuses dispositions pour cet art se développent d'une manière qui me surprend d'atilanl plus qu'il n'a d'autre maître que la nature, d^autrcs secours que quelques livres qu'il a trouvés dans la bibliothèque de l'école. C'est ainsi qu'il est parvenu , sans conseils et sans guide, à composer des morceaux qui , tout défectueux qu'ils peuvent être, annoncent une vocation expresse et peutêtre l'ascendant irrésistible du génie, h

Le mois suivant , Bocquillon-Wilhcm , dont le père était alors commandant de la citadelle de Perpignan, fut admis au Conservatoire de musique en vertu d'un arrêté ministériel. Il n'y entra toutefois qu'au mois de février 1801. Gossec , Méliul , Chcrubini lui donnèrent des conseils et des encouragements. En octobre 1802, il fut chargé d'enseigner au collège de ^int-Cyr les principes de l'art musical. Ce fut là qu'il composa l'air de Tode écrite par son ami Antier :

Tremblez, Anglais, tyrans des mers!

Ce chant fut exécuté par les élèves à grand orchestre et avec grands chœurs en présence du ministre de l'intérieur et de nombreux officiers. Il composa aussi un Chant guerrier pour la descente en Angleterre, qui fut exécuté à Saint- Cyr, à Versailles, sur différents théâtres, et à l'Académie impériale de musique.

Après cinq ans de séjour à Saint-Cyr, Wittiem vint se fixer à Paris, où M. Jomard lui procura on petit emploi dépendant du minislère de l'intérieur (1). Vers ce temps , il se lia d'une amitié que rien n*a jamais altérée, avec Béranger, et composa la musique de plusieurs poésies de notre grand poète

populaire : Marie Stuart , Charles VII , Brennus , la Bonne Vieille , etc.

En 1810, il obtint le titre de professeur de musique, maître de piano et d'harmonie au lycée Napoléon. Eu même temps, il s'occupait déjà d'un cuseignement collectif de musique dans une pension de jeunes personnes.

L^introduction de l'enseignement mutuel en France, pendant les cent jours, sous les auspices du général, Carnot, fit concevoir à Wilhem la pensée de développer et de perfectionner sa méthode d'enseignement colle<iUf de musique. « U fut frappé , dit M. Jomard , du spectacle, jusque-là inconnu en France , de trois cents enfants observant le plus grand silence , s'insiruisant mutuellement entre eux sans la participation directe du maître, étudiant sur des tableaux, faisant tout à un signal donné , et tous dans un mouvement continuel , semblable au travail de la ruche , mais réglé par l'ordre le plus parfait. Son cœur gém'reux s'émut à ce4le idt^e toiKhante que la famille de l'indigent allait désormais trouver dans l'école le meilleur et le plus sûr asile. Dès lers son esprit travailla sur un nouveau thème d'une grande difficullé ; se pénétrant peu à peu du système nouveau , surtout du principe de classincaiion , il apprit de l'enseignement mutuel qu'il était nécessaire d'isoler les difficultés » de subdiviser beaucoup les degrés , les leçons , les tableaux: qu'il serait m^me avantageux d'établir autant de classes pour la musique vocale qu'il y en avait pour les autres facultés. En attendant quil lui fût permis d'expérimenter dans une école publique, il établit à ses frais, dans son domicile, une petite classe préparatoire, et une autre à une pension de la rue Saint-Louis au Marais; bientôt, avec l'autorisation de M. le comte de Chabrol, préfet, un insiituteur communal de l'ilc Saint-Louis lui ouvrit son école. »

Le coaseH d'instruction priipah*e du département de la 3eine, et la société pour l'encouragement de l'instruction élémentaire suivirent avec intérêt les essais de Wilhem , en comprirent toute la portée, et secondèrent son ingénieux dévouement a Isoler Vintonalion de la durée fut la première idée lumlneufe qui saisit M. Wilhem; ensuite il inventa Vescalier vocal et une nouvelle mai^ harmonique. Bientôt ' une autre conception non moins heureuse lui viul à l'esprit : diviser la méthode de diant en autant de degrés que les autres facultés de l'école était une condition ; il la remplit parfaitement , en prenant ces degrés dans les intervalles mêmes de Téclielle dialonique, nombre pour nombre. La tonatilé et la connaissance des clefs musicales étaient d'autres points d'une haute difficullé pour nos écolt\s; Il imagina Vindicaleur*voral , procédé ingénieux si bien eu harmonie' avec nos exercices , qui fait loucher au doigt l'explication des clefs , et qui apprend aux simples enfants à transposer sans peine, à (listinguer tous les tons d'espèces différentes. » (Jomard.)

En 1826, Wilhem fut chargé de diriger l'enseignement du chant dans les écoles élémentaires de Paris. Ainsi le chant scolaire était désormais fondé en principe, les écoles de Paris étaient dotées de l'enseignement musical ; mais 11 restait à le généraliser et dans la capitale et dans la France. C'est à quoi devait surtout contribuer la fondation d'un Orphéon , c'est-à-dire les réunions périodiques des enfants des différentes écoles pour le chant en cdmmun ; heureuse pensée de l'ingénieux Williem, réalisée en octobre 1833, et dont Timmense succès se continue encore aujourd'hui sous l'habile direction de M. Hubert, élève aimé de Wilhem. En i83Zi, le ministre de l'instruction publique fit distribuer deux cents exemplaires des tableaux Wilhem dans les écoles primaires de France , aux frais de l'Université. En 1835 , le conseil municipal de Paris arrêta que le chaut scj-ait enseigné dans trente écoles nouvelles, et Tauleur fut nonuné directeur-

(x) M. Jumard , de l'Institut, dont le dévouement constant à blique, a écrit une notice très-complète Mir la ^'* Y^Î^^Tx^iTvT /> la cause de reuseifnemciit populaire mérite la r«connais^uce pw- de Wilhem ; notre article en eftt un ©q^lied by VwJOOv Iv^

MAGASIN r^ItTÔRESQUE.

inspècfcnr général de renseignement du chant dans les écoles primaires de la ville de Paris. En 1836, raiiiorilë approuva rooverture de cours de chant gratuits , en faveur des adultes, dans trois des arrondissenocnts de Paris. Une partie de renseignement dans ces cours fut confiée à M. Hubert. Wilhem fut nommé en 1839 délégué général pour l'inspection de l'enseignement universitaire du chant, et, en 1840, délégué pour* l'inspection du chanl dans l'école normale de Versailles. Enfin , dans les années 18/il et 18/i2, sa méthode de chant fut introduite, sous sa direction, dans les écoles de frères, ainsi que dans une grande partie des écoles de sœurs. Elle fut aussi transportée vers la même époque en Angleterre.

« La méthode de Wilhem, dit un auteur étranger, est àia fois simple et savante ; ce n'est point une théorie à innovalions effrayantes , et elle ne prétend pas ù ravanlaire très-

contestable de nouveaux signes musicaux; mais elle a droit au titre de méthode nouvelle par une. analyse attentive ée la théorie et de la pralique de la musique vocale, par la disposilio^ des leçons et par une marche ascendante, procédant au moyen de pas successifs , depuis les éléments les plus simples appropriés à rintelligence des enfants , Jasqu'aDi sujets les plus compliqués qu'autrement il serait difficile de comprendre , et qui , amenés suivant un ordre naturel et logique, paraissent aussi simples et aussi faciles que les premiers degrés. Or , tel est le vrai caractère de tout procédé d'enseignement élémentaire qui est digne du nom de méthode ; c'est aussi le mérite auquel peut prétendre la méthode de Wilhem , et qui n'appartient qu'à un bien pelit nombre d'inventions simples et ingénieuses. »

V^ilhem est mort le 26 avril 18/i2. Son immortel aial Déranger a consacré des vers touchants à sa mémoire. En

Willicm.— D'iiprts le nicdaillon de David d'Angers.

1861 , après une séance de l'Orphéon , il lui avait écrit quelques couplets dont voici le premier et le deriiicr ;

Mon vieil ami, la gloire est grande! ■ - Grâce à tes merveilleux efforts,

I Des travailleurs la voix s'amende

• Et se plie aux savants accords.

D'une fée as-tu la baguette,

Pour rendre ainsi l'art familier ?

II purifira la guinguette,

Il sanctifira Patelier.

D'une œuvre et si longue et si rude

Auras>tu le prix mérité?

Va, ne crains pas l'ingratitude,

Et ris-toi de la pauvreté.

Sur ta tombe, tu peux m'en croire,

t!vu.\ dont tu rbarnK'« les doulçur^

Offriront un jour à ta gluirc

Des chants, des larmes et des fleurs.

Page 1