VOYAGE DANS LE SAHARA
PAR M. JAMES RICHARDSOK , Fn 1845 et 1S46.
Au dix-neuvième siècle , on peut encore dire, comme les anciens : — Qu'y a-t-il de ncaveau sur l'Afrique î Cliaque jotn* nous apporte des détails inconnus. Le Sahara, l'ioimense Sahara, par exemple, au sein duquel se caclioit des iriJbiis, des villages, des i41les , des populations entières, ne se ré«èie ft nous que peu à peu. Un voyageur anglais. M, James Uif'hardson , vient d'en parcowir les parties centisles » el a
dOpné la descripiIcMi t^-^i
d<^d«n3( >4Nks.plus
ialéres&aQte.<i , Ghrât et Gliradamès , ù peine enlrcvucs par Ks prédécesseurs.
Parli de Tripoli le 2 août 18^5 , il est resté absent liirit
Carie des parties centrales du Sahara et du Soudéne» indiquant là route de M. J. Ricliardson (en lignes pleines }.-* Dessin de M O. Mac Carlhy.
mois. Voici quelques passages de son récit, que nous regrettons de ne pouvoir reproduire tout entier.
De Tripoli à Ghradamès. — De Tripoli à Ghradani(îS il y a , par la route la plus directe, 500 kilomOtres (distance de Paris à Brest en ligne droite). M. Kichardson (it ce trajet en vingt jours; mais sept ou huit journées furent j^
perdues dans les montagnes de T Atlas qui s'élèvent en arrière de Tripoli, et dont les pentes , d*un aspect varié , forment un contraste frappant avec les plaines rouges et stériles qui Tenveloppent.
Les quatre derniers jours de cette traversée, dit le \oyageur, furent terribles pour moi. Le ghibly ou simoun, cet épouvantable vent du sud, u'a pas cessé de souiller un instant Dans lu journée il faisait tellement chaud (on était, du reste , au mois d'août ) , que j'essayai en vain de dormir; la nuit, jVtais sur le chameau ( vt^rilablc navire , comme disent les Arabes), cl je ne pouvais reposer. Je me trouvai à plusieurs reprises entre la vie et la suilbcaiion ou la mort , et je n'ai dû la vie qu'aux crises par lesquelles se terminait cette lutte terrible de la nature européenne contre le* soleil d'Afrique. La force du soleil est indicible. Les rayons dardent avec une énergie et une violence dont rien dans nos contrées ne peut donner une idée , et qui 6te toute énergie.
Mon diamelier marabout m'a rendu im important service, IHîrsonne ne pouvait prononcer mon nom. Meliammed (ne <iH tw jofir I ^ IPgWz (Anglais) , as*tu plusieurs nou^s
ou n'en as-tu qu'un seid? Nous ne pouvons retenir ton noDU, il est trop difficile. Prends-en un comme le nôtre, si lu n'en as pas. — Je lui répondis alors que j'en avais un autre , James , dont le correspondant arabe était Yakob. Aussitôt ses yeux s'agitèrent convulsivement avec joie , et il s*écna : — C'est cela ! c'est cela ! — Puis il s'empressa d'apprendre la nouvelle aux antres voyageurs. Ce second baptême dans le Sahara me fut d'un immense avantage. Il n'y a pas un oasis dans la partie la plus reculée, la plus sauvage du désert , où Ton n'ait entendu parler de Yakob. Lorsque j'arrivai à Gbi-ât, je fus tout étonné d'entendre tout le monde m'appeler ainsL
Le 26 août , à la pointe du jour, nous nous mettions en marche pour notre dernière journée. A l'instant où le jour envahissait la moitié du ciel , j'aperçus Ghradamès comme une épaisse raie noire à l'horizon : c'était son bois de dattiers. 11 me sembla que je venais de découvrir un nouveau monde, que j'étais devant Tinbektou , que j'allais pouvoir suivre le cours eiilierdu Niger, ou faire toute autre chose semblable aussi extraordinaire. Mais ces illusions s'évanouirent bientôt, comme s'évanouissent loulcs les vaines espérances de l'homme.
Entrée à Ghradamès, — En un instant nous sommes enveloppés d'une foule d'individus accourus pour souhaiter la bienvenue à leurs amis, car la traversée du désert est toujours regardée comme périlleuse , même par ses propres enfants.
Tout le monde se presse pour voir le chrétien. Chacun sait déjà depuis deux mois que je dois venir : des groupes d'enfants courent tout autour de mon diameau ; les hom* mes devant lesquels je passe restent immobiles , la bouche béante; les femmes montent précipitamment sur les terrasses des maisons, frappant des mains et faisant retentir l'ahr de leur cri de joie ordinaire : lou! loul
J'entre dans la ville par la porte méridionale, construction massive, délabrée, qui remonte au moins à dix siècles, garnie de ses bancs sur lesquels on avait l'habitude , dans i'antl* quité, de rendre la justice. Après l'avoir passée, nous pénétrons dans les faubourgs intérieurs, à travers d'étroites et inextricables ruelles, entre les murailles de terre des jardins. Les palmiers montrent leurs têtes élégantes au-dessus, et adoucissent pour l'étranger ce que le spectacle qui l'entoure :i de monotone.
La j/lacc des Fontaines, à Gliradaoïcs.
Je me dirigeai immédiaiement vers le gouverneur le raTa Mouslapha', conduit, escorté par le peuple en masse, qui, en mv voyant , sï-criail ; K^-slamah! Esilamhlj^iX^^^^
Il (imnanda le café et me fit nn accueil plein de cordialité. Phy$ionorm$ de U vUk. — 25. La maison qui m'a été préparée est trës-comniode et assex propre. EHe est située dans un dss fauboui^, près de celle du gouYerneur. J'essayai de £aire la sieste, mais cela ne me fut pas possible. Alors J'allai me baigner à la source, génie créateur de cette ville , qui par eUe s'est élevée comme une émeraude au mlNeu d'une solitude de sable et de pierres. Tout le monde se montre lrè»"affable. Ce qui a le plus excité mon attention , ce sont les .IXiulireg (1), vis^* vis desquels je me suistronvé aujourd'hui j^our la première foisi PlusieurtdVAtre eux étaient venus ici pour affaires de commerce. Leur étonnement en me voyant lut au OMJns aussi grand que le mie» & Irur égard ; quelfues-rims s*écriteent : « Allait I Allali ! comment un infkièle ttUrii veau ici 1 1» Dans l'après-midi ^ après la sieste, je fis de nouveau uike promenade dans ta vUle ; elle m'a beaucoup ,piu. Sa supériorité sur Tripoli est incontestable*, eu égard aurtout à la position respective des deux villes : Tripoli, placée au bord delà mer, ouverte au monde entier ; Obradamèt au milieu du désert, loin des rives de la Méditerranée. On ne rencontre pas de mendiants dans les rues , et le peuple est bien vêtu : il est vrai que tout le monde est en habits de fête, .tinsi que cela se fait toujours à l'arrivée d'une grande cara- Tane. Quel contraste avec la malpropreté 4e Tripoli, avec ses misérables meadiasts couchés au coin de tous les canreiumv! . Tout £aropéea, pour les populations orientales, est m6iàtçixu Eu ooMéquenee, je ne fus pas plus tOt arrivé qu'il me fiilittt donner des consultations et des remùdes h loot le monde, depuis, le gouverneur jusqu'au dernier des habitants de la dté. Le Aamadâoe seul , ce jeâne d'un mois , pendant lequel les reUgiesa b^bltaiits de Ghradamès aimeraient mieux se laisser naonrir que de prendre une médecine, me donna quelque repos. Heureusement qVie m« science n'avait pas besoin d'être bits prolbade. Je n'avais guère è traiter que des maux d'yeux, qai sont ici , comme 4 Ofaràt, les affectioBS dominantes.
Lc^ oMhométana sont pénétrés de cette idée que les chré^ tiens doivent s'emparer un jour des contrées qu'ils occupent ; mais qu'ensuite, avec l'aide de Dieu , ils se vengeront et reprendront possession de leurs villes et de le<u*s pays, c Gela, me àii le marabout , est une propitétfe de nos livres sacrés. » En conséquence ma présence ici est regardée par quelques-uns comme le pronostic de la ruine du pouvoir musulman à Ghradamès. Je suis un éclaireur, un espion dans cette nudité de Icuïerre; d'autres pensent que je profane la sainte dté. Hier, je me suis égaré dans le labyrinthe de ses rues sombres dont quelques-unes deviennent, à de ^ certaines heures de la jotll'uée , de véritables mosquées. Le peuple s'en est plaint au rais qui m'a fait recommander d'être plus réservé. Je répondis qu'étant tout à fait étranger, je ne pouvais être regardé comme coupable. L.e rais m'excusa auprès du peuple en disant : « Peu à peu , le chrétien finira par connaître tout ce qui est légal : nous devons le lui apprendrau » 11 continuait à m'envoycr à déjeuner, à dtner et & «anper. « Cela, me <lit son domestique , doit durer trois jnnrs , suivant la coutume. » Pbis tard , je nmarquai quelle éUK pratiquée aussi ^ GhrâL Caillé fait observer que les Braknas la suivent également ; mais notre estimable gouverneur ne s'en tint point à cet usage ponr l'exercice de llMspiialité.
L'tmnê. "-* 26 août. De bonne heure , dans la matinée , j'iâ lab le tour de la ville. Il n^y avait que SaTde , mon domosiique, avec moi. 11 nous a fallu, en marchant d'un pas modéré, une heure et demie, ce qui indique que l'oasis peut avoir environ cinq milles ( 8 kilomètres) *de circuit* Quelle hideuse scène de désolation présentent ses environs 1 pas un arbre , pas une herbe , pas une créature vivante 1 On parle des pôles, nukis il y a encore moins de vie Id ! A l'ouest , tes
( • ) Ce BBot e&t toujours ainsi prononcé en Algérie ; l*aateur écrit Ttmaneàs* Voy. la note p. 3oo.
groupes de collines de sable, qui s^étendent jusqu'à dix journées de marche , étaient resplendissantes comme la lumière, et devenaient souvent invisibles par leurs réverbérations brillantes. A mon retour, 1e raîs me fît plusieurs questions sur ce que je pensais de la viHe, et il me dit , pariant des habitants de Ghradamès: « Ces pauvres sots pensent qu'il n*ya pas de ville semblable à la leur ; que diraient-ils s'ils avaient vn Stamboul (Constantlnople) ! Ceux qui n'ont pas vu Stamboul n'ont pas vu le monde ! » Les murailles de Ghradamès sont bâties , ainsi que ses maisons , presque entièrement de briques cuites au soleil , mêlées de petites pierres et de terre. Elles sont en assez mauvais état et ouvertes en plusieurs endroits sur le déserL Mais en dedans de ceà murs exléiieurs. il y a les murailles des jardins formant de tortueux sentiers ; de sorte que les approches de la viife sont difficiles , excepté du côté de la porte du sud. Le mot jardin a ici une signification tout à fait diiTérêntc de celle qu'il a chez nous. C'est ordinairement un ensemble de champs de céréales et de plantations d'oliviers, d'arbre fruitiers croissant à l'ombra des grands palmiers. On y voit assez rarement quelques fleurs.
L'impôt^ le gotwernâmentturc. — J'ai dîné ce soir avec le raTs (capitaine). Il est un peu mieux et se posé des charmes sur les yeux, comme s'il leur devait sa guérison , et qu'elle ne fût pas le résultat de l'emploi du nitrate d'argent Son Excellence me parla des affaires de la ¥ille ; nous causions de choses actuelles. La ville p§ye au gouvernement turc 6 000 mahboubs (36 000 fr.) par an ; c^est une petke somme pour une ville de marchands ; mais il y a peu d'argent dans le pays, parce qu'il est presque entièrement entre les mains des marchands de Tripoli. Aussi le peuple se plaint-il que les jardins languissent par suite du manque de capitaux pour les cultiver; la moitié des dattiers ne portent pas de fruits cette année par suite du manque de travail et d'irrigation.
Le marchés les oiseaux, — 29. Dans la matinée j'ai été au marché (Souk). Je n'y vis que quelques tomates, du poivre long, un peu d'huile d'olive, un peu de froment et d'orge. Un boucher , devant lequel je passai , venait de mettre en vente un chameau entièrement découpé. On en tire de cette manière environ trente shellings ( 8 fr. 35 c ). Aujourd'hui j'ai aperçu quelques pigeons dans les jardins, et une petite troupe d'oiseaux , à peu près une vingtaine , voltigeant audessus de la ville ; on les appelle arnoul ; ils ont le cou et le bec très-longs. Lorsque les hommes cessent de travailler aux sources, les arnouts y viennent boire. Les palmiers sont le séjour favori des pigeons, ce qui est aussi poétique qne naturel. Les animaux et particulièrement les oiseaux sont bi rare.s dans ces régions , que leur apparition est un objet de curiosité. Ceux-ci sont les premiers que j'aie vus depuis mon départ de Tripoli. Il n'y avait pas de viande aujourd'hui an marché. Plusieurs individus se rétmlssent ordinairement pour adieter un mouton tout entier ; ils le tuent et le divisent en autant de portions qu'il y a d'acheteurs , ce qui fait que la viande est rarement exposée en vente et qu'il est nécessaire de s'entendre avec ces acheteurs si l'on en veut. L'argent se donne avant et non après que l'on a livré le morceau qui nous est destiné. La viande n'est jamais pesée.
31. Je viens de visiter la maison de mon interprète. Grande fut ma surprise lorsque je reconnus que la diambrc d'entrée éuit environnée de petites pièces dans lesquelles se trouvaient placés trois ou quatre moutons à Tengrais. Ces animaux soAt pour les Ghradamsia ce que les porcs sont pour les pauvres Irlandais, de véritables dieux pénates. Les chambres du bas servent généralement aussi de magasins. Au premier étage se trouvent les chambres à coucher et au-dessus une terrasse, sur laquelle s'ouvrent en outre quelques autres petites chambres. Tout cela est excessivement petit , mais Irès-élevé. Des escaliers de pierre conduisent d'un ét^ i l'auU^. L'interprète me fit observer que toutes les maisons étaient construites de la même manière et qu'elles ne différaient que par l'étendue. Elles sont à un « 4kox , trois ,
quatre et même cinq étages , la plupart à trois ou quatre seulement. L'arciii lecture en est ordinairement mauresque « avec quelques particularités fantastiques toutes sahariennes. Les édifices publics n^oifrent rien de remarquable. Les mosquées n'ont même pas de minarets. Il y en a quatre grandes: la Djéma Kebir ou grande mosquée, Tiuglirasine , Yérasine , Elooulnuh , et plusieurs autres petites , ainsi que des sanctuaires. Le seul buis de cliarpenle et de menuiserie que Ton emploie est celui de palmier. Les rues sont togies couvertes et obscures (usage dominant dans plusieurs villes du Sa bu ra) avec de petits espaces ouverts ou de petites places çù et là , ménagés la plupart du temps dans le but de laisser pénétrer la lumière du ciel. Elles sont petites» étroites, tortueuses , et elles ne peuvent pas admettre plus de deux chameaux de front ; leur platond est cependant assez élevé pour permettre aux grands maliaris (chamcaui^ de cooise) d'y pénétier. Je viens d'en voir entrer un ; sa liauteur extraordiuaire m'a vivement étonné. Un homme d'une taille moyenne eût pu passer sans se courber sous son ventre. La place la plus mléressante de la ville est VAaouine ou la place des fontaines. Les principales rues et les principales places sont bordées de baucs de pierre sur lesquels oo s'accroupit quand on ne s'y étend pas. Maisons et rues sont d'ailleurs admirablement appropriées au climat ; elles protègent contre les rayons brûlants du soleil et les brumes piquantes de l'hiver. Outre quelques petites portes extérieures et intérieures, la ville a quatre portes principales : à l'exception d'une seule, rentrée en est interdite aux chameaiu et aux marchandises. Cette mesure a été prise, alin de faciUter le paiement des droits d'ociroi. Uà ville est située dans la partie 8ud-est des plantations de palmiers et des jardins , qui forment l'Oasis, et non dans la partie centrale.
L'eau, — Dans un coin du marché se trouve ce que i*on appelle le Meungalah ou Sa el md^ le mesureur de l'eau , instrumeul construit d'après le principe de nos clepsydres. C'est on petit vase de terre avec un tiou au fond, et que i'on remplit d'eau vingt-quatie fois dans une heme. Lorsqu'un jardin a l>esoin d'eau , le Meuugulah indique le temps pendant lequel elle doit couler , une heure , une demi-heure , deux hemes au plus, suivant son étendue et sa dislance de la source. L.e8 habiianis paient au gouvernement tant par heure ; quelques-uns ont la possession héréditaire d'un certain temps et ils eu sont naturellement très-iiers. Pour les usages domestiques Teau ne coûte rien. 11 y a deux ou trois autres endroits dans la ville où se trouvent deux meungalahs, mais celui-ci est le prmcipaL Dans la plupart des Oasis de l'Algérie méridionale , l'eau destinée k l'arrosage des jardins est distritHiêe suivant le même système*
Division du peuple eu deux parties, — Le peuple de Ghradamès est divisé en deux grandes factions poUtiqoes : les Bei^Ouesit et les BennOmlid , qui poussent l'esprit de parti jusqu'à l'inhumanité. Malgré le caractère de samteté bien reconnu de la cité , bien qu'eOe ait laissé tomber ses mmailles en ruines et qu'elle ait laissé ses portes ouvertes à. tous les pillards du désert , se couhanl seulement dans la force de ses prières pour la protéger , elle nourrit dans son seiu y depuis des siècles, les discordes les plus dénaturées , haines fratricides qui ont partagé la ville en deux camps d'ennemis irréconciliables. De temps à autre un ou deux membres de ces factious rivales se rendent visite ; mais ce sont de rares exceptions et le rais réunit à grand'peine les cbefÎB des deux partis dans le divan lorsque des questions importantes lui sont soumises. Le marché est cependant un terrain neutre ou les ressentiment! s'apaisent un instant. Au dehors ils voyagent quelquefois ensemble , souvent ils campent à part, mais prescjue toujours ils s'unissent contre rennemi commun. Le gouvet*neur indigène , le ncUUr et le kady Guge) , pris dans l'un et Tautre parti , étendent leur autorité sur toute la population. Mais là s'arrêtent leurs relations mutuelles. C'est tme maxime , j'allais dhe une règle
sacrée parmi eux , de ne pas contractei* d'alliance , de ne pas, visiter leurs quartiers respectifs , autant que cela est, possible. Le rais et moi nous demeurons en dehors des limites des deux quartiers, de sorte que nous pouvons visiter les deux partis dont les adhérents se trouvent quelquefois chez nous face à face, le faubourg arabe est aussi ua terrain neutre. C'est là que demeurent les étrangers pauvres. Le» Ben-Ouizlt ont quatre rues et les Ben-Ouiltd trois. Chacune de ces rues a ses divisions et ses chefs , mais elles vivent assez amicalement l'une avec l'a utre« autant que je puis en juger. J'ai appris que jadis les parties en veoaiept souvent aux armes et qu'il en résultai! des faits déplorables. Lé raïs prétend avoir fait quelques efforts pour rapprocher les deux Sciions. Si cela est vrai , ce serait une faible compensation, des torts et des misères que les Turcs font supporter à ce pauvre peuple.
j Population; langue, — On peut évaluer la population de, Ghradamès à envhron 3 000 âmes ; elle est extrêmement mélangée et parle six langues dilTéreules ; le ghradamsy, l'arabe , le touarghi , le haouça , le bar-uouan et le tinbek- U>uan. Le ghradamsy est un dialecte de la grande iangtie berbère ainsi que le touargbi.
Les femittu de Ghradamès,, — Les femmes respectables, de Ghradauiès» blanches ou de couleur, ne descendent jamais dans les rues, ni même dans les jardins attenant aux maisons. Les tei-rasses sont leur seule et éternelle prometnade, et tout leur monde se compose de deux ou trois misérables çhamjl>res. Les dattiers* quelques écliappées loiptaine» du désert , voilà tout ce qu'il leur est donné de voir, fia , ma qualité de médecin j'en ai visité quelques-unes cfaezehes I accompagné de leurs maris. Aucune n'était jolie ou heile , I mais elles avaient une tournure élégante et d'agréables manières ; elles sont toutes brunes et quelques-unes ont de I gi-ands yeux noirs pleins de feu. Leur accueil fut plein ele ; bienveillance ; et la plupart, en dépit de leur vie de recluses, { montraient beaucoup d'inteUigence ; elles sont très -indu»trieuses. La plupart tissent assez d'étolfes pour la consommation de leurs ménages et même pour la vente au dehors. Leur éducation consiste à apprendre par cusur éerlaines prières, des versets du Koran et des uradilions de la fameuse Sounndle, Elles sont fières de leur savoir et les hommes les glorifiaient en disant : il n'y a qu'ici où l'on trouve des femmes aussi instruites. Elles ont du reste le privilège d'aller aux mosquées de très bonne heuref dans la matinée et lard dans la soirée.
Mais si les femmes disdnguées sont vouées à une vie si retirée , il n'en est pas de même de ceHes des classes mfôrieures qui, avec tes enfants, envahissent en de certains moments complètement U voie publique. Dans l'après-midi du 19 septembre, je trouvai les rues al>andonnée6 par les hommes et remplies de femmes, de jeunes filles et d'enfants , jouant de la manière la plus (désordonnée, dansant et diantant comme eussent pu le faire les échappés d'une maison de fous. Aussitôt qu'ils m'aperçurent , ils se précipitèrent . ▼ers moi en s'écriant: Ohl chrétien 1 chrétien 1 où est ta mère? où est u sœur? où est u femme? N'as-tu pas de feoune ? Alors ils commencèrent à faire pleuvoir sur moi une nuée de noyaux de dattes. Je m'échappai le plus vite possible me demandant ce qu'étaient devenus les hommes. Je les trouvai enfin réunis avec leurs fils autour d'une mosquée où se célébrait quelque importante cérémonie. •
Un mariage. — 10 octobre. Ce matin il y a eu grande consommation de bazine, ponr la célébration du mariage des deux filles de mon taleb. La fête était donnée par les pères des jeunes gens. Presque luuie la population mâle des Ben- Ouizlt , indépendamment des étrangers et des soldats arabes , c'est-à-dire deux à trois «cenis personnes , sans compter les enfants, vinrent pi4ser dans l'immense vase. La maison étant très-peiite,'on y entrait vingt par vingt. Toute- t fois , comme l'objet princifMd de celte visite étiUt de compll-
MAGASIN PltTORESQUB.
mcnlerles nouveaux mariés et leurs parenls après avoir pris chacun une dcmi-douzaiiu» de bouchées , il se relirait imibédiatement pour laisser place à d*au(res , et la cérémonie fut assez vile terminée. Les seuls retardataires furent les pauvres soldats dont lés estomacs alTamés trouvaient fe bazine tellement appétissant qu'ils s*étaient à la lettre cramponnés au vase et quil fallut employer la force pour les en écarter. Le Taleb était venu me prier de me rendre à la fêle. La salle du festin était une petite chambre oblongue , dont les murailles étaient garm'es de norhbreiix petits miroirs, de bassins de cuivre poli et de plusieurs autres objets, tels que de petits paniers en bois de pahnier. Le plancher était couvert de nattes et de quelques tapis dtix couleurs éclulanles ; tine ou deux otlomanes servaient de sièges. Au centre de la chambre était placé tin énorme plat de bois, rempli de bazhic, épais pouding bouilli de farine d'orge, avec de rhuile d'olive et sur lequel on avait versé dé la sauce faile avec des dattes éci*asées. Chacun mangeait le pouding avec ftës mains , en le roulant en pelotes qu^il trempait dans rhuile et la sauce. Un grand morceau de tapisserie était placé autour du plat pour que Ton pût s'essuyer la bouche et les mains. Le plaide bois pou vliit avoir trois pieds de diamètre et était rempli jusqu'aux bords. On avait suspendu au-dessus, à environ deux à trois pieds, un couvercle d'osier, afin d'empêcher les saletés de tomber dedans, lorsque les convives, rangés autour au nombre de huit à dix, essuyaient leurs moias. Le bazine fut d'ailleurs tout ce que l'on mangea de. bon à cette fête. Quelques-uns des principaux marchamls vinrent complimenter leurs amis, sans prendre part au festin. Je demandai à une de mes connaissances ce qti'une semblable fête pouvait coOter : — 20 dollars { 100 fr. ) me
répondit- il, mais ce n'est pas autant k la dépense que l'on regarde qu'a la cérémonie elle-même. Pas un seul Ben- Ouilld ne s'y présenta, mais les Ouizit semblaient s'être fait un devoir d'y assister. La fête du mariage se célèbre toujours environ huii jours après le mariage même. La nuit dernière il y eut quelques coups de fusil de tirés en fbrntt de réjouissance. Après le mariage , la mariée doit se tetibr éloignée de ses connaissances pendant deux à trois seamineSi' En même temps les deux époux s'enfuient et se cachèm. Mais à certaines heures du jour on peut voir la mariée gUssaut comme un spectre dans les rues sombres, seule et d'un pas crainliC Elle est ordinairement vêtue de couleurs écla-* tantes, bleu ou écarlate, avec un long et beau bâton de ctiivre ou une brillante lance de fer dans la main. Lorsqu'elle est rencontri^ par quelqu'un, elle doit disparaître aussitôt ; il lui est défendu de prononcer une seule syllal)e et personne ai doit chercher i lui parler. ' i,
La suite à une autre livretison, ii
— L'umour-propre est le seul Oatteur de la pauvreté.
'— La prière matinale retentit dans l'àme durant le jour; comme après un concert l'oreille garde le souvenir d'harmonieux accords.
— A talent nain, amour-propre géant.
— Le bonheur d'une âme sensible «st altéré par l'aspect de la plus légère souffrance ; c'est pour elle le pli de rase du sybarite.
— La conscience parle, l'intérêt crie.
J. Pbtit-Seîin.
Uue Partie tic |»lai*.ir sur le lac. — O-oquIs par K. Topffifr.
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DÉTAILS HISTORIQUES SLR NEVERS (Départemeot de la Nièvre).
Saint-Cyr. Palais ditcal.
Vue de NeverSy prise des bords de la Loire.— Dessin par Bonliommé
Baffroi.
Ncvers, cbef-lieu du département de la Nièvre, est une des «indennes villes de la Gaule celtique; elle est désignée dans les mémoires de César sous le nom de Noviodunum ; dans Titinéraire d*Antonin, au quatrième siècle, sous le nom de AVrtrff m ou Nivernum^ et dans les anciennes chartes , sous celui de Nevernum ou NevernU, Ia nom de la petite rivière de Nièvre, qui , hors des murs de la ville, se jette dans la Ix>ire , a sans doute la même origine. Clovis fonda un siège épiscopal à Nevers , vers la fin du cinquième siècle. Le roi Gonli-an passa à Nevers en 585; le. duc Pépin y tint son parlement en 763 ; Charles le Chauve y établit sa monnaie. En 952, IJugues le Blanc, comte de Paris, prit la ville et la brûla ; en QGC, le Nivernais fut détaché du territoire des rois qui l'avaient possédé depuis Clovis , et passa sous la domination des ducs de fiourgogne. Mais avant 990, le duc Henri le céda à titre de iief au comte Landri. En 1617, Nevers fut assiégé, pour la rciue-mëre, par le maréchal de Montigny : la mort du maréchal d'Ancre Ht lever le siège.
L'ancienne maison de Nevers avait régné de 992 h 1186 ; les maisons de Courtenay, de Doures, de Forez, de Chftlillon, de Bourgogne et de Sienne , de 1186 à 1271 ; la maison de Flandre, de 1271 à 1369 ; la maison de Bourgogne, de 1369 à 1691 ; la maison de Clèves, de 1691 à 1569 ; à cette époque le comté fut converti en duché; la maison de Clèves régna sous ce nouveau titre de 1569 à 1565 ; la maison de Gonzagucs, de 1565 à 1659. C'est en cette dernière année que le cardinal iMuzarin acheta le duché qui, après sa mort, devint le lot de son neveu Julien Mancini dont le pellt-fds prit le litre de duc de Nivernais , fut reçu membre de l'Académie Trançaise en 1763, à l'âge de vingt-sept ans, et mourut à Paris en 1798.
L'affranchissement de la bourgeoisie de Nevers paraît remonter à Pierre de Courtenay , en 1196; mais l'acte principal d'établissement de la commune de Nevers est une charte de 1231 accordée par le comte Gui H , et par Mahaut ou Mal h il !o do Courtenay, sa femme. Voici qnelqties arlicies
liijdiL \". I. -Sr.rTf.MBM 1848.
de cette charte, particulièrement curieux en ce qu'ils montrent ce qu'avait été jusque-là le sort des habitants sous la féodalité :
Art. 1. lies bourgeois de Nevers sont à toujours de condition libre.
Art. 2. Ils demeurent déchargés de l'ost et die la chevauchée, c'est-à-dire dé robligatlon de suivre le comte à la guerre.
Art. 13. Aucun bourgeois ne pourra être forcé par le comte de plaider hors la ville.
Art. 16. Les bourgeois ne pourront être arrêtés prisonniers, ni leurs biens de dehors saisis par le comte ou par ses gens , tant qu'ils auront de quoi payer dans la ville 60 dans la justice ; même si ; n'ayant pas dç quoi payer, ils peuvent se faire caulionpcr. Et si par hasard on arrêtait quelqu'un qui filt dans ce cas, les bourgeois pourront le délivrer. sans danger.
Art. 20. Il est permis aux bourgeois de pêcher dans les eaux de Loire, de Nièvre et de Moêsse, qui appartiennent ap comte.
Art. 27. Tous ceux qui voudront se retirer de la ville pourront le faire , même retourner ensuite en la franchise de ladite ville quand il leur plaira. Ils emporteront librement leiu*s meubles, et l'on ne touchera point à ceux qu'ils auront laissés dans la ville.
Art. 28. Si quelqu'un meurt sans enfants, la succession appartiendra de droit à son plus proche héritier franc, sans rien payer au comte.
Art. 33. I^e comte ne fera plus prendre de force dans la ville ni dans les croix , les charrettes des bourgeois , leurs chevaux, juments, ânes ou autres bêtes de charge , quelque besoin qu'il en ait.
Art. 36. 'i'ous ceux qui viendront le samedi au marché, ou qui se rendront de dehors aux foires de Nevers , seront sous la sauyeparde du comte à l'aller et au retour^ QQQ[^
Le premier maire de ia ville de Nevers fui nommé par un édit de 1692. La mairie était une charge héréditaire dont la première finance fut de 12 500 livres et les deux sous pour livre, Linstallalion du premier maire, le sieur Pierre Arvlllon de Sosay, se fit avec pompe. Les écheyins, révélas de robes rouges , vinrenl le chercher à son hôtel , à la léte de toute la tx)urgeoislesous les armes, et le conduisirent à Thôtel de ville. « il marchait seul à la tète du cortège, revêtu d'une robe de velours rouge cramoisi , doublée de velours noir, et par dessous une suulane de salin noir, au bas de laquelle étaient deux gros glands d'or. Il portait des gants garnis de franges d'or. Un de ses laquais portait la queue de sa rotie , et un autre portait ses provisions dans un sac de velours noir. »
Pour armes, la ville portait : d'azur un lion armé et langue, de même semé de huit billettes d'or, et pour ornement one couronne de fleurs.
Les archives de la ville de Nevers, par M. Parmentîer, donnent une liste chronologique des événements les plus importants de l'histoire de celte ville. Nous empruntons à cet ouvrage quelques faits principaux :
1088. Gaudon , grammairien , recteur des écoles de Nevers, le premier maître pour les laïques que mculionnent les annales de la ville.
En 1217, il y eut une horrible famine à Nevers. L'évèque Guillaume de Salut-Lazare nourrissail tous le» jours dêttx mille pauvres.
En 1308 , un incendie détruisit tme partie de la ville.
1316. Louis le Uiilia rend une ordonnance dans l'intérêt de la paix et de la tranquillité du Nivernais. Par l'article 1*' il conserve aux habitants le droit de se faire la guerre et de s'enlre-lucr pour la défense de leurs biens.
Eu 1355, le roi Jean rachète, au prix de cent mille deniers d'or , le droitqu'a Valent les comtes de Nevers débattre monnaie à Glamecy.
1396. Des bateleurs, payés par la ville, représentent la passion de Notre-Seigneur et la vengeance de Vespasien.
En làOO, iàol^ U38 , 1496, en 1517, 1518, 1521, 1526, ibUU , pesies et famines.
1/|8/|. Un incendie ayant surpris la ville en été , lorsque les puits et les fontaines étaient taris, on fut obligé de se servir de vin pour l'éteindre.
1525. Établissement d'un collège. Jean Arnolet eà est le premier régenU
En 1560, les forges consumant une grande quantilé de bois , l'aulorilé urbaine les fait démolir.
1587. Les échevins rachèient le droit de mane, par lequel les sieurs Tenon percevaient , dans une certaine étendue de la ville, à diaque fesiin de noces , quatre deniers, un pain , deux plats de chair et une quarte de vin.
1606. Peste.
Dès le commencement du seizième siècle, Nevers avait un Imprimeur.
C'est & Nevers que les premières manufactures françaises de faïence furent créées. L'art de faire la faïence, dit Pierre de Frasnay,
Dans i'Italit (tic) reçut la naiisanee, Et viut, |iaswiit les rooiau, s*ét«biir à Nevers.
Il existait une manufacturé de verre et d'émaux dans cette ville dès le seizième siècle. Maître Adam , en parlant de Nevers dans ses Chevilles , cite
Se» fragiles bijoux et ses trésors de verre.
On peut citer parmi les liommes célèbres nés à Nevers , saint Jérôme, qui fut évoque de cette ville et conseiller de Charlemagne; Jean L.eclerc, clianceHer de France en l/i20 ; Bourdillon , maréchal de France sous Cliarles IX , et mort en 1567 à Fontainebleau; Noél Boiirgoing, rédacteur principal de la Coutume de Nivernais, publiée par ses soins en 1536; Charles de Lamoignon, né eo 1509, le premier
de cette famille ancienne qui entra dans la magistratare ; Simon Marioa , avocat général au parlement de Paris , oé en 1540 ; l'abbé de Marigny, qu'on surnomma le poète de la Fronde , et qui fut chambellan de la reine Christine de Suède ; M^rie Casimir de La Grauge , fille du marquis d'Arquin , qui épousa Jean Sobieski , roi de l^logne en 167& ; J.>B. Langlois, né eu 1663, auteur d'mie histoire des Croisades contre les Albigeois; Pierre de Frasnay, né en 1676, auteur des poèmes sur la faïence et sur les dames de Nevers ; Adet, le chimiste; Roche, le médecin ; Vicat, l'mgénieur, etc. Adam Billaut, que Nevers a adopté comme son enfant (voyez sa maison dans la rae de la Parcheroinerie à Nevers, 183/t, p. 276), est né à Sainl-Benin-des-Bois , o&ses parents étaient cultivateurs :
Qu'on tçaclie que je suis d*une tige charopèbre, Qite Mes prédécesseurs menaient les breiits paistre. Que la rusticité vit uaistre mes a^^eux.
CAcFiUgâ.
La population de Nevers est d'environ ià 0M habitants. La ville est située au confluent de la Nièvre, sur la rive droite de la Loire , que traverse un pont de vingt arches. Sa plus belle promenade est Tanclen parc du château. Ses principaux m^ nsftients sont : — la perte d'entrée du côté de Paris : c'est on are de triomphe élevé en l'honneur de la victoire de Pontenoy ; la cathédrale , qui date du septième siècle ; l'église de Saint-Éiienne , du douzième siècle ; le château de Nevers, où un trouvère du treizième siècle a placé les scènes prind- ))ales de l'histoire de Gérard de Nevers , et qui sert aujourd'hui de palais de justice ; une salle du quatorzième siècle et des cloîtres du style byzantin dans l'ancienne église de l'abbaye des Bénédictins ; l'ancienne chapelle du collège des Jéiiifieft, où l'on remarque des peintures à fresque.