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QUELQUES LAMPES ANTIQUES

Fortunio LIceti, érudit célèbre qui florissait au commencement du dix-septième siècle , a consacré un volume entier aux lampes des anciens. Nous empruntons à son ouvrage , publié pour la première fois à Venise en 1621 (De lucernis anliquorum reconduis ) , les figures de quelques-uns des modèles les plus singuliers.

La figure 1 est celle d'une lampe triangulaire représentant une tête de bœuf qui lire la langue. A l'extrémité est le treu destiné à la mèche ; l'autre ouverture pratiquée au milieu du front au-dessus des yeux, entre les ordlles et les cornes, semble reproduire l'œil d'un cyclope ; elle était sans doute destinée à l'introduction de l'huile. Entre les cornes est adapté un large anneau qui servait de manche.

' La lampe de la fig. 2 est quadrangulaire ; en son milieu est un champ circulaire occupé par l'image d'im ange placé debout , les ailes déployées. Des bandelettes sont croisées sur sa poitrine ; de la main droite il tient un rameau de laurier ou d'olivier ; de la main gauche un cercle qui ressemble à une couronne. La petite ouverture pratiquée sotis l'aile droite est destinée à l'enUrée de l'huile. Le manche, placé à la partie supéiieure de la figure, est en forme de croissant ; les deux appendices que l'on voit à la partie inférieure portent les trous destinés aux mèches.

La fig. 3 est l'image d'une lampe en terre cuite. La partie en spirale qui surmonte la figure sert de manche. La mèche trempe dans l'huile au milieu d'une large ouverture*

Les deux premiers modèles faisaient partie du musée d'Aïdrovande; le dernier était dans la collection d*Aloys Conrad de Padoue.

Nous ne suivrons pas Uceli dans les développements souvent curieux dans lesquels il entre au sujet des andens rites religieux, non plus que dans les dissertations par iesqudies il prétend prouver que les andens plaçaient, dans leurs sépulcres , des lampes inextinguibles. On sait depuis longtemps que ces prétendues lampes, qu'on a cru trouver allumées en découvrant d'anciens tombeaux , n'étaient autre chose que des compositions phosphorescentes qui brillaient quelques in slants exposées à l'air, et s'éteignaient aiissitôL

On sait aussi que rien n'était plus grossier, sous le rapport de l'éclairage, que ces luminaires antiques ; mais ce qui est moins connu , c'est que les anciens avaient déjà fait des efforts pour perfectionner la combustion , et qu'ils étaient arrivés à des combinaisons ingénieuses que l'art moderne n'a pas complètement dédaignées.

I^ fig. à représente une lampe mécanique décrite par Héron d'Alexandrie dans ses Pneumatiques. L'abaissement du niveau du liquide y est employé comme force motrice , ainsi que le montre la description suivante , littéralement traduite de l'auteur grec

Construire une lampe qui se con$ume par eU^-mémê.

um lyroehe en fer DE, laquelle glisse librement le long du fioiric E. La mèche esl enroulée le long de la broche, de ma« nière à pouvoir se développer facilement. F est une roue dentelée trûs- mobile autour de son axe, et dont les dents

>4<nlctient la broche , de telle sorte que quand elle vient à tourner, la broche presse la mèche vers Torifice de la lampe,

^ lequel doit être suffisamment ouvert. L^hulie étant versée, le iotteur G surnage; il est muni d*une crémaillère il qui engrène dans la roue dentée F. 11 arrivera donc qu*à mesure que Phuile se consumera, le flotleur descendra, et que la roue F tournera de manière à pousser la mèche.

La lampe représentée par la fig. 5 , offre cette singularité qu'après qu'elle a été remplie d'huile, la combustion en ayant fait disparaître une certaine partie , on fera remonter Thuile en y versant de Feau. C'est encore à Héron d'Alexandrie que

nous empruntons la figure de ce mécanisme , premier i;udiment des lampes hydrostatiques. L'appareil est , comme on le voit^ composé de deux parties qui s'emboîtent Tune dans l'autre, et que Ton peai séparer à volonté. Lorsqu'elles sont réunies, la communication s'établit par Je tube F. On verse l'huile par l'orifice D ; elle coule dans le tube DG , remplit d'abord le vase inférieur AB, puis le vase supérieur Jusqu'au bord. A mesure que l'huile se consommera , on versera de l'eau dans l'entonnoir D ; celle eau , en vertu de la difl'érence de densité, occupera constamment le fond du vase AB, et fera remonter un égal volume d'huile dans le vase supérieur.

On peut voir dans cet appareil le principe des lampes hydrostatiques , où rhujle est équilibrée par une colonne dé liquide d'une gia^nde densité.

Le soixantenlouzième appareil de Héron d'Alexandrie est

Fig. I. Lampe en Icte de Ixsiif.

Fjç. 5. Lanipeli)dro$tatiqae de Héron.

Fig. 3. Autre forme de lampe antique. Fig. a. Lampe dimyxei ou k double

Fig. 4. Lam|ie méeauique de Héron.

représenté dans notre fig. 6, non pas tel que k donnent les diverses éditions de ce géomètie , toutes fautives sous ce t, nMii bien ainsi qu'il a été restauré par le P. Schott,

, Lampe hydraulique de Héron

dans sa Mécanique hydraulico-pneumatique , pahiiét en latin en 1657. Cet appareil résout le problème suitant : «Construction d'une lampe telle que, la mèche yéUnt

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adaptée, qtiaiid Thuile maiH}ue il en coule de nouvelle sur Ja mèche a?ec autant d'abondance qu'on le veut , sans que Ton cinploie aucun Tase d*un niveau plus élevé que rorifice de la lampe. »

Soit construite une lampe ayant une base creuse et triangulaire ft rinsiar d'une pyramide. Cette base creuse ABGD porte un diaphragme EP. Le corps de la lampe est GH, creux liii-méme , et surmonté d'une coupe KL remplie d'huile. Du diaphragme EF part un tube MN qui touche presque le couvercle de la coupe KL, de manière à laisser tout juste le passage de l'air. C'est dans ce couvercle qu'est fixée la mèche. Un autre tube XO traverse Topercule KL sans s'élever beaucoup au-dessus , et va jusqu'au Tond de la coupe sans le toucher, pour que le liquide puisse passer. Un autre tnt>e 1> est bouché par en haut au couvercle* A ce tube P en est adapté un autre de petit diamètre dont l'extrémité inférieure aboutit à l'orifice où est fixée la mèche. Au-dessous du diaphragme EF, il y a un robinet II qui établit la communica> tion avec l'espace CDEP, de sorte qu'en l'ouvrant l'eau psKsc du compartiment ABEF en CDEF. Un orifice pareil S, par lequel on peut remplir d'eau l'espace ABEF, est pnltiqué dans l'opercule AD , et l'air que contient cet espace s'échappera par cet orifice lui-même. Cela posé, loi'squ'en enlevant le couvercle P on remplira la coupe d'huile par le tube XO , Pair s'échappant par le tube MN et encore par le robinet ouvert placé au fond CD, l'eau qui est dans le compartiment CDEF s'écoulera eh même temps. Alors posant le couvercle P, quand on aura besoin d'alimenter l'iiuiie , nous ouvrirons le robinet R qui est au fond CD, et l'eau se retirant de l'espace ABEF dans l'espace CDEF, l'air qui est dans ce dernier, passant dans hi coupe par le tube MN , chassera l'huile qui parviendra jusqu'à la mèche par le tube XO, et par l'auire qui y est suiuié. Quund, on voudra arrêter l'écoulement on fermera le robinet H , et on le fera recommencer en mivranl ce robinet , à volonlê.

Cet iugénieux mécanisme est l'origine de ce que l'on appelle la fontaine de Iléron. Les applications variées que l'on en a faites méritent quelques développements spéciaux qui seront le sujet d'un autre article.

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