‹ Le Magasin pittoresqueChapitre 162 sur 185 · LA TACHE · texte numérisé non relu

LA TACHE

Le Soir, après le travail.

L*oîseau vit libre dans les airs , le poisson dans les eaux , la bêle feuve dans le? forôls ; pour eux, Texisience n'a d'autre résultat que l'existence elle-mômc ; riiomme seul , ici-bas, sMmpose une lâche. Dieu n'a assigné qu'à lui ces buis lointains et fuyants qu'il faut poinsuivre à Iravcrs les fatigues , ies obstacles et les dangers. C'est à la fois sa dette cl son privilège; sa dette , parce qu'il n'y atteint qu'à force de sacrifice ; son privilège, parce qu'il lui crée des devoirs, alors que , pour le reste de la création , il n'y a que des instincts.

Une lâche I ah I heureux qui a su reconnaître celle qui revient à tout homme I heureux qui a compris qu'il n'était point né seulement pour vivre lui-m^me, mais pour faire vivre ; que s'il grandissait , c'était pour abi;iter de plus petits à son ombre, et que le monde était un champ à ensemencer de ses actions I Pour celui-là , la route pourra être difficile , et Teffort douloureux ; mais comme son but est au dehors , il y trouvera aussi des appuis. L'égoïste habite un désert ; s^il se manque un seul instant , tout lui manque. L'homme de dévouement, au contraire , est entouré de soutiens ; il a pour éternel encouragement les êtres qu'il console, les choses qu'il protège. Étendre sa vie au delà de soi, ce n'est point l^amoindrir, c'est la compléter ; c'est imiter l'arbre qui jette mille racines pour pomper au loin plus de sève.

Puis la Providence veille sur tous. Sans ses consolations

de chaque Jour que deviendrait l'homme successivement

dépouillé de chacune de ses espérances? Hélas l nous semons

en vahi les affections humaines et les souvenirs sur notre

Tout XVI.— NoTEiKiiii il 48.

route, comme l'enfant du bûcheron semait les miettes de son pain noir ; lingraliludc , l'inconstance , l'oubli , tristcit oiseaux accourus de tous les points du ciel, sont là prêts à tout dévorer I Les joies les mieux conquises sont les premières perdues ; mais la providence de Dieu répare toutes nos pertes. A chaque échec essuyé par notre prévoyance, elle se montre plus généreuse et plus tendre; aux fatigués, elle envoie la brise du soir; aux aliaoguis, le rayon du matin; grâce à elle , aucune tristesse n'est sans consolation , aucune tâche sans repos l

Voyez plutôt le laboureur qui vient de rentrer là , brisé par le travail du jour. Pauvre et sans protecteur, il a voulu être la protection et la richesse de sa famille. Des landes couvraient la montagne , il y a promené la charrue ; des eaux fétides croupissaient dans le vallon, il leur a creusé des canaux ; les épines noires et les pommiers sauvages garnissaient le coteau , il les a greffés de sa main , et s'il ne doit voir que leurs fleurs, du moins leurs fruits enrichiront ses enfants! Son corps s'est usé dans celte longue lutte contre la nature. Vous le voyez là assis , les membres raides , la tête immobile, sans parole cl sans regard I mais ne craignez rien pour lui I Cette lueur qui l'éclairé , c'est la lueur de son foyer ; celte femme qui le contemple, c'est la femme qu'il aime ; ces enfanta qui se chauffent à ses pieds , ce sont les enfants qui lui donnent le nom de père ! Ne craignez rien I bientôt, sous ces douces influences , son corps engourdi va reprendre le mouvement et la vie. La voix de la famille chante doucement autour de.

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feon cœur, et son cœur va reprendre courage l Si la tâche est lourde, Dieu a mis à son acconi plissement une récompense qui rend tout facile : Tamour d'une femme et le sourire des enfants I

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