FRANÇOIS VIÈTE
Ce nom n'est pas aussi connu qu'il devrait l'être. C'est celui d'un des hommes les plus éminents du seizième siècle, du digne précurseur de Descartes. Cependant , de son temps même , on lui rendit parfois justice. Vhistorielle suivante que nous empruntons textuellement à Tallcmant des Réaux, en (lait foL
« M. Viète était un maître des requêtes, natif de Fontenayle-€omte,en Bas-Poitou. Jamais homme ne fut plus né aux mathématiques; il les apprit tout seul, car avant lui il n'y avait personne en France qui s'en mêlât. Il en fit même plusieurs traités d'un si haut savoir qu'on a eu bien de la peine
à les entendre, entre autres son Isagoge (l), ou Jnlroduciion aux mathématiques. Un Allemand, nommé Landsbergius , si je ne me trompe , en déchiffra une partie, et depuis oa a entendu le reste. Voici ce que j'ai appris de particulier louchant ce grand homme. Du temps de Henri IV, un Hollandais, nommé Adrianus Romanus, savant aux mathématiques, mais non pas tant qu'il croyait , fit un livre où il mit me proposition qu'il donnait à résoudre à tous les mathématiciens de l'Europe. Or, en un endroit de son livre, il nommait tooi les mathématiciens de l'Europe, et n'en donnait pas un à la France. Il arriva peu de temps après qu'un amlMSsadeur des États vint trouver le roi à Fontainebleau. Le roi prit plalrir à lui en montrer toutes les curiosités , et lui disait les gens excellents qu'il y avait en chaque profession dans son royaoaie. « Mais, Sire, lui dit l'ambassadeur, tous n'avez poiot dei
(i) Le litre exact est : In artemanalyticen isagogm
9 thématiciens ; car 4^rianus Romanus d'cq nomme pas un » de Français dans le catalogue qu'il en fait. — Si fait , si fait, » dfl le roi , j'ai un excellent homme. Qu'on m'aille quérir ■ M. Vlèté 1 » M. Vièle avait suivi le conseil , et élail à Fonkinebleau : il vient. L'ambassadeur avait envoyé chercher le livre d'Adrianus Romanus. On montre la proposition à M. yi(:te, qui se met à une des fenêtres de la galerie où ils étaient alors, et, avant que le roi en sortit, il écrivit deux solutions avec *du crayon. Le soir, il en envoya plusieurs ai cet ambassadeur, et ajouta qu'il lui en donnerait tant qtt'il lui plairait , car c'était une de ces propositions dont les
solutions sont infinies. L'ambassadeur envoie ces solutions à Adrianus Romanus, qui sur l'heure se prépare pour venir voir M. Viète. Arrivé à Paris, il trouva que M. Vièle était allé à Fontenay : le bon Hollandais va à Fontenay. A Fontenay, on lui dit que M. Vièle est à sa maison des champs, il l'attend quelques jours et retourne le redemander : on lui dit qu'il était en ville. Il fait comme Apelles qui lira une ligne. Il laisse une proposition ; Viète résout celte proposir tion. Le Hollandais revient ; on la lui donne , le voilà bien étonné ; il prend son parti d'attendre jusqu'à l'heure du dîner. Le maMre des requêtes revient; le Hollandais lui embrasse
Jhtji^^ ^
François Vièle.
les genoux ; M. Viète , tout honteux , le relève , lui fait un million d'amitiés ; ils dînent ensemble , et après, il le mène dans son cabinet. Adrianus fut six semaines sans le pouvoir quitter. Un autre étranger, nommé GaltaUle, gentilhomme de Raguse , se Ot faire résident de sa république en France pour conférer avec M. Viète. Viète mourut jeune, car il se tua â force d'étudier. »
Viète est le père de l'algèbre moderne , de la véritable al- Kèbre. C'est à lui qu'est due l'idée ingénieuse de désigner par des lettres les quantités que l'on veut soumettre au calcul , d*opérer sur ces lettres à l'aide de signes particuliers , de façon en déduire des formules portant la trace de toutes les opératioos , et indiquant , de la manière la plus précise , les règles à suivre pour parvenir à la solution de toutes les ques-
tions de même nature. Ainsi , quand il se propose de trouver deux nombres dont il connaît la somme et la différence , Viète parvient à deux symboles très-simples qui montrent que le plus grand des deux nombres inconnus est égal à la moitié de la somme, augmentée de la moitié de la dilTérence» et que le plus petit de ces deux nombres est éçal à la moitié de la somme , diminuée de la moitié de la différeace. La règle générale ressort de l'inspection seule de ces symboles ; elle est applicable à des nombres quelconques. La question une fols résolue l'est donc pour toujours, grâce à la généralité des symboles algébriques.
Telle est l'invention remarquable à laquelle Viète donna le nom de logistique spécieuse (de speàes , symbole). £Ue fut appliquée aux conMdérations géométriques par Viète Mr
^ôogle
.WAGASfN HîTUIlESQUR
même, qui est, par conséquent aussi , le premier qui ait traité de rapplicaliôn de Talgèbre à la çéomélric.
a Pourquoi ce nom csl-il si peu connu ? La réponse est facile. La Conception si belle de Vicie est tellement simple que personne ne songe k s'enquérir du nom de son çr^ajéilr ; c'est h peine si on Je trouve dans le coin dUifie préîace oii dans une note perdue au bas d'une page. El cepenclanr ouvres n'importe quel livre de géométrie^ d'alg^bre, de mécanique , la conception de Viète s'y trouve écrite à chaque instant , et c'est peut-être parce qu'elle est partout qûé le nom de son créateur n'est nulle part (i). »
Les Espagnols, au temps de no? guerres civiles, employaient pour leur correspondance politique et militaire un chiffre d'une extrême complication, composé de plus de 50 figures, et dont ils changeaient souvent la clef, afin de déconcerter ceux qui seraient tentés de l'expliquer. Viète , à la demande de iienri iV, non-seulement découvrit la clef de celte correspondance, mais encore fournit le moyen de la suivre dans toutes ses variations. Un de ses élèves, Dnffê 4 plus tard avocat général ù la cour des Aides , fut chargé ée décSitTre^ les corresjwndances espagnoles, d'après les procédés de Vièie. On peut voir, à ce sujet , une note curieuse insérée dans le t. DCLXlde la collection Dupuy (bibliothèque nalioiale)* On^y trouve les moyens fort simples que Vlère employait pouf découvrir la clef des chiffres. La fin de celte noie nous apprend que Viète imprima chez J. Meltayer, son éditeur ordinaire, un petit traité sur sa méthode, il ne fallait pas moins pour éviter le soup<;on de magie ; car la cour dé France ayant profité pendant deux ans de la découverte, la cour d'Espagne, déconcertée, avait accusé celle de I''raiice d'avoir le diable et des sorciers à ses gages. Elle s'en plaignit à Rome , et Viète y fut cité comme négromant et magicien, fi* iio iklii nie procédure prêta beaucoup â rire aux gens seusi^s de IVpoqin?,.
Les ouvrages de Viète étaient très-rares , rî>éme rh. ^loii vivant , parce qu'il ne les faisait lirer qu'à tiii p^itH rmmhtt d'exemplaires, destinés h ses amis. François ^rlmnten . mlé par Jacques Golius et par le 1*. Mersenne , luiblîa à Leydfï, en 1646, par les presses des Klzevirs, nu bnm vodnin» in-folio, devenu lui-même aujourd'hui fort inv, dans li'*|ii' 1 il avait cherché à réunir, sous le titre: franckfl Vfthe opéra mathematica , etc., les œuvres mishi.'itiatifjn-' de notre grand géomètre. Mais celle collection n'est p«s complète, et ne renferme pas même lout ce qui a été imprimé de son vivanL II y a, on tête de quelques-uns de ses livres, des titres qui indiquent d'autres ouvragées auxquels il n'a probablement jamais eu le loisir de mettre la dernièie main. Pierre Aleaume d'Orléans, son aini et son élève, hérifa do ses manuscrits, dont la publication offrirait encore atijourd'hui do TinlérêL On lit dans le t. IV de l'Histoire des sciences mathématiques en Italie, par M. liibri, que la bibliothèque Magliabechiana de Florence possède un manuscrit autographe et une ancienne copie, destinée prohpblcment à l'impression, de VHarmonicon céleste (p. 23). Mais la note 1, 5 la tin du même volume , nous apprend que le manuscrit a peul-ètre élé nHMilé , et que la copie semble avoir été égarée récenvineot. Les œuvres du génie n'ont pas toujours du bonheur; leur destinée rappelle la plainte échappée aux Romains qui voyaient rauliier par les l>arberini les restes de l'antiquité profane : « Quod tempus et Barbnri non fecerant , fecerunl » Barl)erini I »
Nous avions applaudi à la pen<»éc de réimprimer les OKuvres de I^'ermat {18Z»3, p. 203); celles de Viète seraient certai- RCfBient dignes de cet honneur, surtout après qu'elles auraient été traduites du latin en français, et qu'on les aurait complotées par des recherches inlcHigcnlcs faites dans nos grands dépôts scientifiques. Mais en altendunt cette publication,
(f) Extrait d'une notice donnée par M. R il 1er dans les iMuitons èlei humées illustres de Fontenay ^ de M. Kenjflmiit I-iiloii, auquel nous devons la communie;! lion du portrait de VicMe , et de pUsieurs documents curieux sur ce grand homme.
qui , nous le craignons bien , à en jiÇêr païf lê sort dé .la réimpression des Œuvres de Fermât , ne se fera pas encore de si tôt, la ville de Pontenay, la Vendée, le Poitôd, d'evcatenï un hommage solennel à la mémoire trop oubliée\d*un gràn<f homme. Une plaque de fer-blanc , placée à l'angle d'un qita( désert et portant l'inscription : Quai Vièle^ ësi lé séut tribut que les Fontenâisiens aient payé, jusqu*à ce joui*, à ce noni glorieux. Ce ne peut être là qu'aune' pierre d'attfenle pour urf monument durable. Qu'hne slaluë soh éfevée dans rehcernt^ de foiUenây à l'un des plus grands génies de la renaissance'.* Ni fa forme ni rexécuiion rie manqueront a Tidée. La graVure que nous donnons montre le parti que la statuaire pourrait tirer de celle belle et noble figure, revêtue du costume élégant de réfusk^ue. Le singulier blason qui accompagne le portrait } $ ^eT» étfiachfc disposés de manière à exciter l'impatience d'un héraut d'tf^Mes : c'est une allusion an service rendu par Viète à notre paf !^ « lorsqu'il déchiffra les correspondances espagnoles. On f toit une main arrosant un lis. Le soleil et les six étoiles if^ésentent le système planétaire connu à cette époque (MercTH*^^ Vénus, la Terre, Mars, Jupiter, Saturne). Viète HêH tn homme simple , modeste , désintéressé. L'historîéfv de l'hou , son ami , rapporte qu'on Ta vu quelquefois passer trois Jours de suite sans quitter sa table de travail. îl usait largement envers les pauvres , envers ses amis , envers les libraires, de la fortune assez considérable dont if jouissait.
Né en 153^ ou i960, il mourut en 1603* ne laissant qu^une mie qui lui surféM j«M|ii'en 1618.
Poésie i» L'hiver,
Voicî f arutamne, le bro«lffard, lap f^oSdiu-e, et tout à rbeure sera: revenu le momeflt de faire du feu dans ma cheminée. Alors, car chaque saison a ses habitudes, je roulerai ma table auprès de l'âtre $ éf pendant que , cbaque jour plus sévères, les frimas s'abaftfont sur la nature engourdie, je tisonnerai, je songerai, j'écrirai, et quelques loisirs domestiques me distrairont seuls ie cette douce vie où la méditation est un si attachant exercice, le feu un si commode ami.
Vous aimez, vous, les champs, les bois, les beaux jours, car aloi-s lotit sotuit aux regards et tout convie à sortir. Moi j'aime aussi l'hiver, quand la bise hurle, quand le givre décore de ses festons les rameaux des grands arbres qui , tout prochains qu'ils sont , disparaissent insensiblement derrière les flocons de neige qui descendent de plus en plus rapides et serrés. Oh ! (|ue mon logis me semWe alors hospitalier et cher, Bia conditioi» heureuse, mou feu souriant! Non, je ne regrette point les beaux jours, les bois, les champs ; bien que j'y songe pourtant , et que la vue de ces frimas eux-mêmes réveille mes ressouvenirs de Verdure et de prairies.
D'ailleurs ces plaines blanchies, ce ciel fermé, ces branchages nus, ont leur langage aussi, qui convient à mon âme. Si quelque gaieté y règne , ils ne la dissipent point ; si quelque tristesse l'assombrit , ils s'y assortissent. Je n'ai plus à craindre x:e contraste des fêtes de la nature et du deuil des pcnsers, auquel, durant les beaux mois de l'afinée, il est bien diflicile d'échapper (oujours; et, tempérée par tant d'iinpressions d'inerte repos, de calme silence , de douce pâleur, mon amertume bientôt s'est changée en une rêveuse mélancolie.
■•.ruTir -r^i
MA.OA^ifti pltTOrftBSQmS;
jcbi^ ; iaAIOt écotiUiAi V 04Htp cadem^ «les Uéaux qiii kaUi ol 4e M (\àm Ik grufAis» viM^ine ; ou bteu ^ucore deiHX'Adwil à ^'({liilile |)ouf y vicier le» béiee, et )(;« veau de 4i]^ j^uis qu'oo «diicidé d*éleva'* Ge^peudAut oa me cber<Ji?4 410 m'appelle, j^mmtk» : c'««t in ibiuiUe qm K^eiit d^ réunie autour du fMH«ge fumut , prélude iiieoveau «l'un rustique ordinaire. jQuel <3iiiiraiaia ^appétit L quel domestique aljaudonl quelle ^iflwe causerie, dégagée de uiédisapce et (ouïe ^eurie d'uJlùgre humeur ! Mais déjà les parois, en se ix)ugiïJHinl des lueurs 4u Sof^^ iumonoenl la ciiute prématurée du joul , et diacun «'afpràte à goûter eu comittou. le cbarme paisiUe d'une >09gue veillée*/ . Toi»fki;h.
LE ;UIUf l)|iS MÉlilTlCSET DES FAU*rKS liknéijtBKiatu, dus tAi^ssi.
TAïUJr M0 MiMMàs.
Fui. ^ vo). p, at^.
Nourrii* de^ hommes avec de la viande^ ei p^ur cela diminuer spn oi'ilinaire ; -^ ^ur chaque juur^ 1 mcrile.
I*'0uri4i' aui hoi^mes des aliments maigres, et pour cela diminuer d'au tant son ordinaire; — pour- chaque jourj iméi^te.
Il n'y a nitl mérite, si l'on n'a pas le moyen de se procurer de boas aUments.
Ne pas manger de la chair d'un animal qui a été tué , 3 mérites.
Ménager les duq sortes de grains , et les produite qui émanent du ciel, 3 mériies.
Fonder des couvents, construire des temples et fournir, à ses frah, des vases et instruments religieux ;^pour chaque somme de l(Hi mas (75 fr.), qu'on a dépensée, 1 mérite.
Si ces dépenses et anmônes sont le îtml de la fraude et du vol, il n'y a nul méiite.
Faire graver des livres relailfs aux trois religions, ou des traités de oiorak ; «^potir chaqiie somaie de ±0$ ma» dépensée, 1 mérite.
Donner de l'argent à des ii.i§iiu» Bo4fddhis(es (ra Tao-ssé^ afin qu'Us viennent détivrei* par iews prières une Ame trépassée, ou qa^iU nous oyiienoeat le cardon de nos fautes ;— pour chaque aomxne de 100 was, 1 mérUe.
Donner, en aumùne, aux religieux bouddhistes et Tao-ssé des aliments aa^rei» , ou du riz pour oa mois ; — pour chaque somme de i#e inas ahisi dépensée, 1 mérite.
Prier les dieux pe«r obtenir le houluMir mt détourner mm calamité; en formant des voeux licites, et tton eu promettait de sacrifier un animal, 5 mérites.
Si des amis vicieux nous appel leiK ^e«r prendre p^t I quelque orgie, boire du via ou jouer de Targent, ne pas y aller et persister dans l'observation 4Ufi» fois Je la morale , 3 mérites.
Lorsqu'on a éprouvé un édiec ou un malheur, ne point murmurer contre le ciel ni s'irriter contre les lM>mmes, et l'endurer avec calme ei résignaUon ; — pour chaque fois , 3 mérites.
Supporter patiemment des mauvais traitements ; — pour les cas légers , 1 mérite.
Ne pohit être lier au sein de la richesse , ni tyrannique au ^Itede la puissance ; — pour chaque occasion, è mériies. f Itamasser un objet perdu et le rendre à son maître ; -> si sa valeur est de 106 mas, 1 mérite.
I/>rsqu*on a reçu par erreur de» monnaies fausses de cuivre ou d'argent, les Jeter pour ne point eu faire usage ; — pour chaque somme de 100 mas, 1 méiHe.
Secourir uti homme harassé de fatigue, ou un animal domestique qui gémit sous le poids du travail ;»pour chaque fois, 1 mérite.
Keçevoir la réputation | les, emplois , les richesses et lé prolit que le ciol nous envoie , mai:> n'employer ni intrigues', ni ruses pour les obtenir ; — pour chaque fois , 3 mérites*
Construire, à ses frais, des ponts, paver des cliemins, faire des saignées aux rivières, et ci^user des puils dans Tintérôi du peuple ; -^ pour Ithaque somme de 100 mas ainsi dépec-^ sée, 1 mérile.
COMAtbKT UN 0011 FAlftK t£ 0Ili^. i
11 y a u-l qui , après avoir fuil praisir 5 quelqu'un, se hâté de lui porter eu compte celte faveur. Un autre no fait pas cela; mais il a toujours présent à sa pensée' le service qu'il a rendu, et il regarde celui qui l'a re(;u comme son débiteur. Un troisième ne sojiyo pas même qii'il a r<ut plaisir ; sénibîable à la vigne qui , iiprès avoir porié du raisin 3 m* demande rien de pjus , conleule d'avoir produit le fruit qui lui est propre. Le cheval qui a fait une course, le cliii*n qui a chassé, ^abeille qiû a fait du miel, et le bienfaiteur, ne fojil point de bruit, mais passent à quelque autre action do même nature, comme fait la vi^ne qui, dans Jà saison , donne d'autres raisins. AlARC-AURÈLt.
AÉGËl>T10)i DE DOCTËim
DAMS L*AMC1£NN£ UNIVERSITÉ D£ PARIS.
L'Université de Paris, avant 1789, se composait d<; quatre Facultés : la Faculté de tbéologie, celle des droits (droit civil et droit canon), celle de médecine et celle des arts. Voici quelques détails sur les examens que l'on devait subir dans ees facultés pour y obtenir les différents grades.
La Faculté des arts avait pour objet l'étude de hi grammahre latine et grecque , de la rhéUMique et de la philosophie : elle était composée de quatre nations , savoir : France , Picardie, Normandie et Atiemagne, qui se subdivisaient en provmoes op tribus. Pour y acquérir le grade de kachelier, il fallait avoir ûdt sa phifoâophie sous un professeur académique^ et sabir m examen dans sa natton. On en subissait ensuite un second à Notre-Dame ou 4 Sainte-Gene-» viève , devant quatre examinaleurs tirés des quatre nations ; et si Ite était admis on recevait d'un des chanceliers de université la bénédiction de Soence et le bonnet de «laftte H arts. Auparavant, louteisés, il fallait pf^ter, entre les mains du recteur, quaue serments où Ton s'eagageait : i* à professer la rehgion catholique , apostolique et romaine, et à y mourir; 2* 4 rendre k rUniversité et au recteur honseor et obéissance , à quelque fonction que l'on Idt élevé ; Z" k défendre les privilèges et les droiu de l*Université , et à eooserver ses louables coutumes; fi** à ne reconnaître , suivant la doctrine de l'ÉgUse gallican!^, aucun pouvoir terrestre supérieur à celui du roi.
Pour parvenir au doctorat dans la Faculté de théologie, il fullàit acquérir successivement le grade de maître es arts et ceux de bachelier et de licencié en théologie.
Après le cours de philosophie , faspùrsAt au baccaJanféat «uivaic les leçons de deux professeurs eu théologie deséoofob de Sorbonne ou de Navarre ; muni des certillcais néoés^ saires. Il se rendait d'abord, en robe noire, cl^es un des censeurs de dhicipllne ; puis , en robe rouge , à l'assemblée ordinaire de la Faculté, où il sollicitait l'honneur de subir so^ premier examen, qu'il soutenait en robe rouge et qui jfoolalc sur toute la phUosophie. C'était en roiie noire qu'il passait le second examen , relatif aux attdbuls de Dieu , à la Trinité:, aux anges, etc. Chaque examen durait quatre heures et codtait dix livres k l'aspirant , qui , pour recevoir le grade de bacheUer, devait encore soutenir une thèse. S'il était admli^ 11 venait un mois après, en fourrure, à l'assemblée génévafo^j
prêter les serments accoutumés. Deux ans plus tard , il était admis aux examens de licence, et devait soutenir trois thèses nommées majeure , mineure et sorbonnique. Ce laps de temps écoulé, dans la semaine de la Scptuagésime, les bacheliers allaient inviter, par des discours latins, aux actes publics des paranymphes (1) ( c'est-à-dire à la cérémonie où ils devaient être re<;us docteurs), toutes les chambres du Parlement, la Chambre des comptes, la Cour des aides, le Ctiâtelel et le Bureau de la ville. Dès qu'ils se présentaient , Taùdience cessait, et le président, après avoir répondu en latin, disait en français que la Cour ou la Chambre y assisterait en la manière accoutumée.
Au jour fixé, le licencié se rendait à la salle de Tarclievôché , accompagné de son grand maître d'études et des bacheliers de sa maison s'il était d'une noble famille , précédé des appariteurs des Facultés de théologie , de médecine et des arts, pour recevoir le bonnet des mains du chancelier de Notre-Dame ; puis prêtait serment sur les Évangiles de défendre la religion catholique , apostolique et roniaine jusqu'à l'effusion de son sang. Six années après avoir élé reçu docteur, il soutenait une dernière thèse nommée réiomple^ et, celte formalité remplie, il jouissait des droits utiles et honorifiques du doctorat.
L'étude du droit comprenait trois années formant un total (le douze trimestres. L'examen du baccalauréat se passait au cinquième trimestre, et celui de licence au douzième; le grade de docteur ne s'obtenait qu'un an après la licence. Le jour de sa rêcoption, le nouveau doclenr recevait (Ui profes-
seur qui avait présidé à son dernier examen une robe d'écirlate, un chaperon hermine et une ceinture ; puis le président de l'assemblée lui remettait entre les mains le livre , c'est-àdire le corps de droit civil et de droit canonique, quMl présentait d'abord fermé, puis ouvert au récipiendaire (c'est ce qu'on appelait tradilio libri). il lui donnait ensuite le bonnet, lui mettait un anneau au doigt, l'embrassait et le proclamait docteur. La cérémonie, entremêlée de discours, se terminait par l'accolade que le récipiendaire donnait à tous les membres de la Faculté.
Les cérémonies de la réception d'un docteur en médecine différaient peu de celles qui étaient en usage pour un dôctcar en théologie. Voici le serment que l'on exigeait du l>ach«l|tt',
« Vous jurez, lui disait le doyen « d'observer aussi fidèlement que possible, sans y contrevenir en rien , dans q^â^e position que vous vous trouviez , les secrets , l'honiieur* Jes ordres et les statuts de la Faculté. — Itefn\ de rendre Im^neur et respect au doyen et aux maîtres. — /<em, de déwdre, toutes les fois que vous en serez requis, la Faculté coiilre tous ceux qui voudraient porter atteinte & ses statuts et à son honneur, et particulièrement contre ceux qui praliqtienr^la médecine illicitement , et d'observer, autant que possible, les arrêts prononcés par elle... — Item, d'observer la paix,jia tranquillité et le mode d'argumentation ordonné par la Fijicnllé dans les -discussions. *>
La formule du serment prescrit pour le candidat an bonnet de docteur était moins longue, mais non moins énergique.
a Monsieur le candidat, disait le pn^sidonl de la céri'moiïir.
Réception d*un docteur, vers t6îio. — D*après Ciispin d© Pas,
avant que vous commenciez vous avez trois serments à faire. •Vous devez jurer : 1" d'observer les droits, statuts, décrets, lois et louables coutumes de la Faculté ; 2" d'assister le lendemain de Saint-Luc à la messe dite pour les docteurs défunts ; 3® de combattre de toutes vos forces et sans faire grâce à^ucun, de quelque ordre et de quelque condition qu'ils ^5oient, tous les médecins pratiquant illégalement.— Voulezvous jurer ainsi ? » A quoi le récipiendaire répondait par le mot que Molière a rendu célèbre : Jwro.
Le serment exigé des chirurgiens était sévère et ù certains
(l) Le paranymphe , dans raiiUqnité , était celui qui, dans la cétébration du mariage , conduisait le nouvel époux chez son béau-père.
égards humilianL — On leur faisait promettre notanvnentde ne jamais exercer leur art avec le concours d'un médecin qui ne serait ni maître ni licencié dans la Faculté de l'Université de Paris , ni approuvé par ladite Faculté ; et ils Juraient de ne jamais administrer d'eux-mêmes, à Paris ou dans les faubourgs , une médecine laxative , altérative ou confortattve , mais seulement les remèdes du ressort de la chirurgie opérative.