‹ Le Magasin pittoresqueChapitre 165 sur 185 · LA FONDERIE · texte numérisé non relu

LA FONDERIE

Une Fonderie. — Dessin par François Bonhomme, dit le Forgeron.

Le mouvement d'une grande fonderie est un des plus beaux spectacles de la métallurgie. Il ne frappe pas seulement la ▼ue, il saisit profondément Tesprll. La fusibilité des métaux est en effet une des propriétés dont Tindustrie humaine a su Urer les plus admirables partis. Des travaux qui, avec Tem- ToMB XYL— NoviMBRi 1848.

ploi de Tendume, du marteau, de la lime, du burin, demanderaient des années , s'accomplissent , à Taide du moulage , en un clin d'œil et avec la dernière perfection. Si cet art avait été connu de Vulcain et des Cydopes, il aurait bien simpliûé leurs labeurs. Mais il ne paraît s'être développé 9>^/PÇ^|p

MAUAsJlN l'Ifrnhiîi^Qlîfé.

HeuremciU à la primitive antiquité ; et c'cbt dans bott^ siècle surtout t par le perfectionnement du moulage de la fonie et rcxlensiou de ses usages , quMI est arrivé à conquérir dans l*économic indiLstrielie une importance inconnuejusqu'ators.

La foule de fer a , daus ces derniers temps , dépossédé le bronze d*uue multitude d^usages auxquels ii était consacré , et s*est empalée de préférence des usages nouveaux auxqueb les métaux moulés se sont vus appelés* Sou avantage sur le bronze et le cuivre est d*élre beaucoup moint coûteuse , et à ce point même que pour plusieurs objets importants , les ponts , par exemple , elle tend à remplacer le bols et la pierre. Elle a aussi l'avantage de présenter plus de dureté, de sorte que pour les objets i>oumls à un frottement considérable , comme les cylindres de machines à vapeur, elle vaut mieux quoique moins chère. Par la m$me raison, elle est préférable aussi pour tes marteaux, les pilons, les enclumes. Enfin , lorsqu'elle est fondue , elle est beaucoup plus liquide , et en se figeant elle prend moins de retrait , ce qui lui permet, malgré sou apparente grossièreté, de prendre les empreinttMi les plus délicates. Tout le monde connaît ces petits bijoux noircis, connus sous le nom de fonte de Berlin, ils sont enridiis de reliefs tellcmeiH fins que le burin ne les produirait qu'avec la plus grande peine ; et s'ils ont cessé d'être estimés, c'est qu'ils éuient à trop vil prix pour que la vanité pat en tirer parti. Mais ils n'en sont pas moins admirables , car aucun autre métal ne saurait acquérir dans le moule un tel lini. La même sul>6lance qui fournit ces énormes pièces d'artillerie de la marine , ces vastes cylindres de machines à vapeur ou de machines souillanies , ces volants gigantesques, donne par le même procédé des anneaux, des t)0ucles d'oreilles, des agrafes, qui rivalisent, sauf la Valeur de la matière , avec les cliefs-d'œuvi^ de l'orfèvrerie la plus habile.

Bien que, daus un grand nombre d'usines, on fasse usage de la fonte au sortir même dli Ijaut fourneau , cette méthode , qui est assurément la plus naturelle , n'a pu suffire pour donner satisfaction 4 l'industrie. L« haut fourneau ne verse pas une assez grande quantité de fonte pour suffire ù un travail très-actif. U ne saurait donc servir de rdlliemcnt ni â un outillage considérable , ni à un personnel d'ouvriers mouleurs très nombreux. De là s'est introduite la nécessité* de fonderies spéciales. Ce sont des établissements situés ordinairehienl h portée des grands loyers d'industrie, et dans lesquels on rassemble la fonte produite par des hauts fourneaujt situés daus diverses régions , pour la remettre de nouveau m fusion et la mouler dans les conditions les plus convenables. Il y a un désavantage causé par la perte d'une ceruine proportion de fonte qui s'oxyde et se scorifle dans le fourneau de fasion , ainsi que par la dépente du eombustible qu'on est obligé de brûler pour opérer cette fusion ; et l'on évite ee désavantage en moulant directement la fbnte au sortir du haut fourneau ) mais, d'autre part, il y a compensation par la possibilité d'opérer en grand, qui ne s*acquiert qu'à ce pris»

On emploie pour la refonte deux tsp^ différentes de fourneaux. ^

Les uns sont ceque l'on nomme des fàurneaux é manehê. Ce sontdes fourneaux dont l'intérieur est à peu près cyiindri* que, et qui se terminent Intérieurement par un creuset. Leur hauteur varie, suivant l'Importance de la fbuderle, de 1 mètre à 6 ou 7 mètres. Le feu y est activé par la tuyère d*un soufflet , et l'on y charge la fonte concassée et le charbon par lits alternatifs. Ordinairement on a plusieurs fourneaux de cette espèce, soit alin de pouvoir réunir une grande quantité de fonte pour le coulage des grandes pièces , soit pour avoir toujours un fourneau en activité ; car après huit ou dix heures 11 s'accumule dans le fourneau une si grande quantité de scories qu'il faut laisser tomber le feu et nettoyer l'intérieur, liorsqu'il s'agit de très-grandes pièces, on préfère les fourneaux à réverbères. Ce sont des fourneaux dans lesquels le fer et le métal à fondre sont sépurés. On allume un

feu de houlilc sur une grille et Ton place la fonte iuut 4 côté sur une sole recouverte d'une voûte qui est commune au foyer; la chaleur se trouve répercutée par celte voûte, et de \k vient le nom donné à ce genre de fourneau. A l'extrémité de la voûte se trouve une cheminée de 15 à 16 mètres destinée à activer le tirage sur la grille, La fonte , à mesure qu*elle ae liquéfie, se rend dans la partie hiférieure de la sole où e^ ereusé vn bassin destiné i la recevoU*. Le temps nécessaire pour une fonie de 8000 kilogrammes est d'enriron huit heures. Quand la fusion est achevée , on ouvre le trou de la coulée et l'on fak tomber la fonte dans un bassin où Ton achève de la séparer des impuretés qu'elle peut eoalenir, et on l'y puise avec des poches ou des chaudi^^, h l'aide desquelles on la transporte vers les moules.

Quand il s'agit de très-petits objets , on se contente souvent de mettre la fonte en fusion dans des creusets placés dans l'intérieur d'un petit fourneau , et c'est à l'aide de ces mêmes creusets qu'on la transporte et qu'on la verse.

Les moidesse font le plus ordinairement en sabfe. On distingue le moulage en sable ^ra« ^c'est-à-dire mélangé d'ai^, et le moulage en sable maigre, qui est du sable pur. L** sable gras est plus résistant et plus consistant que le sable maigre, et l'on en fait usage quand l'empreinte est de telle forme qu'elle ne saurait se soutenir en sable maigi*e , et que 1^ coule de gros objets dont le moule pourrait être détruit par le poids et la vitesse de la fonte , s'il était simplement en sable. Quand on fait usage du sable maigre , on ne fait point sécher le moule, parce que le sable, s'il cessait d'être humide, perdrait toute solidité, ii résulte de cette particularité que la fonte trop brusquement rt^froidie blanchit à la surface et devient plus cassante, et c'est aussi une des raisons qui font souvent préférer le sable gras, malgré l'inconvénient de l'obligation du séchage.

Quand il s'agit de pièces qui ne doivent être moulées que stn* une face, comme les plaques de cheminée, par exemple, on se contente d'imprimer le moule sur le sol de l'usine et d'y faire arriver la fonte comme dans un fossé. Mais quaad toutes h» faces doivent être moulées, le travail est plus diftcile. On est obligé de composer le moule de plusieurs pièces séparées, que l'ouvrier rapporte ensuite ekartemcut l'une sur i'aulre, à l'aide de châssis dans lesquels le sabie formant chacune d'elles est contenu, et qui sont ensuite ajustées l'une sur l'autre au moyen de vis et d'écrous. On pose du sable dans un châssis ; on y place la partie du modèle qui doit y être contenue ; on bat le sable fortement tout autour pour qu'il prenne bien la forme » puis oti retire le modèle déficatement , de manière ft ne pas endommager le moule , et l'on met ce châssis de côté pour passer au suivant. Quand tous les châssis sont prêts, on les pose successivement l'on sur l'autre eu ayant soin qu'Us se raccordent bien.

On se sert de moules en argile quand il s* agit de trèsgrosses pièces creuses pour lesquelles on ne veut point faire les frais d*un modèle, ou enfin lorsque la dimension des pièces est trop considéral^le pour que l'on puisse faire usage de châssis mobiles. On commence par confectionner le noyùu qui reçoit de la main du mouleur la forme que doit avoir le vide de la pièce. On applique ensuite sur ce noyau plusieurs eouches d'argile qui prennent la forme que doit recevoir le vide des moules, et que l'on nomme chemise. Par deuus la chemise, on remet de l'argile qui forme l'enveloppe extérieure du. moule, et que l'on nomme le manteau ^ puis on enlève le manteau , ou détruit la chemise et l'ou remet en place très-exactement le manteau. Après avoir bien sécbé le moule, on coule la fonte, qui vient prendre la forme de la chemise, entre le noyan et le manteau. Quelquefois c*csl k manteau qui reste en place , et le noyau construit à part est porté dans l'intérieur du manteau à l'aide d'une grue qui l*y dispose à la place exacte qu'il doit occuper. Lors(fu'il s'agit de pièces faites au tour, comme les cylindres de machhies à vapour, un tel ajustage n'olTre pasdedifficultéssérleiues, Digitized by VjOOvI-C

Ofl ff ftrin de multipHer amant qa« possible les trous par lesquels on coale la fonte dans rintérieurda moule, afin qae toutes les parties soient remplies à la fols et qu'il ne se fasse point de rupture d'une partie du moulé ù Taulre» ce qui ne manquerait pas d'arriver si d'un côté il y aralt refroidissement et soHdiflcatioA tandis que de l'autre le métal ne serait point encore aiTivé. On ménage aussi d'autres irous, nommés évents, pa^* lesquels s'échappent les gaz, et particulièrement le gaz hydrogène qui se dégage de l'intérieur du moule au nioraenl de la coulée* Quand le moule est en sable, le gaz se dégage tout naturellement à travers les pores de la masse. On a toujom's soin de l'allumer à l'instant oti il sort, et quand il s'agit de grandes pièces , c'est un spectacle assez curieux que de voir le moule tout en feu à l'instant où le ruisseau de fonie se précipite dans son intérieur.

Ce spectacle a été très-heureusement rendu par M. Bonhomme ilans le dessin qui est jolill à cet article. Gottune les précédents , il laisse voir tout le parti que l'art peut tirer de ces scènes de Tindustrie , dont la peinture seule est capable de rendre les lumières, les clairs-obscurs et les ions variés.

Dans le fond, sous un arceau, s'aperçoit le massif du fourneau à manche. Le fondeur, revêtu de sa grande chemise de toile blanche et armé de son ringard , vientde déboucher le trou de la coulée , ût l'on se hâte de remplir les poches et les chaudières. Une série de grues communiquent les unes avec les autres en tournant sur leur axe. Ces grues supportent les chaudières remplies de fonte et suspendues par des chahies ù de petits chariots qui roulent à vai6nté sur le bras supérieur de la grue. Ou voit ainsi trois gfHêS, dont la pre*mière est placée à portée du bassin du fdurneau à manche, et dout la troisième occupe le tircmier plan. On est occupé à la fonte d'une grande pièce , probablement les jantes d'un volant, [.es ouvriers, revêtus de sarreaux motftllés, sont .montés sur la partie supérieure du moule et versent la fonte contenue dans des chaudières qu'ils font chavirer à Talde de barres de fer. Plusieurs swvanls oWÉrenl le long du moule , en haut et en bas , avec des flambeaux , et allument le gaz ({ui se dé^^age pur les inlersUces def pièces de bois qui souticiuienl l'enscmbie. Enlin^au ffledde la grue, cinq hommes toiunriit Iji manivelle pottr faire avancer la chaudière de fonte à l'endroit où l'on veut la vcriNîr. Le l^ntrc-mallre , tournant le dos au spectateur, lève la mitfn et donne ses ordres aux ouvriers qui sont sur le moule comme à cenxquf sont au-dessous.

S(U' le premier plan , un ouvrier passe à la claie le sable destiné au moulage pour le sépai*er des fragments trop volumineux qui pourraient s'y trouver mêlés. Tout à côté est un h)ng châssis à plusieurs compartiments , dans lequel on fera arriver un ruisseau de fonte qui moulera d'un seul jet une multitude de pièces. Trois ouvriers armés de plions sont occupés à lasser le sable autour des modèles placés dans les compartiments.

Près d'eux , d'autres ouvriers sont appliqués à préparer quelque grande pièce. Les uns iravailieni h la partie inférieure du moule ; les autres , qui , à l'aide (Vane petite grue , ont enlevé le manteau, le flambent par-dessous j>our achever de le sécher et le revêtir d'une couche de noir de fumée. Un ouvrier placé à la manivelle se prépare à les aider à ramener celle pièce à sa place lorsque lopérulioii sera leruiiuée.

Euhn eu aperçoit dans le funil des moules êpar» çà el là sur le sol de l'usine ou appliqués contre la muraille, un ou- \rier qui amène du sable dans sa brouette, un chariot attelé de bœufs qui vient charger les scories du fourneau à manche pom- les emporter hors de Pusine. ' Toute celle scène est pleine d'animation el de vie ; et mafgré sa confusion apparente , tous les travaux de la fonderie y sont résumés avec une intelligence piirfaite.

LE GROUPE D'ÉNÉÈ, PAR PIERRE LEPAUTRB.

Le groupe d'Enée et Anchise est placé à l'entrée de la grande allée des Tuileries, du côté du château. C'est une des sculptures du jardin qui attirent le plus les regards. L'artiste a dû s'éloigner du programni^ tracé par Virgile dans le deuxième livre de l'Enéide, en plaçant Anchise, non sur les épaules, mais entre les bras d'Énée, et en faisant tenir le petit Iule par Anchise et non par Énée. On trouve ce sujet figuré sur plusieurs monuments antiques , et prmcipalement sur les médailles de César, de la famille Julia , qui' prétendait descendre d'Iule. il êsi «tissi reproduit sur des médailles d'Antonin Pie , de Garacalla, sur celle des Ségestains, des Dardaniens et des Iliens ; mais dans toutes ces compositions Anchise est placé sur les épaules d'Énée, ainsi qu'au tableau du Dominiquin que l'on Toit aujourd'hui dans le grand salon du Musée du Lotivre. DaftS le groupe de Lepautre , Énée , armé et couvert d'une peùii de lion , lient son père entre ses bras et marche à traVers les ruines d'un temple. Anchise, coiffé du bonnet phrygien qui annonce son origine troyenne , porte dans sa , main gauche le Palladium sacré; son bras droit retombe derrière l'épaule d'Énée , et sa nthin est lenue par le jeuue Iule ou Ascagne, qui se retourne pour cliercher des yeux sa mère Creuse qu'il ne doit plus revoir. L'exécution de ce graupe a passé de tout temps pour admirable ; les anciennes descriptions s'accordent pour louer le contraste des altérations de la vieillesse, les rides de la peau , du tiraillement des muscles exprimés sur le corps d'Anchise, aviîc la fermeté des chairs , le gonflement des veines , la finesse de Pépiderme de celui d'Énée, et enfin la délicatesse des chairs et de la peau du Jeune Ascagne. Mais le mérite principal de ce groupe consiste surtout dans^a disposition générale étudiée de manière k offrir de tons côtés , au spectateur, un ensemble satisfaisant pour l'œiL Ainsi, vue Ue face, la composition concentre tout l'iniérét sur les deux figures d'Énée et d'Anchise; la tendresse filiale du guerrier qui embrasse le corps affaissé du pieux vieillard , semble Ironique Dut que le sculpteur se soit proposé. Mais si l'on se pl^e d'un autre côlé , la scène change d'aspect ; la figure d'Énée disparaît presque entièrement, et l'on a sous les yeux la figure du jeune Ascagne suspendu au bras du vieitli^rd, et portant sur ses traits l'expression de Pinqulélude et de Peffrol. C'est ce. qui explique l'impossibilité de donner uile Idée complète de ce % groupe , à moins de le représenter de deux côtés, et la nécessité où nous nous sommes lrouvé^* de donner séparément la figure de l'enfant.

On retrouve, du reste, dans presque toutes les sculptures de cette époque , destinées à décorer les jardins , cette préoccupation de mise en scène dont Lebrun et Le Nostre étaient les ordonnateurs. Pierre Lepautre fut un des artistes qui réussirent le mieux en ce genre, et cependant il ne voulut jamais, dit-on , se soumettre aux exigences des intendants de la couroime. 11 etil vrai que ses premières études l'avaient suffisamment préparé à voler de ses propres ailes , et quelques mots sur sa vie en fournii-onl la preuve.

Le nom de Lepautre a sa place marquée parmi ces grandes familles où Part s<'m!)ie héréditaire, et dont la France offre à toules les époques de si fréquents exemples. Sous Louis XIV c'étaient, parmi les peintres, les Corneille, les Coypel , les Mignard, les Boullongne ; parmi les sculpteurs, les Anguier, les Marsy, les Couslou ; parmi les graveurs, les Audran , les Drcvel; parmi les architectes, les Mansart el les de Cotte. Le père et l'oncle de Lepautre étaient , l'un dessinateur et graveur, l'autre architecte. Tous deux eurent une grande Influence sur le style de rarctiilccture sous Louis MV. « Quel • nombre de pièces, dit Florent Lcconte, Jcim Lepautre n'a-t-il pas fait? L'eau forte et le burin ne lui coiltolent pas davantage que la plume, et l'on peut dire qu'il ne se peut guère trouver de graveur qui ait plus invente que cHul-ci qui étoil universel pour loult s horlt.'s dv bujrl^. h» :i.s Us p rsonncsc|4Jijnofe§-/-^

sent les arts libéraux ou méchaniques trouTcnt dans ses protluclions de quoi se soulager ; ce ne seroit jamais fait si je voulois faire un détail de tous ses païsages, sujets d'histoire, ornements, livres ù dessiner, plafonds , vases, alcôves et cent autres sortes de sujets que plusieurs de la rue Saint-Jacques possèdent et débitent journellement, v Le catalogue de Mariette

porte, en effet , au chiffre de IMO le nombre des pièces gr»* vées par Jean Lepautre.

Son frère aîné Antoine construisit , comme architecie de Monsieur, duc d'Orléans , les deux ailes du château de Saint**. Cloud, et publia divers ouvrages d'architecture remarquabtoi par Timaginaiion et les inventions nouvelles.

Le Jardin des Tuileries.— Énée portant son père Anchise.— Groupe en marbre, par Pierre Lepautre.

Pierre Lepautre , né à Paris en 1659 , se maintint , comme sculpteur, à la hauteur de son père et de son qncle. Quelques biographes Pont dit fils de Jean , d'autres fils d'Antoine. Il semble qu'on doive s'en rapporter, à cet égard , à l'assertion de d'Argcnvillc, qui le dit fils de ce dernier, d'après des Mémoires de famille. Son père , rapporte-t-il , le destina d'abord ^ rarcliitcclure ; mais, témoin des persécutions dont Antoine Ltoaulro fut l'objet de la part de Le Nostre oi de Mansart , cl

sans doute entraîné par un penchant naturel, il se consacra à la sculpture et entra dans l'atelier de Laurent Magnière, un de ces nombreux artistes qui peuplaient de statues les jardins de Versailles, sous la direction de Lebrun. Le jeune Upaulrc obtint le grand prix de sculpture à l'âge de vingt-trois ans. Le sujet de son bas-relief était l'invention des tentes par Jabel , et celle des instruments de musique et des forge» , par Tubalcaïn. Envoyé 5 Rome comme pensionnaire du

Ut

rai i il y fit plusieurs copies d'après Tantique , et s'y Ha ayec Pierre Lcgros et Jean Tiiéodon. Ce dernier avait commencé podr lé roi le groupe de la mort de Lucrèce , ou d'Arrie et Pdtsius, placé aujourd'hui en regard de celui d'Énée et Anchim ; mats la mort Tempèclia de rachcvcr, et ce groupe ayant été transporté en France , Lcpautre, h son retour, fut chargé de le terminer h Marly en 1691.

En 170/i, Lcpautre exécuta, pour le jardin de Marly, la figure d'Atalante, qui est son chef-d'œuvre; plus tard, le groupe de 'J'héodon ayaût été transporté aux Tuileries, Lepautre fut chargé d'en faire le pendant, et il exécuta en 1716 son groupe d'Énéc. ]Ais biographes ont prétendu qu'il le composa d'après un modèle en cire de Lebrun ; mais on ne peut guère s'expliquer par quelle raison Lcpautre, qui avait toujours montré une grande indépendance de caractère , aurait été s'asservir à la pensée d'un autre , surtout si l'on réfléchit que Lebrun étant nmrt depuis l'année 1690 , aucune influence

ne pouvait , seize ans plus tard , le forcer à une pareille concession. Ce qui rend cette idée encore moins probable , c'est que Lcpautre ne voulut jamais faire partie des Académies royales dont son père et son oncle avaient été membres, et que, comme César, il disait à ses amis qu'il préférait le premier rang dans une petite ville, au second dans Borne. 11 se plaça , en effet , à la tète de l'ancienne Académie de Saint-Luc, autrefois toute-puissante, maie alors persécutée et presque entièrement annihilée ; il y reçut les titres de professeur, puis de directeur perpétuel.

Pierre Lepautre mourut à Paris en ilUU\ âgé de quatrevingt-quatre ans , laissant dans les palais, dans les jardins el dans les églises une grande quantité de sculptures, parmi lesquelles on citait une Clytie au château de la Muette, deux (jgures dans le chœur de l'église Noire- Dame, une Sainte Marceline aux Invalides , et les sculptures en bois de l'œuvre de Saint-Eustache. Cependant on chercherait vainement dans

Une Scène du Jaidiu des Tuileries en 1750. — D'après Gabriel Saiiit-Aubio.

nos Musées une œuvre de cet artiste fécond. Son beau groupe d'Énée se détériore tous les jours, el Phumidilé y déforme des contours qui épuisaient toutes les formules d'admiration des critiques du dernier siècle. Les formes délicates de l'Atalante sont exposées à tous les orages du ciel et de la terre , et ses plaies réparées presque tous les ans affligent l'œil pai leur blancheur criarde. Ne serait-il pas temps eniin de compléter avec toutes ces œuvres les vides si nombreux de noire Musée de la sculpture française, el de les remplacer par des copies qui exerceraient le talent de nos jeunes artistes ; eD feraient vivre les plus nécessiteux ?

Page 1