SCDLPTEOR FRANÇAIS DU SEIZIÈME SIÈCLE
Nous essayons aujourd'hui de faire renaître une renommée éteinte , et de rappeler à nos contemporains le nom dW arliste qui a été l'une des gloires du seizième ^èclé. Jetez les yeux sur cette copie d'mi groupe dont l'art pliotograpliiqné nous a donné la traduction fidèle : les plus grands mallrvi ont-ils souvent fajt pi-euvc de plus de science et de génie dans leurs compositions? Parmi ceux qu'on recommande sans cesse comme modèles suprêmes , en est-il beaucoup qui aient toujours aussi parfaitement réitssi? L'artiste qa^ a so animer cette pierre est cerlainement un grand maître ; cependant , parmi nos lecteurs , combien s'en trouvera-t-il qtd aient entendu prononcer le nom de llichier ? Quelques rares voyageurs, peut>être, qui l'ont demandé lorsque le sacristafai leur montrait ce qu'on appelle encore dans le pays la eunosite, L'hisioire ne saurait plus rester muette sur le compte dt Richier ; nous prenons les devants sur elle, et, en attendant le livre qu'un homme de goût doit publier prochainement , et qui résumera quinze années de patientes recherches (1), nous esquisserons ici sommairement , d'après quelques notes extraites de cet ouvrage inédit , la biographie du grand sculpteur lorrain.
« Ligier Richier naqoit vers 1500 , non pas an village de Dagonville en Barrois , ainsi que l'Indique ime tradition inexacte, recueillie par dom Calmet , et généralement admiat ftur l'autorité de sa parole , mais bien , comme le constate une récente découverte , à SaUit-Mihiel même, siège antique d'une cour souveraine dite des HauUê jours. On ne sait lieB de positif ni de la condition de sa famille, ni de la professiOB qu'exerçait son père.
» D'heureux essais d'après nature révélèrent de lx>oae heure la vocation de cet artiste. Aidé sans doute par dlntd» ligents appréciateurs de son ulent précoce, le jeune Ligier (^ lUchier s'achemina vers Rome , où , sous la direeiioB de Buonarolti et l'influence des meilleurs maîtres, il dut se livrer, pendant un séjour d'environ cinq ou six ans, à rétode spéculative et pratiqtie de la statuaire. De retour an foyer domestique vers 1521, il préluda, en ornant d'un magniftqne calvaire l'église collégiale d'Hattonchâtel, aux chefs-d'eeuvre dont il allait bientôt doter, outre sa ville natal», les cités
(i) M. Justin Bonnaire, avocat à la Cour d'appel de NAney. L'ouvcage sera iiiiutré de nombreux deaiins sur Bichier et ses
œuvres.
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crttain, de Bar-lc-Duc , de Nancy, de Pont-â-Mousson, eic.
» Ne demandez à riiisloire aucune parlicularilé sur Tobscur énfanl de Sa!nt-Mih!cl : inconnu ou négligé de Félibien , il n^i pfas obtenu dans la Biographie universelle de Michaud la tiioimlre mcnlion honorable & côlé des Rion , des Cousin , de^ (joujon , qu'il égala pourtant , qu'il surpassa même sous phis d'un rapport. Son art, voilà presque tout ce que nous connaissons de sa vie.
wRîchier n'était point calviniste, comme l'insinue le trop crédule abbé de Scnones, d'après des conjectures accueillies sans contrôle , et formellement démenties d'ailleurs par la double évidence des dates et des faits. Comment admettre qnc les parents de notre artiste, en l'amenant dès son bas Ûge àSaint-Mihiel dans les premières années du seizième siècle, y auraient spontanément embrassé les opinions de Jean
Calvin, né seulement en 1509, et dont la dof.trine ne se propagea que trente ou quarante ans phis lard 1
» Entre autres preuves non équivoques de la résidence de maître LigieB au sein de la vieille cité parlementaire , on y voit encore la maison qu'il habitait dans l'ancienne rue des Drapiers; et si la moderne bâtisse substituée à la façade primitive déconcerte un peu le visiteur, du moins éprouve-t-il l'agréable suiprise de retrouver dans l'appartement du rezde chaussée un curieux plafond du style de la renaissance , qui, par Tagencement gracieux des caissons chargés d'élégantes arabesques , et terminés en bouquets de fruits ou de ncurs, annonce que Ligrer savait, à PinMar de ses émules, merveilleusement allier au rare talent du tailleur dlmages le goAt exquis de rarcliilecte-décoralcur (1).
» La pièce principale était ornée autrefois d'une cheminée
Le Sépulcre de Téglise de Saint-Miliicl, département de la Meuse. — Dessin de Gérome, d'après une planche da^ierrcotrpée
de MM. Soutain et M^lgrtt.
en pierre blanche dont le manteaa, imitant une étoffe damassée , véritable trompe-Vml , fut , vers la fin da siècle dernier , transporté dans la maison curiale du petit village de Han.
]> Occupé en 155û, lors d'un premier voyage de Montaigne à Bar, à ia décoration intérieure de l'insigne collégiale de Saint-Maxe , sous les ordres du pieux doyen Gilles de Trêves , Ligier Ricliier vivait encore certainement en 1557. Toutefois, à partir de cette époque, pas un document de cpielqae valeur, pas une œuvre authentique n'attestent son existence. L*his« torien Glievrier, écrivain d'ordinaire plus sphrituel qu'exact , le fUl no^nrir en 1572 , de même qu^il Gxe sa naissance au à avril 1506, sans alléguer, du reste, aucune preuve à l'appui de son affirmation. Quoi qu'il en soit , l'illustre sculpteur, alors septuagénaire, s'il atteignit cette période avancée,'n'aura pu sans doute résister à l'affreuse contagion qui , dès l'année suivante, décima ses malheareux concitoyens. »
Les deux plus belles œuvres de Ligier à Saint-Mihiel sont le fiépolcre et le groupe en bois de l'Évanouissement de ia Vierge.
Le Sépulcre est composé de treize personnages de grandeur un peu plus que naturelle. La matière des statues est une pierre d'un grain trèfr-fin et d'un blanc légèrement nuancé de rote, auquel le poli a communiqué le brillant du marbre.
Sur le premier plan, on aper^it le corps du Christ affaissé sous son propre poids , et soutenu par Moodème et Joseph d'Arimathie. Attentifs tous deux, ils expriment un sentiment conforme à ce pieux olBce , et que l'on partage en ooosidérant la tristes^ grave et réfléchie empreinte sur leurs traits. Les membres du Christ sont glacés , mais la roideur ne les a pas encore atteinls ; le sang n'y circule plus ; seulement il s*y est arrêté : on voit sur les bras et sur les jambes les veines encore pleines serpenter à la surfiace de la peau. Les mains sont johites et reposent naturellement sur le corps ; elles y resteront retenues par leur poids, si k vie ue revient les soulever. La tête un peu fléchie en avant retombe sur l'épaule gauche ; les yeux entièrement fermés paraissent ensevelis sous leurs paupières ; les narines abattues et les lèvres étroitement rapprochées, indiquent que la respiratfon n'est pas tout h fait éteinte ; ce n'est pas la mort, car je n'aperçois pas là les signes de la destruction ; ce n'est pas non plus le sommeil : tous l'immobilité apparente ne saisirais-je pas encore le mouvement T Non, ce n'est là ni le repos ni l'anéantissement , c'est la Passion racontée par l'Évangile ; que les trois jours soient écoulés, je verrai se lever l'Homme-Dieu 1
(t) La fumée dHine cheaiinée de cuisine, en reoou>Taut ces caissons d'un enduit noir et brillant , leur a douné Taspect d'or*nenients sculptés avec une délicatesse infinie daus d '^ '
ne 1 aspect a<itr-
y'<!;ït!nDgle
Que ne poavez-¥Ous être transporlé réellemenl en face ÛR ia Madeleine , qui va baiser avec effusion les pieds du Christ I Quel admirable type des erreurs passées et du retoin* & la vertu ! Des lignes d'une parfaite pureté et d'une grâce Inflnié communiquent à sa figure le caractère d'une douceur et' d'une noblesse égales à sa distinction; mais aux dévelop-
f" emenls des muscles inférieurs , on |reconnalt la trace de txcH des passions. Ses yeux gonflés de larmes vont en réptandre stu* les pieds du Christ ; son front cédant aux contractions de la face se plisse aux angles des sourcils et devient , chez celle femnoe repentante et éperdue , le signe (fune douleur si vraie , si profonde et si inconsolable, qu'à force de la contempler, vous l'éprouvez vous-même.
Quant à la Vierge , qui s'évanouit au second plan dans les hras de saint Jean et de Marie , sœur de Marthe , vous la connaîtrez mieux encore par le groupe que nous publierons prochainement. Si vous voyez jamais, dans ce Sépulcre, Marie , sœur de Marthe , soyez attentif, et vous croirez que )a chair palpite sous le vêtement qui la recouvre.
L'ange qui est auprès annoncera ptits tard aux saintes femmes que Jésus est ressuscité ; il peint la douleur et Tadoration ; on dit que Ricliier s'est servi de ses traits pour faire passer les siens à la postérité.
A gauche, Salomé s'approche du sépulcre et y étend le In^ceul; on la voit marcher, on imagine que le lin se déploie et s'allonge sous sa main.
A droite, sainte Véronique porte la couronne d'épines ; ses « yeux s'y fixent, et sa pensée, absorbée par la douleur, semble compter les gonttes de sang que cet instrument d'une dérision cruelle a fait jaHlir de la tète de ia victime.
Le cenienier est bien le centenier de TÉvangile ; frappé de tontes les merveilles dont il vient d'être le témoin , il réfléchît et se convertit.
Au dernier plan, deux soldats jouent aux dés, sur un tambour, la robe de Jésus-Christ : les traits aHongés de l'un accusent le mécontentement et le dépit ; le sourire Involontaire qui s'épanouit sur les lèvres et dans les yeux ëe l'autre, trahit par une Joie mal contenue la cupidité satisfaite.
On a conservé au stïjet de ces deux figures une anecdote. On croit qut ce sont celles de deux habitants de Saint-Mihiel. L'artiste les a placés dans le sépulcre sous les traits vivement accentués de INivarice et du jeu ; ils y subissem le supplice qu'il s'éUit promis d'infliger à un usurier inflexible qui l'avait fait 9aisir dans ses meubles, et à un sergent de justice qui avait été l'instrument de la poursuite.
Shakspeare a su rassembler dans un même cadre et îneUre en scène, $am blesser i'iesprit, les plus tobles et les plus ftM8e»<lt loiiles les pssaions ; fil a su inlèresper ft leurs tléve- IsppemenU en lenr prêtant un langage qui en (ait ressortir b vitaflfié et réttergie. RicMer possédait à un égal degré l'art et le «ecret de» contrastes; robservation les lui avait révélés.
nichter ne montre pas dans ses œuvres un grand respect pour la térilé des costmiies; c^est le défaut 4e son temps plus que le sTen : H a obéi b Tosage ; mais il « fait sortir de son erreur même des beautés de détail qui rachètent large^ nent des inexactitudes en quelque sorte convemies , ef auxquelles Tœil s'haMtue sans effort et sans regret.
Un moment , on avait craint pour le Sépulo^e pendant la première révolution. Deoi citoyens , patriotes généreux et amis éclairés des arts^ MM. Marchand et Martin , avocats et oflkiers municipanx de la ville de Satnt-MHiiel , firent fermer par une cloison k chapelle qui renfermait le Sépulcre ; cette cloison le voila pendant pluslenrs années, et tomba dans des jours phis cahnes pour le rendre au culte et à la lumière (i).
(x) On raconte que le peintrt David , pasuat i Saint-Biiliiel, s'arrêta pendant six heures devant le Sépulcre de Richier, dans l'attitude d'une profonde contemplatîoii.
MÉMOU^BS DE GiBl$ON.
Suite. — Voy. p. i5x, 197, aoi, a5», 3oa.
L*Angleterre , menacée par la France , avait appelé des troupe.<; allemandes à son secours. Dans un bel élan de patriotisme, les gentilshommes de campagne demandèrent dans ïe parlement et dans Tarmée la création d'une milice naUonale; La plupart espéraient , à la vérhé , q'ue celle manifestation n'aurait point d'effets sérieux. « En offrant nos noms et recevant nos commissions comme major et capitaine dans ïe régiment de llampshlre, dît Gibbon, uous n'avions pas supposé que nous serions enlevés, mon père à. sa ferme , mol ï mes livres, et condamnés pour deux ans et demi à une vie errante et à la servilude militaire. « On peut juger, d'après ridée que Gibbon nous a donnée de son caractère , si celte épreuve lui dut être pénible. Toutefois , sa douce et sage philosophie lut fil trouver des consolations , et il sut tirer parti de cette position si contraire à ses iiabilodes, dans l'intérêt, même de ses études historiques. « L.a perte de Unt d'heures oiseusement occupées n'était compensée par aucun plaisir délicat , et mon caractère s'aigi^t insensiblement par la société de nos rustiques officiers. Cependant H y a dans toutes les situations une compensation de biens et de umux. Les devoirs d^one profession active rompirent utilenieiil l'habitude d^une vie sédentaire... La dtseipline et les évolutions d'un balaHlon moderne me donnèrent des notions plus claires de la phalange et de la légion romaines; et le capitaine des grenadiers de Hampshire ( le lecteur sourira } n^ pas été Inutile à l'historien de l'Empire romain. »
Pendant les deux ans et demi qu'il passa au senrire mOitaire , comme capitahie d'un régiment de milice , Gibbon écrivit un journal très-détaillé de toutes ses pensées et de toutes ses actions. Voici un passage de ce journal :
« 8 mai 062, jour de ma naissance, oA je suis estré dans ma vingt>sixième année. J'en ai pris occasion de rentrer n peu en moi-même , et de considérer avec impmrtiatité mt$ bonnes et mauvaises qualités. Il m'a paru , d'après cet examen , que mon caractère était vertueux , iuca|)al)le d^actens basses ; formé i)0Uf toutes ceHes qui scmt généreuses , mab fier, violent et désagréable en société. Je dois mXTorcer de cultiver ces qualités diverses, de les extirper ou delen réprimer suivant leur diflérente tendance. De Tespril. je n'en ai point. Mpn imagination est plutôt forte qu'agréable; ma mémoire, à la fols capricieuse et tenace. Les qualités brillantes de mon jugement sont l'étendue et la pénétration ; mais je manque 4'actlvilé et d'exactiuide.r Quant k ma situation dans le monde, quoique je murmure contre eUe quelquefois, elle est peutêtre la mieux adaptée k mon caractère. Je jouis de toutes les commodités de la vie, sui^oul de cette indépendance, le premier des biens, qu'on trouve diifiicilement, soit dans une pliu haute, soh dans une moindre fortune. Quand je jMrle de ma situation , je lais alistraction ûr la circonstance passagère de mon eajT^lement dans la milice. Quoique je m'y porte avec appUcaiioB et ardeur, je ne suis pas plus propre pour elle qu'elle n'est digne de moi. Somme toute, je suis bien aise d'y avoir été, et je serai bien aise de n'y être plus. »
Dans toutes ses excursions aux environs du camfkenaenty Gibbon emportait et lirait Homère et Horace dans leur texte originaL Le soir, il, sç levait de bonne iieure de la table oà les officiers continuaient à fumer ou k boire , pour aller lire liés historiens qtd pour lui avaient toujours un attrait particulier. Il avait une vocation très-décidée pour écrire l'histoire. «Mon ami air Josué Reynolds, diaprés son oracle le docteur Johnson , nie qu'il existe un génie prétendn naturel , une disposition de l'esprit reçue de la nature poif un art ou une sdenot plotèl que pour un autre. Sans n'engager dans une dispute métaphysique» ou plutôt de mo^ je sais par expérience qwe dès ma première jeunesse j'^sfMrâi à
la qualité d'historien. » i r^r^m />
MAGASIN PITTOftEgQUB.
Aussitôt après le liceocieoient 4e la milice , Gibbon obtint de son père la permission de faire an voyage en France et en
« Les Jbabiiudes de jeuattie de ia laagae ^el de» ms^nières
tençBi^es m^avaient laMsé iia ësdmi désir de ravoir le con-
tMem, eidc le Wsiner swr un pfcui pi\m éiwia «i plus utlie^
, D'après la loi de la coutume , et peut-être celle de la vaison»
ïtA voya^âs à L'étranger adièvfl» t à'éduoitiM d'un Aaglai».' j . » Une chuise de poste me InneporlA à Douvres^ k paque* j bti à Bo«l«gae, «t ]> mis taat d'ftciivité que j'arrivai à Paris j k SajaKvier 1763* tE«bi»4ixjoiiraaealeiiicDtaprèak llcen*' { ciement de la milice. La durée de laon tbacnee fol Yagye*
tmeM lîKée à deuxcu trois ans» et «toe liberté entière me fut kîMée d'aller «t de rester aux lieus ^e je iréfiérenia «t jMgorafs ka pins coQveaabks.
» Je coMacrai un grand nombre d'heures de la matinée à parconrir Paf is «t aca environs; à visiter les ^gttses et les palais L'emarqaabka par leur arcMteetare^ ka manukçtoros noyâtes ^ les ceikctions de hvrea et de tableaox « et ions les «réaors divers de» m»y des acicnc^s et 4tt luxe. On floit reconnaître , et un Aogkis peut i'cntendre sans répugnance , qne^ dans oesobfets de euiiaslté et de prix,.P»ds l'en^Borte snr Londres» Ji
Le séjour de Paris fut pour Gibbon, pendant ce prenéeret rapide voyage « une ooeaaion d'^préckr ka avamages de nonre civiiisatkn , et de Her connaissance avec les hommes les plus célèbres de ce temps.
«Mon objet principal était de jouir de la société d'un peuple poli et aimable, en faveur duquel j'étais extrêmement prévenu , et de converser avec quelques auteurs dont naon imagination exaltée se représentait la conversation, soit pour k plaisir, soit pour l'instruction , comnK l^en supérieure à kurs écrits.
j> Parmi les hommes de génie du siècle , Montesquieu et Fontcnelle n'étaient plus , Voltaire demeurait dans sa terre près de Genève , Kousseau avait été arraché l'année précédente de son ermitage de Montmorency, et je rougis d'avoir négligé de rechercher, dans ce voyage , la comaaissance de Builbn. Dans le nombre des gens de lettres que je vis, d'Alembert et Diderot tiennent le premier rang en mérite, ou du tnoins en réputation. Je me contenterai de rapporter les noms bien conniurdu comte de Cayius, des abbés de La Bletterie, Barthélémy, lUynal, Arnaud, de MM. de La Gondamine» Duclos, de Sainte-Palaye , de iiougainvilie , Gaperoimkr, de Guignes , Suard , etc., sans entreprendre de les caractériaer en particttikr ou de marquer les degrés de nos raf>ports. Seul , dans une visite du matin y je trouvais communément les artistes et les auteurs de Paris moins vains et plus rai^nnables que dans ks cercks de kui-s pareils , avec qui Ils se mêlent dans, les maisons des gens lîches.' Quatre Jours par semaine , j'avais ma place sans invitation aux ial>les hospitalières de mesdames GeofTrin et du 13occage, du célèbre lielvé* tins et du baron d'Uolbacli. Dans ces banquets , aux pkisirs de la tabk s'associaient ceux d'une conversation libre et instructive. La compagnie, quoique variée et imprévue , était (choisie.
n La société de madame du Boccage était plus douce et plus modérée que celle de ses rivaux ; et les conversations de M. de Fonccmagne étaient soutenues par le bon sens et k savoir des principaux membres de l'Académie des hiscriplions. Je vis par occasion l'Opéra» et les ItaUens ; mais k Théâtre-Français, comique et tragique, était mon amusement journalier et favori. Deux actrices faipeuses partageaknt alors les applaudissements du publie. Quant à moi, je préférais l'art consommé de Glairon aux écarts désordonnés de Dumesnil , exaltés par ses admirateurs comme le langage véritable de la nature et de la passion» Quatorze semaines s'écoulèrent inaensii>lement ; mais si j'avais été riche et indépendant, j'aurais prokngé et peut-éu% fixé mon séjour à Paris. »
De France, Gibbon se bftU d!alkr en 3niasQ«à Muim^^ oi l'aAthaient ses souvenhrs. Il acriva aux ^sda du.kc de Genève au mois de mal 176^ Il séjourna près^ d'w^ atus^aji Lausanne. • i
« Une absence de cinq .ans. dlM t iVavaitque hienpeiû changé ks manfères et ies personnes. Mea \ieux amia de i'^ et de l'autm se«e arent bonaççueU k mmri9/ifiufi volontai^ témoignage k ni^oa éqtukvoqne de mon attactbemei)(. 41^ avaient été flattés de recevoir mon tivre, pcoduil <k kur sqii; et k bonPaviUard répandit des larmes de joiéiCBi embraasaa|t m pupUk dont il attribuait da bonne (oi k mérite mfKpkf h sessoins, » . . ,. >
Gibbon nvait krmé k pre^H d'dtter nu itaK^ C^o^meipiip les «sprita ékvésqai ont k bonheur de.ppuvoir visitei- p^kte terre sacrée de l'art ot do TUistnire, il comprit la né<^ilÂ4e se préparer par ika études «érkuscs et foriea^ U est ioà^nhsant d'observer comment, sans avoir ^eoflore i'int^iion. d.*ér crire son Uiatoire romame, il était ceptendan^porif m^r^ kment h aiequéffir les oonnaissançes indkpeoaaâjk» 9m^ /en devenir capabkw . >i
« Dès 4ue je me sni4 va établi à Lausannn , jlai imtfnssifi nne étude suivie sur la géo^aphk ancknne de Vli»\\e^ifàpfi cette étude suivk , j'ai hi s i» pr^ de deuxr Uvt:ea de U M^ grapbk de Sirabon aur l'Italie; -2? une par&k <iu dcMXJèqve livre de i'Iiialoice nainrelk de Pline; '4" ie quatrième cha^pitre du deuxième Itvce da Pomponjas Meia ; à" les liUiéraires d'Antonin et de Jérusalem poiu* ce qui regarde l'Italie : Je les al lus avec ks Commentaires de Wasaeling , et j'en ai tiré des tables de toutes ks grandes routes de l'Italie, réduisant partout les milles romains en milles anglais et en lienes de France, selon les calculs de M, d'Anville ; 5*> l'Histoire des grands chemins de l'Empire romain , par M. Bergkr, 2 vol. in-quarto ; 6"* quelques extraits choisis de Gkéron, Tite Live, Velleius Paterculus, Tacite, et les deux Pline ; la Roma veluê de Nardini, et plusieurs autres opiuKMiles sur k même sujet , qui composent presque tout le Trésor des antiquités romaines de Grœvius ; 7<* Vilûlia anUqua de Cluvier, en 2 volumes In-folio; 8° l'ilar, ou le Voyage de Cl. Hutiiius Numatianus dans ks Gaules ; 9° les CaUlogues de Virgile; iô^ celui de Siiius ItaUcus ; il'' le Voyage d'Horace à Brundnsium {N, B, J'ai lu deux ki» ces trois derniers morceaux) ; 12^ le Traité sur les mesures itinéraires , par M. d'Anvilk et quelques membres de l'Académie des inscriptkns. »
Voilà k Sfccret des grands ulents et des réputations durables : k travail opiniAtie et intelligent I
C'est vers ce temps que Gibbon conçut aussi la pensée d'écrire on Journal de sa vie, beaucoup plus complet que celui qu'il nous a kissé. Ce qu'il écrit sur ce projet est instructif, en ce que l'on y peut appréckr avec deuils son application à se rendit compte de toutes ses pensées, de toutes ses actions. Cette sorte d'examen de sa conscience et de sa vie était pour lui un moyen puissant de progrès. En contractant l'obliga- Uon d'être l'historien de toutes les heures de sa vk , H s'imposait par là même k devoir de les t)kn employer*. Des mémoires ainsi compris sont une des règles ks plus sûres et les plus utiles pour l'observation du célèbre et beau commandement jnscrit sur k temple de Delphes : « Connais-toi toimême. " ^4.
a Voici, dit Gibbon, quelques règles principales qui cohjviennent à la rédactkn de mon journal : ^
» Premièrement, toute ma vie civile et privée, mes amusements, mes liaisons, mes écaru mêmes , et toutes mes reflexions qui ne roulent que sur des sujets qui me sont personnels. Je conviens que tout cela n'est intéressant que pour moi; mais aussi ce n'est que pour moi que j'écris mon journal. Deuxièmement, tout ce que j'apprends par l'observation ou la conversation. A l'égard de celle-ci , je ne rapporterai que ce que je tiens de personnes tont^à la fois insuuites ou véridiques lorsqu'il est question de faits, ou du petit nombr^ de ceux qui méritent k Utre de «p^<^ya'8y^'^'t[$^4C
sentiments ou d'opinions. Troisièmement , J'y meltrai soigneusement tom ce qu'on peut ap|>clcr la partie matérielle de mes ëtades : combien d'heures j'ai travaillé , combien de pages J'ai écriies ou lues, avec une 'courte notice du sujet qu'elles contenaient. Quatrièmement , Je serais fâché de lire sans réfléchir sur mes lectures , sans porter des Jugements raisonnes sur mes auteurs , et sans éplucher avec soin leurs idées et leurs expressions. Mais tonte lecture ne fournit pas également : il y a des livres qu'on parcourt , Il y en a qu'on lit, il y en a enfin qu'on doit étudier. Cinquièmement , mes réflexions sur ce petit nombre d'auteurs classiques , qu'on médite avec soin , seront naturellement plus approfondies et plus suivies. C'est pour elles, et pour dés pièces plus étendues et plus originales , que je ferai un recueil séparé. Je conserverai cependant sa liaison avec le journal par des renvois conslanls qui marqueront le numéro de chaque pièce , avec le temps et l'occasion de sa composition. Moyennant ces précautions , mon journal ne peut que m'étre très-4itile. Ce compte exact de mon temps m'en fera mieux sentir le prix. Il dissipera, par son détail, l'illusion qu'on se fait d'envisager s^ilement les années et les mois , et de mépriser les heures et les jours. Je ne dis rien de l'agrément ; c'en est un bien grand, cependant, de pouvoir repasser chaque é]>oque de sa vie , et de se placer, dès qu'on le veut , au milieu de toutes les petites scènes qu'en a jouées ou qu'on a vu jouttr. » Fm iuite à une autre livraiion.