LA GUERRE
La guerre! la guerre! Les tambours battent, les clairons sonnent, l'artillerie fait retentir son tonnerre, le sol s'ébranle sous le galop des escadrons ! Tout se perd damt un nuage de poussière et de fumée | Plus rien que des cris confus, des étincellements de glaives , des drapeaux qui s'agitent , une mêlée convulsive qui roule en laissant après elle Une longue traînée de sang.
Mais enfin le bruit s'afl'aiblit , le nuage s'entr'ouvre , les vainqueurs reparaissent avec le^ étendards conquis, les canons captifs, la foule humiliée et sans armes qui va expier comme un crime le hasard d'une défaite.
Que les villes préparent des fleurs pour les arcs de triomphe ! Allumez les cierges aux autels afin de remercier Dieu ! Constellez d'étoiles d'honneur ces poitrines que gonfle l'orgueil ! Voici les poètes qui élèvent la voix à la louange des victorieux.
Mais regardez là-bas , du côté des vaincus , que voyezvous? Au lieu d'arcs de triomphe, de longues fosses béante* où l'on range silencieusement des cadavres ; au lieu d'hym^ nés de remerclment, un chœur immense de sanglots ; au lieu de récompenses, de la honte ; au Heu de louangea , les accusations de la défiance.
C'est que la guerre a, comme le vieux Janus, deux visages, l'un étincelant de joie , l'a^utre pâle d'abattement ; e| chacun de ces deux visages regarde alternativement ies mtipBs, tmr nulle n'a connu les succès sans les revers , la S^fe ( rimmUiation.
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Et qui pourrait dire sll en est une seule qui ait pl«s gagné que perdu à ce jeu lugubre des batailles? Gonnalt-on le résultat du compie ouvert par chacune d'elles à la gloire militaire; el sait-on s'il lui reste, en dëfinilive, autre chose que le souvenir de villes détruites , de générations fauchées dans leur fleur, et de campagnes transformées en désert?
Q\iQ les nations primitives aient traduit ropposilion de leurs instincts et rinégalilé de leurs avunccmcnts par la lutte , q<i'elles aient fait de la guerre un soc pour défricher la l)arbai'le , que la civilisation grecque ait été inoculée au monde par l'épée d'Alexandre , la civilisation romaine par celle de César, on pouf, h toute force , le comprendre ; alors peut-être, il était permis de faire de Minerve la déesse de la guerre. Mais aujourd'hui que l'égalité semble s'établir entre .es peuples comme entre les individus, el que les barbares ont disparu, il faut aussi changer le symbole. i\e représentez
plus la guerre par cette chaste divinité qui s^arance noblement, le casque en tête et le glaive au repos ; la guerre, c'est cet homme qui fuit le poignard levé, emportant dans ses bras une femme échevelée et mourante !
Ah ! nous voudrions que cette image fût tonjonrs présenff aux yeux des puissants; qu'ils la retrouvassent sur le papier où leur main va écrire le mot qui appelle un combat ; qu'ils la vissent se dresser devant la tribune où leurs Ijoudics vont prononcer les paroles qui sèment la discorde; qu'ils l'aperçussent partout comme un éternel avertissement; qu'elle prit une voix murmurant toujours au fond de leur âme , et qui pût leur dire :
« Regarde , je suis la guerre. Par moi tout ce qui est beau se flétrit, tout ce qui est faible se brise, tout ce qui est pnr meurt souillé.
« Je ne respecte ni le dévouement; ni le génie, ni la vorln.
Dessin de Gararni.
J»* fais percer le cœur le plus noble par le bras le plus vil. La violence est mon droit.
» Je déprave les bons par la souffrance cl la colère ; j'endurcis les méchants par le succès ; j'éteins la pitié dans les flmes et je fais nn devoir de la haine.
•'Diea avait dit : — Croissez en richesse cl en nombre ; ?ifeÉ «n frères , et chérissez les autres comme tous voulez être ehéils TOQs-mêmes.
» Et moi je lenr ai dit : — Qtie le plus fort extermine le
plus faiblc-ct le dépouille, que les hommes soient entre en^ comme les bétes qui s'enlre-dévorrnt , el que diacun fasse aux autres le plus de mal pour se procurer k lal-mêmc le plus de bien I »