BUREAUX D'A BOHR EMEUT ET DE TENTE
rne Jacob, 30, près de la rue des Petlls-ALOgosthis;
Imprimerie de L. Maatutit, me Xàcob, So,
LA roUPÉE MERVEILLEUSE.
D après Codiin.
— Allons , madame Ango , marchez , tendez la main..... Saluez madame !... Bien ; maintenant, dansez ! tra la la la la.
Et la jeune Auvergnate , à genoux , les mains levées pour encourager Tautomate , chante lîne l)ourrée de son pays , tandis que son père , le montreur de lanterne magique , regarde par-dessus sa tête, si la machine « fait son devoir. »
La marquise et sa compagnie regardent aussi en souriant , mais avec des expressions difTérentes.
— D*honneur, on pourrait présenter sa poupée à la cour I dit le comte légèrement ; elle salue , elle danse , elle joue de la prunelle. Nos jeunes personnes les mieux instruites n'en savent pas davantage en sortant du couvent. .
— Ce qui m'enchante , c'est qu'elle est muette , ajoute la présidente ; elle ne pourra nous parler, comme madame de Coêslen, de sa généalogie, de ses chevaux et de ses gens.
— Je puis expliquer à ces dames le mécanisme qui la fait mouvoir, dit le chevalier, qui, en sa qualité d'élève de II. Glalraut , ne manque jamais de ramener les mathématiques dans la conversation : c'est le résultat d'un calcul...
TojiE XVI.— Dkcemire 1848.
— Oh 1 ne me délnflsez pas mon illusion l interrompt la vicomtesse ; vous savez que j^adore le merveilleux. Je veux croire que cette petite créature a une âme comme moi.
— Ce n'est pas trop dire , fait observer tout l>as le' commandeur, en s'appuyant à Tépaule de sa sœur.
— Quant à moi , reprend d'un ton précieux l'abbé penché sur le fauteuil de la vicomtesse , je vols dans ce frivole jouet rimage de la beauté sans esprit , qui ravit au premier coup d'œii et fatigue à la longue.
— Mais , le prix , monsieur, vous ne parlez pas du prix I s'écrie le traitant placé derrière la maltresse de la maison. Savez- vous bien que ce joujou a coûté au mohis trois cents livres? voilà ce qui le rend précieux^,
— Pardonnez-moi, ditdoucement la marquise, mais aucun de vous n'a rendu justice à la merveilleuse automate. Vous n'y avez vu qu'un motif de rapprochements railleurs, de dér monstration mécanique, d'illusion ou de vanité satisfaile; moi j'y vois surtout le bien qu'elle accomplit. Son activité , qui nous amuse un instant, nourrit une honnête famille ;
Si
M\rTASIN PITTORESQUR.
elle pr(^pare du repos pour la vieillesse de ce brave homme, une dot à celle enfant l Combien d'hommes qui sont moins utiles , et dont la perte dérangerait moins- de choses dans 1 monde que celle de celle poupée 1
LA FILLE DE L'AVOCAT
FOUVKLLi.
Suite et lin. — Voy. p. 386, 395.
Trois années aprfts les événemenis rapportés dans le précédent chapitre , deux /oyageùrs*assis à l'exlrérallé d'une galerie d'auberge , ait j^etll village d'Aioro , regardaient, le soleil se coucher derrière les cimes nuageuses de la montagne. Bien que le teuïps ertt fait cruellement sentir son passage sur ces fronts d'Ages diOerents, il était facile de reconnaître deux des principaux personnages de notre hiâtoire , M. Garaîn et sa fille Oclavle. Depuis le terrible événement qui éiaii venu l'arracher à Son bonheur, la jeune fcmme avait parcouru avec son père toilte l'Allemagne et une partie de l'iialie sans pouvoir élourdlr dans les bruits du voyage son inconsolable douleur. Cependant elle la supportait silencieusement et avec une dignité résignée qui la rendait encore plus totichantc,
Di^barqtiés In veille à Aioro , les deux voyageurs y étaient retenus par l'impossibilité de se procurer un velturino , et ce séjour forcé avait contrarié d'autant pluS M. Garain , que l'auberge se trouvait envahie par les lugubres préparatifs d'une agonie. Une étrangère arrivée le matin allait rendre le dernier sottpir \ on venait rtiéme de demander en son nom, au vieil avocat et à sa fille , les chambrés qu'ils occupaient , et , cédant aux désirs d'usé lilouranle , ils avaient autorisé à transporter leurs bagages à Tétage supérieur. Ce déménagement devait être achevé , et ils se préparaient à gagner leur nouveau gîte, quand une servante accourut en criant que la malade voulait les voir. M. Garain fit un mouvement d« surprise.
— Moi l dit-il ; et que peut-elle vouloir ft iin inconnu t
— Elle vous connaît, interrompit la servante... Tout à l'heure , en entendant lirj votre nom sur un des colTrels , elle a poussé un cri, et elle a dit qu'elle voulait vous parler, à vous et à la demoiselle... Venez, car le médecin dit qu'il n'y a pas de temps à perdre.
Le vieil avocat regarda Octavie , et tous ((eux suivirent It servante, sans comprendre ce qu'on pouvait leur Vouloir.
Celle-ci les conduisit jusqu'au fond d'un (torridor, poussa une porte , et les introduisit dans une cliambre à coucher où les rideaux , soigneusement fermés , ne laissaient pénétrer qu'une faible lumière. Au bord d'un vaste lit à baldaquin apparaissait une forme blanche étéhdue sans mouvement; plus loin , un homme se tenait debout , le front appuyé au chevet.
M.* Garain et Octavie s'avancèrent d'abord sans bien distinguer ; mais, arrivés plus près, tous deux s'arrêtèrent avec un cri 1
Dans la mourante déjà glacée par la mort , le vieil avocat venait de retrouver la senora Inez Gordova , tandis que sa .fille reconnaissait Henri dans l'étranger qui se cachait le visage.
La mourante rouvrit les yeux , tressaillit , et une légère rougeur traversa ses traits. Octavie s'était arrêtée à quelques pas ; elle lui fit signe d'approcher.
— Venez , dit-elle d'un accent éteint ; c'est Dieu qui vous a conduits ici..»
El comme la jeune femme restait à la même place, tremblante et incertaine :
— Que craignez -vous 7 reprit Inez plus vivement; ne voyez- vous pas qne tout est fini pour moi? Ahl Dieu m'a
punie , justement punie 1 En vous arrachant Henri , j'a^'afs fait bon marché de son bonheur, du vôtre ; je n'avais voulu \ê0 l»^onger qu'au mien... et le*onhenr n'est point venu ! et j'ai enfin compris que pour le mériter il fallait être prête à le sacrifier.., que rafTectlon sans le dévouement était une torture, non une richesse 1 Tout cela, je l'ai appris cruellement et bien tard; mais je le sais maintenant. •
Elle s'arrêta ; des larmes coulèrent lentement sur se^i joues livides. Henri se pencha vers elle et voulut l'apaiser par quelques paroles amicales; mais elle l'arrêta du^geste.
— Laissez, dit-elle, il me reste peu de temps... êl peu de fbrce... je veux les employer à réparer au moins le mal que je vous ai fait.
Se tournant alors vers Octavie , elle se mit à lui recommander le bonheur de Henli en termes touchants.
— Dans quelques Instants, dit-elle, Il sera libre... et coiie fois... sans r(;tour... lies liens que je suis venue rompre si fatalement pourront se renwier sans crime... A'ors, en considération du bonheur présent, pardonnez les larmes que je vous al fait verser, et soyez heureuse sans rancune comme vous le serez sans rehiords.
Elle ajouta beaucoup de choses touchantes , qm (ienri et Octavie écoutèrent à genoux aux deux côt«'Sdd chevet. Jlnfin, quand elle sentit que la vie allait la quitter, elle prji leurs mains, les réunit, et, y appuyant ses lèvres, rendit le dernier soupli* dans un dernier baiser.
M« Garain et ses enfants ne reparurent à Colmar que plusieurs mois après. Tout le îhonde ignorait le terrible orage qui avait traversé la vie des deux Jetfnes époux, et l'on crut qu'Ifs revenaient d'un long voyage à l'étranger. Mais celle cruelle épreuve avait encore resserré les liens d'estime et d'amour qui unissaient ces trois fimes d'élite; car elle leur avait appris à toutes trois ce qu'il y avait ert elles de probité, de courage et de dévouement.