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LE TADJ

Suite et fin.-^Voy. p. 3S5.

Le Tadj est situé sur la rive droite de hi Jumna (flfamna) , «1 trois milles environ d'Akbarabâd ou Agra. Leè campagnes d'alentour sont sablonneuses et Incultes^ coupées en tous sens par des ravines, «t traversées par des routes dans^nn étal de dégradation déplorable. La Vieille vlUc offre un aspect non moins misérable : partout des ruines , des crevasses , des briques éparses , des pans de mUr çà et là , des tourbillons de poussière , une végétation rabougrie et languissante ! Avec la puissance des descendants de Tlmour se sont écroulées les magnificences des cités impériales , cl les vastes plaines qui les entourent semblent vouées désormais à la stérilité. Cependant quelques nobles structures (int résbté aux injures de la conquête et du climat, aux insultes des voyageurs, et près de ces monuments on trouve encore quelques arbres , de la verdure et des fruits. Le Tadj s'élève à Textrémité d'un vaste jardiif entouré de murs ornés d'aixrades ogivales. La porte par laquelle on entre dans ce jardin est elle-même un monument d'une construction remarquable par sa hardiesse et la richesse de son architecture. Cette porte ou plutôt ce portique a 70 pieds d'élévation , avec une façade considérable et une profondeur proportionnée. L'eotréf! princijpale en occupe le centre sous la forme d'une iinnîense voûte, de forme ogivale, surbaissée, richement encadrée et surmontée d'un entablement couronné lui-même d'une balustrade très-ornée. — La pierre qui a servi à la construction de cet édifice et de toutes les dépendances du Tadj est un grès rouge ; quelques parties sont cependant en marbre l>tanc.

En entrant dans la grande allée du jardin qui conduit au Tadj, on a devant soi un bassin d'environ 1000 pieds de longueur et de U pieds et demi de profondeur, coupé à aoa milieu par une autre bassin carré en marbre blanc« Des jcU

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d'eau sont placés sur toute la ligne , à la distance de 16 pieds IHin de Tautre. Ce bassin cruciforme occupe le centre du jardin ; il est accompagné de plates-formes, et deux allées couvertes, qui loi^ent cette immense pitee d*eau , masquent en partie la façade du monument dont le magnifique portail se montre seul en entier dans le lointain. A droite et à gauche, s'élèvent deux édifices : Tun est une mosquée, Tantre un lieu de repos pour les voyageurs. Arrivé à Tintersection des bassins, si le spectateur s'arrête un instant, l'ensemble des beautés nrchîiecturales dont il est environné se révèle à lui de ce point magique, et la calme grandeur, Télégance exquise, la symétrie admirable de ce palais des morts qui s'élève devapt lui le frappent d'un étonnement et d'une éipotlop Involontaires qui rarement lui permettent d'exprimer ce qu'U éprouve.

En ^'approchant ensuite, on monte sur une première terrasse en grès rouge qui en supporte une autre eu iparbre blanc de plus de iOO mètres en carré. Ije centre de cette seconde terrasse , élevée à 20 pieds du sol , est occupé par le Tadj avec sa base octogone, ses quatre magni)iques portails, son dôme élancé dans ks airs , et ses quatre tourelles latérales couronnées de coupoles. Quatre élégants minarets s*élèvent aux coins de la plate-forme et sont liés par une riche galerie qui s*appuie sur un revêtement avec arcades et panneaux sculptés. Tout est en marbre et du plus beau poli, et l'œil ébloui a peine à supporter l'éclat de ces immobiles . merveilles quand elles sont inondées de la lumière du jour. Le pâle naml>eau de la lune convient mieux à ce magnifique ensemble. Tandis que la vue se promène avec admiration sur ces nobles et gracieux contours, un silence religieux, à cette heure, mspire le respect comme dans un lieu saint, élève la pensée en même temps qu'elle attendrit Tilime, et la porte aux douces médilations de la mélancolie. Mais si la perfection touie poétique de cet aspect extérieur, si le charme indicible qui s'attache à la pureté ei k la suavité des lignes , à la justesse des proportions, à rharmonieuse entente des combinaisons les plus simples et les plus hardies à la fois , suffisent pour assigner au Tadj un rang éminent parmi les plus beaux monuments connus, le goût le plus parfuii, le sentiment le plus délicat trouveront aussi de vives jouissances dans la contemplation, et bientôt dans l'examen minutieux des richesses de sculpture et d'ornement que présente l'intérieur de ce chef-d'œuvre. Il ne faut pas y chercher, il est vrai , les tributs de la statuaire et la pomp^ des basreliefs historiques; les presci iptions du culte mahométan s*y opposent ; mais les pans de marbre fouillés avec une délicatesse incroyable en fleurs, en feuillages, en rosaces, en arak)esques capricieuses; les colonnettes élancées, les riches encadrements, les galeries découpées à jour, véritables dentelles d'albâtre, les mosaïques au fini précieux, aux vives couleurs,* les inscriptions en marbre noir ; tout ce que l'art pouvait se permettre, il l'a produit avec profusion et avee la perfection la plus complète dans ce lieu enchanté.

De ces remacqués générales passons à la description du monument.

lAi corps du bâtiment est de forme octogonale. Ce prisme à liuit paus en a quatre grands et quatre petits. Les quatre grandes faces pi-ésentent chacune un magnifique portail en voûte ogivale surbaissée ; immense niche dont le fond donne entrée par une vodte plus petite dans l'intérieur du Tadj. Les dimensions et la forme sont à peu près semblables â celles du grand portail , â l'entrée du jardin. Le massif octogonal est percé de douce fenêtres disposées sur deux étages. Ces fenêtres ont la forme de celles de nos églises. Huit chambres occupent la circonférence seulement du premier étage et entourent, à cette baut^ir, la grande salle octogonale placée au centre de l'édifice , et que couronne le dôme central , aussi élégant de forme et riche d'ornements à l'intérieur, qu'il est simple et majestueux vu du dehors. Au milieu de celte salle, et comme pour y former un réduit sacré sur lequel l'aichitecte a voulu appeler Tadmiratiou et le respect, b'éli'*vc

une balustrade , également de forme octogonale, en marbre bknc le plus fin , dont les huit faces sont travaillées à jour avec une délicatesse et un goût exquis. La hauteur de la ba^ lustrade est de cinq pieds quatre pouces. U porte cintrée dç ce réduit correspondant à l'entrée de la façade principale du monument , les encadrements des panneaux , les colonnettes qui marquent leurs arêtes d'intersection , la bordure supérieure et le couronnement deM'cHtrée sont couverts de mo* saîques du plus beau travail. Bien ne peut rendre l'égégance, le fini précieux et PefTet admirable de ce morceau.

Au centre de cette ceinture de marbre, on volt le riche cénotaphe que Shah Jehan a consacré à la mémoire de Mômtaz Zemanie. Le çieq a ^té placé dans la même enceinte , à la gauche et tout près de celui de l'impérairice. Ils sont réellement enterrés l'uo et l'autre dans un caveau situé sous la première terrasse. — On y descend par un bel escalier de marbre qui laisse pénétrer assex de lumière pour éclairer la noble et magnifique simplicité 4^ deux tombeaux placés ruQ près de l'autre dans ce caveau de marbre , comme le sont les deux cénotaphes dans la salle octogone. La tradition veut que Shah Jehan ait eu l'intention de faire construire uh tombeau pour lui-même sur là rive opposée de la Djamna, et de lier les deux monuments par un pont de marbre. Tavernler dit même positivement que les travaux avaient été commencés du vivant de l'empereur, et on prétend aujourd'hui même en montrer les traces aux voyageurs; mais les fondements ébauchés qu'on leur indique ne paraissent aucunement répimdre à cette destination monumentale. II est néanmoins évident que le Tadj n'a eu , dans l'origine et dans la pensée de l'architecte, d'autre objet que la sépulture de Mômtaz Zemanie, puisque son cénotaphe et son sépulcre occupent le centre de Tédifice, et que la tombe et le cénotaphe de l'empereur spnt relégués sur le côté , et recouvrent en partie la mosaïque qui entoure ceux de l'impératrice.

Les deut cénotaphes en marbre blanc (1) sont surchargés d'Inscriptions et d'ornements combinés avec un art et une élégance extrêmes. Les fleurs en mosaïque, qui en bordent toutes les moulures de la base au sommet , sont du plus beau travail. Chaque fleur se compose de plus de cent pierres fines et polies, dont les couleurs assorties reproduisent celles de la fleur que l'artiste a voulu représenter. Ces pierres fines sont : la lazulite, l'agate, la cornaline, le jaspe sanguin , diverses espèces de quartz , de porphyre , de marbre jaime doré , etc. , etc. L'iris, la tulipe et la couronne Impériale sont les fleurs répétées le plus fréquemment dans la sculpture des marbres de l'intérieur. La mosaïque s'est exercée de préféaence sur des fleurs de fantaisie. Le pourtour de l'octogone et celui des chambres environnantes sont décorés , en bas , de panneaux sculptés , en marbre blanc , de 1"',30 de hauteur, avec encadrements en mosaïque, les uns représentant des fleurs, les autres des vases avec des fleurs en relief, chefs-d'œuvre attribués à des artistes italiens, mais qui sont probablement l'ouvrage de sculpteurs persans , renommés pour ce genre de travail. L'effet en est admirable. On trouve de ces panneaux sculptés au bas des voûtes qui forment les portails d'entrée. Ces portails sont décorés, en outre, d'inscriptions arabes en marbre noir (ee sont des Tei-sets du Kôran ). En on mot , il est impossible d'imaginer rien de plus riche, de plus élégant , de plus complet et de plus varié, comme dessin et comme «xécution, que les ornements prodigués à l'extérieur et surtout à l'hitérienr du Tadj , et cependant l'eflet général de ce magnifique monument, si parfait dans son ensemble , tellement délicat dans ses innombrables détails, qu'on a entendu plus d'une fois exprimer le désicMiu'une immense cage de verre pût le protéger contre les injures de l'air ; cet efiet

(x) Celui de Tempereur est un peu plus grand que celui de . rimpératrice, et surmonte d'urt bloc sculpté qui ue se trouve pas sur ce dernier. Les mêmes différences s'observent dans les tomlxis du caveau. Ainsi se distinguent , cli»*/ les musulmans , les sépuil..r« de, <««« 5«^«. p.g.,.^g^ ^y V^OOg le

général est , nous le répétons , imposant , solennel , émouvant au dernier degré, et plus on contemple le Tadj , plus «cette admiration silencieuse et recueillie, plus celte émotion InTDlontaire , causée pai? tout ce qui est véritablement beau et grand , s'emparent de Tâme du spectateur et lui révèlent la sublimité de Tœuvre qu'il embrasse de son regard.

Tous les voyageurs de quelque renom qui ont visité le Tadj s^accordentàle placier parmi le^ plus beaux monuments élevés par la main des hommes. Un seul fait exception, et ce voya-

geur, homme d'esprit avant tout, homme de scieace, lioiiiflM de cœur, observateur infatigable et impartial {in qioinsdlatention), le sceptique Jacquemont, semble n'avoir va dan» k Tadj qu'un brîllant coiificliet, une bagatelle merveiUeiM^Ji II avoue que le Tadj est le plus admiré des édifices dont la construction eût suflTi pour immortaliser le règne de SbAh Jehan, et après avoir ajouté qn'il est bien approprié à son oibjH , il dit plus loin : « Si on ferme les yeux à la profusion des » ciselures , des reliefs et des mosaïques pour se rappeler que

Grande salle octogone et dôme dans rintérieur du Tadj.

» de6 morts reposent sous ce monument , ils semblent devoir » y être si bien , que leur pensée n'inspire aucune mélancolie » et n'évoque de l'avenir aucune image grandiose ! » Et cependant , en dépit de lui-même, et cédant à la vague émotion qu'il comnl^nce à ressentir, il termine son incomplète description par ces mots : « C'est un lieu où l'on se plaît , et » quelques Européens disent que pour en bien comprendre le » charme particulier, il y faut passer la journée tout entière. » Je n'y suis pas resté plus d'une couple d'heures, mais ce » temps m'a suffi powrm'y attacher. »

« Dans une ville d'Europe, dit encore Jacquemont, l'édifice «.tout entier serait écrase par la grandeur d(»s maisons et leur apparence substantielle. » Ce passage suflil pour prouver que Jacquemont n'a ni bien vu ni bien compris le Tadj. La base du monument a plus de 95 mètres de diamètre ; les portes s'élèvent cn^ voûtes de- 20 mètres de hauteur: la distance ver-

ticale de la flèche du dôme au sol est estimée à 78 mètres, et excède probablement 95 mètres. Placez cet édifke an centre d'une place, comme celle de la Concorde par exemple , et c'est touf au plus si la place paraîtra assez grande pour le monument. Ce qui fait , au reste , le charme du Tadj en particulier, ce qui le distingue éminemment des autres chefs-d'œuvre de Tarchiteclure orientale , c'est le problème si habilement résolu de la concefUralion des formes les plus nobles et les plus gracieuses à la fois dans un espace donné ; c'est la vive satisfaction que l'œil et rintelligence éprouvent à saisir sans confusion l'ensegible harmonieux de ces beautés et la mesure parfaite de leurs rapports. L'esprit devine bientôt que la grandeur n'est pas ici dans les dimensions absolues , mais dans le mystère des Justes proportions qui ne se révèlent qu'au ^énie.

'l'avernicr dit avoir vu eommeoçcf c^^^plfili^^ , qui a

çisi^^dgipe''

6CCapé pendant vingt-deux ans, selon loi , vingt mille ouvriers chaque Joar (1). Il est impossible de savoir exactement ce qu^il a coûté , attendu que les différents matériaux employés dans 11 construction ont été offerts à l^empereur par les gou-

verneurs des provinces. On estime la main-d'œuvre seulement à environ 18 ou 20 millions. Il était alloué parle trésor impérial 2 laqsde roupies par an (àpeuprès 500 000 fr.) pour l'entretien du monument et celui des prêtres, officiers

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Balustrade en marbre blanc ciselé, renfermant les ccnoiaphes de Mômtaz Zemanie et de Slidh Jehan , au centre At la

salle octogone du Tadj.

et serviteurs, en grand nombre , attachés à rétablissement lies Mabrattes eux-mêmes, lorsqu'ils étaient jiaaîtres du pays, conservèrent cet établissement en assignant une somme annuelle de 20 000 roupies à cette dépense , indépendamment

des réparations. Mais le Tad) et ses dépendances avaient cependant éprouvé quelques légères dégradations pendant les guerres qui précédèrent l'affermissement du pouvoir britanniquedans Pllindoustan, et le gouvernement anglais n'hé-

Cciiolaplie de Sliâli Jeban, dans la grande salle orln^ont* du Tndj.

sita pas h consacrer, en 18i/i, une somme d'un laq de roupies (250000 fr.) aux réparations devenues nécessaires. Aujourd'hui le TadJ est dans un état parfait de conservation. Les Jardins sont bien entretenus. Deux siècles se sont écoulés

(f) Jacquemont, d*aprcs Dow, ne compte que seize ans et z5 ooo ouvriers par jour. D'autres autorités n'admettent que douze années. Mais le témoignage de Tavernier nous paraît, ici au moins, décisif quam au temps employé k la construction.

depuis l'érection de ce palais mortuaire, et il brille du même éclat que le premier Jour où la piété conjugale l'offrit à l'ad* miration religieuse des contemporains.

Nous pourrons donner plus tard quelques détails sur les monuments secondaires qui sont des dépendances du Tad], et sur ceux qu'on admire encore dans les environs d'Akbarabdd. Mais la longueur de cette notice nous permet seulement d'exprimer, en la terminant, le v«u que ces monumcnli re-

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marquables , cl le Tadj surtout , soient enfin Tobjet d'une étude sérieuse et de descriptions complètes au point de vue ailisUque. Le temps et le climat destructeur de Tlodc n«»us avertissent de nous bâter, si nous voulons nous inspirer de la vue et de la contemplation de ces chefs-d*œuvre !

Tout le bien des sociétés humaines est dans la bonne application du travail, tout le mal dans sa déperdition.

Destdtt de Tract.

C'est à Massieu, le célèbre sourd-muet, que Ton doit cette pensée devenue proverbe : o La reconnaissance est la mémoire du cœur. »

MÉMOIRES DE GIBBON

Fin. — Voy. p. i5r, 197, aor, a58, 3oi, 390.

riibl)on n'a donné de son voyage "en Italie qu'un récit tr^ sommaire, ei que nous devons cependant abréger encoro.

9 Je grimpai le mont€enis et descendis dans les plaines dti Piémont, non pas sur le dos d'un éléphant, mais sur un léger siège d'osier, dans les mains des adroits et intrépides porteurs des Alpes. — I/archi lecture et. le gouvernement de Turin offrent le même aspect d'uniformité froide et ennuyeuse.

» Par la route de Bologne et les Apennins, j'atteignis enfin Florence, où je me reposai de juin en septembre, pendant la chaleur des mois d'été. Je reconnus pour la première fois, à la galcrii' et surtout h la tribune , aux pieds de la Vénus de Médicis, que le ciseau peut disputer la prééminence au pinceau ; vériié dans lus beaux-arts qui pepçut être ni septie ni comprise de ce côté des Alpes^

» l»arii de Fli)rcnce , je comparai la solitude de Pîsc avec rindustrle de Lucques et de Livourtie, et continuai à travers Sienne moft voyage pour Rome , où j'arrivai au commencement d'octobre.

» Mon caractère est peu susceptible d'enthousiasme, et j'ai toujours dédaigné d'affecter celui que je n'éprouve point ; mais, à une distance de vingt-cinq ans, je ne puis ni oublier ni exprimer les vives émotions qui agitèrent mon esprit à ma première cnln^e dans la cité éternelle. Après une nuit d'insomnie, je soriis , et foulai d'un pied enorgueilli les ruines du Forum. Tous les endroits mémorables où Uoniulus s'arrêta, où Cicéron parla, où César t«mba , étaient à la fois présents h mes yeux ; et je jouis de plusieurs joui-s d'ivresse avant d'tMro en état de passer un examen froid et minutieux. J'avais pour guide M. Byers, antiquaire écossais , instruit par l'expérience et plein de goût ; mais, dans un travail journalier de dix-huit semaines , mes moyens d'application se fatiguèrent quelqyefois , jusqu'à ce que je fusse en état de choisir par moi-même dans une dernière revue , et d'étudier les principaux ouvrages de l'art ancien et moderne.

n Dans mon pèlerinage de Rome h Lorette , je repassai l'Apennin , traversai entre la côte et le golfe Adriatique tme contrée fertile et populeuse, qui s^'ule réfuterait le paradoxe de Montesquieu , que l'Italie moderne est un désert. Sans adopter le préjugé exclusif des habitants , j'admire sincèrement les tableaux de l'école de B^)logne. Je me pressai d'échapper. à la triste solitude de Ferrare , qui dans le siècle de Ciésar était plus désolée encore. Le spectacle de Venise m'offrit quelques heures d'élonnement. L'Université de Padoue est un flambeau qui s'éteint ; mais Vérone se vante encore /le son amphithéâtre, et Vicenco est embellie par rarcliilectiire cla.ssique de Palladio. La roule de l^mbardie et du liémont (Montesquieu l'a-t il trouvée sans habitants?) me ramena à Milan, h Turin et au passage du mont Cenis, où je n»pasr»ai les Alpes, faisant roul« vers Lyon.

» L'utilité des voyages dans les pays étrangers a été souvent mise en question ; mais clic doit être finalement résolue d'après le caractère et la position de chaque individu. Je ne chercherai point où et comment les enfants doivent passer leurs premières jeunes années pour qu^il en résulte le moins d'inconvénients pour eux et pour les autres. Mais , supposant que les préliminaires indispensables relatifs à l'âge, au jugement, à la connaissance convenable des hommes et des livres, et à l'affranchissement des préjugés domestiques, ont été remplis, je décrirai brièvement les qualités que je regarde comme les plus nécessaires à un voyageur. Il faut qu'il soit doué d'une vigueur infatigable d'esprit et de corps qui le rende propre à s'accommoder de toutes les manières de voyager, à tout supporter, et à s'amuser même des désagréments des roules, des saisons et des auberges. L'utilité des voyages sera proportionnée au plus ou moins de ces qualités qu'on possédera ; mais en présentant cette esquisse, ceux de qui je suis connu ne m'accuseront pas de faire mon panégyrique.

» C'est à Rome, le 15 octobre 1764* que, rêvant as^ns au milieu des ruines du Capitole , pendant que nu-pieds ks moines chantaient vêpres dans le temple de Jupiter, Pidée de tracer le déclin et la chute de cette ville vint pour la première fois se saisir de mon esprit. Mais mon plan était borné d^abord à la décadence de la capitale plutôt qu'à celle de l'empire ; et quoique mes lectures et mes réîlexions commeuçassent à se diriger vers cet objet, quelques anntSes s'écoulèrent , et bien des diversions survinrent avant de m'enga^^cr sérieusement dans l'exéaitjon de ce laborieux ouvrage.*»

De retour en Angleterre ati mois de juin 1767 , Gibbon trouva un nouvel aliment h son goût pour Phistoire dans la société d'un ami de sa jeunesse , M. Deyverdun , qu'il avait connu à Lausanne.JI écrivit avec ce jeune homme le commencement d'une Histoire de la Suisse en français, qui resta manuscrite. 11 ne voyait encore que dans un lointain imposant son projet de l'Histoire de la décadence et de la chute de Rome.

Malgré son applic^ition constante à l'étude , Il éprouva, en approchant de sa trentième année, des appréhensions et d'honorables scrupules sur sa manière de vivre, trop détachée des devoirs positifs qu'impose une profession déterminée.

«r^randis que la plupart de mes connaissances étaient ou mariées ou membres du parlement , ou avançaient d^in pas rapide dans les différentes routes des honneurs et de la fortune , je restais seul Immobile et insignifiant;. car, après la revue de 1770, j'avais pris congé de la milice^, en remettant une commission inutile et sans fonctions. Mon caractère n'est pas susceptible d'envie, et le spectacle du mérite récompcnî^é a toujours excité mes plus vifs applaudissements. Les dégoûis d'une existence vide étaient inconnus à un homme à qui les heures ne suflisaient pas pour les inépuisables plaisirs de l'étude. Mais je regrettais de n'avoir pas embrassé à un âge convenable les occupations lucratives du commerce ou du barreau, d'un office civil, ou des entreprises dans PInde, ou même l'opulente oisiveté d? l'église; et la perte irréparable du temps rendait mes regrets plus amers et plus cuisants» L'expérience me faisait connaître l'ulililé de greffer sa valeur personnelle sur l'importance de quelque grande corporation, sur le solide appui de ces relations que cimentent l'espérance et Pintérêt, la reconnaissance et rémulation, par un mutuel échange de faveurs et de services. Les émoluments d'une profession auraient pu me procurer ou une ample fortune » ou un bien-être suflisanl , au lieu d'être astreint à un traitement étroit, qui ne pouvait s'accrohre que par un seul événement , que je redoulais sIncèremenL La connaissance que j'acquis de nos désordres domestiques et leurs progrès aggravèrent mon anxiété , et je commençai h craindre de me trouver à un Age avancé dépourvu et des fruits de Tindustrie et de ceux de rii**rédité. »

r.ibhon ponlit son père en 1770. Sou héi;U|igi*, pt*is,4:onJlr

g'^i^'Ô^ôgré**"

dérable qu'il ne Tj^ait «itppKwé , Ini permit de coiUinner à suivre librement nos élode«, et Use mit avec ardeur à la composition du premier fokime de son Histoire.

« Au premier aperçu < dll-il , tout était obscur et douteux , le litre de l*ouvrage , IVpoque précise de la décadence et de la cbut6 de Tempire , les limites de Tinlroduction , la division des chapitres , et Fpixlre de la narration ; et je fus souvent tenté d'abandonner un travail de sept années. Le style d'un auteur doit être Pimage de son esprit -, mais le choix et la docilité de l'expression sont le fruit dei'exerdce. 11 me fallut faire bien des essai» avant de pouvoir saisir le ton moyen entre celui de l'insipide clironique et d'une dédamatUm de rhéteur. Trois fois je reûs le premier chaplhre, et deux fois le second el le troisième, avant d'être passablement content de leur effet. J'aTan<;ai ensuite d*an pas plus égal et plus facile. »

Un peu d'ambition traversa les commencements de ce grand travail. Gibbon se laissa nommer au parlement poor te bourg de IJsIceard, et il prit séance au commencement de la mémorable querelle entre la Grande-Bretagne et l'Amérique. Plein des souvejiirs de Démosthènes el de Cicéron, il se proposait d'éprouver s'il y avait en lui la puissance de suivre ces grands modèles : il dut sagement renoncer à aucune tentative de ce genre :

M Après m'élre livré quelque temps à des espérances trompeuses , la prudence me condamna à me réduire à l'humble rôle de muet. La nature ni l'éducation ne m'avaient point armé de l'intrépidité de l'esprit et de la voix. L'orgueil ajoutait k la timidité , et le succès' lui-même de ma plume me donna moins de désir d'essayer de celui de la parole. Mais j'assistais aux débals d'une assemblée libre ; j'étais témoin des attaques el de la défense de l'éloquence et de la raison ; j'observais de près les caractères , les vues et les passions des premiers hommes du temps. lia cause du gouvernement était habilement soutenue par lord North, homme d'état d'une intégrité sans tache, mattre consommé dans les débats, qui savait manier avec une égale dextérité les armes de la raison et du ridicide. Il était assis sur le banc de la trésorerie, entre son avocat et sou solliciteur général, les deux piliers de TÉtat et des lois ; et le ministre pouvait se livrer à un léger somme (1), appuyé comme il l'était , d'un et d'autre côté , par la raison majestueuse d'un Thurlow, et par la savante éloquence d'un wêdderburn. De l'autre côté de la chambre , une puissante et ardente opposition avait pour soutiens la vive déclamation de I^rre, la subtilité légale de Dunning, l'imagination abondante et philosophique de Burlte, et la véhémeAce argumentative de Fox, qui , dans la conduite d'un pai-ti , se mohtrah capable de la conduite d'un empire. C'est par de tels hommes que chaque opération de guerre et de paix , chaque principe de justice ou de politique , chaque question d'autorité et de liberté, étaient attaqués et défendue; et l'objet de ces débats importants éiait l'union ou la séparation entre la Grande- Bretagne et l'Amérique. Les huit sessions pendant lesquelles je siégeai au parlement furent une école de prud^ce 'civile , la première et la plus essentielle vertu d'un historien. »

La publication du premier volume de l'Histoire de Gibbon eut un succès prodigieux.

" I^a première édition fut épuisée en peu de jours ; une seconde, une troisième suffirent à peine aux demandes , et la propriété du libraire fut deux fois envahie par les pirates de Dublin. Mon ouvrage était sur toutes les tables, presque stir toutes les toilettes ; le goût du jour, ou la mode , couronné- , rent l'historien ; el le concert général ne fut iroublé par le glapissement d'aucune critique profane. ïjes hommes n'accordent jamais plus librement leur faveur que lorsque quelque médte origitial se découvre à eux; et la surprise mu-

(i) Il arrivait souvent , en effet, i lord North de s'endormir au parlement , pendant que le^ débats snr son administralioll étaient le pins animés.

tit«llc du public el de son fatori produit de vives impressions de sensibilité qitl ne sauraient se rallumer à une seconde rencontre. Si je me sentis flairé de ce concert d'élog»*s, l'approbation de mes juges me pénétra d'une satisfaction pins profonde, he docteur Robcrtson , avec sa candeur naturelle, embrassa son disciple. Dix ans de travaux furent plus que payés par une lettre de M. Hume ; mais jamais je n'ai eu la présomption d'accepter une place dans le triumvirat des historiens anglais. »

Gibbon fit un second voyage à Paris , sur les instances de M. et madame Necker. Il avait connu à Lausanne madame Necker, alors qu'elle était demoiselle et dans une situation peu fortunée. Elle s'appelait Suzanne Cnrchod; sa mère était Française ; son père, ministre à Crassi, dans les montagties qui séparent le pays de Vaud de la Franche-Comté , lui avait donné une éducatioà littéraire, savante même, mais avant tout morale. Suzanne Curc]^ôd , après la mort de son père, s'était retirée avec sa mère à Genève , où, donnant des leçons à de jeimes personnes , elle soutenait sa m6re an moyen de son travail. Gibbon , pris d'admiration pour son caractère et son mérite , avait eu la pensée de la demander en mariage ; mais, à son voyage en Angleterre, il trouva ttne résistance in\incible dans la volonté de son père. M. Neck*T fut plus heureux. Quoique très-riche, il n'hésita pas h unir sa destinée à celle de Suzanne Cnrchod , qui , sous le nom de madame Necker, a si dignement depuis conservé , dans une haute position , tous les droits qu'elle avait acqids dès sa jeunesse à ^'estime' el à la considération publique.

Après son retour en Angleterre , Gibbon fut nommé Tun des lords commissaii^s du bureau de commerce ci des plantalions; mais, entraîné dans la chute de l'administra lion de lord North, il perdit bientôt son emploi.

Vers ce lemps , il publia son deuxième el son troisième volume, qid d'abord n'eurent point loul le succès du premier.

'^ia Je m'aperçus , et sans surprise , de la froideur et des préventions de la capitale; el le bruit sourd qu'au jugement d'un grand nombre de lecteurs, la continumilon était fort audessous de la première publication , n'échappa point à mon oreUle. Un auteur qui ne se surpasse pas semble toujours tomber au-dessous de lui-même. Alors l'envie sous les armes m'attendait , et le zèle de mes ennemis religieux se foriiriait de cieini de mes ennemis poUtiques. Cependant quelques témoignages d'approbation nationaux et étrangers eontribii rent à m'encourager ; et le second et le troisième volume s'élevèrent Insensiblement au niveao du premier pour la vante et pour la réputation. Mais le public t rarement tort ; et je suis porté à ciolre.que ces dcoH volumes , surtout au commencement, sont plus prolixes et moins intéressants qinî le premier. »

Les circonstances politiques, à la suite de la coalition de Fox avec lord North , le décidèrent à s'éloigner des affaires et à céder complètement à son penchant potir l'étude dans une vie indépendante. Il se sentit vivement attiré vers la Suisse par les souvenirs de sa jeunesse, et il fixa sa demeure à Lausanne, dans la maison de son ami Dy verdun. C'est dans cette ville paisible que Gibbon écrivit la fin de son grand ouvrage; il fut obligé de faire un voyage à Londres pour en surveiller la. publication. A son retour à Lausanne, il trouva son ami près de mourir. Cette perle lui fut cruelle, el enleva à sa solitude une grande partie de son charme. Kn i793, la Suisse n'était plus un séjour agréable. L'émigration, les émotions politiques, avaient envahi les Alpes. Gibbon partit pour l'Angleterre par la roule d'Allemagne, qitl éult seule accessible , quoique en partie troublée par la guerre. Ce voyage long et difficile altéra sa sainte. 11 mourut k Londres le 16]ai|. viar 179/1.

L'ABBAYE D'ORVAU

L'sd>b«yc d*Orval , en lalin Àurea vallis , située dans le comté de Chiiii, au milieu des l)ois , à deux lieues de Montniédy et à six de Sedan, fut fondée en 1070 par des moines bénédiclins calabrais, qui étaient venus prêcher la foi en Allemagne du temps de rempcieur Henri IV. Errant de province en province, ils arrivèrent au duclié de Luxembourg , et ayant trouvé h son entrée un vallon agréable et solitaire , ils résolurent d'y bâtir un petit monastère. Le comte de Ghini^ qid était le propriétaire de ce vallon, leur donna la permission de s'y établir. Ils bâtirent d'abord une chapelle sous l'invocation de Marie, et ensuite nn monasi4n-e qu'ils nommèrcol Or-tai, ^ cùiisc (le Li bciiuLc dt^ la Vdll<"i». Jb y ^L-cuiciit en 8C noui rii^ivi des itjg urnes qu'ils pLinU^'ient et sejui-reril.

Suivant une Iradiliou , MiiUnlde , veuve de ^lodefioy le Bossu, duc de là Basst-Lorraine, ayanl perdu sou lils unique noyé diijts la rivière de SerTioi , vint un jfnii diercheide«iconsolalious au îtiouaslèie d'UrvaL En suriant, elle s'anéla près d'une jjeiiic fonlaïue qui L-taitù peu de disUmce. L'eau claire et fiaSch(^ lui donna la Iciiialion d'y baigner ses maius. Vn aunçau d'or glissa de son doigl, tomba au fond de la source et dlspanit. Malhilde demeura cunsteruéc; sou mari lui avait laisse

cet anneaa comme un gage de son amJUé. Elle s'agenoullh et fit vœu que si elle le retrouvait elle élèverait une. et vaste église en l'honneur de la Vierge, à la place / tlte chapelle construite par les moines. Au même i bague reparut et monta d'elle-même à la surface Mathilde accomplit son vœu. Cependant les religieiL, brais, rappelés par leur abbé , laissèrent inachevés le veaux bâtiments. Ge furent des chanoines de Trêves q«, rent alors possession du monastère et qui terminèrent ïi cation de4'église. Dans la suite, le désordre s'étant iQlfiHv*^ parmi ces chanoines, ils furent remplacés par 'des moi^Hiè ateaux , et plus tard , en 1131 , par sept retlgîeux de sin- Bcniard , euvoyi^s de Talibaye de Trois-Foutaînes, au dioc&e de Laugres. Consiautin eu fui le premier ab»ié , et SJ y en avait eu déjà irenie-luiU, lorsque dom lîernard de MontgaiJlard, bien connu en l'rance, au teuîps de la Ligue, sous k nom du peiii Feuillant , leur succéda en 1605.

Un chanoine de i'égline de I^ads , Tahl^ Châtelain , qui visila l'abbaye d'Or Vil I en 1682, a laissa une relaïkui deceftc visite iuHcrec par de Villeforc, dans sou Histoirt du Pères d'Occident :

>' ^om arrivâmes, dii-il, bien lard à Orval, qui est liors de lYanre,dans le Luxembourg et le dtocè^ de Tr^fé^

Ruines de Tabbaye d'Orval.

C'est une abbaye de l'ordre de ateaux, de la filiation de Clairvaux , située dans la forêt des Ardennes , l'ancienne Hercinia, On y vit comme à la Trappe, hors qu'on y mange ou plutôt qu'on y présente du poisson quand on pêche ; mais aussi on y suit la règle de saint Benoît plus à la lettre , et l'on n'y mange en carême que le soir, sans dire vêpres le matin.

»... Je vis dans le Jardin d'un tles anciens religieux un saint Denis de bob peint portant sa tête, et qui jette de l'eau par le haut de sa gorge ; et là tous les instfumeois de la Passion •ooc en bois. Sur une terre qui est dans le jardin est une pe-

tite église d'une fort belle architecture du temps de Henri II, avec un jubé et des orgues peintes. Les religieux y yieonent dire la messe le jour de la Dédicace. Un ermite couche et travaille auprès. Plus haut il y a une autre petite chapelle de structure gothique , près de laquelle est la porte du parc où il y a de grandes allées tirées au cordeau , et dont quelques-unes ont des contre-allées. »

BCREAUX n'ABONREUeilT KT DK VENTE,

rue Jacob, 50, près de la rue des i^etits-Augustins.

ss

MAGASIN PdTTORESQUE.

40fi

LA NUIT, PAR LE CORRÉfiF.

GaUrlc de Dresde— La Nuit ou la Nalivilé, pr le Conége. - Hauleur, a'*,95; largeur, a"", 17.— Ptiuluie sur bois.

« T>a Nuit du Corrégc, dit madame de Stael , est, après la Vierge de Raphaël (la Vierge de Saint-Sixte), le plus beau chcf>d*œuvre de la galerie de Dresde. On a représenté bien souvent PAdoralion des bergers ; mais comme la nouveauté du sujet n'est presque pour rien dans le plaisir que cause la peinture, il suffit de la manière dont le tableau du Corrége ^A con4;u pour Tadmirer. C'est au milieu de la nuit que Penlaot, sur les genoux de sa mèi*c , reçoit les hommages des

TOMK XVI.— DiCEMtRE 1848.

pâtres étonnés. La lumière, qui part de la sainte auréole dont sa léte est 'entourée, a quelque chose de sublime; les personnages placés dans le fond du tableau , et loin de TEnfant divin , sont encore dans les ténèbres , et Ton dirait que cette obscurité est Temblème de la vie humaine , avant que la rérelation Teût éclairée. • .

Raphaél M«Dgs, qui a écrit ime biographie du Corrége , s'exprime en ces termes sur le tableau de la Nuit : n c'est

MAGASIN 1»1TT0UESQUI

un de CCS ouvrages qui remuonl Pâme de tous ceux qui Le voient y mais principalement des vrais connaisseurs. La compodUon ta est rimpli » mtrfs CACbe an urt singulier en Hiiwit apercevoir» diDs un petit espace» no fort grand site av«c um paysage oà Taurore cooftinence k puindt«v Dans le loin lais , il y a quelques bergers que IHm dtstlugue à peine , ti entre eux et la Vierge est plaôft saint JosepH occupé à fairt avancer Tâne qui sert â^ agraudk le sttt eu faisant voir la distança qu'il y a d'un côté à k Vierge , el de l'autre jusqu'aux ber^ gers. Le Corrége a donné une position inclinée à la tête de la Vierge pour éviter que la lumière qui vient d'en haut ne produisfl de l'ombre sur la partie supérieure , ce qui aurait nul à la beauté de la physionomie. 11 n'a montré qu'à demi le visage d'utt vieux berger placé sur le premier plan , en mettant devant lui un autre berger plus Jeune et d%Mt physionomie agréable, lequel» avec un mouvement pMt d'allégresse , semble parler h l'autre de IMvénement qui ftilt le 8^jet du tableau. Une bei^re , qui tient une corbeille oè il y a deux pigeons » expiiine l'admiration que hti i»iplre l'Enfant divin qu'elle ne peut quitter, tandis que d'une main elle se couvre hi visage pour se garantir de la splendeur qui rayonne de la téie d«i Christ. Dons la partie supérieure du tableau » du tôié opposé à la Vierge , Il y a une gloire tvee des ange?) également éclairés par l'enfhnt ; c'est li que le Corrége a mis la seconde lumière ; les ombres y sont suaves» comme si c'étaient des reflets» ou Comme si elles étalent en* ▼eloppée» d'une masse de lumière , sans doute pour Mn comprendre que ce sont des ètrea spirituels. La beauté » la grâce et le fini de ce tableau sont admirables» et toutes lea parties en sont exécutées d^une manière difTêrente» selon qu'il convient à chaque chose» a

Ce tableau célèbre » commencé en 1529 » interrompu par d'autres travaux» ne fut terminé qu'eu 1637. Après avoir orné longtemps INiutel de l'une des chapelles de l'église de Saint-i^rospère à tleggio» il fut transporté dans la galerie de Modène» et en i7à5 il en aortit avec les autres tableaux de cette galerie dont Auguste 111» roi de Pologue » fit l'acquit sition. Une copie sur toile » par Joseph Nogari» occnpa de»* lors sa place à Modène , comme précédemment une autre copie lui avait été subsUtuée dans l'église de Saint-Pi-oapère»

Le Corrége avait ^t pluaieurs copies et esquisses de ce ta* bleau. A Reggks il y en avait une que Ton ne montrait qu*! la lueur des Oambeatix» afin, disait-on, qu'on y vtt diverses parties qui ne pouvaient s'apercevoir à k lumière.

On croit que le tableau de k Nuit fût exécuté pour un MtH denais nommé Albert PratouierL Le Chevalier Donxl » préfet de la galerie du duc de Modène» possédait un document dont voici la traduction :

<r Par cette note écrite de ma mahi» tnoi Albert Pratonier! » » j'atteste k chacun que je promets de donner k maître An* » toine Corrége, pehitre» k somme de 206 livres en vieilk » monnaie de Reggio, et cela pour k payement d\ui tabkau » qu'il promet de me faire en toute excellence » représentant » la Nativité de notre Seigneur, avec ks Agui^s attenanlei» » aelon les mesures et grandeurs conformes au dessin que » m'a présenté mettre AntoiHip » et fiilt de sa main. • Reggio, i4 attobrt tSt».

« Et moi , Antoine Lieto de Corregio, je reconnais avoir » reçu, le Jour et millésime ci-dessus» ce qui y est sUpuié , j» en signe de quoi j'ai écrit ceci de ma main. »

208 livres de Reggio devaient valoir environ 168 livres de France. Cette somme est peu de chose pour une œuvre si considérable ; mais il n'est point certain qu'elle n*ait pas été le prix d'une autre Nativité. A la vérité, les pointures du Corrége , si l'on s'en rapporte à la tradition , ont presque toutes ;été faiblement rétribuées. Par exemple , tandis que Raphaél tvaii reçu pour chacune des logea 1 200 écus d'or, le Gorrégc

n'aurait reçu que 170 écus d'or en monnaie de cuivre pouf payement des peintures de l'admirable coupole de la caibéérakqift'tt exécuta m 16^ Mengs suppose quelque erreur ï ce suJeL U conteste l'opinion générakment admise que le Cortège ait été pauvre et snécoAnDk Ouant à k pauvreté » il opposft une ifetnarque asseï s^ullère t « On ne voit pas , dît-il, dans aea ouvrages ks idgnes d'écoaotnie qu'on aperçoit âkns ceux des artistes pauvre»* 'fous ses teMeaux sont peints sur de bMts panneaux, sur des toiles trèa*ânea » et même sur cuivre» et INM 8MI finis avec étude et avec soin. Les coukurs dont È se servait sont ks meilleurea et tes pitis «fiiftdies à employer. Il faisait entrer avec profuslwi routr«Mer dans les draperies , dans ks chairs et dans ks ailes » et partout fortement empâté, ce qu'on ne vuit pas dans ke ouvrages d'un autre peintre, il employait les laques ks plus fines , ce qui kit que k eôttkur s'en est èien conservée jusqu'à ses ^ours; et ses verte sont st beaux qu'on ne peut rien voir de plus parfoik » Mengs ajoute que k Cortège avait dé recevoir uuc kMine éducation , et pmm » avec le père Oriandi , qu'il avait étudié la philosophie et ks mathématiques , ainsi que i'ardhiteclure et la sculpture* Il était en rektion avec ks plus célèbres professeur» é» son temps. Ou remarque dans sos principaux ouvrages on esprit cultivé et poétique. U paraît Incroyable , dit encore Mengs» que k Corrége n'ait pas Joui d^une certaine répulatkMi dat>s sa patrk et (kns ks provinces voisines, tandis qu'il fut chargé des euvreges les plu» considérables de son tettpa» par esempk den cnupoks de Saiotiean et de k catbédrale k l^iraie. Ces grands ouvrafes dont rexécutlon lui fût confiée, attestent quil était regardé conune k meilleur peintre de son pays» Il est à croire aussi que s'il ne s'éuit point acquis un grand iMMineur par k premkr» on ne l'aurait point chargé de faire k second» pour lequel oa aurait cberdié un auure peintre » d'autant plus quli ne omiqquait point alors de bons artistes ni à Venise ni dnna k Lombardie même (1)« On doit rappekr aussi » Caprès Vasari , que k duc Prédérk de Mantoue vouknt ibire pnisent de deux tableaux à IVmpereur Giiarie»-Quint » Û pensa au Cnrrége pour les klre exécuter. Oe peintre devait donc être vm artiste fort estimé » puisqu'un prince , amateur des art» » le préfém k Jules Romaiu qu'il avait à aon service ; tiMdkque, d^M autrt CM » i'^împereur pouvait dtspeeer d« talent da TlUem*

Qee obeervatioM de Mengs paraissent fondées» On aime d^kurs 4 croke que k Corrége ne fut ni méconnu ni réduit à k pauvreté. Et cependant comment expliquer quelques-uns des léuEK>igttagea conu-aires » par exempk ks paralea loucliantea de cette beik kttre quWnnibai Carraclie écrivit de Vwm k Luuk Carracbe» son comiii :

« Tout ce que Je vol» ici me confonti» Quelle vérité I quel cokrtst quelk carnatlottl Les beaux enfants t Ik vivent, ik respirent» ik rient avec tant de grâce et de vérité qnll faut abeolument rire et ae réjouir avec eux. J'écrk è «on fr^re fuur l^eufafet è venir im trouver. Qu'U vienne , et qu'A nt oM rompe pftun k tête de aea beaux discourt et de ans dissertations é)emeUe«« Au Ueu et perére notre mnps 4 ttoputer» ne songeons qu^à saisir k beIk manière du Qor^ rége».. Mon ceiur ae brise de douleur quand Je pense au aoct maUieureux de ce pauvre Antutne (k Oarrége)» Ué al grand bwnn a e , ai toutefok il ne mérile pua dire appelé t» ange, s'ensevelir dans un pays où jamais il ne fut connu » et y finir misérablement ses jours 1 Ah 1 lui et le Titien feront éternellement mes délices. Ne me vantez plus votre i^armesan. Qu'il y a loin de ce peintre au Corrége î Celui-ci a tout puisé dans sa tète : ses pensées , ses conceptions sont & Itd ; il n^ eu d'autre maître que k nature ; tous loa auures recourent

(i) Le Corrége, né en 1494 et mort eu i534, était conteaiporain de Kapliaëi, tnort eu i5ao; de Michel- Auge, né en 1474, de Léonard de Vinci, mort en iStg; d'André del Sarle» morl ail i53o; eu un mot» d« tous k* plut illustres chefs de k grand» général ioo qui f«rtut k mtiiniéais siècle et ouvre k t '

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tantôt fin moHvlo, \M\UM aux sintues, tantôt aux (iesfttns^ Ils notts préseuleiït les choses coiimne clk^s peuvent Otrc : l« Corrége ks ofFro tefK^s (|n>ll€s mn\. Je ne saris |>m in^expliqtier, mttis je m^eftk!m<is. Au«?iistfn, mon (Vère, nmê «iii« cda InfitiiinciH mieux qtie je ne pourrais f^lrc. » •

UNE MOUSSB AftBOHESGENTfi.

Polytric ea arbre. «* ll^tié éè H grtvdeor naturelle.

Tout le monde connaît les liumMes végétaux que les botanistes ont désignés sous le mrni de Mousses. Le plus souvent elles couvrent la terre humide d'un lapis de velours qui invite le promeneur à s'asseoir. Quciques-vnes parent la nudité des murs et des rochers , et préparent le sol où germeront plus tard de petites plantes annuelles, puis des végiîiaux vivaoes, enfin des arbrisseaux et des arbres. Les Mousses &ont h Tavant-garde de Tarmée végétale qui attaque et envahit les édifices abandonnés par les hommes et les rochers arfdes. Une sécheresse constante el dés vents violents peuvent seuls empêcher cette conquête de la végétation sur la stérilité. . On voit qtie les Aousses jouent un rôle iihporumt dans réconomie de la nature, puisqu'elles préparent le sol qui doit recevoir des végétaux plus grands ; toutefois , elles ne viennent ordinairement qu'à la suite des Lichens , lames membraneuses qui se collent au rocher, mais se nourrissent exclusivement aux dépens de Patmoi^phère.

Malgré leur petitesse, les Mousses sont des végétaux d'une •tructure oonjplètct ils sont pourvus de iradiMt et lia feuilles^

Dans la nôlre la tige est é\id(?iile , mais dans la plupart des Mousses indigènes ('lie est peu développée. Ces plantes se propagent au moyen. de sëmiatilfea 6 ,:con tenues duns une urne représentée eiitii're en /"et d, coupée longiludinalement en h » h\ H fianversaicmciit «n ï , !♦;, f\ tèm writ est ifccouverlc d'un organe en forme de «owveiTlé ^, appelé epmr^, cftk, surmonté lui-même d'*un« cdlle e, i^este H*!» «m: eXf>> térieur qui enveloppait l'urn€ h BOn origine» Après la diole< tic Kopercule et de la coiffe , les sémihuitet s'Oclappeoc de, l'urne, se répandent de tous côté» et mulciplieac re!q)(Ke. £n; c, on volt des organes, appelés anthéridieÈ et paraphtfies^qtii reprénentent tes'anlhèrea des végétaux supérieurs.

On trouve communément dans nos bois |)histour9 espàceti (kt genre PûltfirichHmy qui att^gnent environ un dédm^tres de hauteur. La MoUsse que iious-figuroni ici habUe le détroit' de Magellan. Sa 4omî:ueur est doubla de celle de la figure ( c'est la plus grande Mousse connue : de là le nom de Voly*-trie en arbre ( Polytrichum denéroidcf) qui lui a été donné pur les naturalistes.

CO.NTUE L'IGNOliANCE.

En Suisse , en Norvège , dans une grande partie de PAIle*. magne , les pai>^nls qui nlnstl^nisent pas eux^-m^mes leurs enfants sont tenus de les envoyer k l'école ; on condamne tes, conti*evenan(s soit à l'amende, soit mèma k la prtte», ou bien on fes'pdve de certains droits et avantagea.

lie devoir d'éeoU existe en Pruaae pour les filles comme penr les garçons.

En Autriche , les futurs époux doivent prouver qu'ils ont reçu un certain degré d'Instruction , et quiconque emploie un ouvrier qui ne sait ni lire ni écrire, encourt une amende.

Aussi iVnseignemenl primaire, chez ces différents peuples, (îst-il plus avancé qu'en France. Par exemple , en l'anm^e 1831 , il y avait en Prusse, suivant M. Victor Cousin, un élève sur six habitants , tandis que six ans plus tard , en 1837, la proportion était chez nous d'un élève sur 12,56 habitants ( en 1863, date de la dernière statistique , elle était d'un sur 10,90).

L'enseignement primaire est au moins aussi développé qu'en Prusse dans plusieurs cantons suisses , dans le Wurtemberg, dans le pays de Bade, etc.

Que l'exemple de l'étranger nous profite I L'expérience prouve que beaucoup de parents , surtout dans les campagnes, laissent leurs eafants dans l'ignorance , faute de comprendre ce que ceux-ci gagneraient à un peu d'instruction , ou trop souvent pour ne point se priver des petits profits qu'ils retirent du travail de leurs enfants.

On a invoqué, comme objection aux mesures de contrainte en fait d'enseignement , les droit» de la puissance paternelle ; mais il faut songer aux droits de l'État, dont la force morale et la prospérité matérielle augmentent avec l'instruction générale ; il faut songer aussi aux droits de l'enfant qu'il importe de préparer à exercer avec inieliigcnce sa profession future , et de rendre capable de porter dignement un jour le titre de citoyen. Si les parents négligent leur devoir, la loi doit les remplacer pour défendre à la fois l'intérêt public el Tintérét de l'enfant mineur.

Voici, à ce sujet, deux précédents assez cuiieux que nous trouvons dans les Mélanges de lord J^rougham.

La noblesse de France présenta, en 1582, à Henri III, une pétition tondant à ci; que des peines fussent portées contre ceux qui n'enverraient pas leurs enfants à l'école; et , vers le même temps, W parlement d'Ecosse, le corps le plus aristocratique peut-être qui ail jamais existé, rendit ime loi qui obligeait chacun à envoyer à Técole au moins son fils aîné pour y apprendre la grammaire.

HAGASIN PITTORESQUE.

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