DANS LES ILES FEROB
Toy. la Table des dit premières années.
Entre l'Islande et les Iles Shetland se trouve le petit archipel des Fcroe. Bordées de hautes falaises plongeant perpendiculairement dans la mer, ces Iles sont le rendez-vous de milliers d'oiseaux marins qui viennent y pondre leurs œufs. Au printemps, ces oiseaux quittent les côtes de l'Europe moyenne et he rendent dans le Nord. On ne peut se
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faire une idée des écueils où ils se réanisseot; appelés Vogelberg^ quand on ne les a pas vus. Qu^on imagine un rocher noir composé d'assises horizontales s'élctant verticalement à quatre ou cinq cents mètres au-dessus de la mer, qui mugit et brise à ses pieds. Pendant les tempêtes , .'eau s'élance souvent à plus de trente mètres de haut et retombe en cascade le long de la paroi verticale; mais, par un temps calme, quand la mer ondule doucement en se Jouant autour des écueils, on peut s'approcher de ces escarpements , où l'on jouit du spectacle le plus singulier. Des milliers d'oiseaux sont itingés sur les corniches à côté l'un de l'autre ; les femelles sont sur leurs œufe ; les mâles , près d'elles ou volant à une faible distance. Une salle de spectacle , un cirque , un amphithéâtre , remplis de spectateurs , ne donnent qu'une faible idée du nombre prodigieux d'animaux qui sont ainsi placés symétriquement la tête tournée constamment vers la mer. La présence de l'homme ne les trouble nullement, et le bruit d'un coufT^e fusil ne fait en-
voler que les miles ; les femelles restent sur leurs oeàCi : elles ne les quittent même que quand on s'approche d'elles , et la plupart se laissent prendre sur leur couvée. Notre second dessin représente im de ces rochers, et le troisième est un profil de l'Ile sur laquelle il s'élève. Elle se nomme Naalsoe. Vers son tiers septentrional elle est tellement basse qu'elle semble coupée en deux ; mais une langue de terre éurolte , que les vagues franchissent dans les grandes tempêtes, réunit ces deux parties. L'extrémité méridionale de l'Ile est percée d'une caverne qui permet, lorsque la mer est calme, de traverser en bateau ; de là le nom de Naalsoe ou lie de TAiguille, qui lui a élé donné.
Les ornithologistes ne sont pas d'accord sur la question de savoir pourquoi les oiseaux de mer se réunissent annuellement en si grand nombre sur certàhis points pour couver leurs œufs , tandis que d'autres , qui semblent être dans des conditions identiques , ne sont Jamais fréquentés par eux. Bbje pense que c'est l'abondance de la nourriture qui les
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Le Stercoraire parasite ( Lrstns parasitica ).
nuire ; l'aber attribue leur préférence pour certaines localités à nn instinct de sociabilité ; Graba fait remarquer que les vingtcinq rochers à oiseaux de Feroe sont tous tournés â Touest et au nord-ouest; pas un seul ne fait face â l'est. Les oiseaux marins aimant à s'élever contre le vent, et les vents régnant aux Fcroe étant ceux du sud-ouest, cette orientation était la pluï favorable. Ils peuvent ainsi s'envoler facilement. Sontils surpris par une raffale , le vent les reporte naturellement vers le rocher où pose leur femelle. Ces rochers sont aussi disposés naturellement de façon à abriter par leurs saillies ou leurs cavités les oiseaux contre les violences du vent L'auteur de cet article ne saurait adopter sans réserve cette /fpinion. Lt plus beau Vogdberg qu'il ait vu était sur la côte orientale de l'Ile de l'Ours, entre la Norvège et le Spitsberg. Ceux des c6tes occidentales du Spitxberg étaient beaucoup !)ioins fréquentés. La solitude, une nourriture abondante, t'absence d'animaux carnassiers, tels que les renards, sont probablement les causes principales qui ont déterminé le dioix des premiers colons d'un Vogglberg, L'instinct qui rnmène ces oiseaux au lieu de leur naissance a fait le reste. Les diiïérenies espèces ne sont pas distribuées indlfiéremoicnt sur toute la hauteur de l'cscârpemenu Autour du ro-
cher on trouve la mouette mariue ( Laruê marhiui ) et des macareux ou perroquets de mer {Mormon fratercula). Ces oiseaux creusent dans la terre un trou horizontal au fond duquel la femelle couve son œuf. ils sont excessivement communs; aussi, sur un seul petit écueil, situé en mer, on prend annuellement 2/tOO de ces oiseaux. On les retire vivants de leur trou avec un bâton terminé par un crochet, ou bien on ouvre la galerie par en haut , et on découvre ainsi le nid. Le second rang , dans les points où l'on trouve de rherbe, est occupé par la mouette argentée ( Larus argenlatui); au-dessous perche l'innombrable colonie des phir gouins (Alca lorda) et des guillemots ( Uria IroiUt U* ringma ); plus bas, sur les rochers baignés par la mer, on aperçoit la -mouette à trois doigts {Larui tridactyluê)^ et enfin les guillemots à mirohr (Uria grylle) et les cormorAis (Carbo cormoranui et 0. erisUUuê ). Les guillemou et les pingouins qui ne couvent pas nagent en quantité innombrable au pied de l'écueil. La vue d'une barque ne les effraye pas ; toutefois ils plongent à son approche, mais si maladroitement qu'ils ressortent le plus souvent sous les avirons. Rien de plus plaisant que de les voir plonger de nouvejiu en toute hâte avec les signes de la plus vive frayeu;^T|tusj;QSi^iseaux Digitized by ^
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vivent en bonne intelligence. Souvent des femelles d'espèces diflérenles sont assises côte à c6te sur leurs œnls, et on dirait, à voir les mouvements de leur tète, qu'elles Mmt engagées dans une conversation animée, pour faire diversion anz ennuis d'une couvée prolongée. Les petites espèces ont cependant un ennemi pins latiguant que redouuble : c'est le stercoraire parasite ( Lestru parasitica ). Vrai forban de l'air, il lait la diasse aux oiseaux plus faibles que lui , et les iorce, en les harcelant de coups de bec, à rendre gorge
et k rejeter le poisson et les crusucés dont ils se sont nourris. Au moment où ranimai vaincu les laisse échapper, le stercoraire plonge sur cette proie dégoûtante , et la saisit avant qu'elle ne tombe dans la mer. Plusieurs fois l'auteur de ces lignes a été témoin de ces combats où la victime semble payer unMribttt pour échapper aux importunités d'un mendiant obstiné.
Presque tous ces oiseaux servent d'aliment aux pauvres habitants de Feroc ; ils mangent ces animaux et leurs œufs.
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Iles F«roc. — Rocher dans l'île NaaUoe ( IK- de l'Aiguille).
Au péril de leur vie, ils se suspendent & une corde, ou bien ils grimpent le long des parois verticales des rochers , en marchant le long des étroites corniches sur lesquelles nichent les oiseaux. Là, le moindre faux pas est une mort inévitable, et chaque année plusieurs Ferolens sont les victimes de cette chasse périlleuse ; aussi celui qui part pour y aller prend-il solennellement congé de ses parents et de ses amis. Une poursuite sans danger est celle qui se fait en canot. I^e chasseur s'arme d'un filer conique qui rappelle celui qui sert & prendre les papillons ; mais il est tissu en fil de laine, et par conséquent beaucoup plus fort. L'ouverture a environ 6 dé-
I oftmètres de diamètre. Gomme cesr oiseaux ne sont nullement sauvages, on s'approche des rochers sur lesquels ils perchent souvent par milliers. On abat le filet sur eux, leur tète s'engage dans les mailles, et on s'en rend maître facilement. De cette manière on s'empare des oiseaux qui volent à la surface de la mer ou perchent sur les rochers & fleur d'eau ; mais le plus grand nombre se trouve sur les escarpements des falaises. Pour les atteindre, quatre chasseurs se réunissent: l'un, armé d'une perche terminée par une petite planche horizonUile , pousse TauUre Jusqu'à ce qu'il soit au niveau d'une corniche ; celui-ci à son tour hisse son camarade avec une corde. Là ,
Iles Feroe. — Profil de l'ile Naaisoe.
Os saisissent les oiseaux sur leurs œufs ou les attrapent au ?ol avec le filet ; ils les tuent à mesure , et les Jettent à leurs camarades qui maintiennent la barque au-dessous du rocher. Us se hissent ainsi de corniche en corniche , et l'on a vu des chasseurs prendre ainsi en quelques heures des centaines d'oiseaux.
Enfin , la méthode la plus profitable, mais la plus dangereuse de toutes, est la suivante. Les chasseurs sont munis d'une corde épaisse de 6 centimètres et longue de 200 à 400 mètres, et portant une espèce de siège. On place une
poutre sur le bord du rocher, afin que le câble ne se coupe pas en raguant sur la pierre. Six hommes descendent le preneur d'oiseaux ( Puglemand ). Il tient à la main une cordelette avec laquelle il communique, au moyen de signes convenus , avec ses compagnons , qui ne tardent pas à le peixire de vue. H faut une habileté toute particulière pour empêcher le câble de se tordre , sans quoi le malheureux tourne sur lul-môme , et se brise contre les rochers. Arrivé à une corniche, il quitte la corde, l'amarre à une saillie du rocher, et tue le plus grand nombre d'oiseaux possible, en les pre-
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nant à la main ou en les attnpaot au vol arec son filet. Aperçoit-Il u|ie caverne ou une coruiclie qu'il ne puisse atteindre, et où perchent un|[rand nombre d'oiseaux, alors il s'asseoit de nouveau sur la planchette , et imprime à la corde des mouvements d'oscillation qui atteignent quelquefois 30 mèlres^, ^ le lancent spr. la partie du rocher qu'il veut explorer. La chasse terminée , ses compagnons le bissent de nouveau.au haut de la (alaise* Celte chasse est pleme de dangers : la corde peut se couper ^frottant sur des rochers aigus, une pierre se détacher et tomber sur le malheureux ainsi suspendu entre le ciel et la mer; en se lançant au moyen des oscillations qu'il imprime à la corde , il est quelquefois projeté avec force contre une saillie; enfin, s'il perd l'équilibre sur ces étroites corniches, il tombe et se brise la tête sur les rochers ou se noie dans la mer. Mais dans ce pauvre pays, où l'orge mûrit à peine tous les ans, l'homme risque sa vie pour se procurer un gibier dont l'odeur et le goût soulèveraient la délicatesse de nos appétits.
LA LIGIIB DAOITB DE LA YIK.
11 avait vécu simplement. Sans révolte, sans murmure, il avait pratiqué les humbles vertus qui donnent, sinon le bonheur, du moins la paix de la conscience et la sérénité. 11 avait eu , dès sa jeunesse , cette heureuse et rare conviction que chaque homme n'est pas appelé à refaire sous tous les rapports l'expérience de tous, il pensait que s'il n'est point de régions si hautes que notre esprit n'ait la liberté, le droit et le devoir d'explorer dans les sphères infinies de Thivisible pour y chercher la lumière, il convient au contraire, pour le règlement de la vie positive , d'accepter dès le départ les grandes vérités morales transmises de siècle en siècle , consacrées par la partie honnête du genre humain, par les bons et par les sages , et dont l'observation doit suffire à tout le développement et à toute la félicité que comporte une existence ordinaire. 11 s'était marié , entre autres motifs , parce qu'il croyait que l'on n'a pas le droit de Juger définitivement la vie si l'on ne l'a pas expérimentée dans ses devoirs et ses atUchemienU les plus sérieux. 11 était juste, doux et sincère dans le gouvernement de sa maison : il blâmait l'impatience et la dureté comme contraires à la dignité personnelle. 11 avait pris ù la lettre cette vieille opinion des philosophes et des poêles, que ce qu'il est possible d'espérer de bonheur se trouve dans la médiocrité de la fortune , dans la modération dea désirs; dans le travafi, l'étude, les aiïections de famille, Tamour de la patrie , de la nature et de Dieu. Sa sollicitude de- tous les instants avait éié de préserver ceux qui i'entouraicni du vice et du malheur : autant qu'il est donné à l'homme, il avait réussi ; il n'avait échoué que contre le dernier écueil, où toute créature, hélas I vient disparaître à son tour. »♦*
11 faut représenter librement aux rois jusqu'à quel point ils sont responsables devant Dieu quand ils donnent par pure laveur les emplois et les charges, qui ne peuvent être possédés par les esprits médiocres qu'au préjudice des Étots. Testament du. cardinal db Righblieu.