‹ Le Magasin pittoresqueChapitre 22 sur 185 · S 5. L'ARC DB TRIOMPHE · texte numérisé non relu

S 5. L'ARC DB TRIOMPHE

Un architecte de génie, alors même qu'il ne serait pas aujourd'hui assez largement secondé par les finances engagées de la ville, rendrait d'immenses services à Marseille seulement en révisant son plan et en lui indiquant comme elle devra plus lard procéder à l'embelUsscment de ses différents quartiers. Pugel est un exemple qu'on peut citer utilement. U a fait de grands projets que son époque n'a pu mener â bout; mais on les a réalisés de nos jours; et sa lohitaine prévoyance a rendu possible ce qu'on n'anralt pas songé à exécuter s'il ne l'avait indiqué depuis longtemps. - Dans «s phms ponr Marseille, Poget avait dessfaié à Ten- •irée de k rue d'Aix im arc de triomphe figurant la |x>rte de 'la ville. Cest notre époque qui a étécuté ce projet Seulement il est fAcheox que ee fo'ot anitM pé élere^ à la mémoire de

la prise de Casai oii de liiuniilladon de Gênes par Louis Xf V, ait été érigé en souvenir de la vktotre du Trocadéro. Le langage des documents officiels n'est point à omettre. « Le

• conseil municipal, dit la Statistique des Bouches-du-Rhûne,

• pénétré d'admiration et de reconnaissance, vota spontané- » ment, après la glorieuse campagne de 1823, im arc de » triomphe au prince généralissime et à son armée... La » première pierre en ^ut posée le k novembre 1825 , joiur » de Saint-Cliarles , par M. le marquis de Montgrand , gen- » tilhomme honoraire de la chambre du roi, maire de Mar- » seille. »

M. Penchand, architecte de ce monument, semble avohr pris pour modèle l'arc de Titus, placé à Rome sur la voie Sacrée , et qui a une seule ouverture. Les proportions , qui cependant, à notre sens, seraient peut-êure la seule chose qu'il faudrait emprunter aux anciens, nous ont paru sensiblement altérées. Nous croyons l'ouverture de l'arc de Titus plus basse et plus large que celle de l'arc du duc d'Angoulême, ce qtd n'empêche pas le monument de Home d'être plus dégagé et plus élégant que celui de Marseille. Du reste, les révolutions ont eti aussi pi ils de prise sur ce dernier, dont la destination a été vite changée et qui représente aujourd'hui toutes les victoires qu'il plaira aux passants d'imagUier, hdrmis les victoires d'Espagne, effacées de tous les esprits:

(ri. David (d'Angers), chaifl Hès tëdlptures de l'arc de. triomphe, y a fait i'essai du style qu'il a appliqué ensuite à Paris, au fronton du Panthéon. S'attaquant avec l'audace du vrai talent aux difficultés les plus sérieuses, l'artiste a conçu les bas-reliefs moniunentaux comme une écriture chargée de reproduire non-seulement les idées, mais encore la figure extérieure et le costume même de l'époque qu'ils représentent. Ainsi les peuples anciens l'avaient entendu, qui en Egypte, en Grèce et à Rome nous ont laissé sur leurs basreliefs le souvenir de leurs vêtements différents et de leurs physionomies diverses. M. David a voulu que la France les imitât dans cette marque caractéristique de leur nationalité ; par malheur notre costume est loin d'être aussi élégant que le leur ; et ce qu'il a de défavorable n'a pas encore élé complètement surmonté par les hommes mêmes les mieux doués. Mais il suffit d'avoir du bon sens pour préférer, dans la décoration d'un monument français, le costume de la France même avec sa gaucherie étriquée, au costtune grec, dont les beaux plis sont aujourd'hui un anachronisme ridicule et une déplorable obstination de l'esprit de routUie.

S 6. Plage du Prado.

Ce qui fait la sûreté du port de Marseille, est un obstacle à ce que les yeux y aient tous les plaisirs qu'ils s'y promettent. Les collines ont été jetées et rapprochées en avant de ce bassin comme pour le défendre des agitations de la mer ; ellej l'en séparent Si bien que dl du port, ni des quartiers bas ei (es plds l)ombreuX de la vdie on ne peut jouir du spectacle de la Mëditèf^lltiée. Le^ Marseillais éuient trèsmalheureux de se trouver si près de la mer, et de n'avoir pas un endroit d*où ils pussent la voir à leur aise. C'est pour ^ tirer de cette peine, qu'inspirée par les plans de Yauban êoHi itops avons parlé, l'admlnistradon municipale a fait Iracer, dàhs les dernières années , la grande promenade du Prado.

Cette avenue, qu'on trouvera étroite lorsque les chemins de fer auront pe^înis aux Provençaux de mesurer plus souvent la largeur des promenades du Nord , prolonge d'abord directement la grande ligne de la rue d'Aix, du Cours et de la rue de Rome ; puis , parvenue assez loin , tourne dans un rond point, d'où, se repliant sur elle-même, elle atteint obliquement la mer. L'espace parcQuru est considérable, et se couvre peu à peu de constructions élégantes et de jardins de luxe ; d'un côté , les collines qui ceignent le port étalent

Içiif cbarm^Qt aippbUbéAtrc orné, çà et là, de pins pittoresque» et de pavillons somptueux ; de Tautre , les prairies que les eaux de rHuveaunç fécondent déroulent leurs tapis verts, bordés aussi de maisons artistemept dessinées. 4 rc:j^tréniité on aperçoit une des plus jolies anses que la Méditerranée forme sur le rivage ; et on peut mouiller son pied dans le flot paresseux qui pousse doucement |(e ^l^le ?ers le bord« Un peu plus h Técart, des maisonnettes de bois qu'on roule sur la grève peuvent conduire jusqu'au milieu de Teau les baigneurs qui vont y chercher la force et U santé. Ainsi jes plaisirs de la campagne ne manquent pas autour de ce foyer actif du commerce et des a0aire$.

Us Marseillais aiment beaucoup la campagne; et c'est un lieu commun que de les critiquer sur ce goûl. Les voyageurs qui passent sur les routes poudreuses de la Provence, et qui, des deux côtés du clifinin b^oyé par des voitures pesantes et brûlé par un soleil continuel, voient les arbres blanchis par des frimas d'une espèce. inconnue dans le Nord, ne peuvent se figurer que dans un pareil pays on puisse sérieusement goûter les plaisirs des cliamps. iNulle part cependant on ne trouve des sites plus beaux, peut-être même plus frais que ceux qu'on peut admirer dans les environs de Marseille. Audessous même de la route qui amène les gens du Nord à Marseille^ à travers des nuages de poussière, la nature a creusé le vallon des Aygalades, où des sources abondantes tombent en riches cascades sur des rochers fantasques au milieu des prairies et des pins, en face du panprama splendide de la ville qu'elles dominent, et de la mer qui brille & l'horizon. C'est un paysage qui peut rivaliser avoc les plus nobles et les plus variés. Mais c'est de l'autre côté de la ville, derrière la vallée de l'Uuveaune , qu'on peut rencontrer les plus éclatants.

Sans parler de la fraîcheur des bords de cette rivière, sans remonier jusqu'à Gémenos et à Saint-Pons, d'pù ses eaux s*élancent du milieu des ruines d'une abbaye romane, sous le dôme immense , exubérant d'une forêt que la hache ne viole poÂot, e; que les oiseaux de la pult sillonnent aux heures les plus ardentes du jour, il suffît de monter sur les collines auxquelles est adossé le bourg de Ma»irgue, pour jouir d'un spcftade qu'on va chercher à Naples et qu'on y croit unique. Elevé sur un des créneaux du rempart dont la main de Dieu a entouré le territoire de Marseille, on aperçoit là à ses pieds le cours de Tiluveaune couvert et tracé tout ensemble par les beaux arbres que la. rivière nourrit ; au delà de cette campagne si. verte et si Uiatteodue, la ville éparpillée aux pieds des coteaux qid en portèrent les premières constructions; au delà encore, d'un côté la chaîne des montagnes de l'Étoile qui s'élèvent en gradins majestueux jusqu'au ciel, de l'autre toutes les anses de la mer qui semble se jouer en pénétrant dans la terre, puis en reculant devant elle, et qui, dans ses replis innombrables et capricieux, fait briller les nuances infinies de aon aj^ur mobile. C'est un tableau éblouissant ; pour \ç reproduire il faudrait joindre les grands traits du Poussin au colorjs nxagiquQ de Claude Lorrain.

Le monde réel (^t étroit , le monde des désirs immense ; de là nos désappointements. Nous commençons toujours par espérer les jardins d*Armidc , et nous finissons par ne trouver qu'on pQtagerJ Le plus sage serait de rétrécir l'horizon de nos rêves « puisque nous ne pouvons élargir celui de la réalité ; car c'est de Ja dilTérence d'étendue de ces deux perspectives que procèdent la plupart de nos mécomptes et de nosalgreurf.

JEAN-PAIUL mCHTER.

Dans ce grand sikic littërnire qui a donné à TAllemagne ûssing, Wicland, (iœlhe , Schiller, Ilcrder, il s'est trouvé

un homme qui n'aura pas la popularlié de ces Ulnstres écri** valn^, mais qui occupera une place éminente dans les œuvres de la pensée. Cet homme est Richter. A lui seul il représente, on peut le dire, le génie allemand tout entier daiis ses. mystiques rêveries et ses profondes conceptions, dans sfes rayonslumineux et ses omlves confuses. Le lire n'est point chose facile , et , pour l'apprécier copime il le mérite , il faut y i^* venir à plusieurs reprises, en faire une sérieuse étude. Quand on prend pour la première fois un de ses écrits , il semble qu'on entre dans une de ces forêts vierges où les arbres séculaires voilent le chemin qu'on veut suivre , où les lianes pendantes, les rameaux entrelacés, les plantes de tonte sorte, entravent à cliaque pas la marche du voyageur. On s'arrête surpris d'un tel aspect. On hésite à s*aventurer au milieu de pareils obstacles; mais si l'on surmonte cette première in-^ quiétude, si Ton s'avance dans les défilés ir réguliers de cetle solitude profonde, bientôt d'étonnantes lieautés ravissent à la fois les sens et l'esprit. A travers les voûtes épaisses des arbres jaillissent comme une pluie d'étoiles scintillantes et des flots de lumière qui colorent le feuillage. Entre les ronces touffues s'élèvent des fleurs splendides, et la brise qui balance les branches légères de i'arbuste , et l'insecte qui peuple les gazons, et l'oiseau qui court sous la feuilléc , remplissent les airs de leurs murmures, de leurs cris e^ de leurs concerts. Il y a là un mouvement, une vie, dont nul autre lieu ne peut donner l'idée, une nature étrange qui se développe librement dans sa merveilleuse puissance, en dehors des embellissements de convention,des parures artificielles de l'homme. Tel nous apparaît Jean-Paul; et ceux qui auront appris à connaître ses œuvres ne trouveront point cette comparaison exagérée. Nul écrivain n'a des mouvements plus spontanés, une allure plus hardie, une fécondité plus singulière. Nul poète n'allie à un sentiment si profond tant de capricieuses fantaisies.

Jean-Paul est né à Wiensiedel en 1763. Son père, lionnète ecclésiastique sans patrimoine, mournt jeune ; ^ mère réunit toutes ses ressources pour le faire entrer au Gymnase. Quand il eut terminé ses études , il revint près d'elle. Là , dans une chanihtp unique, uudis que la bonne \m\h kmxnt^ UnanMi un nutet ou s\»cciiptut des wlnn du ménage, 1(^ fuhirauipur de Tif&n, assis (îfvant fton pupiJre, Ms^îl, Cf>mpiïlsaît los œuvifs df! raiitlquité, amassail avec une infaUgahle ardeur des ijutes sur Umle* les seiepces latuiaines. Pour aldiT sîi mère h pourvoir aux hesfikis de la vît* mati'Tielle » Il rOuriit autour de hd qHdiju*'!^ en fit n Es auxquels II donna, Eivee m}S\ esprit iHevt* et sa tendre rtiLi^hjnîjon, un en^^rij^ofineni paterne 1. De celle UVche jK^UROf^îque, pfmrsuivk* aM.*e amscicDcr, il ne relîtitiL f^u'un inodîriiie ^latre. 1 /urgent tH.dt rare dans l;i demeure du phlfosoplic , ci ni , par un lieureux hasani» il i>oin«it inetUv* en réserve tin Hu Pcmr acïifler Toîe de la NiinN Martin » estait une grami*' toip

Ptuir î>e distraire de mîs lievoirs dinsiilulcor H de st's patients travanx^ Jéau-ranl s'en ftllaiî se prornemTà tpverî* la campiï^nei (*eid, sidv] d(* <M>n dsieu^ oïi^ervaril, 4^tu<iia ni tmil ce qui s*oJlVaîl h m^s regïu ds, deptdîï Tins^eJc^ qui l>ourdonnail à ses pieds jn^piViti niiiig*^ (\tn MotiaU soi' b^ lêie. Li uaturc était pfMir lui r^ntme un grand livre sur lequel il ne se là'^saii pas d'arrêter ses yeux et sa pensée; elle lui inspirait une fervente vénération : « Entres-tu, se disait-il, avec une âme assez pure dans ce vaste temple? M'apportes -tu aucune mauvaise passion dans ce lieu où les fleurs s'épanouissent , où les oiseaux chantent ? 'aucune haine dans cette enceinte généreuse ? As-tu le calme du ruisseau où les œuvres de la création $e réfléchissent comme dans up miroir ? Ah I que mon cœur n'est-il aussi vierge, aussi paisible que la nature quand elle sortit des mains de son Dieu ! »

Souvent, l'été , Jean-Paul portait ses livres^ son écritoire, sm* la colline, et travaillait au milieu de cette nature dont toutes les images exerçaient sur lui une si vive fascination ,^ dont toutes les liarmonics résonnaient ^fuf^^^'^Pfi^^lMP

oreille. U contemplait la nature en poète , il Tobservait en saTant. Un brin d'herbe, une aile de papillon, étaient à la fois pour lui un sujet d^aoalyse scienliGque et de tendres rêveries. En étudiant avec une attention sérieuse tout ce qui Tentourait, il s'étudiait lui-même jusque dans les plus profonds secrets de sa conscience. Il tenait un journal exact de ses impressions, des défauts qu'il se reconnaissait et qu'il voulait corriger, des vertns qu'il devait s'efforcer d'acquérir. Une fois il écrivait dans ce journal : « J'ai pris ce matin une écritoire , et j'ai écrit en me promenant. Je me réjouissais d'avoir vaincu deux de mes défauts : ma disposition à m'emporter dans la conversation, et à perdre ma gaieté quand j'ai souffert de la poussière et des cousins. Rien ne nous rend si indifférents aux petites contrariétés de la vie que le sentiment d'une amélioration morale. »

Une autre fois il disait : « J'ai ramassé par terre dans le chœur de l'église une feuille de rose flétrie que les enfants foulaient aux pieds , et , sur cette petite feuille couverte de poussière, mon imagination a élevé tout un monde réjoui par tous les charmes de l'été. Je songeais au beau jour où l'enfant tenait cette fleur à la main, et regardait par les fenêtres de l'église le ciel bleuet les nuages flottants, où la froide voûte du temple était inondée de lumière, où l'ombre qui çà et là voilait encore quelques arceaux lui rappelait celle que les nuées dans leur cours projettent sur le gazon. Dieu de bonté, tu as répandu partout les sources de la joie; tu ne nous invites point aux bruyants plaisirs , mais tu donnes au moindre objet un parfum bienfaisant. »

Si son existence se passait presque toute dans une silencieuse retraite, ce n'était point par l'eflet d'une sombre misanthropie. 11 avait au contraire dans le cœur une ardente charité , une bienveillance universelle. La vue d'un vieillard souffrant, d'un pauvre ouvrier errant par les grands chemins, excitait en lui une tendre sympathie ; la vue d'un enfant le touchait parfois jusqu'aux larmes : les animaux mêmes occupaient une partie de son temps et de ses sollicitudes. U

Jean-Paul Richter, d'après une gravure allemande.

avait ordinairement dans sa chambre plusieurs petites bêtes qu'il cherchait à apprivoiser ; il avait des serins qui de leur cage descendaient par une petite échelle sur ses tables, et piétinaient librement sur son papier.

En 1798, il épousa une jeune fille de Berlin, mademoiselle

Camille Meyer. Ce mariage, dont il eut deux filles et un fils, lui donna un suave bonheur dont U- a parlé plusieurs fois avec un diarme exquis , et développa en lui de nouvelles vertus. A cette époque , il s^était déjà révélé à l'attention de l'Allemagne littéraire par plusieurs de ses œuvres, entre autres le Procèi groënlandaitf publié en 1783 ; puis le Choix des papier i du diable , et la Loge invisible. Par ses écrits et par son mariage, sa fortune s'était améliorée. Mais il resta toujours simple et modeste , l'esprit dévoué aux sédt|ctions de l'étude , le cœur ouvert à toutes les innocentes joies de la vie. Une seule fois il quitta sa retraite pour aller voir à Berlin, à Weimar, les hommes dont les écrits avaient souvent excité son enthousiasme ; puis il revint avec amour dans le petit monde enchanté de ses songes poétiques.

On doit à sa fille quelques charmants deuils sur cette vie intérieure si calme et si pure, m Dès le matin, dit-elle, il entrait dans la chambre de notre mère pour lui souhaiter le bonjour. Son chien sautait en avant , ses enfants se précipitaient vers lui , et , lorsqu'il se retirait» cherchaient à âieltre leurs petits pieds dans ses pantoufles pour le retenir, puis se suspendaient aux pans de ses vêtements jusqu'à ce qu'il fût arrivé à la porte de son cabinet de travail, où son chien seul avait le privilège de le suivre. Quelquefois nous tentions une invasion à l'étage supérieur où il travaillait. Nous nous traînions sur nos mains le long de l'escalier jusqu'à son cabinet, et nous frappions à sa porte jusqu'à ce qu'il l'ouvrit el nous laissât entrer. Alors il tirait d'im vieux coffre une trompette et un fifre avec lesquels nous faisions une effroyable musique pendant qu'il continuait à écrire.

» Le soir, U nous racontait différentes histoires, ou nous parlait de Dieu, des autres mondes, de notre grand-père, cl d'une foule d'autres choses. Dès que son récit devait commencer, c'était à qui de nous s'assiérait le plus près de lui sur le canapé. Comme la table couverte de papiers nous empêchait d*y arriver de front , nous nous élancions du haut d'un coffre sur le dos du canapé où il reposait, les jambes étendues , ayant son chien couché à côté de lui , et , lorsque nous étions installés tant bien que mal, il disait une histoire.

» A l'heure des repas, il s'asseyait à table avec gaieté, et écoutait avec une vive sympathie tout ce que nous disions; quelquefois il reprenait une de nos naïves relations, et l'arrangeait de telle sorte que le petit narrateur se trouvait avoir de l'esprit. 11 ne nous donnait jamais de leçons directes, et .cependant il nous instruisait sans cesse. »

Sur la fin de sa vie, le pauvre philosophe fut atteint d'une cruelle infirmité : il devint aveugle. Mais il supporta ce malheur avec une religieuse résignation ; sa gaieté même n'en parut pas altérée. Les beautés de la nature revivaient dans son àme ; il les contemplait par les yeux de la pensée, il s'instruisait encore, en se faisant lire ses auteurs favoris, et il méditait avec plus de calme que jamais.

Le ili novembre 1823, il se plaça sur son lit. Sa femme lui apporta une guirlande de fleurs qu'on lui avait envoyée. Il promena ses doigts sur ces fleurs dont le souvenir rajeunissait encore son esprit : « Ahl mes belles fleurs, dit-il, mes chères fleurs !... » Puis il s'endormit d'un paisible sommeil. Sa femme et ses amis le regardaient dans une muette immobilité. Sa figure avait une expression calme, son front paraissait plus radieux ; mais les larmes de sa femme tombaient sur lui sans l'émouvoir. Peu à peu sa respiration devint moins régulière ; une légère convulsion passa sur son visage, a C'est la mort, n^dit le médecin.

Ainsi s'en alla doucement de ce monde cet homme de génie qui sut si bien mettre d'accord ses actions et ses pensées : sa vie et ses œuvres sont un pur et fécond enseignement.

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