‹ Le Magasin pittoresqueChapitre 23 sur 185 · BUREAUX D'ABONNEMENT ET DE VENTE · texte numérisé non relu

BUREAUX D'ABONNEMENT ET DE VENTE

rue Jacob, 30, près de la rue des Petits-Augustlns. Imprimerie de L. Mabtuiit, rue J*coQ3^[^

MAGASIN PITTOIIRSQUB.

UUDIBRAS.

l>uêa€ coauque, par Samuel ISutijia.

CrodcTO prisonnier conduit aux ftockf par Hudibrts et Ralpho. — Deuîn d*Hogartb«

Hodibras est an poème comique anglais, en Ten rlmés de Mt syllabes et en neuf chants. L*auteur, Samuel DotIer« né en 1612, était le Ciïs d*un fermier aisé du comté de Worcester. U avait suivi pendant plusieurs années les cours d'un collège H ceux de Tuniversité de Cambridge. Rappelé par son p^re «vant qu'il n*eût entièrement achevé ses études, il avait •btenu un emploi de clerc chez un joge de paix, et, dans ses nombreux loisirs, il s'était appliqué avec ardeur à la poésie, à la peinture et à la musique. [\ecommandé à filisabetb , comtesse de Kent, il avait puisé dans la riche bibliothèque de cette protectrice des arts une instruction étendue et variée : surtout U avait eu le bonheur d'y rencontrer souvent le sage et savant Selden. Pendant les agitations qui renversèrent Uiarlcs l", il vécut longtemps , on ne sait précisément à quel titre , dans la famille d'un noble , sir Samuel Lucke , presbytérien zélé et colonel de l'armée de Cromwcll. Les opinions de Butler notaient point celles de son hôte. Roya- Itete et atladié à la religion anglicane , témoin et auditeur forcé d'actes et de paroles qui devaient blesser ses convictions, il observa de près ses ennemis politiques et religieux, moins, ce semble, avec l'indignation sérieuse d'une foi profonde qu'avec le sourire malin et rancunier du poète satirique. Oe fat, assure-t-on, au milieu d'eux qu'il écrivit en secret l'Hudibras, dont le héros paraît être un portrait ridicule de sir Locke lui-même : mais il eut assez de prudence pour limer son poème dans l'ombre et le mystère, et il ne se décida à le publier que sous la restauration, en 1663, lorsqu'il n'avait plus rien k craindre des membres hifluents du parti révolutionnaire « tombés tous aix mains de leurs ennemis. M. Viliemiin a fait remarquer avec raison m qu'il y avait peu de

■ générosilé dans le pçète à frapper un parti vafaica dk>nt les a demlerB cbeb expiadent leur fanatisme stur l'échafaad ; et

■ qu'A y avait encore mohis de noUease dans la manière dont

ToMiXYL — Fâvaiaa 1848.

» il satirisalt (sons son nom propre) la famille de sir Lucke , ■ où il avait été recueilli et où il avait vécu. Les plaisanteries a de l'auteur sur la basse extraction des principaux person- » nages de la révolution, ses bons mots perpétuels contre les a bouchers, les brasscui-s et les savetlei^s, venaient bien tard a quand la restain-ation avait dispersé les restes de Crom^ a well, et qu'iJariison et tant d'autres étaient morts dans le» a supplices. Il fallait un grand fonds de gaieté aristocratique a pour rire encore du défaut de naissance de ces hommes. »

Ces reprodies sont justes : malheureusement, quel est lo parti politique où les passions, dans leur violence, n'emportent tous ces scrupules du cœur? Et combien peu de poètes, par une abnégation sublime , sacrifieraient leurs espérances de gloire à une délicatesse morale dont leur conscience seule aurait le secret !

Jamais poème satirique ne vit le jour en des circonstances plus favorables : l'Hudibras excita, non pas seulement le sourire, l'approbation des jacobites, mais l'enthousiasme le plus exalté. Dans sa haine inassouvie contre les puritains , la cour volupttieuse de Charles U éclata en longs applaudissements et éleva le nom de Butler bien au-dessus de celui du répubUcain Milton : l'Hudibras fut déclaré le chef-d'œuvre du siècle; le Paradis perdu, une psalmodie puritaine pleine d'emphase et d'ennui. Charles II apprit par cœnr de longs passages du poème de Botter, et if se plaisait à les réciter devant l'auteur lorsqu'il le rencontrait sur son passage ; mais il ne lui arriva pas de songer qu'un poète ne vit point seulement dVloges : Butler n'obtint guère de la cour que de Padmiration ; il ne lui fat accordé ni place ni pension , et , sans les secoui^ individuels de Buckingham et de lord Buckhurst, il eût à peine échappé aux plus rudes épreuves de l'Indigence. Il mourut en 1680 : un de ses amis fit les frais de ses obscure» funérailles. Quarante ans après, un bourgeois de Londres liiiC

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consacra uu modeste tombeau dans Westminster - Abbey.

La gloire de l'IIudibras se soutint jusque vers le milieu du dix-huitième siècle. Le célèbre docteur Johnson , exceptent critique , mais jacobite passionné (1) , considérait ce poème cuuimt; Tun dt^ iiiuaunk-iib de la littérature anglaise. Lorsque Voltaire nui 4 Li^udrt^^ , tl tiouva cette opinion généraleuiieni admi^ , i)UQlqiiti déj^ utodérée. Il écrivait en 173/t f dans une l^lire sw I^ojië :

I 11 y a euL'toat un |)oiim(* ^m^iais que je désespérerais de iCftiit i^irË cunu^iliri! ; it ^^'()[lIll^iK■ Hudibras, Le sujet est la guerre civile (du lemp^ du CamHveli) et la secte des puritains tournée eii rldicak\ C*e^t hnn tjuichoite, c'est notre Satire juéoipptle foQdus ensemble. (;'i:^t de tous les livres que j'ai jamais lu», celui où f ai trouvé hi plus d'esprit ; mais c'est aiisaj le plus inlraduîiiibk..* Presque tout y fait allusion à de^ avetiLuies partJculièrttî». Le plus grand ridicule tombe surtout sui^ des lliéalogitMib, qui- peu de gens du monde enleEideni. 1) fciudrâît h totil momeat un commentaire, et la plâij^nieriu esipUqut^Ë ee^se d't^ire plaisanterie. Tout comuientateur de butis nioUi est un soL » Aujourd'hui que per- ÀOJiiiÊ ùtà !ie puàsioune plu^ m Angleterre soit pour Cromwell, wii pur Uis SUiartï^ Ki que les sectes troublent peu la paix de râl^lJsi^ , lus critique!» anglais professent seulement de Tesiime pour le poéine de Uuller. Voici comment il est jugé par M. Jkillaiy, dum î>uu excellente Histoire de la littérature eurûpéujtue i u Iv^inUiit un deuu-siècle uu moins après sa publicalion, ce poème lui gène i élément lu et continuellemeni cilé : aujourdliui 11 a coiiiparativement peu de lecteurs^ U n'y a yànuxh eu dans celle fiction beaucoup de choses divcrtissauleSt ?t û t^n re&lt^ muintenant moins que jamais. ]r^ »ourceî^ où 3ailer a pul^ î^uut souvent tellement inconnues au lecit'urqtie rt>prU perd sion effet par l'obscurité des ail u^ioii,>ï« u

t>iie appr^ciaiioii ijU]Hirti4le peut être considérée comme di?fKiUïV(% I niiu lois le ]HH^tni' lit* Butler, môme rejeté parmi les œuvres de second rang, ne mérite pas un entier oubli. 11 faut connaître , au moins pur aperçu, un livre qui reste une source fréquente d'allusions dans la conversation et la Uuéralure des Anglais, et que Voltaire a signalé comme le plus spirituel qu'il eût jamais lu.

Hudibras a encore un autre litre à notre souvenir : Uogarth l'a orné de dessins où ce qu'il y a de plus plaisant dans le récit du poète est comme résumé et mis en saillie : c'est assurément la meilleure tradtiction que l'on ait jamais faite de l'œuvre de IHitler.

Volulre, à la vérité, tout en déclarant Hudibras intraduisible, a traduit ou plutôt imité de sa plume facile le début du premier chant. Mais c'était un essai très difficile à sui\re. En 1755, un écrivain qui ne se nomma point entreprit une traduction en pix>se : peu encouragé par le public, il s'arrêta devant le second chant. En 1757, un officier anglais au service de la France, J. Townlcy ou Towneley, traduisit tout le poème en vers français de huit syllabes avec le texte original en regard. C'est dans cette traduction seulement que les Français peu familiers avec les difficultés de la poésie anglaise pourraient prendre ime idée de i'iiudibras ; malheureusement le style de Towneley manque essentiellement de clarté et d'élégance. Sa sécheresse, ses incorrections, ses inversions tourmentées, «'ajoutant aux obscurités de l'auteur, laliguent vite l'attention : c'est une lâclie plutôt qu'un plaisir de faire route avec lui pendant les neuf chants. De plus, comme l'avait prévu Voltaire, il a fallu fuire suivre chaque chant d'ime multitude de notes explicatives qui n'expliquent les intentions de l'auteur qu'à demi : ce sont des brodequms de plomb attachés aux pieds d'une musc qui n'est déjà pas trop agile.

Dans la dernière édition (181U), on a même jugé nécessaire de faire précéder l'œuvre d'ime sorte d'introduction

(i) Partisan de» Stuarts. Le nom de; jacobite s'était formé de celui de Jacques 11, r.omme lu mnu Ue citrliklf, <Jau» uoire tcnips, s'e^it funné de celui de (.liurlfâ \.

histprique sous ce titre : « Clef générale de l'Hudibras à lire avant d'ouvrir le poème. » Mais cette clef elle-même n'ouvre guère, «t pour tout comprendre on aurait encore besoin d'un •argument ou d'une analyse développée.

Sans nous engager dans un dédale d'interprétations, mais aussi sans prétendre faire pénétrer aux lecteurs le 8en.s intime de toutes les allusions du livre, nous exposerons simplement le plan du poème , en nous aidant de quelques citalions empruntées aux traducteurs.

Le sujet , si l'on écarte les incidents , est d'une simplicité extrême. Le poète raconte une aventure ridicule, dont il a sans doute été le témoin. Un presbytérien qu'il nomme Hudibras, juge de paix et militaire, veut mettre obstacle à uu combat d'ours et de chiens, divertissement populaire fort goûté eu tout temps des Auglais ; on murmure contre lui ; il arrête et attache aux stocks un ménétrier boiteux , l'un des fauteurs du trouble : mais la populace se soulève, et met le juge de paix lui-même à la place du ménétrier, qu'elle délivre.

Au premier chant, Hudibras sort de son logis, armé et monté sur un maigre dieval. Comme Don Quichotte , il est suivi d'un écuyer poltron et bavard : on verra que, comme lui aussi , il a une Dulcinée.

Au physique, Hudibras diffère de Don Quichotte : il est petit, épais, ventru, bossu. De même, à la différence de .Sancho , l'écuyer, nommé Ualph ou Halpho suivant les exigences de la rime, et tailleur de son métier, est long et fiuct.

Au moral, Hudibras et Ralpho diffèrent de leurs modèles en ce qu'au lieu d'être des types de caractères généraux, ils ne sont que les caricatures de deux réformateurs fanatiques et pédants. Unis entre eux par les sympathies révolutionnaires, ils sont opposés par l'esprit de leurs sectes. Halpho n'appartient pas, comme son maître, à la grande hérésie des presbytériens qui, née du calvinisme, avait fait en réalité de grands progrès en Angleterre , et qui* était soumise à des règles et à une discipline d'une certaine puissance : le maigre écuyer appartient ù la secte des indépendants, qui se disaient illuminés , et , sauf quelques mesures d'ordre , ne votilaient se soumettre à aucune autre règle qu'à celle de leur iuspiration. De ce contraste dans leurs convictions reUgieu^es naissent à tout propos , dans le cours des neuf chants, entre le maître et l'écuyer, d'interminables disputes qui ont été à la fob une des causes principales du succès de l'ouvrage , alors que l'on comprenait ces controverses , et de l'indiffé-i rence où il est tombé depuis qu'elles ont cessé d'exdter un suffisant intérêt.

Afin dedonner une idée du style et pour ahisi dune de l'allure» de l'Hudibras, nous ne saurions faire mieux que de citer une partie de la traduction du début par Voltaire :

Quand les profanes et les saints Dans l'Angleterre étaient aux prises.

Quand partout, sans savoir pourquoi.

Au nom du ciel, au uoni du roi.

Les geus d'ai'oies couvraient U terre.

Alors monsieur le chevalier, Longtemps oisif ainsi qu'Achille, Tout rempli d'une sainte bile, Suivi de son grand écuyer, S'échappa de son poulailler, Avec son sabre et TÉvaugile, El s'avisa de guerroyer.

Sire Hudibras, cet homme rare,

ËUÛt, dit-on, renipli d'honneur.

Avait de l'esprit et du cœur;

Mais il eu était fort avare.

D'ailleurs, par uu talent nouveau,

11 était tout propre an barreau,

Ainsi qu'à la guerre cruelle ;

Graud sur les. bancs, grand sur U selle,

itous le» camp. 1Ûi^itf^^a»tHH*k:*^OOQlC

mattASin pittoresque.

Semblabl« k ces raji aniphlbiei Qiii paraissent avoir deux vic5.

Sont raU de campagne et rats dViiii.

Mais, malgré sa grande éloquence, El son méri^ et sa prudence.

Il passa chez quelques savanis Pour être mi de ces instruments Dont les fripons avec adresse Savent user sans dire mol, Et qu'ils tournent avec souplesse * Cet instrument s'appelle un sot.

Ce n*est pas qu*en théolo^e.

En logique, ^n astrologie, Il ne fût un docteur subtil :

En qtiatre H séparait un fil, Disputant sans jamais sé rendre.

Changeant de thèse tout i coup.

Toujours prêt à parler beaucoup Quand il fallait ne pas s*cntendre.

Au nez du chevalier antique

Denx grandes moustaches pendaient ,

A qui les Parques attachaient

Le destin de la république.

Il les garde soi|*nensement,

Et si jamais on les arrache,

C*est )a chute du parlement :

L'État entier, en ce moment,

Doit tomber avec sa moustache.

Notre grand héros d'Albion, Grimpé dessus sa haridelle Pour venger sa religion.

Avait k Tarçon de sa selle I>eux pistolets et du jambon ; Mais il n'avait qu*un éperon.

C'était de tout temps sa manière ; Sachant que si la lalonnière Pique une moitié du cheval.

L'autre moitié de l'animal Ne resterait 4)oint en arrière.

Voilà donc Hudibras parti.

Que Dieu bénisse son voyage.

Ses arguments et son parti, Sa barbe rousse et son courage !

Iliidibras et Ralpho, tout en chevauchant côte à côte et clevisanl ou plutôt disputant, arriTent près d'une rllle que Tanteur ne nomme point , mais que les commentateurs croient être celle de Brentford, à huit milles de Londres. C*est un jour de marché. Un groupe nombreux d'habitants est sorti des maisons et se prépare à se donner le plaisir d'un combat d'ours. Ils conduisent l'animal enchaîné à un piquet, où ils l'attachent. Puis on fait cercle à distance, et l'on est au moment de lâcher les chiens.

A ce spectacle, Hudibras s'émeut: il s'indigne contre ce jeu barbare ; il Tent empêcher l'eiTusion du sang, il est prêt à s'élancer,

. . . Afin de mettre le holà

Entre ours et chiens, pour la décharge

De sa conscienre et de sa charge (i).

Mais d^abord, il juge à propos de faire un discours à son écnyer contre les combats d'ours. H établit éloquemment que tous les bons patriotes doivent réserver leurs pensées , leurs oiicouragements, leurs forces et leur courage à la grande lutte de la révolntioiv:

N'est-ce pas assez que nôs vies.

Nos lois, nos libertés chéries, Nos biens, nos femmes soient en jeu f Et pour la cause est-re trop peu ?

Fautai, pour vider la querelle.

Qu'ours et chiens se battent pour elle ?

n lai^vtent en sovpçon que ces gens -là sont séduits et etitraltiés par quelque ennemi du bien public ,

(i) Sa charge de juge de paix. Ces vers et tous ceux que nous citerons désormais no sont plus de Voltaire, on ne le verÎTi que trrip : iU sotit i\f Towurlcy.

Que cette trame et sa conduite Sont TœHvre de quelque jésuite.

L'écuyer approuve son maître :

C'est clair, dit Ralph, et je soutiens Ce jeu des plus antichrétiens;

Et cela par la raison démonstrative qu'il n'est nullement question dans l'écriture de combats d'ours. Donc c'est une invention purement humaine et par conséquent damnable. Mais Ralpho a le malheur d'ajouter qu'une réunion de chrétiens ayant pour objet de faire combattre des animaux n'est pas plus légitime et orthodoxe qu'un synode. Or, les ministres presbytériens avaient des assemblées de divers degrés, analogues aux conciles, et qu'ihi appelaient synodes provinciaux et synodes nationaux. Aussi Targumenl de Ralph est-il mal sonnant aux oreilles du chevalier Hudibras qui répond :

Ta raison torse Te fait faire, mon cher Ralpho, Un misérable quiproquo.

Où prends-(u donc l'analogie D'ours et synode, je le prie ?

Qu'a de commun un combat d'ours Avec les saintes assemblées Où nos affaires sont réglées.'

Assurément, ajoute-t-i), à certain égard l'ours et l'homme peuvent être rangés sous une dénomination commune , l'un étant comme l'autre animal; mais enfin il faut au moins convenir que ce sont deux espèces différentes.

L'argumentation peut mener loin : Hudibras ajourne la dispute, et, invitant son écuyer à le seconder vaillamment, il se dispose à attaquer et à disperser la troupe qui est autour de Tours. II pique de son unique éperon sa monture paressetise. Et là s'arrête le premier cbanU

Au commencement du second chant , la bête s'est enfin décidée à marcher ;

Mais je ne sais trop Si c'était le pas on le trot ;

lorsque vient à Hudibras la pensée qu'il est conforme aux règles de la stratégie de connaître les forces des ennemis avant de leur livrer le combat

Il détacha donc l'écnyer.

Pour aller de près observer Leur démarche et leur contenance, • * Pour régler la sienne d'avance.

Son cheval, n'étant pas fougueux, S'arrêta court, et lui, pour mieux Parer les coups et fiiire rage.

Prépara son sabre et courage.

Ralpho partit très- prestement; Mais il s'en revint tout de suite.

Et, s'il le put, encor plus vite.

A travers sa peur il a cru voir toute une armée : il en a reconnu les chefs et il les décrit en style homérique. En tête s'avance Crodero« Joueur de violon à jambe de bois (caricature, suivant les commentateurs, d'im marchand de modes, nommé Jackson, qui, ayant quitté son commerce pour entrer au service du parlement et ayant perdu une Jambe, avait été réduit à se faire ménétrier).

Sa l>arbe était longue et touffue, Son archet y faisait recnie ; Car crins de queue il dédaignait.

Vu que son menton en donnait.

Au second rang marche le brave Orsin, qui condtrit d^tme main l'ours Bruin enchaîné, de l'autre brandit un bAton ferré ( c'était , dit-on , un nommé Josué Gosllng , qui gardait les ours du Paris-Garden à SouthWark, fatibonrg de Ix>ndres, et q\\\ était un des pins fêlés partisans du parlement de Cfomwoll ). A la MiWo venait Talgol ( boucher q"^ayâîUf p^

son élal au marclié de Newgale, et qui, s'étaiu distingué à la bataille de Naseby, fatale à Charles !•% avait obtenu une commission de capitaine }.

Talgol fut l)rave, el pliis souvent II fut vainqueur que combattant.

Auprès était le terrible Magnano( Simon Wail, chaudronnier, orateur popijaairc de la secte des indépendants); puis une Tîgoureuse jeune femme, Trulla (la fille, dit-on, de Jacques Spenser ), qui avait uni son sort à celui de Magnapo.

Forte cl brave comme en son temps

Fut la Pucelle d'Orléans.

Sans craindre la corde ou blessure,

Elle suivait à Taventure

Son héros, voulant partager

Avec lui butin et danger.

Derrière s'avançail Cerdon (Ilowes, le savetier),

Qui d*aI)ord Ht mainte entreprise Pour la réforme de TÉglise ; Puis, voulant réformer les lois.

Pour un abus en mettait trois.

Enfin Colon (Ned Perrjr, valet d'écurie), qui semble, dit le po^'ic, ne faire qu'un avec son cheval ,

Qu'on nourrissait de chair liumatne ; ' Fourrage élrange l mais, hclas !

I^ chair est herbe, n'est-ce pas ?

Ces perfîonnagcs fameux entraînaient à leur suite une foUle d'autres partisans vulgaires,

Canaille en ces lieux ramassée De tous lés coins de la contrée, De cent diverses régions.

Langues, Riϝrs et religions.

Ces derniers vers font allusion à la quantité innombrable d'hérésies qui divisaient en ce temps l'Angleterre. On comptait cent quatre- vingU sectes différentes à Londres seulement.

A vrai dire, ces gens-là n'étaient pas, en politique du moins, les adversaires d'Hudibras. Mais la foi du chevalier lui commandait de s'opposer h ce divertissement barbare ; donc, son courage ne voulant tenir compte ni dé la force ni du nombre, Il excita sa haridelle, s'approcha, et, sans metU'e pied à terre, apostropha l'allroupemeiit d'une voix tonnante :

Quelle démence vous* transporte,

O citoyens ! quelle fureur

Vous pousse à cet excès d'horreur?

Il n'est ville ni garnison Qu'on ne pût metUe à la raison Avec le sàiig que l'on expose A couler pour si peu de chose.

Nous que serment et zèle engage A rr/ormer avec courage, En arrêterons-nous le cours Pour l'amour des chiens et des ours?

Vite, qu'on s'éloigne d'ici !

Mais ayant, je veux qu'on rac rende Le plus coupable de la bande, Ce profane ménétrier, Vrai boule «teu de sou métier.

A l'instant je prétends lui faire Subir une peine exemplaire, Ainsi qu'au maudit instrument Dont il joue illicilemeut.

Mais l'éloquence du clievalier ne persuade personne, Talgol le boucher lui répond par un débordement d'injures, lui reprochant tous les abus, toutes les exactions cl les vilenies dont les royalistes accusaient les chefs presbytériens. Lors IJudibras, plein de rage, tire un de ses pistolets et met en joiie Talgol ;

Jurant qtie désormais ee gueux Ne tarait plus vaches ni hctv.h Mais Pallas, potrr sanver sa vie, S'étanl en rouillé traresHe^ Entre le chien et ressort mit La téle de Corgone , et fit Que le chien resta roide eu place.

Le chevalier saisit alors sa bonne épée et la croise avec le bâton de Talgol. Pendant ce temps. Colon prend Ralph h partie ; Magnano aiguillonne avec des chardons le cheval de l'écuyer qui tombe à terre. De son côté, Hudibras, que Taîgol a saisi par le pied, tombe sur Votirs: Tanimal gémit sous ce poids, s'irrite, se relève, brise sa chatne et se rue sur tout ce qui l'entoure. La baodc épouvantée fuit, hors le seul Crodero, dont la jambe de bois s'est détachée, et qui est renversé h terre : il entend des soupirs, voit le chevalier et Técuyer gisant à quelques pas, se relève, saisît sa jambe postiche, et en frappe à coups redoublés ses ennemis. I^e combat recommence long et terrible ; à la fin \ Crodero est vaincu et Hudibras veut l'occire ; mais Balph le supplie de se montrer généreux:

Voire colère, grand héros,

Delà les bornes vous transporte.

Il convient qu'un gueiix de la soltté

Passe par la main du bonrreau ;

Et son destin serait trop beau,

S'il périssait par votre -épée. •

liC chevalier, persuadé par ces paroles, fait grôce de la vie à Crodero et ordonne à l'écuyer de lui lier les mains derrière le dos. Alors commence une marche triomphale :

Le fier Kalpho prit le devant.

Portant la caisse et l'iustruménC Au bout de sa lance, en trophée.

Contre son épaule appuyée.

Après venait le chevalier.

Menant Crodero prisonnicri Le tirant de même manière Qu^un bateau montant la rivière.

Ils traversent pompeusement la ville étonnée , et ne s'arrêtent que sur la place publique devant deux instruments de bois destinés au châtiment des malfaiteurs : l'un, que Ton appelle stocks ou ceps , composé de deux planches horizontales entre lesquelles on enferme les pieds des condamnés couchés ou assis ; l'autre, poteau vertical, où sont scellés des bracelets en fer pour y attacher les mains de ceux que Ton fustige. Ralpho suspend le violon et sa caisse au sommet do poteau, et enferme le bon pied de Crodero dans les ceps, tandis que la jambe de bois, qui est la plus coupable , reste libre.

Ainsi parfois dame Justice Livre un innocent au supplice.

Quand le plus mauvais garnement Kst renvoyé sans châtiment.

Sur ce trait de satire, qui n'était point sans valeur an dixseptième siècle, le chant deuxième finit.

La fin à une prochaine lùsratton.

JUBÉ DE VlUEMAUUEt Département de l'Aube.

Villemaure est un joli petit bourg , propre et bien bâti , 5 quelques lieues de Troyes» C'était jadis une ville fortifiée. Quelques débris de remparts servent ai^ourd'hui de clôture au jardin du presbytère : une ancienne cave , remarquable encore aujourd'hui par son étendue et fa' solidité de sa construction, dépendait prolnblement du château. .

La ville fut pillée, ravagée, brûlée plusieurs (bis pendant . la guerre avec les Anglais et pendant celles de la Ligue, Un dernier incendie, en 1613, en acheva la destruction.

La chAtellenie de Villemaure fut éri|ée ^p^^z^^^

vers la moitié du siècle dernierjzed by ^

MAGASIN PITTOHKSUUE-

De rég)lse« il y a peu de cliose à dire L*arcliitcclure en eut tris-ordinaire. Gtons seulement deux diAsses en cuivre dNéf toutes couvertes de figures et d'ornements dans le goilt

byzantin, et un petit reliquaire en argent du meilleur tempa de la renaissance, ayant la forme d*un tabernacle pyramida«: il renferme un petit globe de cristal où sont quciques dic^^i^

veux couleur de bistre, qui , suivant Tinscription , ont orné jadis la tête de la belte Marie-Madeleine.

Nous devons encore signaler dans celte église plusieurs tombes gravées du quinzième siècle.

Mais c'est principalement le jubé que nous voulons décrire.

Ce jubé est, suivant Tusage, à l'entrée du chœur. La gravure que nous en donnons représente le côté qui regarde la nef, et nous dispense d'une description technique. On voit assez de quelle manière la galerie ou tribune s'appuie sur la claire voie qui sépare la nef du chœur.

Rien de plus riche, de plus élégant, de plus varié que les sculptures qui couvrent les deux côtés de la tribune, les piliers et les panneaux Inférieurs. Elles sont d'un relief très saillant et d'une parfaite conservation. La suite des sujets sculptés sur la galerie, représente î

Du côté du chœur, — • sahit Joachim et sainte Anne offrant un agneau au temple ; — la Bcncontre sous la porte Dorée ;

— la Présentation de la Vierge au temple ; — le Mariage de la Vierge ; — la Salutation angéltque ; — la Visitation ; — la Cène; — l'Adoration des Mages; — la Présentation de Jésus ; — roifrande des Colombes ; — la Mort de la Vierge ;

— TAssomption.

Du côté de la nef, — la Nativité ; — la Veille an jardin des Oliviers ; — le Baiser de Judas ; — Jésus devant CaTphe ;

— la Flagellation ; ~ VEcce Homo ; — Jésus devant Pilale ;

— le Portement de la Croix ; — le Calvaire ; — la Descente aux Enfers ; — la Mise au tombeau; -— la Résurrection.

Toutes les figures sont traitées avec une grande supériorité ; toutes révèlent dans le sculpteur beaucoup de science et d'habileté. Elles ont toutefois moins de naïveté et peutêtre moins de sentiment que celles du lit de justice d'Argentelles, dont nous avons donné la description et le dessin (1 847, p. 284). La même observation s'applique aux ornements ' qui courent et s'enroulent au^ur des montants de la claire voie ; fleurs et fruits, oiseaux terminés en feuilles et feuilles à tète d'oiseau, reptiles et chimères, réalités charmantes et fantaisies plus charmantes encore, tout y est plein de mouvement et de grâce, mais d'un mouvement un peu calculé, d'une grâce Tin peu maniérét. On-sent que l'imitation de la nature n'a pas été un but principal , mais un moyen pour l'artJHte, qu'il a voulu la subordontier à ses inspirations au lieu de les faire fléchir devant elle.

A côté des créations les plus délicates et les plus gracieuse>s, cotnme pour servir de repoussoir, grimace sur les pilastres saillants qui coupent les divers panneaux , la plus étrange collection d'oiseaux-embryons, de larves de grenouilles inachevées, qui se puisse Imaginer : c'est le née plus ultra de l'impossible, le beau idéal du laid. La renaissance avait compris les ressources que le grotesque peut souvent offrir h l'art. Héritière de la tradition des siècles précédente qui déroulaient sans scrupule leurs monstres, leurs dogues, leurs dénions auloiir des chapitaux , le long des frises , au bord des toits des cathédrales, elle en transmit la liberté, non pas seolenent aux CaHot on aux Scarron, mais aux Shakspeare, aux Rubens, aux Murtllo, à un grand nombre de maîtres de l'art mcderne.

Le jubé de Villemaure est un des plus curieux essais en ce genre en même temps qu'un des plus beaux et des plus riches monuments d'ancienne sculpture en bob que nous possédioM en France.

DE LA HlCttfiSSE MINIERS Dfi LA FRANGE.

Fin V©y. p. i.

Il »'en faut qu'il en soit de IHndnstrle des minescomme de la plupart des Industries qui, abandonnées à la concurrence et au libre arbitre des particuliers, sans aucune intervention du gouvernement , ont Hni par réussir chez nous aussi bien ^e chez nos voisins. Celte industrie est soumise à des circbhstances spéciales, que nous ne poirrons mieux faire con-

naître qu'en nous appuyant sur les observations présentées par le savant ingénieur qqi préside aux travaux statistiques de l'administration des mines. Avant tout, il convient de, bien se fixef sur le nœud fondamental de cette question. Ce nœud consiste en ce que les mines métalliques, même les plus riches, offrent de brusques et de fréquentes variations qui font succéder en un instant une pénurie complète à une extrême abondance, et vice ^erêâ. Ce point si digne d'attention, qui distingue l'industrie miiiérale de toutes les autres branches essentielles de l'activité humaine, entraîne naturellement pour l'organisatloir de ces sortes d'entreprises des conditions sans lesquelles elles ne peuvent prospérer^ Les travaux doivent être conduits à la fois sur un grand nombre de gttes , afin que la multiplicité des chances supplée à l'intermittence de chaque gîte, et contribue autant que possible à l'uniformité de la production. De puissants capitaux, tenus sans cesse en réserve, doivent au besoin combler le déficit causé & des époques malheureuses par l'appauvrissemetit temporaire des gîtes , par la concurrence subite de nouveaux centres de production^ ou par toute autre révolution commerciale, par les guerres prolongées, par les révolutions politiqties. Enfin tine sage prévoyance doit ménager dans l'intérêt de l'avenir les ressources et les chances heureuses qui, par compensation, s'acctimulent â certaines époques de prospérité.

Sous l'administration romaine, plus tard dans les grandes époques du moyen ftge, dans la main des seigneurs féodaux on des riches communautés religieuses, les conditions d'une administration patiente et appliquée aux intérêts de l'avenir non moins qu'à ceux du présent, se sont quelquefois rencontrées 5 l'égard de certaines mines ; et aussi la tradition de même que les traces des anciens travaux nous donnentelles le témoignage que des opérations fractueuses ont autrefois existé sur divers points aujourd'hui abandonnés et stériles. Depuis plusieurs siècles l'exploitation des mines , constamment menacée par les guerres et les révolutions qui ont agité l'Europe , a peu à peu cessé de fleurir partout où les gouvernements , par une intervention directe, ne sont point venus à son aide ; et c'est là, en particulier, ce qui a causé sa décadence chei nous où l'État semble n'avoir jamais compris bien exactement son importance.

L'Allemagne, depuis longtemps si renommée par la fécondité de ses mines , a suivi au contraire l'autre voie. De là les succès du mineur danl les chaînes métallifères du Hanovre, de la Saxe , de la Hongrie , de la Suède ; et si depuis peu la Russie a obtenu de si prodigieux résultats dans les chaînes de l'Oural et de l'Altaï, c'est que les exemples de l'Allemagne y ont été suivis plutôt que les nôtres. Dira-t-on qu'il était aussi sage de suivie, comme nous l'avons fait , le système de liberté qui n'a pas moins réussi aux Anglais que n'a réussi le système d'administration aux Allemands? Ce serait se it'omper étrangement. Les conditions non-seulement de notre territoire, mais de notre population étaient analogues, non point à celles.des Anglais, mais à celles des Allemands ; et par oonséquent la loi d'analogie voulait que les moyens suivissent le même tour. D'ailleurs, c'est ce que l'événement ne justifie que trop, puisque après tout nos mines, si aliondantes qu'elles soient , sont presque toutes dans le silence.

à se changer en un monopole. S! Ton considère Thistoire de nos mines, soit dans le passé , soit dans le présent, on s'apercevra aisément qne ce sont là les deux écueils par lesquels notre industrie a échoué.

Les concessions foites sous Tancien régime ont presque toujours été instituées dans Tlgnorance ou le mépris des convenances de l'industrie minière. Elles étaient en général beaucoup trop étendues, et l*abus fut même poussé jusqu'à concéder à un seul privilégié tomes les mines du royaume. Souvent les droits du concessionnaire étaient mal définis. Parfob même des concessions sans limites déterminées étaient établies successivement dans le même territoire en faveur de plusieurs personnes, d'où résultaient entre les parties intéressées des procès qui ne se terminaient que par l'épuisement de leurs moyens d'action. Les exploitants pourvus de concessions régulières se trouvaient fréquemment entravés dans leurs efforts par des oppositions élevées dans les localités et trop souvent appuyées par les parlements. Mais le plus grand obstacle à l'essor de l'industrie minérale s'est toujours trouvé dans l'avidité et la mauvaise foi des possesseurs qui recherchaient les concessions, non pour mettre eux- ' mêmes en valeur la richesse minérale , mais pour vendre ou louer le droit d'exploiter à des personnes ignorant les difficultés inhérentes à ce genre d'entreprise et auxquelles on exagérait d'ailleurs les avantages qu'on en pouvait attendre. Le gouvernement ayant le droit de distribuer d'une manière tout à fait arbitraire à qui il M plaît la propriété si précieuse desT raines de l'État, il y a naturellement trop de place à la faveur , et dire faveur n'est pas toujours dire convenance cl justice, ainsi que ne le montrerait que trop l'histoire de la répartition actuelle de la propriété minière. De toutes ces causes résulte donc qu'au lieu de travaux suivis et sérieux il n'y a presque jamais eu sur nos mines que de faibles tentatives presque aussitôt avortées qu'entreprises.

L'expérience presque universelle des mines eu Europe montre en effet qu'il est fort rare qu'une exploitation donne tout d'abord des bénéûces. Presque toujours, au contraire, il faut une longue suite d'efforts et des avances de fonds considérables pour parvenir à la période où l'opération devient réellement productive. Or il n'y a pour ainsi dire pas eu, sur nos gîtes métallifères, depuis deux siècles, une seule entreprise qui ait possédé les capitaux nécessaires pour vaincre les difficultés souvent assez durables de la mise en train ; et par conséquent les entreprises devaient nécessairement échouer, lors même que les gtles auxquels elles s'étaient attachées auraient renfermé en eux-mêmes toutes les conditions du plus brillant succès. De tant de travaux faits en divers points de notre territoire , sur des mines qui ont été successivement prises et délaissées, il n'y a donc rien de plus à conclure que si ces mines n'avaient jamais été touchées : leur abandon ne prouve rien contre elles, et elles offrent toujours les mêmes chances avantageuses que la première fois où ]% main de l'bomme les a fouillées.

De plus, il est à considérer que l'exploitation des mines méulliques et le traitement des minerais ne peuvent être conduits avec succès que si les directeurs parviennent à grouper autour d'eux un assez grand nombre d'hommes doués de connaissances et d'aptitudes très-diverses et formés par une longue expérience à la pratique du métier. L'influence du gouvernement dans l'exploitation des mines du Hanovre, de la Saxe, de la Hongrie, de la Suède, ne s'est pas seulement témoignée dans le champ de l'exploiution, mais dans la création d'écoles pratiques destinées à fournir aux exploitations le personnel tout spécial dont elles ne peuvent se passer. En France, jusqu'à l'époque delà Révolution qui a vu instituer l'école des Mines et le corps des Ingénieurs des mines, la science de l'exploitation et de la métallurgie est demeurée presque complètement ignorée. Jusqu'alors les spéculateurs qui se proposaient d'ouvrir des mines devaient nécessairement recourir à Tinlervcnlion d'étrangers appelés à

grands frais, le plus ordinaik-eilient d'Allemagne. Aujourd'hui même, il faut bien le dire , un des empêchements les plus notables à l'ouverture de nos mines, c'est qu'il est à peu p'rès^ impossible de se dispenser de faire venir de TiUranger un. noyau d'ouvriers et de contre-maîlres ; c'est une difficulté de premier ordre. Nous avons des ingénieurs; nous n'avons pas' d'ouvriers, et la tête sans le bras demeuré impuissante. Le ' gouvernement, en formant des pépinières d'ingénieurs, n'a ' donc rempli que la moitié de sa tâche, puisqu'il aurait naturellement fallu y adjoindre des pépinières d'ouvriers; cr, ' comme l'a signalé le savant professeur de métallurgie de l'école des Mines, de telles pépinières, où il serait facile à ' tout spéculateur désireux d'ouvrir une mine de venir puiser,' s'établiraient tout naturellement s'il pouvait convenir au gouvernement de fonder lui-même, sur un de nos gîtes si * nombreux de plomb argentifère Ou de cuivre, une exploita- ' tion modèle. Jusque-là il sera toujours tellement difficile de réunir un personnel convenable que l'embarras et la dépense ' arrêteront les exploitants, ou que, se contentant à cet égard ' trop aisément, ils se verront arrêtés dès leurs premiers pas.

Enfin le dernier obstacle à la prospérité de nos mines qu'il ' faille signaler provient de la situation même de ces mines. Au lieu de se trouver dans des provinces riches et popu- * leuses, elles sont ordinairement reléguées dans les parties les plus stériles de notre territoire, où les populations, très-disséminées, sont en général pauvres, uniquement adonnées à l'agriculture et étrangères à tout esprit de spéculation. On les rencontre principalement dans les Alpes, la Bretagne, les Gé venues, les Pyrénées , ce qui est en quelque sorte reposer loin dé^ regards. Leur position est donc la plus défavorable possible , puisque dans l'abandon où les laisse le gouvernement , elles se soustraient presque entièrement à l'attention de ceux .qui pourraient se sentir sollicités à les' ouvrir. H est vrai de dire, comme le déclare le document dont nous avons parlé, que les indices de la richesse minérale du royaume ne se présentent qu'à ceux qui n'ont ni les moyens ni la volonté d'en tirer parti. Enfin , il résulte encore de la position écartée de la plupart 4cs gîtes méullifères que le souvenir des travaux d'exploration dont ils ont pu être Tobjct à diverses époques s'est facilement perdu et ne peut par conséquent fournir aux tentatives nouvelles la lumière qu'elles devraient tirer des anciennes. Faute de connaître leur histoire , on est trop souvent dans le cas de négliger les points où certaines mines donnaient au moment de letir abandon des produits très-satisfaisants , pour s'adresser à d'autres d'une valeur entièrement chanceuse.

Il est à regretter que le gouvernement, si bien éclairé sur les causes du délaissement de nos mines, n'ait pas encore jugé à propos de mettre sérieusement à l'étude les moyens de leur rétablissemenu il semble que le salut de cette in^ dustrie consisterait chez nous dans une législation moyenne entre celles de l'Angleterre et de l'Allemagne, c'est-à-dire dans l'intervention simultanée du gouvernement et des par* ticuliers. Rien ne serait assurément plus capable de stimuler le zèle de ces derniers que de voir des mines entreprises par l'Eut et régies par ses ingénieurs prendre essor et rivaliser, comme on est en droit de s'y attendre, avec celles de nos voisins; et non-seulement, comme nous l'avons dit, le gouvernement parviendrait de la sorte à une influence poissante, i mais il se trouverait en état de fournir, avec une libéralité* digne de lui et de son Intérêt, aux exploitations qni s'élève-* raient à côté des Siennes « le personnel, les connaissances et: même, dans certaines^ limites, les secours nécessaires à leur* succès. H faut songer en effet que les mines sont an véritablet agrandissement de territoire : ce sont des champs qui s\>nvrenl an-dessous de ceux qu'éclaire le soleil, et qôi downenlà» riiomme des fruits non moins riches et non moins indispensa-: blés, tout en lui fournissant un mode de travatt parlaitemenli compatible avec tous les bonheurs de la vie. • i D i g i t i ze d by VoiOOQlC

iMAGASlN PITTOttESQUE.

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