‹ Le Magasin pittoresqueChapitre 26 sur 185 · DE LA RELIGION DE BOUDDHA · texte numérisé non relu

DE LA RELIGION DE BOUDDHA

Premier article.

Il y a un très<grand inconvénient à se contenter d*un regard superflciel sur les religions des peuples étrangers: c'est de se méprendre entièrement à leur égard, et, par suite, de se laisser aller à traiter, comme plongées dans Tidolùtrie, des portions considérables du genre humain , qui , pour ne pss jouir comme nous des lumières du christianisme , ne sont pourtant pas coupables d*unc telle folie. Nous devons les plaindre comme moins instruites que nous ; uous devons nous garder de les frapper d'une réprobation absolue.

C'est surtout en s'appliquant au bouddliisme que ces réflexions prennent de la force. POur avoir vu les sectateurs de celte religion célébrer leur culte devant des images, on en a conclu qu'ils s'adonnaient à l'adoration des idoles. C'était tirer des apparences une coflclusion aussi légitime que l'eût pu faire un bouddhiste qui » voyant encenser chez nous le crucifix , se serait empressé, sans plus d'informations, d'aller rapporter à ses compatriotes qu'en Europe on adorait un homme et non un Dieu , ou plus encore , par un grossier fétichisme , le pain et le vin. Aussi , par une réaction toute naturelle, d'autres voyageurs sont-ils venus qui, s'étant mieux glissés dans l'esprit de cette religion calomniée , et y ayant , tout au contraire , reconnu un spiritualisme excessif, ont prétendu la donner pour un second christianisme, aussi parfait et plus ancien que le nôtre. A ne regarder que la charité , la piété , l'amour de la pureté , c'est une assimilation dont le bouddhisme serait peut-être digne; mais il sulDt de se reporter au point essentiel de tout dogme, la tendance intime des âmes , pour découvrir entre les deux dogmes une ditTérence capitale. Toutefois celte dilTérence, pour nous autorisera déclareale bouddhisme dans une fausse voie théologique , ne nous dispense pourtant pas de le regarder comme digne de tous nos respects sur d^autres articles de premier ordre. C'est là ce que nous avons à cœur de mettre en lumière ; et pour y parvenir de la manière à la fois la plus brève , la plus intéressante , la plus autlientique , nous nous armerons simplement de quelques traits tirés des livres sacrés de celte religion. C'est un genre d'autorité plus concluant qu'aucun témoignage de voyageurs, mais auquel on n'a, malheureusement , pu parvenir que 4«»ts ^^^ dernières années par les prodiges d'études et de patience de la littérature asiatique. Qu'on n'oublie pas surtout, devant ces monivments si péniblement conquis, qu'il s'agit au fond de Thonneur d'une des portions les plus notables du genre humain, puisque le bouddhisme, répandu depuis plus de vingt-cinq siècles dans l'Asie, règne aujourd'hui en maître à Ceylan, dans une partie de l'Inde, au Thibet, à la Chine, au Japon. Il rallie à p^u pVès le même nombre de fidèles que le catholicisme ; car les géographes lui eu attribuent de 160 à 180 millions, et le catholicisme n'en compte au plus que 160.

Le nom de Bouddha, sous lequel est généralement désigné lé fondateur de la religion dont il s'agit ici, n'est qu'un surnom. Bï>uddha signifie savant, éclairé. C'est ce que déclare explicitement un commentateur slnglialals du poème des Perfections de Bouddha. « En quel sens , dit-il , le texte donne-t-U le nom de Bouddha ? Le Bouddha a connu la vérité, et c'est pour cela qu'on lui donne le nom de Bouddha, » Ce grand homme appartenait à la caste des kchattryas ou

âeé guerriers, et Çuddhodana, son {ière, était roi te Ka^vastù , ville aujourd'hui ruinée , et dont KHiprbtIi a fixé id position dans la vallée de la IVohinI ; â peu de distance étà montagnes qui séparebilc Nepdl du district de Gorakpoor. Sa famille, qui se prétendait issue de l'antique race solahtî de rinde, portait le nom de Çâkya, et c'est pour cela ((n'da le voit souvent désigné sous le oofti de Çâkyâ-«Momii ou Çlbyli lé solitail-ei 11 possède aussi le nom de Bhaffëvai om \t par*' hiu C'est le tiotà dé BoUddlMi q»l a prévaiè , et nous loos y tiendrons.

La chronologie, malgré l'importance des événements qui ae rapportent à la naissance de Bouddha, n*a pas encore réussi à lixer d'une manière précise cette époque. Cependant , on S4lt d'une manière certaine qu'elle ne peut pas éU^ inférieure au huitième siècle avant l'ère chrétienne. Ainsi Bouddlia aurait été tout au moins contemporain de Lycurgue et d'Isaîc.

Agité de bonne heure par l'esprit religieux , il renonça aux biens et aux Itonneurs qui lui étaient assurés par sa naissance, et après avoir étudié longtemps sous la discipline des bralmianes, il embrassa la condition d'ascète ou de moine mendiant , si respectée dans l'Inde depuis les temps les plus reculés. Il admettait la plupart des croyances que professaient les brahmanes , se distinguant seulement d'eux par la solution qu'il donnait du problème de la nature et de la condition du salut ; et de là sa lutte, durant sa vie , avec ces conservateurs de Tancienne loi , et finalement l'expulsion radicale de tous ses sectateurs hors du territoire de l'Inde un certain nombre de siècles après sa mort.

L'autorité sur laquelle il s'appuyait pour imposer sa doctrine n'était point la tradition , mais lui-même. Elle se formait de deux éléments : l'un réel, la régularité et la chasteté de sa vie ; l'autre imaginaire , la prétention d'être Bouddha , c'est-à-dire parfaitement éclairé. Moyennant cette qualité, qui a Joué surtout un grand rôle dans les légendes qui ont pris cours après lui , il était censé jouir d'une science et d'une puissance surhumaines. Ainsi, on lui volt accomplir les opérations surnaturelles les plus extraordinaires, prédire l'avenir, remonter à volonté dans la connaissance du passé, et percer dans le secret des existences antérieures de chacun. Entouré de disciples de toutes les castes que l'uttrait de ses leçons avait réunis autour de lui , il vécut longtemps , voyageant sans cesse d'une province à l'autre, conversant familièrement avec les petits rt avec les grands, et jetant 1rs semences de la puissante religion qui devait naître de lui.

Le moyen d'arriver à l'étal qui devait former, sflon Bouddha, le but de l'homme sur la terre, consistait dans la pratique de ce qu'il nommait les six perfections transcendantes: l'aumône, la morale, la science, l'énergie, la patience et la charité. L'homme ainsi formé devenait digne de s'affranchir à sa mort des liens de la vie et de parvenir à la suprême délivrance , ou iVïVrdrt'a, fin suprême et bienheureuse.

Un des êuiras dont on doit la traduction à M. Burnouf , uous fait assez bien assister aux conversions opérées par Bouddha et à sa lutte avec les brahmanes. Jaloux de ses succès et de son influence. Bouddha se décide à quitter son ermitage pojur se rendre, accompagné de ses disciples, dans la ville de Çrâvasti pour y prêcher sa doplrine. Six docteurs de l'ancienne loi , qui ont prévu cette ré^lulion , l'y ont devancé et ont lùché de prévenir contre lui le roi du pays. Us lui ont demandé la permission de tenter contre l'ascèlc kchatrya une lutte de miracles dans laquelle ils se flattent de demeurer vamqueurs. Le roi fait prépjucr son char et se rend près de Bouddha, dont l'approche lui a été annoncée, pour l'honorer et lui fahre part de ce projet. « Tant ciue le lerram lui permit de faire usage de son char, il s'avança de, cette manière; puis, en étant descendu, 11 euUa à pied dans l'ermitage. Se dirigeant alors du côté où se u*ouvait Bhaga* vat , il l'aborda ; et ayant salué ses pieds eu le? touchant de. la tête, il s'assit de côté.,3^^pjjÇ^^gça|Jjl^i0^« i^^^f

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parhi almi à Bh^vat î « Les TMriy»», seigneur, prote^wnt fihagatat à ofj^er, an moyen de sa piifesancc «mtiaturelle,. des niffaele» nwpériewrt à ceqtte rhomme peut fatfe. Que Bbagavat consente à marrtfesicr, ut» mo^en He siipiitsMmcej sofnatnfelle, des mlrades supérieurs à ce que r^omiwe pcul faire dans rinlérét des créalures; t^tie Bhagatut confonde les Hilnyas ; qufl satisfasse les anges ei )es hommes ; qu*fl réjonisse^ tes coeurs et les âiHes des gens de bien! • t0k« la réponse de Bouddha, «nr laquelle il n^est pafVso«n d'Inrister ponr qu'on en vole toute la farce : « Grand roi , je n*en<telgne pas la Loi à mes anditeurs'en leur difiant : AHeÈ, * reNgient, ei opérez detant les brahmanes et les maîtres <le maison que vous rencontrerez, à Taide d'une -puissance surnaturelle, des miracles supérieurs à ce que ttramme peut faire ; mais n^id comment j>nseigne la Loi à mes auditeurs t Vires , religieux , en cactiant vos bonnes mnvres et en montrent vos péchés* »

Cependant, cédant anx insiana>s du roi, Bouddha se rend dans la capitale pour y confondre ses adversaires par Téclat des miracles qnll leur oppose. Un orage (Croyable les disperse , et amène an contraire le penpte effrayé aux pieds du saint. <r Pantthika , le général des Takchas , disait aux Tliir^lyas: Kt vous, imposteurs, réfugle3^•vous donc auprès de Bhagaval, auprès de la Loi , auprès de l^issemblée des religîenx l Mais eux s'écrièivnt en fuyant î Nous nous réfiigions dans les montagnes , nous cherchons un asUe auprès des arbres , des murs et des ermitages. » Alors Bhagavat prononça les paroles suivantes : « Beaucoup d'hommes, chassés par la crainte, cherchent un asile dans les montagnes et dans les bois , dans les ermitages et auprès des arbres consacrés. Mais ce n'est pas là le meilleur des asiles ; ce n'est pas là le meilleur refuge ; ce n'est pas dans cet asile qu'on rst délivré de toutes les douleurs. Celui au contraire qui dierche refuge auprès de Bouddha, de la Loi et de l'assemblée , quand il voit , au moyen de la sagesse , les quatre vérités sublimes , celui-là connaît le meilleur des asiles , le meilleur refuge. Dès qu'il y est parvenu « il est délivré de toutes les douleurs. »

Bien que la superstition , qui, pour se satisfaire, demande toujours des événements hors du cours ordinaire de la nature , ait inventé pour célébrer Bouddha une multitude de mirades empreints de tous les traits de l'imagination orientale, il est aisé de voir que la prédication était celui dans lequel se complaisait le réformateur , et qui a fait toute sa force. 11 ne dédaignait pas d'agir sur les femmes. Ainsi, dans la ville de Bliadrankara , où s'étaient réfugiés les six brahmanes de la légende précédente , et dont les habitants , sur leur instigation , étaient convenus , sous peine d'amende , de lui refuser Tbospitalité , c'est une femme qui se rend à lui la première, et dédde par son exemple la ville tout entière à faire de même. « En ce temps -là, il y avait dans Bhadrankara la flUe d'un brahmane de Kapilavastou , laquelle était mariée à un liomme du pays. Du haut de l'encehite, elle aperçut dans la nuit Bhagavat, elle fit cette réflexion : Le voilà, ce bienheureux, la joie de la famille des Kdiattryas, qui, après avoir abandonné sa maison et la royauté, est entré dans la vie religieuse ; le voilà aujourd'hui dans les ténèbres : s'il y avait ici une échelle, je prendrais une lampe, et je descendrais. En ce moment, Bhagavat, connaissant la pensée qui s'élevait dans Tesprit de celte femme, créa miraculeusement une échelle. Ensuite la femme , contente , joyeuse, Iravie, ayant pris une lampe, et étant descendue par l'écheUe, se rendît au lieu où se trouvait Bhagavat. Quand elle y fut arrivée, ayant placé sa lampe en face de Bhagaval, ^ ayant salué ses pieds en les touchant de fa tète, elle s'assit pour entendre la loi. Alors Bhagavat, connaissant quels étaient l'esprit , la disposition , le caractère et le naturel de cette femme, lui fit l'exposition de la loi propre à faire pénétrer les quatre vérités sublimes, de tdle sorte q^ii'eUe se leeUt de la foi en la formule par laquelle on cherche un

refuge auprès de Bouddto. » Bouddha' «e sort alors de ccito sainte femmo pour déddor un fiche kuardiand de. la ntàkr.h t«idr le trouver aussi ^ ot par lui il inlt par gagner toc» Ifs habitants» i

Une des grandes eanses <le «nxès de Booddbav c^est qn^ Heu de oonmiandt^r, comme les brklmMAes, de lomuces étiidts et la Kience des subtilités de la M, Il se cs«|6fAalt dVdK>rd«r franchement les points essentiels, et arrivait ainsi.a«x^g«srams et aux simples. On en tott de nombretn eneniplut. Telle est Itilfi^ire du brahmane do Çi^tastf. Il nttitdenx Hls. L'ahié, dodle à ses leçons^ ava4i appris* les quatre ¥ëdai, les rites des sacrifices de lout^enre; était devenu ■eniin, pa«^ son application et son savoir, un brahmane accompli. Le second fils , an contraire , malftré tous les eflbrtsde son.pèrs'V n'avait jamais "pn apprendre à lire. Le père le mil etin^e 1^ ^ mains d'Un précepteur chargé de lui apprendre le Véds pffr cœur. « Mais i^enfant , dit le texte , ne réussit pas flan^urge sous ce nouveau maître : quand on lui disait dm , il «nblialt hhuh: cfuand on lut disait bhuhi il ouMialt dm. Le tnattrc dit donc an père : J'ai beaucoup d'enfianMS à Instruire ; je œ puis m'ocrtiper cxdusivcmenl de ion fils ^nthaks. tjuaml je lui dis dm, fi oublie bhuh t qnand je lut dis bhuh, il miblie dm. » Le père désespérait de donner aucune édifeaifon-à son fils , qnand Bouddha se présente; et , renom^nt , soit' à lui faire apprendre à lire , soit à lui faire apprendre psr cœur, il lui expose tout simplement sa doctrine, et le convertit. Ne pouvant devenir religieux brahmane, le jeune homme devient religieux bouddhiste, a La doctrine de Çàkya , dit M. Bumouf en rapportant cette légende, était devenue, probablement asses vite, une sorte de dévotion aisée qui recrutait parmi ceux qu'effrayaient les difficultés de la science brahmanique. »

Non-seulement Bouddha appelait à lui les ignorants, il accueillait avec le même empressement les pauvres et les malheureux de toutes les conditions. Une des légendes thibétaines traduites par M. Schmidt montre un bienheureux qui , devant reualtre sur la terre , aspire à se faire religieux bouddhiste , et se plaint des difficultés que lui oppose sa condiuon élevée, a Je veux me faire religieux, dit-il, et pratiquer les saintes doctrines ; mais il est difficile d'embrasser la vie religieuse si l'on renaît dans une race élevée et illustre ; elie est facile, au contraire, quand on est d'une pauvre et basse extraction. » Un brahmane, interprétant avec amertume la prédiction faite par Bouddha ^r un enfant qui n'était pu encore né , s'écrie : a Quand Bouddha t'a dit : L'enfant embrassera la vie religieuse sous ma loi , il a dit vrai ; car, quand ton fils n'aura plus ni de quoi manger ni de quoi se vèlir, il ira auprès du Çramana-Gautama pour so faire mendiant » On trouve un trait du même genre dans la fameuse légende de Purna. Il dit à son frère atné, qui, s'élanl enridii, le sollicite de s'établir : « Je ne désire pas le bonheur des sens ; mais, si tu me donnes ton autorisation, j'embrasserai la vie i*eligieuse. — Gomment î répond le frère, quand nous n'avions à la maison aucun moyen d'existence tu n'as pas songé à embrasser la vie rdigieuse ; pourquoi y entrerais-tu aujourd'hui? » Ainsi la vie religieuse était pour les pauvres ; et, comme on le voit par le premier exemple que nous avons cité , on regardait comme fort difficile aux riches d'avoir le courage d'arriver au salut par cette voie.

Non-seulement Bouddha appelait les pauvres , il recrutait indistinctement ses disdples parmi les membres des castes les plus basses, aussi bien que parmi les brahmanes. C^est ce qui indisposait le plus contre lui l'aristocratie sacerdotale. Cette aristocratie avait joui jasque-ïà du privilège de produire les ascètes et les solitaires, qui , en prenant par leurs austé-' rites un crédit considérable sur la multitude , en laissaient' naturellement rejaillir tme partie sur la caste dont ils étaient issus. Bouddha, avec la facilité de sa doctrine du salut qui dé-* venait accessible à tous, leur enlevait cet avantage. B y a dâus^ les livres sacrés une foule de traits relatifs à ce polnt^siJiîfîB

,^lS"6%"grè

tant. Je me bornerai à citer Thistolre de Prakriti. Un jour Ananda, le disciple chéri de Boaddlia, errant dans la campagne, rencontre une jeune fille de la caste infime des Tchandàlas, qui puisait de Tcan, et lui demande à boire. La jeune fille, craignant de le souiller par son contact, Tavertit qu'elle est née dans la caste des Tchandâlas, et qu^ainsi il ne lui est pas permis d'approcher ui| religieox. « Je ne te demande, ma soeur, répond le disciple , ni ta caste ni ta famille ; je Ce demande seulement de Teau , si tn peux m'en donner. » La jeune fille s'éprend d' Ananda, et, dans le dessein de Tépouser, elle va trouver Bouddha lui-même. Celui-ci profite , pour la convertir, de cette passion ; et , par une suite de questiois, sous prétexte de l'amener h Ananda, il la conduit peu à peu à la Inmière divUie, qni, frappant les yeux de la jeune fille comme le véritable objet de son amour, la décide à suivre Bouddha dans la vie religieuse. Cette conversion fait grand bruit. « Les brahmanes et les maîtres de maison de Çrâvastl apprirent qu'une jeune fille de la caste Tchandâla venait d'être admise par Bliagavat & la vie religieuse, et ils se mirent à faire entre eux les réflexions snifantes : Comment cette fille de TchandAla pourra-t-elle remplir les devoirs imposés aux religieuses et ù celles qui les suivent? Comment la fille d'un Tchandâla pourra-l-elle entrer jans les maisons des brahmanes , des Kchattryas , des chefs lie famille et des hommes riches? Prascnadjit, le roi du Koçala, apprit également celte nouvelle, et ayant fait les

mêmes réflexions que les habitants de Çrftvasti, il se fit atteler un bon char sur lequel il monta, et, entouré d'un grand nombre de brahmanes et de maîtres de maison , tous habitants de ÇrAvasti, il sortit de la ville et se dirigea vers Djêtavana. » Bouddha apaise cette troui>e en lui racontant, sous forme d'apologue, une des existences antérieures de la fille tchandâla, existence dans laquelle elle avait eu pour père un brahmane célèbre. Ce discours de Bouddha est plein de traits^'une grande beauté, o n n'y a pas entre un brahmane et un homme d'une autre caste, dit-fl, la différence qui existe entre la pierre et l'or, entre les ténèbres et la lumière. Le brahmane, en eflet, n'est sorti ni de l'éther ni du vent; il n'a pas fendu la terre pour paraître un jour comme le fen qui s'échappe du bois de TAran. Le brahmane est né du sein d'une femme tout comme le tchandâla. Où vois-tu donc la cause qui ferait que l'un doit être noble et l'autre vil 7 lie brahmane lui-même, qoand il est mort, est abandonné comme un objet vil et impur. Il en est de lui comme des membres des autres castes. Où est alors la différence ? ■

C'est par la propagation de ces principes de morale , par l'espérance du salut ouverte à tous moyennant la pratique de la vertu, par le mépris des distinctions sociales, que Bouddha est parvenu à détruire l'autorité du régime des castes, et non par une conjuration directe contre cette antique institution. Sans déployer contre elle aucun anatlit*me, il s'est trouvé qu'il l'avait foudroyée par le fait. Dans la lé-

Bouddha assis sur le lotus. — D'après une estampe chinoise communiquée par M. Stanislas JuUîcn.

gcnde de Svagata , qui est l'hlstobre d'un homme tombé au dernier degré de l'abaissement, et qui se relève en se faisant bouddhiste, on rencontre un trait frappant Les brahmanes sont soulevés, comme à l'ordinaire, par cette conversion, et Bouddha letur répond : Samantaprâsâdikam mi çd$anam ( Ma loi est une loi de grâce pour tous ); et qu'est-ce qn'ime loi de grâcç pour tous ? C'est la loi sous laquelle d'aussi misé- Tables mendiants que Duragata et d'autres se font religietix. » Ce haut esprit d'humanité s'est conservé dans le bouddhisme jusqu'à nos jours. Un religieux bouddhiste, disgracié

à Ceylan pour avoir prêché le salut à la caste méprisée des Bhodias , que les puissants veulent retenir dans le même abaissement où l'on s'efforce dans nos colonies de garder les noirs , répondait , comme l'eût pu fah« tm chrétien, au roi qui venait de le proscrire : « La religion doit être le bien commun de tous. »

BimSAUX D'ABOKIIBVBIIT ET DE VERTE,

rue Jacob, 30, près de la me des Pedts-Augusttes.

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