ALEXANDRE-RODOLPHE VINET
Alexandre-Rodolphe Vinet.
Le 6 mai i8/li7, une fonte de personnes de toutes conditions et de tont âge se dirigeaient, Isolément, ou par groupes, ▼ers le Chatelard, bAtl sur les hauteurs qui dominent Clarens. Tous les visages portaient l'empreinte d'une douleur recueillie. En se rencontrant, on se saluait tristement, on se montrait du geste te vieux château enveloppé dans les brumes, et chacun continuait à gravir silencieusement la montagne.
Là en effet venaient d'être transportés les restes d*un de ces hommes rares dont la vie est un enseignement et la mort on deuil public La Suisse française avait perdu, du même coup , un de ses cœurs les plus religieux et un de ses écrivains les plus accomplis.
Si M. Alexandre Vinet a été trop peu connu parmi nous, c*est peut-être mohis à cause de la nature de ses travaux que par suite du hasard qui le fit naître loin d'un grand centre comme Paris. Ici le baptême des réputations se fait au son de toutes les cloches de la publicité ; la France entière en est forcément instruite, et le bruit qui s'élève autour du latent l'annonce quand il ne le remplace pas. M. Vinet n'eut Tome XTL — Mars 18481
point à profiter ou à souffrir ée ces moyens de célébrité; le piédestal manqua à la statue. Habitant un canton suisse , il 7 vit son talent grandir Incognito , et son public se recruta presque exclusivement dans une petite portion de l'église protestante dont il était l'amour encore plus que la gloire; mais si cet auditoire restreint rendit sa voix moins éclatante, il lui conserva aussi peut-être plus de Justesse, car il est rare que la nécessité de Veffet ne nuise point au naturel, et presque toujours en voulant forcer l'accent on le fausse. M. Alexandre-Rodolphe Vinet naquit à Ouchy, près de Lausanne, le 17 juin 1797. Son père, d'origine française mais devenu citoyen de Crassier, avait été d'abord instituteur de village ; il fut nommé plus urd secrémire au département de l'intérieur du canton de Vaud, grâce à M. Mousson qui avait apprécié son mérite. C'était un homme laborieux, instruit, esclave du devoir, mais dont l'autorité austère avait plié sa jeune famille à toutes les soumissions. Il fondait de grandes espérances sur l'intelligence de son fils atné, entevé plus tard par la maladie, et co™P»g»lgî?»|^Ç^t!W[3#[e
du jeune Alexandre. Destiné aux éludes théologiques, celuici montra de bonne iieurc, pour la littérature, une inclination que son père combattit sévèrement. Aucun essai, du jeune homme ne lui tombait sous la main sans cire jclé au feu ou annoté par de décourageantes critiques. De là vint sans doute la défiance de lui-même que Técolier transmit k l^homme fait. Jamais , en effet , ce dernier n^acquit le sentiment complet de sa force. Intimidé par la rude discipline des jeunes années, sou esprit conserva toujours je ne sais quelle hésitation craintive dont il sut se faijre ime grâce, mais qui révélait de premières souffrances.
Son père n'avait d'autres relations que celles Imposées par SCS devoirs, il ne haïssait point les hommes mais il ne sentait pas le besoin de les voir. Il ne prenait garde ni aux habitudes de ce qu'on est convenu d'appeler le monde, ni h ces formes extérieures auxquelles les plus sages se soumettent par indifférence. Le costume de la famille était, comme les idées qui la gouvernaient, d'un siècle en arrière. Le jeune Alexandre, vêtu d'un habit fabriqué par un tailleur de campagne, cliaussé de souliers antiques et les cheveux coupéi» court, contre l'usage, était en butte aux moqueries de ses camarades et des professeurs eux-mêmes. Or rien ne pouvait affecter plu» douloureusement un enfant dont Tàme tendre ne demandait qu'expansion et qui entrait dans la vie les bras ouverts au monde entier! Uefoulé par celle première expérience de» hommes, il contracta alors cette timidité un peu farouche que l'âge amoindiit mais ne peut guérir. Atteint au cœur par le ridicule, M. Vinet conserva toujours le souvenir cuisant de ces premières blessure», et voulut, à tout prix, en éviter le retour. Pour cela il se flt petit, il baissa la voix, Il chercha l'obscurité avec la même ténacité que la plupart mettent à rechercher la lumière. Ce fut d'abord cliez le jeune liomme de la crainte, plu» tard le chrétien en (it de rhumillté.
Cependant ses études s'achevaient de la manière la plus brillante; devenu l'élève favori du professeur Durand, il passait près de lui ses heure» de loisir, discutant les auteurs latins ou français, s'habiiuant à en distinguer les nuances et à en reconnaître les parfums. H apprenait ainsi l'usage de l'analyse Ulléraire et préludait à ces voyages de découvertes à travers les classiques dont il devait rapporter plus Urd un si riche butin.
La mort de M. Durandjui donna, pour la première fois, l'occasion de se produire en public; U prononça un discoui-s sur sa tombe, innovation qui produisit une sor^e de scandale parmi les Suisses de la vieille roche, mais dont les anciens disciples du mort lui surent gré.
Dans l'été de la même année, 1816, il passa trois mois à Longeraie près de Morges, chez M. Jaquel, où il trouva, dit son iMographe allemand a une de ces âmes d'élite qu'épure et ennoblit la souffrance. » Ses conversations avec madame Jaquel, ses lectures failes à haute voix, ses épandiemcnw Ultëraires, fortifièrent chez lui des goûts jusqu'alors combattus. Élevé à l'austère foyer où veillaient seulement l'autorité et le devoir, il s'épanouit pour la première fois à l'itmosphère d'une affectueuse hoRpitalité. C'était encore la liaitillle, mais adoucie par la présence d'une femme. Le cœur du J^uné homme sembla s'agrandir sous cette influence. Son goût déjà si 6n s^aiguisa, sa sensation si délicate devint plus ardente. Tous lespurs enthousiasmes de la jctinesse envahirent •on Ame. Les idéalités de l'art se transformèrent pour lui en réaIHés vivantes ; il les voyait, il les entendait, il prenait part 4 leurs douleurs ou à leurs Joies. Un soir qu'il lisait Goniellle à ses hôtes, il s'arrêta tout h coup aux strophe» du CId et sortit. Ne le voyant point revenir, on monta chez lui H on l'y trouva baigné de larmes !
En 1817, M. Vinet fut nommé professeur de littérature française à Bâle. Son père, qui, selon l'expression du biogroplie déjà cité , « avait jusqu'alors combattu ses poilis par fidélité pour les études théologiques, » par fidélité encore pour ses nouveaux devoirs s'associa aux travaux que lui im-
posait celte nomination. Les lettres qu'il écrivit alors à son flis sont pleines d'analyses d'ouvrages, de recherches phiiologiques et de jugements litléraires où la précision le dispute à la perspicacité.
Ici connnence véritablement la virilité intellectuelle de M. Vinet. Placé à ce point d'intersection des recherches religieuses et des recherches littéraires qui permettait le développemcni de sa double nature , il se mit à creuser son sillon dans les deux domaines , sans s'arrêter ni se ralentir. Son union avec une cousine avait donné à sa vie celte solide base de l'amour dans le devoir sans laquelle rien n'est assuré. Un accident arrivé une année après son mariage lui enleva à jamais l'excellente santé dont il avait joui jusqu'alors ; mais il avait désormais une autre santé pour suppléer la sienne ; si Dieu le frappait dans sa force, il devait ttx>uver maintenant comme le paralytique de la fable quelqu'un qui le porterait dans ses braê!
Les dix premières années du séjour de M. Vinet à Bâle , furent peut-être les plus heureuses de sa vie. Il était étranger, encore peu couHu, on le laissa à sa famille, à ses Uvres et à quelques amis, Mais à mesure que ses travaux attirèrent l'attention, il fut plus visité. On finit même par mettre dans ces visite» ime puérilité et m\Q indiscrétion qui eût lassé toute autre patience. L'auteur de la Chreslomathie et des /)<«couri religieux était devenu une des raretés de Bâle; en architecture, on montrait la cathédrale, en peinture les toiles d'Holbcin , en Htlérature M. Vinet. U supportait celle curiosité sans se plaindre, et en se contentant de répéter le mot connu : Ceux qui viennent me voir me font honneur^ ceux qui ne viennent pas me font plaisir.
Nous avons nommé plus haut la Chreslomathie; ce fut à Bâle, dans l'inlérêt des élèves qu'il devait guider, que M. Vinet conçut et exécuta ce remarquable travail. Convaincu depuis longtem|)s que le meilleur exercice, pour un jeune esprit, est l'examen approfondi de la langue maternelle, il^ s'occupa d'un ciioix de morceaux gradués de manière à commencer, à poursuivre et à compléter l'inilialion litiéraire de ses élèves. Son premier vol tune fut destiné à l'enfance , le second & l'adolescence , le troisième à la jeunesse et h l'âge mûr.
Un avant-propos explique clairement l'idée du professeur.
Il établit d'abord que l'idiome d'une civilisation la reproduit tout entière, et qu'apprendre une langue c'est o étudier les choses dans les mots, l'esprit dans les signes, l'homme enfin dans la parole. » Or la langUc maternelle étant précisément celle qui traduit les faits et les opinions de notre société, celle dans laquelle nous pensons et ({ui est la plus voisine de notre âme^ c'est elle surtout que nous devons étudier, non pas superficiellement , mais de près et comme nous étudierions une langue ancienne. Cette étude se fait, non dans les diclionmiires ou dans les grammaires, mais dans les auteurs. « Lcsgrammairesetiesdictioimaires,dit M. Vinet, » sont à la langue vivante ce qu'un herbier est à la nature. i> La plante est là, entière, authentique, reconnaissable à un » certain point ; mais où est sa couleur, son port, sa grâce* » le souffle qui la balançait, le parfum qu'elle abandonnait » au vent, l'eau qui reflétait sa beauté, tout cet ensemble » d'objets pour qui 4a nature la faisait Vivre et qui vivait » pour elle 7 La langue française est répandue dans les clas- » siqties comme les plantes sont dispersées dans les vallée», » aux bords des lacs, sur les montagnes ; c'est dan» les tlasn slques qu'il faut aller la cueillir, la respirer, s'en péaé- » trer, »
L'auteur de la Chreslomathie prouve ensuite que le français vaut la peine que Vim fasse cette étude. Vérité dont la démonstration peut sembler singulière, mais que conteste encore ce germanisme aveugle aux yeux de qui l'Iûirope n'a qu'une langue et le lUiin qu'une rive.
M. Vinet ajoute que l'examen sérieux de nos grands écrivains, en assouplissant l'esprit et apprenant lesdiversarlilicct
de la forme, arrêtera le stéréotyphme à phraêes toutes faites dont l^eniraliii^sement se rêtMede plus en plus, qui substitue tin langage oppris à Tcxpression Individuelle et nous menace d'une génération dans laquelle tout le monde par^ lêra de la même manière.
Conduit ainsi & la tendance purement pratique que notre «lècle semble vouloir donner aux éludes, Il prolrsU» arec éloquence contre un réalisme qui irunsforme Inscnsjlilcnicnt la culture de l'être humain en un simple apprenlissa^e. « Ia > jeunesse ^ dlt^ll , tient moins aux écoles pour apprendre » que pour s'exerccr-à apprendre ; ce que ces (^colos doivent » rendre à la soeiélê et à Dieu, c'est avant tout des hommes. • il ne faut pas qu'elles aient un esprit étroitement pratique, B avide de résultats matériels, impatient d'applicaiions im- B médiates. Uien de plus utile que les études Inutiles, c'est- » à-dire celles au bout desquelles on ne voit pas une place, » une disUnction, un morceau de pain, mais la vérité! il faut » cliercher la lumière pour la lumière* n Les intérêts positifs eux-mêmes finiraient d'ailleurs par souffrir de cet amoindrissement de culture qui amènerait l'amoindrissement des forces intellectuelles par la moins grande perfection de l'idiome, « car si une langue imparfaite sert mal la civilisation, » l'emploi imparfait d'une langue porte à la civilisation plus » de préjudice encore. »
Les morceaux choisis par l'écrivain vaudols pour aider à ca travail d'analyse de la littérature française, sont suivis de remarques toujours Ingénieuses, souvent nouvelles, quelquefois profondes.
Mais pendant qne Af. Vinet réunissait teé éléments de ce travail, de graves événements politiques bouleversaient le canton de Bdle. Lh comttlonçait la lutte qui devait se généraliser plus tard* Mi Vinet s'entl-emil autant qu'il le put dans la querelle ) Il écrivit des lettres et flt tm mémoire pour éclairer ses concitoyens de la Suisse française; enfin, n'ayant pu empéctier te déchirement douloureux qui amena la division dd canton èu deux états* il voulut ramener au moins les vaincus des souffrances de la terre aut eonsolatlons du ciel ; il monta eu chaire plusieurs fois , et le dernier discours de aet Éludes ivangéliqueSt intitulé : la Colère el la prière, date de celte époque.
Il publiait en même temps , dans un des meilleurs journaux de I^aris, le Semeur^ une série d'articles de critiqtie religieuse ou littéraire.
Ce qui distingue cette critique de toutes celles de notre temps, ce nVst point seulement Pélévation de la pensée, la vivacité contenue de la forme, la continuité dans le raisonnement: c'est surtout le respect pour l'œuvre et pour l'écrivain! Doué au plus haut degré du seulimenl de vénération que eetle première moitié du siècle a lue dans l)caucoup d'Ames, heureux d'admirer, il ne condamne celui qu'il juge qu'à regret. On sent toujours chez lui la l>onne volonté de le comprendre, Tiiésitalion à lui imposer sa conccpti(M) ou sa forme. Gonirairemenl à tous les usages reçus, M, Vinet veut bien accorder à l'auteur qu'il juge la même im|iartialité qu'aux autres criminels ; il ne condaume que sur preuve et sans injurier le» prévenus. Il respecte en eux la confraternité dos lettres, il les suppose de son es|K*ce et doués, comuu' lui, d'inu^inution, «le goût, de bon sens. Sa bienveillance est cependant clairvoyante, et md ne sait mieux découvrir une faute ; mais le blâme n'a jamais rien de cruel ; c'est nn enseignrment. Don une exécution. L'écrivain réprimandé se prend lui-même k suivre, avec Un intérêt curieux, l'analyse de son livre; les souffrances de son orgueil tournent au profit de son art; il aeai que le critique veut lui enlever une cataracte et non lui crever un œiL
Do reste, défenseur ardent de l'art, 11. Vinet déplorait plus qu'aucun autre ces saturnales littéraires dans lesquelles récrivain substitue la peinture de monstruosités blz;irres <i celle des instincts éternellement vrais, éternellement hnlAdlgné da cynisme de quelques récentes publica-
tions, il écrivait à un ami, le 11 JulHet 1843! *i Vem ave« nn » correspondant plus exigeant et plus important que mol, à » qui, de temps en temps, vous adresser de béant Volumes ; ») gardez pour lui tout votre temps ; il a besoin pkis que ja- ' » mais de correspondants tels que votis. ï^ fradlllon d(r bon » style, de la raison , du sérieux vrai est devenue un fllei si ï) mince qu'il ne faut pas dérober leof temps à ceux -qui sont n en étal do le piossir. On peut dire*, pour le coup, qu« l'ei- » prit court les rues; il n'y paraît qite trop, tant II sent la n houe! »
M. Vinet poussjut l'amour du beau jusqu'à vouloir éviter la peinture des passions extrêmes et des douleui*s trop poignantes. H pensait , peid être avec raison , qu'il vaut mieux instridre par l'admiration du bien que par l'horreur du mal. M Je n'ai pas besoin de vous dire que j'ai lu avec empressen ment vos deux volumes, écrivait-il à l'ami dont nous avons • déjà parlé; je vous y ai retrouvé comme toujours! vous » nous percez le cœur avec un glaive d'or. Vous seriez moins u cruel si vous étiez moins attaciiant ; mais une fois engagé M sur vos pas, ou ne peut plus vous quitter, et la voie où » vous nous entraînez est bien la voie douloureuse. Je ne » reviendrai pas sur les doutes que je vous ai déjà plusieurs à fois exprimés; vous ne les partagez pas, el ce n'est point » pour votre plaisir que vous enchaînez votre talenl à ce M Caucase où le vautour sera longtemps encore avant qu'Her- » cule paraisse. Vous souffrez sans doute , non de vos fie- » lions, mais de la réalité qu'elles expriment ; je laisse au j» temps et à Dieu le soin de modilier vos convictions ; mais i> je ne mVmpêcherai pas de vous dire que jamais vous n'avez » été plus éloq'uent , plus persuasif que dans les pages où a vous dites les choses que je voudrais vous entendre dire t toujours. Pourquoi donc votre talenl, qui excelle surtout ji dans ces sujets, ne s'y rafralchil-il pas plus souvent? N'est- » éc pas aussi une chose à faire, une chose utile ; el, en gén Itérai, crovei-votis que la peinture du bien n'a pas son » énergie comme celle du mal? »
Rn témoignage de celte opinion, M. Vinet citait plusieurs articles du Magasin pittoresque, dont il a la bonté de se déclarer à plusieurs reprises, dans la même correspondance, « le lecteur reconnaissant et assidu. »
Mais ces questions de critique n'étalent point seules à le préoccuper. Au-dessus du mouvement littéraire, un mouvement religieux s'accomplissait dans son esprit et modifiait graduellement ses cioyances. Depuis sa jeunesse le besoin de conciHer la foi et lu raison agitait sa conscience; coumie Pascal, il ne devjyt arriver à la conviction complète que par l'éclielledu douie. IW«s 1817, on trouve dans ses ikjIcs celte pensée : « l>es opinions imposées sont comn>e une femme (|u'on n'a pofnt choisie, on n'y est guère allachê! » Ainsi le principe de liberté se posiiit (Njur ainsi dire au seuil de ses recherches et indiquait s«i résolution de tout débtilire. Aiissi, d»''ga-;é plus tard de ses incertitudes, Il indifuiait, t>our ainsi . (lire, le chemin qu'il avait suivi en écrivant : « Être fwivaincu, c'est avoir été vaincu. »
Nous ne pouvons ni ne voulons raconter ici l'histoire de . celle flmc lancée à 4a recherche de la vérité; nous nmiscqn- . tenterons d'indiquer rapidement les jmblicalions qui eonslfl- . tent son travail intérieur.
Après la traduction d'un sermon sur Vépreure des esprits de M, de Wettc, M. Vinet lit paraître une brochure sur le re.<pccl dû aux opinions. Elle avait été provo(|uéc par des persécutions cxer' ées contre quelques pasteurs dissidents du canton de Vaud. Vint ensuite son Mémoire en faceur de la liberté des cultes, couronné par la Société de la morale chrétienne. Ce livre constata, pour ainsi dire, le terrain sur lequel l'auteur allait désormais asseoir ses croyances. A la tolérance prêchéc par la philosophie et qu'il regarde comme une indifférence de la doctrine , M. Vinet substitue le principe de liberté ; il veut qu'au lieu de tf^lèrer ce (ju^on regarde comme^ le mensonge, on le combatte, mais en lui laissant le droit di[^
se défendre ; selon loi la latte doit amener, tôt ou urd, le triomphe de la Yérité !
De nouveaux actes de fiolence contre les sectaires vaudois ramenèrent à publier, en 1829, ime seconde brochure dans laquelle il refusait à la société le droit dMmposer Punité du culte et défendait les privilèges de la conscience. « Une loi » injuste, disait-il, doit être respectée par moi lorsqu'elle » ne blesse que mon intérêt ; mais une loi immorale, une « loi irréligieuse, une loi qui m'oblige à faire ce que la con- » sdence et la loi de Dieu condamnent, si Ton ne peut la faire
» révoquer, il faut la braver. Ce principe, loin d'être subver- » sif, est le principe de vie des sociétés ; c'est la lutte du bien » contre le mal. Supprimez cette lutte, qu'est-ce qui retiendra » Thumanité sur celte pente du vice et de la misère où tant » de causes réunies la poussent à l'envi 7 C'est de révolte en n révolte (si Ton peut employer ce mot) que les sociétés se » perfectionnent, que la civilisation s'établit, que la justice » règne, que la vérité fleuriL »
Cette dernière réflexion, à laquelle M. Vinet n'avait attaché qu*un sens général et pour ainsi dire historique, fut prise
Vue d'Onchy, près de Lausanne. — M. Vinet est né dans la grande maison longue que Ton voit au pied de ia tour.
comme une provocation directe; elle donna lieu d'abord à un rapport du conseil d'ÉUt ; puis, une seconde brochure étant intervenue, le même conseil suspendit de ses fonctions de professeur, non pas l'auteur qui, dépendant de l'université de BAIe, se trouvait à l'abri de ses coups, mais un de ses amis, M. Monnard, supposé éditeur des brochures séditieuses 1 A cette nouyelle M. Vinet accourt à Lausanne, réclame la responsabilité entière de son œuvre et demande des juges. Le tribunal de première instance, devant lequel il fut renvoyé , déclara que la brochure ne renfermait point de provocation à la révolte, la cour d'appel confirma l'arrêt. Ainsi repoussés sur le fond même de la question, les adversaires se reprirent à un détail. On se souvint que M. Vinet , qui habitait hors du canton, était pour ce motif soumis à la censure ; il l'avait oublié, et fut en conséquence condamné à l'amende.
De son côté, le grand conseil avait demandé des explications au conseil d'État ; le rapport que publia celui-ci fut l'occasion d'un nouvel écrit de M. Vinet où, retournant contre ses adversaires leurs propres armes, il leur dit : Je n'ai provoqué la révolte que contre les lois immorales ; si vos lois ne le sont pas, mes paroles ne peuvent les atteindre ; si elle le sont, votre devoir est de les changer ! Et développant ce syllogisme avec une force , une précision et un éclat inconnus depuis l^scal, il passe du fait parilculler aux principes généraux et
établit encore une fois les imprescriptibles privilèges de la conscience.
Du reste, rien ne devait plus détourner M. Vinet de la voie dans laquelle il s'était engagé. Tous ses écrits de polémique religieuse tendirent désormais au même buL Appelé, en 1837 , à la chaire de théologie pratique de Lausanne, U vit couronner de nouveau par la Société de la morale chrétienne son mémoire sur la manifestation des conciclions religieuses et sur la séparation de l'Église et de VÊtai. Personne n'avait oublié le prodigieux succès du cours sur les moralistes français professé par lui à Bile en 1833 ; ce succès se renouvela, en 18/i/i, lorsqu'il fut chargé de remplacer momentanément M. Monnard absent par congé. Il épuisa ce qui lui restait de forces dans ces derniers élans, et son triomphe fut, pour ainsi dire, un adieu 1
Déjà commençaient les dissensions politiques dont le canton de Vaud devait être si profondément agité , et qui amenèrent, vers 18/i6, la destitution de tous les professeurs de l'ancienne académie. M. Vinet voyait venir l'orage ; mais bien qu^affligé des tendances de la révolution qui s'accomplissait, il continua à compter sur l'avenir. La correspondance à laquelle nous avons déjà emprunté quelques citations en fciit foi. « A travers la tristesse trop fondée des jugements » que vous portez sur votre pays , écrit-il en 18/i5 , vous ne
» laissez pas qae d'espérer I Je tous en félicite. J*ai ce bon- » hear aussi ; mais J'espère (comme tous sans doate) à longue » échéance ; c'est le plus sûr. Je crois, dans le même sens que » le prophète, que la voie de l'homme ne dépend pas de lui ^ » et Je m'en réjouis. Dieu , sans attenter à notre liberté , et B par cette liberté même , nous conduit à des rivages in- » connus. Les relftches de la navigation ne sont pas toutes » heureuses ; nous en savons quelque chose dans ce petit » pays auquel il s'en faut peu que vous ne portiez envie... • Malgré tout, venez -y au nom de l'amitié et des incom-
» parables beautés que vous y trouverez. Quand Je les vois, «Je compare, malgré moi, noire pays à im air touchant » sous lequel on a mis des paroles sans rapport avec les » notes. Nous laisserons les paroles, nous écouterons l'air. » Il revient plus tard , et dans une autre lettre, aux mêmes idées. « Après tout , Je ne suis pas de ceux qui désespèrent ; » je crois que la pensée qui a mis l'unité dans le monde » des choses veille à nos destinées , et mettra un Jour l'unité n dans le monde des volontés. Le cercle des vérités univer- » selles se complétera ; la conscience humaine s'enrichira
Tue (le Clarens et du Clialelarii. — Le cimelière est placé à mi-côle, où Ton voit une petite maison.
» comme la science ; mais nos progrès seront lents et ora- » geux. J'aurais horreur de penser que quelqu^un n'est pas » au centre de tout ce mouvement, et n'en tient pas tous les » éléments dans sa main; quelqu'un vers qui, le connaissant » ou ne le connaissant pas, toutes les créatures élancent avec » un gémissement profond le nom tendre et rassurant de père. »
Cependant la santé de M. Vlnet , toujours chancelante , déclinait visiblement ; l'espoir descendait de plus en plus à ion horizon comme un soleil qui s'éteint. Une de ses dernières lettres le fait comprendre, a Votre souvenir n'est point » de ceux qui s'alTaiblissent ou s'ciïacent ; vous avez su nous » le rendre cher de plus d'une manière, et il se rattache aux » derniers jours d'une époque où je croyais encore à l'avenir. • En parlant ainsi , ce n'est pas surtout à ma santé que je 9 pense , quoiqu'il faille bien que je vous en dise quelque B chose... A d'anciens maux qui ^e sont réveillés se sont » Jointes des infirmités nouvelles que l'hiver a aggravées ; *J'ai vieilli rapidement; les indispositions, brodant dç noir B an fond déjà bien sombre , se sont succédé sans interrup- » tion ; Tâme s'est affaissée avec le corps ; j'ai négligé mille » devoirs , et même ceux qui sont des plaisirs ; voilà pour- » quoi Je ne vous ai point écrit. »
En réalité, la maladie avait à peine ralenti l'activité de cet infatigable pas|oi|r d'hommos; mais le (onipi manquait
parfois à l'entretien de sa correspondance. Les travaux religieux de M. Vinet l'avaient mis en relation avec tous les pays 011 l'église protestante avait maintenu ou retrouvé son mouvement. On lui écrivait pour des objections, des éclaircissements, des conseils. Insensiblement il s'iUait trouvé le chef d'une communion d'âmes répandues çà et là, et qui attendait de lui la lumière. 11 répondait à tous, non par de vagues solutions, mais avec détails et sans rien oublier. Ses lettres, qui sont souvent de véritables traités, allaient ainsi entretenir ou réveiller les convictions. Il avait rendu au commerce épistolaire , ramené de notre temps aux affaires intimes , le caractère de propagande et d'authenticité qu'il avait au siècle d'Éi*asme et de Luther. Ces improvisations de M. Vinet ont en général une liberté d'allure, un charme attendrissant et parfois une puissance qu'on retrouve à peine , au même degré, dans ses meilleurs livres. Elles sont écrites sans ratures, d'un caractère minuté , mais dont on ne peut s'empêcher de remarquer l'élégance. Au premier coup d'œil , on dirait la main d'une femme ; au second on aperçoit sous cette grâce une netteté virile qui ne peut laisser de doute.
Cette double apparence semble, du reste, traduire la nature même de l'homme rare dont on a pu dire qu'il jugeait le genre humain comme un penseur, et qu'il l'aimait comme une mère.
Lai charge fTâmei nccopi(*c par M. Vinci avait ln>n pour lui ccrlalnes amcrlumM. fl sV-lail tu d^'poiilller siiccesslveihcnr de loilS ses plaisirs. La vie publique avait apporté sou flot trouble et tuitmltueux dans cette source cachée du bonheur domestique dont il appréciait si bien la ptirelé et la fraîcheur! Aussi écrivait- il h sa femme, parmi plusieurs souhaits de nouvelle année :
' D't)ubli, de paix euvelnpiter sa vi^.
Se couvrir d'ombre et m faire |>«:lit.
C'est uu secret, un f;r<ind sfcret, cliérie.
Si nous trouvions quelqu'un qui nous Ttippril !
Ce désir de se couvrir d'ombre et de se faire petit n'était point, sous la plume de M. Vinci, un artifice lilténiire, c'était l'expression profonde de sa nature et Pinvincible besoin de son humilité. La peur de l'éclat eût été chez lui une infirmité, si la foi n'en eût fait une tertu.
Cette foi avait fini , du reste , par lui donner une Tcrmeté placide et résignée qui n'avait rien du stoïcisme, mais qui le remplaçait. Pendant la maladie dont il devait mourir, il endura tout sans plainte et sans ré voile ; non qu'il abandonnât la terre avec indifférence, mille liens d'allcclion l'y retenaient, et II ne cherchait point à le cacher; mais il se soumettait à la loi de Dieu avec un respect filial. Bien qu'il eût choisi la vie, il acceptait sans murmurer la mort !
Celle-ci le frappa k Clarens, d'où il fut transporté auChatelard. Il y restfl exposé aux regards de la foule accourue pour le voir uae dernllue fois. On proposa ù un enfant d'environ six ans, qui avait une grande atfection pour M. Vinet, de venir aussi visiter le mbrt; mais à la vue de Celte forme immobile, il s'arrêta.
— L'âme die ton ami est retournée an ciel , lui dit-on ; approchons de ce (|ui reste de lui.
— Non , répondit l'enfstnt saisi , Je né veux point voir cette moitié I
Quand les étudiants altèrent de Lausanne, ils trouvèrent le cercueil enlotiré àt lietirs t|tie chacun y avait déposées. Un vieillard inconnu était assis à quelques pas et sanglotait. Le cortège se mil enflil en marche vers le cimeti6re placé au penciiant de la colline, entre le Chatelard et ClarcUs, là où, dans notre gravure, oti aperçoit une petite maison. Une tristesse attendrie, mais entremêlée de religieuses consolations, présidait aux fimérailles ; ou eût dit que l'âme du mort planai Uencore sur cette foule et y répandait ses divines espérances. En confiant à la terre sa dépouille ^ tous les cœurs sentaient le besoin de croire qu'il survivait quelque chose de cet homme pour qui le devoir avait été , non pas une loi , mais une invincible passion.
M. Vinet l'avait poussé jusqu'aux dernières limites, et le sentiment de ce qu il devait « aux autres fils de Dieu, » l'avait conduit à d&s ellbrts qui tiennent du miracle. Ainsi , pendant SCS trente années de professorat , malgré des souflfrances toujours renaissantes , il n'avait point interrompu une seule fois son eiiseignement.
— J'ul fait ma leçon dans une agonie i disait-il souvent lorsqu'il revenait de l'académie brisé par le mal ; et aucun de ses auditeurs ne s'en était aperçu. Il réussissait à leur cacher les tortures de son corps , afin qu'ils pussent jouir plus librement des grâces de son esprit. I^ 3 février 18!|7, jour où le mal le vainquit enfin , il voulut encore faire son cours avant de se mettre au lit pour y mourir l
La vie de M. Viucl était soumise à des habitudes très-régulières, comme celle de pres(|ue tous les penseurs. Il se levait de grand matin et commençait sa journée par une lecture de l'Évangile, de V Imitation ou de Pascal, afin de monter pour ainsi dire son âme au diapason le plus élevé. La première de ces lectures se faisait avec une altentiun toute particulii're , ainsi qu'on peut s'en asburer en evaminaul la iliblc. laissée par lui , et dont les marges sont surchargées d'annotations. 11 s'occupait ensuite de la préparation de ses cours, qui était
si scrupuleuse, que l'on a trouvé cinq versions snccëssltes de la même leçou. Ces versions se composaient de fioles asset soigneusement rédigées pour poutoir sd reproduire textuellemenl. Lorsqrt'II recommençait le inêttié cours, fl le prépa-^ i*alt de nouveau, afin de ne point en fiiirc une répétition du précédent , mais unv. édition revue et augmentée. Il lisait en entier les ouvrages dont H avait h parler, et, lorsqu'il fil à Bàle ses leçons sur les moralistes français, il eut l«1 palience,^ malgré ses antipathies, de lire les oeuvres compl6tes de Voltaire, sans en rien passer. Ses premiers ativrages ont été recopiés par lui jusqu'à trois fois. Ce qu'il cherchait dans celte persistance de travail, c'était moins la perfection de Ja forme (bien qu'il y fût très-sensible) que la vérité et la précision: de là ce caractère doctrinaire et trop rationnel que M. Sainte-Beuve reproche avec raison à quelques parties de son stjle.
Outre le moment de recueillement par le(|uel M. Vinet commençait sa joiirnée , il aimait à en avoir un second en famille après le déjeuner. C'était là, dans sa prl>rc improvisée, qu'il révélait le secret de ses combats intérieurs et l'ascension progressive de son ùme vers la fol.
Jamais conscience plus délicate ne s'appliqua à un plus grand nombre de détails. Tous ceux fjul s'adressaient à lui pour un conseil étaient reçus et écoutés avec la même déférence. Il s'efforçait d'entrer dans les idées de son interlocuteur, de se mettre à sa taille, de parler son langage, et, quand il avait achevé , il le reconduisait tête niie jusqu'au seuil. Il conservait les mêmes manières avec les gens de toutes conditions; être un homme suflisalt pour avoir droit à son respect !
il ne permit jamais de faire attendre un ouvrier, répétant que chaque minute ainsi dérobée était un morceau de pain qu'on lui arrachait, il épargnait h Ses serviteurs toutes les courses qu'il pouvait faite lui-même. Souvent, lorsque malade ou occupé il avait refusé une visite, ort le voyait pris d\m remords subit , courir après la personne congédiée pour lui épargner l'ennui d'Un dérangement inutile.
Peu de gens caUsalétll dtec autant de cbdrmc; nulne savait mieux écouler. Il devait cette dernière qualité à son excessive modestie et à la défiance qu'il avait de la parole écrite ou parlée. 11 connaissait tous les dangers de cette manifestation imparfaite de iu>us-mêmes , et n'en affrontait la responsabilité qu'avec une sorte dt* crainte. En tête de Vagenda^ sur lequel il écrivait, au premier janvier, la maxime qui devait le diriger toute l'année, on lit un distique de Lavaler que l'on peut traduire par ces mots :.
« Pèse trois fois les paroles et sept fols ce que tu écris.
n Sois toujours vrai, clair, doux, ferme et semblable à loi- 'même. »
Plus loin on retrouve, deux années de suite, ces autres maxiiïMïs du même philosophe :
« Agis d'une manière toujours plus précise , et supporte toujours plus silencieusement. »
Le 1*' janvier 18Zi7, il sembla avoir un pressentiment de l'avenir ; il écrivait sur Vagenda ces mots :
« S'exercer à moiuîr. »
El au-dessous :
« Nul ne meurt bien , si d'avance il e^l mort I »
Il passait tous les ans plusieurs jours au Chatelard , où on lui avait réservé une grande sidlc gotlii!|ue dans laquelle il aimait à travailler en marchant el en chantant ; car il avait la voix remarquablement juste cl sonore. Or, la dernière fois qu'il y vint , son hôte observa que ses chants improvisés avaient une leinic plus triste, et qu'il murmurait sans cesse le même vers :
Comme une fleur fuuée au sou file du désert.
Le désintéressement de M, Vinet égalait sa modestie. Lorsqu'il fut appelé à runiversité de Lausanne, on éleva ses appointements au-dessus de ceux des autres professeurs; il réclama avec instance pour les faire réduire au taux com-
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mun, répéunt qu'il ne mérilait, ni ne voulait aucune disUnclîoD. Chaque jour de sa vie fut signalé par de bonnes œuvres pour lesquelles madame Vinci lui servait de complice; mais tous deux les cachaient avec des tremblements qu'on eftl mis à cacher des fautes; Tadmiration leur avait toujours fait peur.
Tel fut Phomme d'élite dont la disparition eût été un deuil public pour la Suisse, si les premiers retentissements de la guerre civile n'eussent détourné ailleurs les esprits. Nous avons longuement raconta eon humble existence, parce qu'elle nous a semblé renfcrmer^en méïne temps, un exemple ei un enseignement. Lorsque tant de médiocrités avides tendent, par toutes le» roules, au pouvoir, à la fortune, au plaisir, il est bon de signaler une grande inlelllgencc qui accepte sa place aux seconds rangs , vit heureuse dans sa pauvreté et ne demande de jcHe qu'à l'accomplissement desdevoirsl Assez d'autres mcouient tous les Jourt cet gloires bruyantes, feux d'arlinccs conlém)>oraini qui éclatent pour disparaître ; au milieu de ce fiiieas fl«mlK>yant« nous avons voiilu montrer, dans un coin du ciel, une pure étoile qui brille moins aujourd'hui , mais qui ne doit jamais t'ételodre I
11 faut raisonner son existence, examiner sérieusement le but qu'ion veut atteindre et les moyens dont on dispose pour y parvenir: en te rendant compte de la place qu'on occupe et de ce qu'on peut faire pour la bien remplir, on accepte toùtëi les situations, quelque humbles qu'elles soient ; on se résigne & toutes les fonctions, quelque minutieuses ou faligantet qu'elles paraissent. On ne s'exalte ou on ne se décourage que si ou ne comprend pas son rôle , si on se laisse dériver au courant des Impremions, des dé^irs, des regrets, des espérances, si on marche au hasard dans la carrière comme un aveugle sur la voie publique. L'homme qui sait ce qu'il veut et qui veut ce qu'il fait, peut n'être pas en librement content de .sa destinée sociale, mais il la porte toujours bien, sans arrogance si elle est heureuse , sans abattemenrsi elle est mauvaise. Alph. Grun.