SUR LA PEINTURE EN CHINE
ATELIER d'un PEINTRE CHINOIS CONTEMPORAIN. — TRAITÉ DE PEINTURE COMPOSÉ PAR DN CHINOIS EN 1681.
La maison du peintre Lamquoi, qui passe pour le plus habile artiste chinois de ce temps, est située dans la rue de Chine, à Canton ; elle est seulement distinguée de celles des voisins par une petite tablette noire atuchée à la porte, sur laquelle sont inscrits, en caractères blancs, le nom et la profession de Lamquoi.
Au rez-de-chaussée est la boutique ou les travaux terminés sont exposés pour la vente. Ce sont les dessins sur papier de riz qui sont estimés les meilleurs. Ils sont empilés les uns sur les autres, recouverts de cages de verre et placés autour de la boutique. Cependant on y trouve aussi plusieurs choses qui ne se rapportent pas i la peinture, mais qui font partie du fonds du commerce de la maison. Telles sont, par
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exemple, des pierres de diverse sorte gravées ou sculptées d'une manière fort curieuse. On trouve aussi ù aclielcr là tous les objets matériels qui servent à peindre : boites à couleurs avec brosses, pinceaux, etc., le tout couvert avec de la soie brochée d'or. Le papier de riz, rangé en lots de cent feuilles, est un article important de In vente. Gel objet de commerce est tiré de Nankin , et se vend plus ou moins cher selon la grandeur.
Vn petit escalier, assez semblable à une grande échelle avec une rampe de bois, conduit de la boutique à Fatelier du premier étage. Là, vous voyez à Tœuvre huit à dix Chinois ayant les manches retroussées et leur longue queue de cheveux fixée autpur de leur télé, afin de ne pas porter de dommage aux opérations délicates qu'ils font en peignant La lumière est introduite franchement dans cet atelier par d«qx fenêtres pratiquées aux deux extrémités de la chambra, qui n'^st pas grande et n'a pour tout ornement que les peintures nouvel* lement terminées et tapissttit Im murs.
On remarque parmi ces peintures plusieurs gravures 4*fiQ* rope près desquelles soil placées des copies failM f$r les ' aiinols, soit à l'huilu , fo|| à [««querelle. Ces gravure lont \ ordinairement apporta |iir la» oftclei-s de marlo« qui les donnent en échange 4« 4mkl» it de peintures fiiiis par te» aiinois. C'est du mtê NU »«4#t 4*éU«inement qu« i« fidélité et l'élégance avec liiqi|#ll«« Im Mlll<^^^ ^ f^ P^y» copient les modèles ^*oii )êm pr«pM«« Uur coloris en prticuU^f est brillam «| f,f^, 9$ ^ |»4t«« d*é|re mwqué, fmi^l^, coplAol d«t $n^wm. 9^U$ iNMlia 4tt kw travail Ml entièM» niftot eonliée k leur 9»ât et h Mur Jugem^Dl. e*«sl donc un ule^r ^iflMÉê qui Im dlsiiiif «te que U ^lm% harmouieui des couleur* ^là'lk tmMimi k Umr iwiltifili, 0» v«lc tuisi suspendus aux murailles ëM dessins représentant des navires, dfift btMux, de» vtthf»» et de» paysage» dont l'appareue» m parM» eeeei ptlieque.
L'atelier e»i femi 4e Imhum lêWe» Up^éêê Vm$ de l'autre par un espace rigoureusement calculé pour laisser circuler les peintres. Ces artiste» chinois ne sont nullement contrariés, du reste, par la présence et la curiosité des étrangers. AU contraire ils continuent tranquillement leur travail, et sont même tout dl»pD»is à répondre aux questiMM qu'on leur adresse et à lelsaer regarder ce qu'ils font Aussi, peur peu qu'on y apporte d'attention , est-il facile de saisir et de cou.* naître tou» le» preoédéft qu'il» emploient poor aebetFer ces beaux dee^M sur (tapirir de rii si prisés aujaurd'hid en Europe»
En regardant ces hommes aésis sur ua petit ubotiret devant leur laUe, arec leur» outils rangés en ordre à eAté d'eux, on est frappé de la propreté et de la délicatesse avec lesquelles H» Aebèrent diacune de» petite» opéretion» qu'ils ont à faire. Les dessins qu'il» exécutent ne sont ni copiés entièrement sur d'autres , ni tout à fait originaux, et une bonne partie de leur ensemble résulte d'un travail mécanique.
D'al)ord on dioisft use feuille de ivipier de riz où il se iroitvc le moins de laclics et de trous qu'il soit possible , el dont la candeur se rapporte avec le prix que Ton veut demander du dessin. Quand il se trouve des défauts dans le papfer, le» Cliinois »ont tort habiles pour les faire disparaître. Pour renpiir une déeliirure ou un trou, par exemple, lis pèaceiit derrière la partie avariée un petit morceau de verre luunHIé, tMl à fait semblable à du mica, et qui est fait avec du riz. Lonque les iKNrd» de la déchirure sont ainsi maintenus, ils intercalent sur le côté de la feuHk qui doit être peint mi moreeau de papier de ris taillé qui renîpUt exaetem«it i*c»paee vide.
Quand le papier cet bien préparé, ils passent dessus une légère diasoIntioN d'alun peur le rendre apte k recevoir les couleur», opération que l'on renouvelle plusieurs fois pea* dant le cour» du travail que demande un dessin ; de telle aorte qu'avant qu'il soit fini il reçeit ordinairement sept ou huit couches d'eau aluminée. î>iror de ce minéral sur le
papier est tout à la fois de l'empêcher de l)oire et de donner plus de fixité aux couleurs.
Vient ensuite l'opération du tracé, du dessin, qui est à peu de chose près faite mécaniquement et d'après des recettes. Il existe des livres à l'usage des peintres chinois, dans lesquels ils trouvent des esquisses au trait et même coloriées, représentant des liommes, des animaux, des arbres, des plantes, des roches et des édifices vus sous dos aspects divers, dans des mouvements variés, plus ou moins griinds et diminués en raison du plan pcrspcciifoii l'on veut les placer. Cx^s divers objets offerts ainsi dans les livres servent de pièces do rapport au moyen desquelles les peintres font leurs tableaux. Ainsi , pour faire un paysage, ils copient des montagnes de leur livre modèle, y choisissent les arbres qui leur conviennent, ajoutent des figures d'hommes, d'animaux, et par ce moyen obtiennent des compositions assez variées tout en combinant diversement les mêmes objets. Cette pratique rend raison de là ressemblance que l'on observe dans la facture dos arbres, de» roches et même des figures dans les compositions cliineises, bien que leur ensemble présente souvent de la vA iété.
Les couleur» sent préparées d'avance, et on les emploie de la même manière que quand on point à l'huile, en empâtant. Lcsteûites, toujours opaques, souf appliquées et mêlées avec le plus grand soin. Afuès les avoir broyées, en les humectant dVau, avec une molette de lerrc sur un plat de porcelaine, OU y ajouie de Talunt ptil« 4e la glu pour les faire adhérer an papier. ^ FfUrupe nous préférons la gomme ; mais lt>s Chinois se aerventdeglu qu'il» llenneni toujours clieude auprès d'eux.
Un appareil simple suffit pour leur faire ubienir ce dernier résultai, C'est un. petit trépied ou fer siipporiaul UH godet du diamètre d'un pouce $\ demi, dans lequel est la glu t et, pour entretenir 1^ degré de rbaleur nécessaire, le peintre chinois allume de lemp» en temps un morceau de charbon gros comme wfiê n^iseiiir, qu'il place son» le godei et remplace quand il est eonsunié,
ï^s couleurs étant préparées, Tartiste commence par mettre les teintes ncu»rcs pour masser le dessin. Us draperies et les accessoifes sont peints d'abord sur le papier. Mais quand on veut représenter de» chairs, le» teintes sont mises sur l'enve^ de la feuille , de manière à produire cette transparence de coloris que le» peintre» en minialure d'Europe obtiennent avec l'ivoire.
Pour eette partie du travail , il n'est pas très-nécessaire que le peintre chinois consulte ses modèles; car, ainsi qiroB l'a déjà dit, eette branche de l'art, le coloris, dépend entià» rement du goât et de l'habileté de rartistc. Les peintres qui ont de l'expérience ne copient même pas du tout, du moment que le des«in est tracé.
Maintenant il reste k faire connaître de quelle manière ks Cliinois s'y prennent pour reproduire les détails d^'s objets avec tant de soin» et d'adresse. Ce genre ile perfection résulte tout à la ibis de l'incroyable dextérité des poiojre» et do la nature du papier de rie qui protège et faeililo pelle espttce de tra%aiL
Les broases dont on feit usage pour peindre sont semblables à celles avec lesqiielie» on écrit, seulement elle» sont plus fine» et le» poil» sont engagés dans m morceau de Immïwîi ou de roseau. I^ couleur ^6s poils ûHfkr» ; ils sont blancs, gris et quelquefois noirs. Les pinceaui^ fails avec ces derniers sont le» meilleurs. On en trouve quelquefois à Canton ; mais on ignore quel est l'animal qui produit cette espèce de fourrure, et l'on dit que quelques pinceaux, plu» délicats encore que tous les autres , sont liait» avec les poilc qui foiment la moustache de» rats. Le» btms pinceaux sont trè«-rares et fort diers.
Ix)rsque l'on peint une partie qui exige on certain nombna de coups de pinceau plus délicats que ce que Ton potu-rail produire avec tme seule touche, on em|)loie deux brosses on pinceaux dont on se sert de cette i^eii : le plu» petit pjoceapi est tenu perpendiettlairement »ur le papier par le poui^ cl l'index, tandis que celui Çt^i^j^.^e^Py f^^^^^Wl^ '^
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mêmes doigts, mais dans une position horisontale* Il résulte de Cette double disposition du petit et du gi'os pinceau qu'avec lè pretnler on rërorme le trait, si cela est nécessaire, on fait tous les détails déÏH^ts, et enfin on applique les couleurs précisément où Ton veut; puis qu'ensuite, en abaissant un peu la main, le petit pinceau prend la direction horizontale en s'éloignantdu papier, tandis qu'avec le gros pinceau humecté, mais sans couleurs et placé alors verticalement, on adoucit les teintes qui ont été appliquées par le petit. Au moyen de cette pratique « on ne dérange pas la main pour changer de pinceau, et la double opération de poser la teinte et de radoucir se fait avec plus de sûreté et de promptitude. Les peintres chinois manœuvrent ce double pinceau avec une dextérité singulière. La glu, dont Ib se servent de préférence à la gomme, a Tavantage, en séchant moins vite , de laisser plus de temps pour perfectionner le travail.
Le défaut le plus grand de la peinture chinoise, relativement au goût et aux doctrines qui régissent cet art en Europe, est Tomission totale, chefe les artistes orientaux, des cllbtsdè la lumière et des ombres. Le modelé leur semble entièrement Inconnu. Ce système imparfait d'imitation tient à l'idée fondamentale des Chinois qui prétendent i-eprésenter les objets de la nature non tels qu'ils apparaissent, mais tels qu'ils sont eflectivement ; en sorte qu*ils s'efforcent d'Imiter en peignant comme on imite en sculptant.
It Deléclure, qui a extrait et traduit ces curieux détails d'un ouvrage anglais intitulé : le Fan-qui (l'étranger) en Chine, ajoute les réflexions suivantes.
« Depuis longtemps, en comparant des peintures chinoises entre elles, j'avais cherché à me rendre raison des principes d'après lesquels on les compose et on les exécute. La lecture du livre du Fan-qui et la vue des albums de Lamqtioi ont reporté mou attention sur ce sujet. Lorsque M. Stanislas Julien, notre savant sinologue, me fit voir un livre de sa riche bibliothèque chinoise, qui contient tout un traité de peinture dont le texte est accompagné de plusieurs volumes de dessins gravés au trait , j'avoue que je fus singulièrement étonné ; et mon étonnement redoubla, soit en entendant la traduction improvisée que le savant me fil de quelques parties du texte, soit en voyant l'habileté avec laquelle les modèles d'arbres, de montagnes et de paysages en particulier sont traités sur les gravures. La première partie de ce traité, qui a cinq cahiers, est intitulée : « Tradition de l'art de peindre » (Hoa-Tchouen), titre qui paraîtra exact si l'on considère que le rédacteur, appelé Li-la-ong-êien-êing, c'est-à-dire le docteur Li-la-ong, y a réuni ce qu'il a trouvé de meilleur dans les ouvrages anciens et modernes sur ce sujet. Cette édition est accompagnée de planches gravées pour la première fols en 1681. Voici la distribution des matières.
» Table des cinq cahiers : — Liv. L Dissertation sur la peinture, en 18 articles.— Préparation et emploi des couleurs, 26 articles. — Liv. IL Arbres, 19 modèles avec dos notes explicatives. — Feuilles, 24 modèles. — Vieux arbres, 9 modèles — Arbres garnis de feuilles, d'après diflérenis artistes.
— Arbres rétmis , 23 niod. — Pins et sapins, 10 mod. — Saules, 6 mod. — Bananiei-s, BIgnonia tomenlosa, bambous, roseaux, 17 mod.— Liv. lil. Pierres, 11 mod.— Montagnes, 12 mod. — lies de montagnes de différentes formes, d'après divers artistes dont les noms sont cités, 27 mod. — Hoches au milieu de courants d'eau, roches escarpées, 11 mod. — Sources, cascades, ponts naturels au milieu des montagnes, 12 mod. — Eaux, nuages, flots, ondes, U mod. — Liv. IV. IVrsonnages en perspective, 62 mod. —Personnages de moyenne dimension et dans différentes attitudes, 32 mod.— Personnages de. petite dimension, 19 mod. — Oiseaux , 26 mod.— Murailles et malsons, 26 mod.— Portes, 16 mod.
— Murailles de ville, ponts, 31 mod. — Temples, paj^odcs, tours, bateaux, ustensiles avec modèles. — Liv. V. Écrans, éventails, liO modèles.
» La seconde partie, intitulée : « Traditions de la pciniuic
on de l'art de pciaëre » (Uoa^Tchouen-eul-tsi), forme l« second recueil et a été imprimée & Nanklng* dans la même année que la première « en 1691. 311e se compose de bull cahiers, et en tète du frontfspkc Ofl lil ce^ molai « Composé d'après les plus célèbres a rUstes de l'empire, i» Du resté, elle ne contient que des modèles d'arbres, de plantes et de fruits dessinés avec la plus grande exactitude et dont quelques-uns sont coloriés.
» Voici la traduction de quelques-unes des légendes qui accompagnent les gravures au trait de personnages : — Homme qui marclie lentement en méditant des vers. — Homme qui cueille une fleur de chrysantliéme. — Homme qui grave des vers sur le flanc d'une montagne. — Jeune homme qui rencontre par hasard un vieillard^ et qui, après avoir causé avec lui, le quitte sans espérance de le revoir. — Homme couché sur le dos et lisant le Livre des monlagnes et des merê. — Homme portant un fagot, etc. etc.
» Telle est l'économie de ce livre où les planches gravées abondent. Je les ai observées avec soin, et voici les réflexions qu'elles ont fait naître dans mon esprit. En général, le dessin y est supérieur à celui dts peintures faites sur papier ou sur porcelaine, il y a même des sortes de plantes, d'arbres, de roches et de cascades au milieu des montagnes, où ces objets sont rendus avec vérité et dessinés avec un esprit remarquable* lia nature des roches est souvent exprimée avec une exactitude qui satisferait même un géologue ; et dans hi représenuition des chutes d'eau, qui ordinairement sont encaissées dans des amas de montagnes, la différence des plans, la perspective du cours des eaux sur les parties planes, ainsi que la diminution des arbres, ù mesure qu'ils s'éloignent de Pœil, tous ces accidents naturels sont rendus au trait, nonseulement avec art, mais même savamment.
» L.es figures d'iiommes ont des attitudes vraies et expressives ; les oiseaux sont comparativement mieux Unités encore, et enfin les végétaux et les montagnes y sont souvent représentés avec talent et toujours avec une très-grande vérité. » 11 n'est pas vrai, comme on le répète sans cesse, que les peintres chinois n'aient pas le sentiment de la diminution des objets et de la fliite des lignes, à mesure qu'ils s'éloignent de l'œil ; car, dans toutes leurs peintures, ces phénomènes sont au moins indiqués, et parfois, comme dans ces grands paysages avec cascades, dessinés dans le traité qui noul occupe, on les trouve rendus avec une grande délicalt'sse.
n Mais le traité de peinture cliinois fburntt encore une preuve plus frappante de l'intention formelle qu'ont les artistes de ce pays d'exprimer les apparences eu perspective. Dans le cahier qui contient les modèles de personnages, d'animaux et de maisons, tous ces objets sont présentés successivement de plus petite dimension « à mesure qu'ils s'éloignent de rOîli dU spectateur, et Tartiste a eu soin de placer les plus grands sur le bord du tableau et de reporter toujours plus haut et plus près de l'horizon ceux qUi sont plus éloignés et qUi conséquemment doivent paraître plus petits. La science n'entre pour rien dans ce travail ; mais le sentiment de la perspective considérée comme art y est au même degré que datis les ouvrages de plusieurs grands maîtres des vieilles écoles d'Allemagne et d'Italie avant le seizième siècle. Je ne crains pas même d'avancer qu'à nos expositions du liouvre on voit souvent des tableaux qui, sous le rapport de la perspective au moins, ne sont pas plus forts que ceux des danois.
» Au surplus, quand les personnes étrangères à la peinture se plaignent de défauts de perspective, on peut être certain qu'elles veulent désigner la perspective aérienne, atmosphérique. A ce compte, elles ont beau jeu pour se moquer des Chinois, qui, par une singularité inexplicable, ont Pair de ne pas voir d'ombre sur les corps , puisqu'ils n'en expriment jamais, pas même les ombres portées* 11 est vrai que toutes les écoles de peinture , lorsqu'elles naissent dans un pays , adoptent d'abord celle manière* Mais on d*^ \lEiQ>@^ÇÎC
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s*expUqaer la permanence et la transmission de siècle en siècle, jii8qa*à nos jours, de cet état de l'art. Gela tient sans doute à des préjugés qui ne nous sont point encore connus, mais qu*il serait curieux d'étudier.
» Quoi qu'il en soit, par Tinspection des modèles dessinés, de ceux surtout qui reproduisent la nature physique, on voit clairement qu'antérieurement à 1681, il y a eu des artistes en Chine, qui, dans l'imitation exacte des objets naturels, ont
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Croquis ex.trait de Taucien Traite de peinture eliiuoise, communiqué par M. Stanislas Julien.
montré une science et un talent que l'on ne retrouve pas au l'art en ce pays est dégénéré depuis 1681, époque de la pu-
même degré dans les compositions faites de nos jours. D'où il résulte que si elTecti ventent Lamquoi est un des plus habiles peintres de Gliine atijourd'hui , il faut ea conclure que
bllcation du traité que possède M. Stanislas Julien. Lorsque l'on observe quelques compositions, rares, je Pavouc, où Ton trouve un choix heureux de lignes* de^-cmatoalB*^*
iogënienses de figures et de groupes, et enfin des sujets compliqués, où l'on saisit une scène bien liée , des gestes et des expressions en harmonie entre eux, on a peine à croire que ces compositions, rares, je le répète, soient le résultat du hasard et reflet d'une combinaison analogue à celle du jeu de patience. Dussé-je compromettre ma critique, j'ajouterai que j'ai tu et que je possède même plusieurs compositions chinoises dont la dbposiUon des groupes et l'attitude des figures ne feraient tort à aucim artiste européen. »
GAVARNIE , Département des Hautes-Pyrénées.
Gavamie et ses merveilles sont au centre même des Pyrénées, dans la partie la plus colossale de la chaîne, à la tête des eaux qui forment le gave de Pau. Aucun voyageur ne traverse la vallée de Baréges sans visiu^r cet admirable lieu. Eu parlant de Luz on s*y rend par Saint-Sauveur. Le che- /miu, toujours bordé d'un précipice, est si pénible, cl si périlleux même en quelques endroits , qu'on ne peut le suivre
qu'à cheval ou en chaise à porteurs. Depuis Saint-Sauveur, la gorge se transforme en un étroit précipice dont le torrent ravage et occupe le fond. Vous voyez deux villages, Pragnères et Gèdres, isolés et perdus dans la plus alTreuse solitude I Les Pyrénées n'offrent pohit de site plus lugubre et plus sé-^ vère : vous marchez pendant quatre heures sur la crête des ruines formés par d'immenses éboulemcnls, dans un silence que ne trouble aucun bruit, si ce n'est le roulement des torrents et le croassement des corbeaux. Un seul sentier conduit à une chapelle déserte et comme abandonnée dans ces montagnes.
Il n'est point de paysage qui s'annonce avec autant de grandeur et de majesté que Teuceinte de Gavarnie ; un seul .des effets bizarres et sublimes qu'on rencontre à chaque pat sur la route suffirait pour donner de la célébrité à tout autre pays.
Kn sortant de Gèdres, on monte assez rapidement sur les flancs du Coumélie; la vallée se rétrécit beaucoup; le gave devient plus profond; il mugit davantage, et on aperçoit bientôt, ù droite, deux petites Ctitaraclcs qui se détachent d'un môle aride et se i)récipi(oiil en nappes à travers les-
Pyrciiécs. — Le Cirque de Gavaruie,
quelles se décomposent merveilleusement les rayonsdu soleil. Un peu plus loin est la cascade d'Arroudet, qui descend de la montagne du Saoussa, dont la chute, assez considérable, est d'un bel effet On atteint ensuite ce grand et terrible monument des convulsions de la nature, ce lieu de destruction que les gens du pays appellent la Peyrade : expression qui fait image comme celle de Chaos, plus généralement usitée. Dans l'espace d'un grand quart de heue , toute la vallée est encombrée par d'énormes blocs de rochers granitiques de différentes formes, dont quelques-uns, semblables à des maisons, ont de trois à quatre mille mètres cubes, entassés les uns sur les autres, se servant mutuellement d'appui, dans le plus affreux désordre.
Ces débris d'un monde en ruines sont le résultat d'un éboulemenl subit, et proviennent des sommités voisines dont
les flancs hérissés menacent le voyageur de nouvelles chutes. On y voit des blocs en partie détachés qui sont près de tomber, et qui n'attendent qu'un nouvel ébranlement pour se joindre à ceux qui ont déjà roulé du haut des monts jusqu'au fond de l'abtme ; ils ont obstrué le passage du gave et détourné son cours en opposant à ses flots impétueux leurs masses gigantesques. Ce n'est qu'après mille efforts tumultueux que le torrent échappe à ces vastes décombres, et le mugissement des eaux, dans l'espace profond qu'ils occupent, complète sur les sens affaissés, sur l'imagination troublée, les effets de cette scène de désolation ; elle pénètre l'Âme de l'idée pénible du néant, et la force stoîque du juste est presque nécessaire en ce lieu, pour n'ôlre pas accablé par son aspect.
IMmiration & la vue de« Tours du Marboré, du Pic Blauc, û» la Brèche de Holaiid, du Néou vieil le« du Vignemale, du Mont Perdu, le géant de ces colosses « de ces cimes prodigteuses dont les neiges se perdent dans les nues» Et cependant combien Gavarnie est au«dessus de tout celai
on passe de nouveau le gave au pont Barygul, sous lequel y se précipite tout entier avec fracas parmi d'énormes rochers, et Ton trouve d'abord Tauberge de Qavarnie, puis le Village du même nom, enfin la chapelle du Heu, construite par les Templiers, et où se voient, sur une poutre, des crânes humains qu'on prétend être ceux des derniei*s chevaliers de èei ordre, égorgés loi*s de sa proscription en 1312.
C'est de l'auberge et surtout de la chapelle que Toit dis- Ungue, sous le point de vue le plus favorable, les montagnes. éti fond, leuk'S murs plus que semi-circulaires, les neiges qui en occupent les gradins, les rochers en forme de tours 4ui les courounent , enfin les nombreuses cascades qui se préciititeni dans le fond du cirque. On croirait alors être parvenu au terme de sa course et toucher ces objets qui frappent d'étonnement , quoiqu'on en soit encore à trois quarts de lieue : tel est relFet de l-iminensilé de ces parties du plus magnifique tableau que présentent les l'yrêuécs.
De Gavarnie au cii-que II y a près d'une heure de marche, et l'on traverse pour Talteindre différents bassins dominés au levant par divers pics Irùs-élevés , dont les flancs sont couverts de sapins, et qui forment une chaîne imposante : i'Ailantz, la Furchetta aux trois pointes, l'Astazona voisine du Mai^boré. Le dernier de ces bassins est le plus remarquable ; sa forme ovale , son fond peu Inégal et couvert de gravier, annoncent qu'il était anciennement le domaine des eaux du gave, qui le ravage encore de temps en temps. Après ce vallon , on monte sur une petite élévation et l'on atteint l^s restes d^une digue assez haute , au travers dé laquelle s^écliappe le gave. Quelques pas encore et on entre dani le chaque, ou, pour nous servir de l'expression locale, dans VOule de Gavarnie.
Ici Padmiratlon, Tëtonnement sont à leur comble. Quand lord bute y entra pour la première fois, H s'écria : « La grande* la belle chose I».. S[ J états encore au fond de l'Inde, et qUe je soupçonnasse l'existence de ce que je vois en ce moment^ je partirais sur-le-champ potir en jouir et l'admirer, s Un enthousiasme subit s'empare , en effet , dU voyageur transporl# à la vue de ces formidables remparts, que l'on croirait bâtis par les anciens géants, au pied de ces sublimes tours où combattirent autrefois Agramant, Ferragus, Marsile, contre les preux de Gharlemagne. Au-dessus, lloland, monté sur son chétttl de bataille , transperça une montagne de sa terrible épée, et l'ouvrit un chetnin qui devait le conduire chez les Maures et àJa vietoli^. L'IlhaginatlOn né saurait atteindre la réaillé de ce que i^on a sOUi les yeux : le Oolisée , les pyramides d*fcgypte, les jardins suspendtls de Sémiramis* se présentant I là (bis è l'esprit. Mais que sont tous les cirques des Uomains, que sont tous les ouvrages des hommes , auprès de cet imposant monument de la nature? 11 semble qu'elle ait fait un essai de ses forces pour y déployer tout ce qu'elle a de grandeur et de magnificence. Figurez-vous un vaste amphithéâtre de rocs perpendiculaires, dont les flancs nus et horribles présentent à l'imagination des restes de tours et de fortifications, et dont le sommet, ruisselant de toutes parts, est couvert d'une neige éternelle, sous laquelle le gave s'est frayé une roule. L'intérieur de l'enceinte est jonché de décombres immenses et traversé par des torrents mugissants. En pénéirant dans l'enceinte, qui autrefois était évidemment un grand lac dont les eaux ont rompu les digues et ont donné (5ours au gave, on jouit d'un coup d'œil certainement unique. On voit le gave sortir du lac du Mont Perdu, se précipiter près du vieux îwnt et de ces éternels glaciers, dans i'en- «îelntc de Gavarnie, de plus de trois cents pteds d'élévation, et se partager ensuite en sept cascades. La plus belle est à gauche ; elle tombe d'une hauteur si prodigieuse et si détachée
du roc, qu'elle ressemblé à une longue pièce de gaze d'argent OU à un nuage délié qui glisse dans les airs ; elle en a l'ondulation, l'éclat et la légèreté. L'eau dissoute en brume, et frap^ pée des rayons du soleil, forme une infinité d'arcs-en-ciel qui se multiplient, se croisent et disparaissent selon la ^-encontre des divers rejaillissements : elle répand en tombant une rosée extrêmement fine* L'air d'alentour est sî froid que le voyageur est obligé de se couvrir pYomptement et de bolro quelque liqueur spiritueuse. On voit ensuite fuir^ sous un pont de neige, ce gave, qui, d'abord faible ruisseau , murmure à peine, tout d'un coup se grossit, prend une couleur d'azur foncé , s'élance des rooliers « entraîne en grondant les débris des bois et des monts , et menace d'ensevelir la contrée. Au loin s'élève le Marboré avec ses crêtes bleuâtres, lé Mont Perdu et d'autres montagnesi sur lesquelles l'Arioste a placé le théâtre de ses charmantes fictions.
LEb CHOSES INUTILES.
. NOCrKLLB.
— La diligence de Paris l crie un garçon d'auberge, en ouvrant la porte de la salle à manger du Grand-PéUcan , à Gohnar.
Un voyageur de moyen âge qui achevait de déjeuner se leva précipitamment à cette annonce et courut h l'entrée de l'hôtel, où la lourde voiture venait en effet de s'arrêter. IXans le même instant un jeune homme mettait la tête à la portière du coupé. Tous deux se reconnurent et poussèrent une excla* ma lion de joléi
— Mon pèrel —Camille!
A ces deuit eris jetés en même temps , la porUèrc fut rapidement ouverte I le nouvel arrivant franchit, d'un bond, le marcliepled et vint tonilKM-datts les bras du plus vient voyageur qui le tint longtemps pressé contic sa poitrine.
Le père et le fils se revoyaient pont* la première ibis, après une séparation de sU années qut) ce dernier avait dû passer I Londres chei un oncle dé sa mêlé* La mort de ce parent dont il se trouvait hérhier lut permettslt eniht de rejoindre la maison paternelle qu'il «vatt quittée presque enfant , et où il revenait majeuh
Aptbi le pi eitiler attendrissement et les premières questions, M* IsIdoNi Berton proposa à Camille de repartir surle^'Chattip pour la cempagrie qu'il habitait près de Uibeauvilié ; celui-ci) plissé de revoir le logis où il était né, acceptât le cabriolet fut attelé, et tous deux se remirent en route»
il y a dans ces premières entrevues, à la suite d'une longue absence, un certain embarras curieux qui entrecoupe l'entretien de Silences involontaires. Désaccoutumés l'un de i'«otre, on s^étudte , on s'observe, on s'ettiirce de découvrir les changements que te temps a dû «pporier aust idées comme aux personnes ; on recherche le passé dans le présent avec une sorte d'incertitude inquiète. M. Bcrton surtout était anxieux de connaître le jeune homme qui lui revenait à la place de l'enfant qu'il avait vu partir. Pareil au médecin qui examine un malade, 11 l'interrogeait lentethent, observait chacune de ses impressions , analysait ses moindres paroles.
Tout en continuant son étude, il finit pourtant par se laisser emporter au courant de la conversation, et se mit à lui parler de ses propres goûts et de ses occupations depuis son départ.
1^ propriétaire de Uibeauvillé n'était ni un savant ni mi artiste; mais, impuissant à produire, 11 aimait ce qu'avaient produit les autres ; c'était un miroir qui , sans rien créer, reflétait la création l aucun élan de l'Intelligence ne lui était indifférent, aucune émotion étrangère. 11 s'intéressait ù toutes les découvertes, s'associait ù toutes les tentatives, encourageait tous les efforts. Pour lui , vivre n'était point seulement entretenir rétincelie que Dieu a mise en chacun de nous, mais raccroltrc et l'enflammer aux autres étInceUes. Grâce aux
loisirs que lui faisait un riche fiatrimoii
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MAGASIN PITTOnESQUE.
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par 8f dé?elopp«r librement m dehors des préoccupations du (fWOin» ^j^ëiant enebalné sur aucune route , il lei avait parcourues toutes à la 4ult6 des travailleurs, soutenant leur cou* filg« pur ses récompenses ou ses sympathies. 1/Alsace Tavait ta & la tète de chaque entreprise formée au profil des lettres, des sciences ou des arts , et les musées dé Strasbourg avaient été endeliis par ses présents.
Dans ee moment encore , il fiaisait exécuter des fouilles dispendieuses aux flancs d'une colline , où quelques vestiges de poierjes antiques avaient été djécouvertes. il montra en passant, à son fîls, la bu^e romaine, el lui raconta comment il n'avait pu Taequérir de son possesseur qu'en donnant en édiangc un arpent de ses meilleurs prés,
Camille laissa échapper une exclamation de surprise.
— Tu trouves que je suis bien fou, n'est-ce pas? demanda M. Berton qui Tobservait.
— Pardon , mon père , dit le jeune homme , je m'étonne seulement du marché.
-T- lH)urqiioi cela ?
— Phtcc qu'il me semble qu^en toute diose on doit avoir égard à l'utilité , et que cette colline aride ne peut valoir un arpent de prés.
— Je vois que tu n'es pas archéologue.
11 est vrai i jo n'ai jamais bien compris ce que prouvent de vieilles poteries, et quel intérêt on peut prendre à des générations éteintes.
M. Berton regarda son fils , mais ne répondit rien. Jaloux de le connaître k fond , il ne voulait pas' effaroucher sa confiance par un débat, il y eut quelques instants d'un silence qui fut tout à coup interrompu par le cri de Camille. Il venait d'apercevoir au loin , parmi les arbres , le manoir dont y avait reconnu la grande tourelle.
— Ah 1 oui , c'est mon observatoire , dit son père en sourian t ; car je ne suis pas seulement antiquaire , mon pauvre ami , je me suis fait de plus astronome.
— Vous ! mon père.
— Oui, j'ai transformé notre tourelle en cabinet de travail , et j'y ai braqué un télescope avec lequel j'examine ee qui se passe dans les astres.
~ Et TOUS trouves plaisir h vous occuper de choses qui sont hors de votre portée , auxquelles vous ne pouvez rien changer, et qui ne vous rapportent rien ?
— Cela emploie le temps, dit M. Berton, qui continuait à éviter une discussion sérieuse. D*i reste , tu en verras bien d'antres. L'ancienne basse-cour a été transformée en volière, et le verger en jardin botanique.
— Tous ces changements ont dû vous router fort cher.
— Et ne me rapportent rien.
— C'est-à-dire alors que vous les condamnez vous-même.
— Je ne dis pas non ; mais nous voici arrivés : descendons. Le palefrenier accourut pour prendre les rênes , et nos
deux voyageurs le laissèrent condiUre le cabriolet aux remises, tandis qu'ils entraient an manoir.
C^imille trouva le vestibule encombré de vieilles arm^s , d'échantillons géologiques et d'herbiers relatifs à la flore alsadenne.
—Tu cherches une palire pour ton manteao ? dit M. Ber-^ ton , qui le voyait regarder aiUonr de lui avec une sorte de désappointement. Cela serait , en tifH • plus utile que mes curiosités ; mais passons au salon.
Le salon était orné, depuis les plinthes jusqu'aux corniches, de peintures, de dessins rai^ ou de médaillers. Le propriélaii% voulut faire admirer jEfùelquet cadres â son flls ; ceiui'ci s'excusa sur son ignorance.
— Au fait , tout cela n'a pas grande Importance, dit M. Berton avec bonhomie; nous sommes de grands enfants que les cnriositéi amusent ; mais je vois avec plaisir que tu as pris la vie par le côté pratique.
— Je le dois à mon oncle l^rker , fit observer Camille avec fine modestie un peu thc^AlraJe. Il se plaignait souvent
du temps et des trésors dépjpnsés pour les frivoles mef^eillea: de l'art, et chej'chait en vain quel profit l'humanité pouvailr tirer d'un papier noirci ou d'une toile peinte.
Ils furent interit>mpus par l'arrivée d'un domestiçu^ qui. annonçait le dîner et qui remit à M. Berton un livre nouveau arrivé par la poste : c'était l'œuvre Impatiemment attendue d'un poète favori. Il se n\\{ d'al)ord à la parcourir ; mais s'arrétant tout à coup et reformant le livre :
— AllORS, dit-il, ne vais-je pas retarder ton dîner pour des vers l l^'oncle Barker ne me l'aurait point pardonné.
— J'en fk\ peur, répondit Ciimille en souriant; car il avait coutume de demander à quoi «ervcnt les poèmes.
Le père e| le fds se mirent i table où la conversation continua sur le même sujet. Camille développa librement les opinions qu'il devait à l'oncle Barker ; car ce dernier lut avait appris ^ être sincère ; seulement cette sincérité provenait moins chez le vieil économiste de l'adoration du vrai, que de l'amour de l'utile. Il respectait la ligne droite, non parce qu'elle était droite , m9is parce qu'il la savait plus courte. Pour lui , le mensonge était un faux calcql , le vice un mauvais placement , la passion une dépense exagérée l En toutes choses l'utilité restait la suprême loi. De là je ne sais quelle aridité même dans les bonnes actions du vieillard; ses vertus ne paraissaient plus que des problèmes bien résolus.
Camille avait adopté la doctrine de son oncle avec l'ardeur que met la jeunesse à accepter l'absolu. Ramenant peu à peu toute chose à cette définitive question : A quoi cela sert-il ? son raisonnement (qu'il prenait pour sa raison) avait réduit les devoirs sociaux à des proportions mathématiques. Guéri, comme il le disait, de Valiénalion mentale appelée poiiie^ il avait traité la vie ù la manière de ce juif qui gratta un tableau du Titien , afin d'avoir une toile nette et qui fût bonne d quelque chose,
M. Berton l'écouta développer ses opinions sans montrer ni mécontentement ni Impatience. H opposa quelques ol^'ections que le jeune homme réfuta victorieusement, parut frappé de ses raisons, et ne se sépara de lui qu'après avoir déclaré qu'ils en reparleraient.
La fin à la prochaine livraison*
LES BÉLEMNITES.
Les bélemnites sont un des genres de fossiles qui se trouvent le plus abondamment dans quelques-unes de nos provinces ; et comme ce genre manque absolument dans les autres, il n'en est que plus curieux pour toutes, ici par la rareté, et là par la multitude de sel représentants. On a été si longtemps dans l'ignorance sur la véritable nature des bélemnites, qu'à défaut de la science l'imagination populaire a eu toute liberté à leur égard. De là vient la variété singulière des noms sous lesquels elles sont connues.
Au moyen âge , les érudits, qui étaient à peu près les seuls naturalistes, pensaient trouver dans les bélemnites des pierres dont il est question dans Théophraste et dans Pline , et qui , suivant un conte propagé par ces auteurs , auraient été des concrétions de l'urine des lynx. On leur donnait en latin le ^ nom ÙB lapis lyncis^d'oii est venu en français celui de pierre de lynx , et en allemand de luehslein. Mais il paraît que les pierres dont parlait Pline n'étaient même pas des bélemnites, mais des pointes fossiles d'oursin.
Telle était au moyen âge l'opinion des savants ; mais le peuple s'enétaitformé une plus merveilleuse encore. U forme des bélemnites , si semblable à un fer de flèclie, avait fait \ croire que telle était leur origine ; mais ce ne pouvaient êlrç . ^ufi des flèches du diable. Aussi pensait-on que Ifur poqdce avait une eflicaciié souveraùic conlva le cauchemar et les . mauvais rêves. Telle est l'étyraologie du nom û'alpschçsz qu'elles portaient en allemand , et que l'on trouve dans Mercati. On ne s'en tenait pas là, et l'on voit que dans divers payil
elles étalent employées contre la colique,
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•enterie, etc. Ailleurs encore, aa lien d'y voir des flèches, on y voyait des chandelles, celles dont on faisait usage au sabbat. De là le nom de spectrorum candelœ (chandelles des spectres), sous lequel elles sont mentionnées dans quelques auteurs.
Bélemnite aiguë.
IV niiirronce.
B. graitiilée.
L'opinion qui paiall aujoiiidMuii encore la plus accréditée dans les campagnes, c'est que les l>élemnites doivent leur origine à la fondre, soit qu'elles forment le dard avec lequel la foudre se précipite du ciel , soit qu'elles se produisent à l'endroit où la foudre frappe la terre. De là le nom de pierre de tonnerre qui se retrouve dans toutes les langues de l'Europe ; piedra del rayo en espagnol , Ihunderstone en anglais, donnerslein, slrakhlein en allemand.
Depuis la renaissance Jusqu'à ces dernières anilées » les béicmnites n'ont cessé de préoccuper les savants. Tant s'en faut qu'ib se soient trouvés d'accord à leur sujet : les trois règnes de la nature se sont en quelque sorte disputé ces fossiles, ceux-ci en faisant des minéraux , ceux-là des végétaux , d'autres enfin des animaux. Celaient ces derniers qui avaient raison. Mais quels animaux 7 Les uns en font la corne d'un gros poisson analogue an narval , les dents d'un crocodile ou d'une espèce de baleine , les épines dorsales de quelque animal inconnu ; les autres. des espèces de zoophytês, comme les fungitcs et les astroîtes, ou des pétrifications de vers marins analogues aux holothuries , ou même simplement des tuyaux de vers marins.
Qui entendre ? On raisonnait sans principes. La première idée vraie énoncée sur les bélemniies est due à Ehrart, qui la consigna, en 1726 , dans un mémoire intitulé : Disserlaiio inauguralisde belemnilis iucciciê, Ii posait en principe que ces corps n'étaient que l'enveloppe des alvéoles d'un coquillage analogue aux nautiles ou aux ammonites ; mais qui , an lieu d'être recourbé comme ceux-ci , était droit. C'est l'opinion qu'adopta Linné dans son Système de la nature. A la fin du dernier siècle, la connaissance des bélenmites fit un nouveau pas, grâce à Deluc, qui, après avoir étudié les nummulites et constaté qu'elles formaient , comme l'os des seiches, une coquille contenue dans le corps même de l'animal , appliqua aux bélem lûtes le même principe. C'est ce qui a donné la clef de leur constitution.
Les bélemniies sont composées de deux cônes s'embollant l'un l'autre, l'un toujours plein, d'une structure rayounée, formant l'enveloppe, l'autre qui a ordinairement disparu en laissant un vide , et qui était formé d'une série de petites cellules séparées l'une de l'autre par des cloisons extrêmement minces. On en compte jusqu'à cinquante dans un c6ne de deux pouces. Quand on scie longitudinalement le cône plein , on s'aperçoit qu'il est constitué par une série de couches déposées les unes sur les autres comme une série de petits cornets emboîtés, et que la base de ces cornets correspond aux petites cellules du cône extérieur. Tontes les cellules communiquent ensemble par un petit canal cylindrique qui les traverse, et qui est presque toujours très-dificile à reconnaître. C'est ce que l'on nomme le siplion. Aujourd'hui, grâce à la découverte, parmi les espèces vivantes, d'une
Coupe longitudinale, et coupe transversale à diverses hauteur-; d'une Bélemnite hastée
coquille nommée la spirule, les naturalistes sont en position de se rendre parfaitement compte du rôle que jouaient ce siphon et ces cellules dans l'organisation de la bélemnite. L'animal se construisait successivement des cellules de plus en plus grandes, à mesure qu'il grossissait, et demeurait enveloppant le tout , comme on le voit d'ailleurs par diverses impressions vasculaires qui sont restées à l'extérieur de la coquille. Celle-ci jouait à son égard le rôle de lest, d'os et de vessie aérienne.
Il y a un très^grand nombre d'espèces de béicmnites ; on les rencontre dans tous les terrains de la formation secondaire, et leur apparition semble déjà préparée dans les terrains Intermédiaires par les orthocères, qui ont avec elles beaucoup de rapports. M. de Blainville a même remarqué que plus les
couches auxquelles appartiennent les béicmnites sont anciennes, plus letirs cloisons ont de développement, ce qui les lapi roche de plus en plus des orthocères. Elles disparaissent dans les terrains tertiaires , et l'on ne connaît pitu aucune espèce vivante de ce genre. II y a desespècesqui n'ont que 2 à 3 centimètres , tandis que d'autres ont jusqu'à 60 centimètres de longueur. Celles que l'on trouve le plus ordinairement à la surface du sol sont des pointes brisées qui n'ont guère que 5 à 6 centimètres.
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