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LE MATAMORE

Vo}'€2 la Table des dix premières aimées.

D'après Abrahan Bosse.

(Test le iiimeux capltan Matamoros {Tue-Morei) des corné* dles esjngnoles, fanfaron , rodomont cl plus que gascon» Taloqueurde géante, dompteur de monstres, n'ayant qu'à paraître enûn pour tout réduire en poudre :

Le seul bruit de mou nom renverse les maralUetf Défcil les escadrons et gagne les batailles.

Mon courage intaincu contre les empereurs N'arme que la moitié de ses moindres fureurs. D'un seul commandement que je lais aux trois ParqueS| Je dépeuple TÉtat des plus heureux monarques; La foudre est mon canon, les destins mes soldais; Je couche d'un rcTers mille ennemis i bas.

AInst s*expriniece faillant lorsqu'il repose son courage en racontant ses exploite. ComcUJe.dans H Uusian comique, Tutêt XVI.^ AtMl 1S48.

nous a donné une excellente Imitation du personn^e < gnol ; on ne peut pousser plus loin réellement rinsplratioa et la ?erve de la forfanterie.

Il est Trai que je ré? e et ne saurais résoudre

Lequel je dois des deux le premier mettre en poudre.

Du grand sophi de Perse ou bien du grand mogol...

Voilà sa seule hésitation; il délibère par où et par qui sa ▼»« leur commencera & faire rage. Faut-il aller raser ime mon« tagne dans les Indes , ou dépeupler la Norvège ? Devons^ nous clianger d'abord la face de l'Europe, ou mettre l'Aûrlque dans les fers ? — Tandis que ce héros doute encore , nous voyous un bonhomme, un Gassandre, un Gérontc armer de bâtons trois ou quaUre valets en leur recommandant d'étriHer

•MÀOASIN 4^ITTGllES0liE.

fort et ferme notre pourfendeur. Et celui-ci, ausfiit6t.de s'éclipser sous prétexte de ne pas compromettre sa vaillance avec une teile canaille. ■ . • .

Les voilà; sauvons-nous! Non, je ne vois personne. Avançons hardiment... Tout le corps me frissonne. Je les entends, fuyons!... Lèvent faisait ce bruit. Marchons sous la faveur des ombres de la nuit.

Ce qu'il y a de plus plaisant , c'est que le personnage , fioU par croire lui-même à ses propres vanterics. Il sent bien qu'il a peur , mais il prend son efifroi pour une défaillance de ion courage, et lorsque Clindor, qui jouait aui)rès de lui Je rôle de confident, entre en pleine révolte, et devient rodondO&l 4 son tour : — Cadédiou ! s'écrie Matamore ,

Ce coquîu a marché dans mon ombrt ;

Il s'est fait tout vaillaut d'avoir suivi mes pas.

La tradition du théâtre nous apprend que ce WUe de Matamore lit la fortune de l'Illusion comique , pièca atses fiilble d'ailleurs , et dont le romanesque est souvent voisin de Tin- ^Ipide. Les bravades formidables du capitan €t M pileuse Jéconlilurc avaient pour les contemporains un intérêt comique qui n'est plus aussi sensible pour noui. La forfanterie régnait alors à la cour, à la ville, à l'Acailémie même; elle était pour ainsi dire passée dans les mœurs françaises ; et le sage auteur des Maximes , La Koclielbucauld i parlait de faire la guerre aux dieux pour obi^lr un regard de sa dame. Corneille, en imitant iS tjrpa espagnol, ne se trouvait donc pas si loin de la réalité ; entre son Matamore ei les rodomonis du jour, il n'^ avait que la dbtance qui sépare la :aricature du portrail. Témoin rilliistre Scudéry, seigneur ic Lagarde , qiii tenait sa, plu^ d'une main , son épée de l'autre , et qui appelait en duel Corneille pour lui prouver, l'estoc et de taille, qucfle Ctd était une détestable tragédie ; témoin encore cet admirable extravagant nommé Cyrano de Bergerac (1) î Celui-là , du moins, n'était pas im faux brave ; i\ avait soutenu tant de coqtfoats singuliers qu*ll n'en savait plus le nombre ; non content de ses propres querelles , il s'immisçait vaillamment dans celles des antres, et qtiand il n'avait pas été sur le pré, il croyait avoir perdu sa journée. ^>on triomphe, attesté par des gens dignes de foi , fttt d'avoir mis en fulie , à lui seul , un peloton de cent hommes dont il tua deux et blessa sept !... Mais si sa valeur produisit de pareils hauts faits, quelle forte dose de gasconnade nous y voyons mêlée l En vérité, et bravoure ft part , Cyrano est le frère jumeau du Matamore ; Corneille u*a eu, pour faire parler dignement son personnage, qu'à traduire en vers la prose de ce grand duelliste qui clierchalt noise aux paysans quand il ne pouvait plus se battre avec ses amis. — Cyrano avait reçu de la nature un néz exorbitant; malheur ù ceux qui semblaient prendre garde a ce fâcheux nex î malheur aussi à ceux qui ne le regardaient pas !

Voici un extrait d'une lettre de Cyrano qui peut soutenir, ce semble, la comparaison avec les vers de Corneille, et qui figurera également bien au-dessous de cette figure fracassante de Matamore que nous avons donnée. « 11 faudroit , je pense, monsieur, que Dieu accomplit quelque cliOse d'atissi miraculeux que le souhait de Caligula , s'il vouloit finir mes -qoefeltes. Quand tout le genre htimain seroit érigé en une 4ête, quand de tous les vivants il n'en resteroit qu'une, ce seroit encore un duel qui me rosteroit à faire... Vraiment il faut bien que, votre départ ayant déserté l*aris, l'herbe ail cnl par tjmrcs les rues, puisqu'en quelque lieu que j'aille , je me trouve, toujours sur le pré. Je. m'imagine quelquefois élre devenu porc-épic, voyant que personne ne m'approche sans se piquer... Ne voyez-vous pas aussi qu'il y a maintenant j)lus d'ombre sur l'horizon qu'à votre départ ; c'csl à cause que depuis ce icmps-Ià ma main en a tellement peuplé l'enfer qu'elles regorgent sur la terre!... »

(0 Vu)., sur r.yrnuo Je IWigeruc, U Table décennuli".

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