Ê6RA
. Fin. — Voy. p.
tgra est une assez jolie pelite vîîle de 9 000 ânies, bâtie en pente sur ]a rive gauche de la rivière du même nom. Elle renferme eàcore quelques hôtels assez riches pour donner un dernier vestige de.son opulence dans les siècles passés. Ses fortifications étaient autrefois considérables, mais elles ont éjé en partie démantelées sous Napoléon. Le château, élevé Bôr un roc abrupte et muni de hautes et solides murailles, forme cependant toujours un poste militaire.
, C'est dans ce château que se voient les plus anciens monumenu d'Égra. Le principal est la vieille tour nommée le burg. Elle est faite d'énormes quartiers de lave sur une épaisseur de. trois à quatre mètres ; c'est un des plus anciens établissements des Francs contre les Slaves, On sait en effet qû'Êgra formait sous Charlemagne la résidence des markgraffs , ou gardiens des frontières dans le Nordgau. Aussi ne P^-op a'empécher de contempler avec une sorte de véné-
ration cette' ptirisanto messe, firemler et iridélébiU mo--. namenc de la dvilisdifoh dans ces montagnes couvertes ^ auparavant dé forêt» sauvages et étrangèi^ sans doute jiBqu'alors à ïom édifice de pierre L'autre consinmlion ost une très^jolie petite chapelle en style roman du treizième * siècle, attribuée aux Templiers , mais avec plus de vraisom-i • blancc aux chevaliers de la Croix, el située aussi dans Vew ' ceinte du château. Elle est di\isée en deux JÎ^tages qut > communiquent entre eux par une large ouvoiiure pratiquée i dans la voûte, et dont l'un, celui du rcz-dc-diiaussée, est en grànite et l'autre en marbre blanc Le tout est dans.iMi patfrtt*' éiat de conservation. C'est dans le clocher que se tixifiivatl ,•> selon la tradition , ro})servatoirc où Waldstcln venait, «wc ^ son astiiologuc, interroger le ciel sur ses destinées. ■ ) lÀ fondation de la ville remonte au dixième sièdc. <k ne' fut d'abord qti'nn simple appendice au château habité par lès margraves de Vohbnrg.
Au milieu du douzième siècle, elle passa des mains de cetlt , famille dans celles des Hohenslaufcn, à litre de dol, lors du mariage de l'empereur Frédéric avec Adélaïde de Vohbnrg ; mais elle revint bientôt à la lîavièrc, cngag(!c par l'inOMluné Conradin à ses oncles de Bavière , lors de son expôdilion en Italie. C'est sur ces princes qu'Ollocar il, roi de lîoliêmc , la conquit en 1265. La première charte d'alîranchissemenl de la commune d'Égra remonte à ce souverain. Klle est du h mars 1266. C'est aussi à ce souvo'aln qu'appartient l'aclo par lequel Égra se détacha du domaine de la couronne de Bohême pour s'incorporer au cercle de l'euipire. Pressô d'argent , Ottocar avait engagé la vlHe à l'empire pour imo somme de 7 000 marcs, et par un iraité intervenu en 1277 enunc les parties , Il fut convenu que la ville oi son district resteraieat définitivement à l'empire. Depuis lors, l'hisioire nous montre qu'elle a été fréquemment aliénée par les empereurs, mais simplement comme un gngc sur lequel ils prétendaient ne pas abandonner leurs droits. Sans entrer àMOi» te détail, ou conçoit assez que celle possession ail été un sijjet cooiinucl de guerres pendant toute la durée du moyaiâge.
O qui caractérise Ëgra, c'est la muJlilude de inmilles rkhes «t puissantes qui s^y réunirent de Umnc licure pour j faire leur rési d ence, G'«>st ce qui ex(iliqtte Ja rareté des châteaux dans les environs: 1rs diâti^aux étalent dans l'enoelttl€ même de la ville. Cest œ que l'on nommait les maisons nobles. D y a témoignage que quelques noms remontent au onzième siècle. Ces maisons ne possédaient pas moins leurs droils sur le revenu des campagnes, mais par des contrais écrits ; et comme elle ne pesaient pas d'aussi près sur leurs paysans, il fut plus aisé à ceux-ci de se soulager peu à peu , el le tout ne tarda pas ù se réduire à ce que l'on nomme encore aujourd'hui le droit de sac, c'est-li- ; dire à une simple redevance en nature. Grâce à un tel concours , la prospérité de là ville qe dut pas tarder à prendre un haut développemcnl. Le commerce et les matières de luze y trouvaient un poste non-seulement favorable en temps de paix , mais sûr en temps de troublos cl d'învasions. 1>S marî^raves de Vohbourg y résldaicnl habilticllement , et les chroniques gardent mr^moîrc de la fréquence des visites des rois de lîohêmc et des empereurs. La consiiinlion de la com- ' mune, bien que favorable h bien des (égards ù la bourgeoisie, se ressentait pourtant du rôle imporlant de la noblesse dans les origines de la ville. La noblesse s'y élail ménagé une part de roi. Le gouvernement était confié à quatre bourgmestres prenant la présidence alternativement, et à un sénat ' composé d'une centaine de membres qui ne pouvaient être choisis que dans les anciennes familles nobles de la vDle. Les revenus étaient administrés sous la surveillance de ce sénat , et l'on ne pouvait appeler de ses décisions qu^à l'empereur.
Cette constitution communale snbslsta jusque sous le
règne de Marie-Thérèse. Mais à cette époque k vilKiiHflPfvT/>
suite de son état de décadence, élant arrivée à un déficit considérablci le gouvernement impérial se fit rendre com|>te de la situation et prit les dettes à sa charge en imposant par contre un remaniement dans la constitution. Le sénat fut réduit à quatre bourgmestres, quatre adjoints, quatre jurés et un syndic ; et quelques années après une nouvelle ordonnance ne laissa plus subsister qu'un bourgmestre et cinq conseillers à la nomination de Tempereur. C'est un bien faible vestige de Tancienne liberté.
G*est au quatorzième siècle, sous le règne de Tcmpereur Charles IV « qu'Égra parait avoir atteint son plus haut degré de prospérité. On y voyait trois faubourgs, défendus par des tours et des murailles comme trois villes distinctes, et séparés de la ville principale par des arbres et des jardins. Attirés par dea circonstances si favorables à leur hidusu^ie, les Juifs avaient fini par s'y amasser en grand nombre. Ils y faisaient la banque et le commerce; et, tant par l'épargne que par Tusure, ils n*a valent pas tardé à y concentrer entre
leurs mains de§ richesses considérables. Leur Bonibre s'élevait au quart de la population totale de la rille. Us y avaient non-seulement leur synagogue et leur dmetière, mais ils y entretenaient une cour de justice et une haute école de théologie comme celle de Gracovie. Une telle fortune, chez une race aussi détestée au point de vue religieux et industriel, ne pouvait manquer d'exciter au plus haut point les passions haineuses du bas peuple et de la bourgeoisie. Un incident détermina l'explosion. Le Jeudi sabit de 1350, un franciscain ayant lait dans la grande église le sermon sur la passion, alluma si bien par son éloquence la fureur des assistants contre les persécuteurs de Jésua-Ghrist, qu'un len* timent unanime de vengeance , trop bien préparé par les précédents, éclata tout à coup contre cette race maudite. Un paysan, saisissant la croix sur l!autel, la leva au-dessus des tètes de la foule en s'écriant : « Quiconque est vrai chrélieii vienne avec moi venger le sang de Jésus I » Les Juifs, saisb à l'improviste dans leurs maisons par cett^ foule exaltée*
Vue du pont d'Égra.
furent assommés jusqu'au dernier. Hien ne fut épargné, ni femmes ni enfants. Le massacre principal eut Heu près de la grande place, dans une rue sombre qui porte encore aujourd'hui le nom de rue de la Mort.
Get affreux massacre, qu'on pourrait bien comparer à la Saint-Barthélémy, s'il ne s'était accompli sans l'aveu du sénat, fit perdre Immédiatement à la ville une grande partie de son importance. Ge fut l'expiation. Un cri unanime d'Indignation s'éleva dans toute la Bohème. L'empereur Charles IV imposa à la ville une forte amende. Les bourgeois de Prague, jaloux de ceuxd'Ëgra, profitèrent de l'occasion pour leur interdire dorénavant le droit de commerce parmi eux ; la ville d'Elbogen leur imposa un péage ; et bien que d'autres juifs n'eussent pas tardé à revenir sur cette terre encore mouillée du sang de leurs frères , pour y reprendre le bénéfice des affaires ; bien que l'empereur, sur les supplications du sénat, eût assez vite calmé son ressentiment, et rendu à la bourgeoisie ses anciens droits, jamais la ville ne se réintégra complètement.
A un demi-siècle de là , commencèrent les troubles des Hussites. Ge fut Égra qui devint le quartier général de l'armée rassemblée par l'empereur. La bourgeoisie fut rudemont obligée à contribuer aux charges de la guerre : elle dut
accroître les fortifications de la ville, entretenir un corps de troupes à ses frais. Enfin , Jean Ziska et ses terribles paysans pénétrèrent dans l'Egerland qu'ils mirent à feu et à sang ; ils pillôrent et incendièrent les faubourgs ; et la ville , après avoir perdu dans divers engagements une partie de ses citoyens, ne se tira de leurs mains que moyennant u»e rançon considérable. La chute du protesunlisme continua la ruine d'Égra. La réforme y avait d'abord fait fureur. Nonseulement la majeure partie de la bourgeoisie, mais les moines eux-mêmes, s'étaient rangés avec enthousiasme sous Luther. Mais, trop éloignée de l'Allemagne du nord pour se soutenir hors de la domination de l'empereur , la ville fut bientôt réduite à rentrer sous le Joug de l'Église; cl la réaction dirigée par les Jésvltes n'y fut pas moins impitoyable que dans le reste de la Bohème. La guerre de trente ans, durant laquelle etie servit à plusieurs reprises de quartier général à Waldstein, qui y périt enfin, fut le couronnement de ces infortunes successives.
C'est ainsi que cette ville florissante est peu l peu descendue au degré de vulgarité où elle se trouve aujourd'hui Elle n'a plus à craindre de grands revers. Abritée dans ses montagnes, elle ne forme plus un centre assez important pour que les puissances aient jamais à s'en disputer bien sérieu-
sèment la possession. Le dernier siècle a cependant encore ta des armées se réunir pour sa conquête. Un des premiers actes des Français , dans la guerre de la succession , fut de riB?estir; et après un siège assez vivement poursuivi, elle se
rendit à Maurice de Saxe en avril 1742. Nous y mîmes garnison et noire drapeau y flotta jusque dans rauloronc de 1743. La vieille tour de Charlemagne en garde mémoire. Son sommet est resié surmonté de quelques murs blanchis
Vue du chAleau de Seebcrç.
qui sont les débris d*une batterie établie parles Français sur ce poste élevé.