ÉTUDES D'ARCHITECTURE EN FRANGE
OU KOTIONS RELATIVES A L'ACE ET AU STYLE DES MONUMENTS ÉLEVÉS A DIFFÉRENTES ÉPOQUES DE NOTRE HISTOIRE.
Voy. la Table des dix premières années, el les Tables de 1 84 3 à 1 847.
HABITATIONS, HOTELS, CUATEAUX ET JARDINS FRANÇAIS AU DIX-SEPTIÈME SIÈCLE.
Vue du chàleau du Vaux, bâti par Lcvau ((653).
ffabUations et IlôUU.
Quelque admiration que Ton profère pour les nombreuses el remarquables productions du moyen Age, on ne peut cependant se dissimuler Tinhabilelé on, si Ton veut, rinexp^rlcnce des constructeurs de celte époque dans la distribution intérieure des habitations. La société du moyen âge, par saconstitu'don même, s'opposait à ce que Tarchitecture domestique pût acquérir un grand développement. La nécessité de maintenir les villes dans un état de défense permanent et de les prémunir contre les attaques incessantes du dejiors , entraînait IV bligation de les renfermer dans une enceinte de murailles aussi resserrée que possible , qui en limitait de prime abord Peitension. Si Ton imagine en outre Tespacc occupé dans ces villes par le très-grand nombre des églises et des couvents, on concevra facilement combien il restait peu de place pour les habitations proprement dites ; les bourgeois étaient d'ailleurs portés à se resserrer les uns contre les autres pour se prêter un mutuel appui. Chacun était forcé de restreindre son logis le plus possible dans un espace exigu ; de ces diverses causes naissait Tobligation de chercher, à Taide de la superposition , respace qu'on ne pouvait obtenir en surface. Puis ifne sorte d'émulation vaniteuse s'ajoutait à celte tendance naturelle : les nobles et les seigneurs voulaient que leurs habitations s'élevassent au-dessus de celles des simples bourgeois; les édifices publics, à leur tour, s'élevaient pour dominer les habiutioas ; enfin les monuments religieux s'élevaient encore davantage pour dominer les édifices civils. C'est ainsi que rentas^cment des constructions et retendue TomiXVL—Mai t(t4t.
restreinte des villes sont la conséquence inévitable des mœurs d'une société peu civilisée ; le développement de la civilisation se manifeste au contraire par le besoin d'extension et la libre jouissance du sol. A partir du dix-septième siècle, les habitations des riches et des nobles, qui avaient été jusquelà les pUis élavées, deviennent précisément les plus basses ; et tandis que c'était autrefois un signe de puissance et de noblesse que d'avoir un hôtel dominant les habitations plébéiennes, aujourd'hui l'habitation des riches se compose ordi nairement d'un rez-de-chaussée surmonté au plus d'un pre mier étage, et souvent même d'un re»-de-cliaussée seulement. Ce qu'on y recherche avant tout, c'est un vaste plam-pled, de l'air et de la lumière. Les habitants de la classe bourgeoise, et à plus forte raison ceux de la classe pauvre, sont encore réduits à s'entasser les uns au-dessus des autres pour avoir la jouissance d'un certahi nombre de pièces au même niveau* Remarquons d'ailleurs que cette élévation des maisons modernes , compensée par quelques avantages, tient à d'autres causes que celles que nous avons attribuées aux maisons du moyen âge, et que nous aurons bientôt Toccasion d'apprécier.
Il est donc bien constant que les hablutions particulières en France , antérieurement au dix-septième siècle , étolent loin d'offrir la commodité et l'agrément qu'on est parvenu à leur donner depuis , bien que, sous ce rapport , l'art de bâtir ait encore beaucoup de progrès à réaliser.
L'origine des changements dans les habitations françaises remonte bien effectivement à l'époque de la renaissance, ahisi que nous avons déjà eu occasion de l'exposer (voyer
1842, p. 126). Mail ces premiers changemeûis portèrent plulôl sur Tari propremeni dit, sur le slyle el le goûl des foroies arcbitectorales, que sur la cUstribuUoo et la disposilioû du plan. La renaissance se distingua surtout par rintelii- ^nce et Tbabileté avec lesquelles elle sut faire profiter la France des améliorations eoipruutées à rilalie. Toutefois il appartenait au dix-septième siècle de déterminer dans les constructions françaises la même transformation que celle qui s'était opérée dans les mceurs et \m babitudes de la société. En même temps que Texislence devenait plus paisible, H était naturel de clit^rcher à la rendre plus commode el plus agi'éable ; la dêûancc , eugeodrée par une féodalité brutale et lyrannique , avait fait place à uoe sécurité dont on sentait d'autant mieux le prix ; les rapports sociaux étant plus faciles et plus communs, on tealit le besoin de se grouper et de se réunir. On peut dire , en un mot, qu'au dix- ^epti^»le siècle se rapporte Tavénement de cette sociabilité franriii'te qui exeri^a une si grande influence sur la pbilosopiiie , la littérature et les beaux-arts de notre pays.
Tue femme du grand monde, Itatteane d'origine, qui dut aux CLiarmes de sou esprit et à une instruction réelle l'autorité qu'elle exerça sur la société de son temps, Uiaugura vers 1610, avec un grand succès, ces réunions choisies, qui ont acqtiis à Pbùtel de itamboulllet une éclatante célébrité.
Cet hôtel , situé dans la rue Saint-Honoré , et qu'on appelait alors l'hôtel Pisani, ne présentait» comme toutes les iinciennes habitations de ce temps-là, qu'un amas de bûtiments inégulieis et mal distribués qui ne répondaient plus aux nouveaux beitoUis d'une société entièrement régénérée. La marquise de Raml)ouiilet , mal satisfaite des plans qu'on lui proposait, %x>ulut en dresser elle-même, comme pour se faire, même sous celte forme , l'interprète d'une société dont elle devait* pour ainsi dire renouveler et raffiner les plaisirs. Ce fut oour elle comme une inspiration : un soir, aprèa f avoir bieu rêvé , elle se mit à crier : « Vite du papier, j'ai trouvé le moyen de faire ce que je voulais, o Sur l'heure, elle en traça le dessin; on le suivit de pohdt en point, a C'est d'elle, ajoute Tallemant des Réauxqui rapporte cette anecdote, qu'on a appris à mettre les escaliers à côté pour avoir une grande suite de chambres , à exhausser les planchers et à faire tes portes hautes el larges, et vis-à-vIs les unes des autres. » Sauvai entre à ce sujet dans de plus amples détails qui nous paraissent d'autant plus intéressants à transcrire qu'ils émanent d'un contemporain qui a vu ce dont il parle. Sauvai rapporte donc que 4t Catherine de Vlvone, marquise de Hambouillet , passe pour arolr elle-même fait et donné le dessin de son hôtel ; que son goût fm et savant tout ensemble a découvert à nos architectes des agréments , des commodités et des perfections Ignorées même des anciens , et que depuis ils ont répandus dans tous les logis propres et superbes, b Décrivant ensuite l'hôtel Hambouillet, il s'exprime ainsi : a Sa cour, ses ailes, ses pavillons et son corps-de-logb ne sont, ^ la vérité, que <i'une médiocre grandeur ; mais ils sont proportionnés et ordonnés avec Uint d'art qu'ib imposent à la vue et paraissent beaucoup plus grands qu'ils ne sont en eiïet. C'est une maison de briques rehaussée d'embrasures, d'amortissements, de chaînes , de corniches , de frises , d'architraves et de pilastres de pierre. Quand Arlhénice (1) l'entreprit, la brique et la pierre étaient les seuls matériaux que l'on employât dans les grands b&tlments; ils avaient paru avec tant d'applaudissement sur les murailles de la place Dauphine , de la place Royale, des châieaux de Veroeuil, de Monceaux , de fotttaiuebleau et de plusieurs autres éililices royaux et pubUet ; la rougeur de la brique , la blanclieur de la pierre et la Boiroeur de l'ardoise faisaient une nuance de couleur si agréable en ce temps-là , qu'on s'en serrait dans, tous les
(i) Ou M rappelle que te nom de baplème de la marquise de Hambouillet était Catherine , dont Mathcrbe composa Tana- I grtBiiiie ArfhfViioa , eomme &e promit mieux à la poésie. '
grands palais, et Ton ne s'est avisé que cette variété les ren« dait semblables à des châteaux de caries que depuis que les malsons bourgeoises ont été b&tles de cette manière (i>.
» De l'entrée et de tous les endroits de la cour, on découvre le jardin qui , occupant presque tout le côté gauche , règne le long des appartements et rend l'abord de cet hôtel non moins gai que surprenant : de la cour on passe à gauche dans une basse-cour assortie de toutes les commodités, et même de toutes ks superflultés qui conviennent à une grande maison; le corps-de-logis est accompagné de qnatre beaux appartements dont le plus considérable peut entrer en parallèle avec les plus commodes et les plus superbes du ixiyaume. On y monte par un escalier consistaut en une seule rampe large, douce, arrondie en portion de cercle, attachée à une salie claire , grande, qui se décharge dans une longue suite de chambres et d'antichambres dont les portes en correspondance forment une très- belle perpeciive. Quoiqu'il soit orné d'ameublements fort riches, je n'en dirai rien néanmohis, parce qu'on les renouvelle avec la mode, et (juc je ne parle que de clioses qui ne changent point. Je remarquerai seulement que la chambre bleue, si célèbre dau> les œuvres de Voiture, éUiit parée de son temps d'un amenblcineutde velours bleu rchaushé d'or et d'argent , et que c'était !c lieu où Arthénice recevait ses visites. Sts fenêtres sans «ppui , p qui régnent de haut en bas depuis son plafond jusqu A son parteive,la rendent tt^gaie et la laissent jouh' san^ obstacle de Tair, de la vue et du plaisir du jardin.
» SI nous admirons ces croisées au palais Cardiual, au petit Luxembourg et dans les maisons de la place Royale et de ' Itle Notre-Dame, elles ne sont que des images et des imitations de celles de la chambre bleue; c'est à aéomire (2) que les architectes sont redevables de ce nouvel eml>elli8sement.
Mais ce n'est pas le seul ornement qu'elle ajouta à Parchilecture. la rampe de son escalier arrondie en portion de ' cercle, et les portes en enfilade de son appartement, ont servi ' de modèles à ces escaliers circulaires qui ne conduisent que jusqu'au premier étage , et à ces longues suites de portes qui font les principales beautés de nos châteaux et de nos palais. »
L'hôtel de Rambouillet, centre de rémiion de cette société d'éUle qid donnait alors le ton à tout Paris, acquit bientôt une grande réputation et dut servir de type, sinon de modèle» à plus d'un hôtel construit à celte époque. Ou prétend que la reine Marie de Médicls voulut que Debrosse tint compte des Innovations de la marquise, dans la distribution du palais qu'elle ût construhre sur l'emplacement de riiôtel de Luxembourg (voyez i8/i5, p. 76). Râli originairement pour le cardinal de Richelieu , l'hôtel du petit Luxembourg fut sans doute imité de l'hôtel de Rambouille.t , dont le cardiual avait été un habitué ; mais ce bâtiment ne pouvant plus suffire au faste princier qu'il voulait déployer , Richelieu le céda à sa nièce madame la duchesse d'Aiguillon , dont les salons furent rivaux de ceux d^Arthénlce. En 1710 et 1711, Anne de Bavière, veuve de Uenrl-JuIes de Bourbon, prince de Ojndé, fit faire à cet hôtel, sous la conduite de Boflfrand, des réparations et adjonctions considérabes qui le changèrent en un hôtel mut nouveau, il faut en conclure qu'une habitation qui , au dixseptième siècle , pouvait être citée comme un modèle, était devenue tout à fait insuffisante un siècle plus tard.
Tout en reconnaissant l'influence que la marquise de Ram-
(i) Cette observation de Sauvai uous tiouue rexjilicfttioii de œ mot de Saint-Simon , qui disait que l'ancien diilcau de Tersailles, bâti sous Louis XIII, était un véritable cliiteau de cariée.
(a) Mademoiselle de Scudêry publia suUs le nom de son frère uu roman eu dix volume» a>ant pour tiliY : Mtamène^ ou le grand Cjrrus, Ce romaa , dont lea sceuet se passent sur 1^ bords de r£upbrate et dont les divers personnages lout déûgnés aotn des noms persans, est uoe allusion complète à U tociélà fraoçaiat de cette époque. Le septième volume contient une description du
palais de Cléomire, qui n'était autre que I
'i:!5k^ÔgTi^
MAGASIN PITTORESQUR
bovdWiH exerça de son temps sur la manière de bâtfr el de dfâtribtier'les kmbtltflions , fT ne faudrait ^pendant pas lui attiibuer le ïn<>riiè d'avoir ô eUe sewte opéré la transformation que subit alors TarchKeotnre doniestiqae en France. Madame de Rambouillet , qui possédait au plus haut degré ce tact«xquis et ce goût déHcat qui^ppartienneoi surtout aui personnes de son sexe, put bien avoir en gnnée partie Ifnltiaiti^ de ce progrès dans Part; nais tl appartenait à des hommes tels que Dticerceau, Debrosse , Meteeeau , Mansart, Lemoct, Lemercler, Levao , etc.» de développer avec la pul». sancc du talent tous les changements devenus nécessaires dans la construcUen des hôtels et des palais, aAn de ré^ pondre è cetix qui s'étaient opérés dans les mœurs ei les habitudes sodales dès le commencement du dix-septième siècle.
Le palais du Luxembourg, le palais Cardinal , et plus tard le pttlais Mazarin , sur lesquels nous avons déjà donné quelques détails (voyez i8Zi5, p. 237) , sont les exemples les plus propres à donuer une idée du luxe introduit à cette époque dans les habitations des grands personnages. L'étendue considérable de ces palais permit pour la première fois de disposer les bâtiments d'une façon ù la fols grandiose et commode. Pour la plupart ils ne le cédaient en rien h ceux des souverains : ils se composaient presque tous d'une longue suite d'appartements reliés entre eux par de vastes galeries et parfaitement disposés pour des réceptions nombreuses.
Dans un ordre secondaire , nous avons déjà eu occasion de citer, parmi les hôtels construits au commencement du dix-Mptî(^ siècle, ceux de Mayenne, de Sully, de Longue- ^ ville, l'hôtel Lambert , les malsons des places Royale et Dan- ' phine, etc. (Voy. 18à5, p. 323.)
Mais ce fut surtout pendant le règne de lAmia X) V^ l'onedes grandes personnifications de l'unité française , qn'ob perfectionna TMldehâiir et de distribuer les hôtels et les habitations particulières, Yji France, alors essentiellement monarchique, vil son arc*i1tecinre se développer sous cette influence. A la maison étroite et qui n'avait au plus que trois fenètred de face sur la nie , on préféra une maison k façîide vaste et dével(>j)|>ée, c|Hi eût eu quelque sorte l'apparence d'un palais ; et co qu'une seule famille ne pouvait obteivtr isolément , plusieurs i<' rv^li^icni par Passoeiation. Cette communauté d'existence, cette cohabilntlon de plusieurs famiHes dans la iii^me maison , familles de condition et de fortune diverse», qui ri pugue tant aux Anglais, s'explique très-bien «n France par Tonité religieuse, que la France, la première, a prise ]H>ur principe de sa constitution sociale. f>n maison française est , sons Certains rapports , xm dérivé du couvent ; c'est en cela qu'elle se rapproche plus qn^aucune antre de la maison italienne qui , au seizirme siècle, lui a servi de type. Telle est, selon nous , la véritable explication de ces vastes habitations bourgeoises dans lesquelles la commodité fut peut-être trop sacriliée à l'apparence extérieare , et qui depuis lors se sont traditionnellement perpétuées sor un même modèle, totalement différent de celui sm* lequel les Orientaux on les Anglais, par exemple , construisent leors habitations.
%A maison orientale , hermétiquement fermée k tons les yenx, est faite €n vue de satisfaire à cet esprit soupçonneux et jaloux qui caractérise les mahométans et certains penpies du midi de l'Europe. '
La maison anglaise emprunte son type particulier à l'esprit commercial et à la vie maritime de cette nation ; on y retrouve cette nécessité de tirer le mienx parti d'un sol trèsrestreint , dont le bâtissenr n'a souvent qu'une jouissance temporaire. Par la nature même de son territoire, qui peut être comparé à un grand vaisseau , l'anglais a été obligé d'apporter dans sa vie privée les habitudes d'un peuple navigateur , et il a fait de sa maison une véritable cabine ; tout y est extrêmement commode, mais petit, étroit, et, disons-le , presque mesquin : ne voulant pas trop élever sa maison au-dessus du niveau de hi voie publique, l'Anglsis,
pour se créer de l'espace, a préféré enterrer tm des étages au-dessous du sol; nue telle habitation a pu convenir au, caractère froid et personnel des Anglais, qui, par la nature de leur climat , sont d'ailleurs contraints de se renfermer le plus souvent dans leur intérieur, et qui, vivamsoos la loi protestante et sous un régime aristocratique très-puissant , ont peine à comprendre cette cohaliHstion commtrae de certains peuples du oontiaent. Étudiée de ce point de vue , et en faisant la part des conditions qui étid«it imposées, riiabliation anglaise, il faut le reconnaître, est dans son genre une soin lion très-satisfaisante de l'habitation privée.
Mais le Français à l'esprit ouvert , c<mfiant et généreux , a voulu des habitations vastes, peuplées de nombreux habitants, largement percées de fenêtres qui laissent abondamment pénétrer le soleil et la lirailère, et le mettent le phis possible en relation avec la voie publique. De là «ces hautes façades percées de nombreuses ouvertures et décorées avec une* recherche el un art totalement Inconnus en Angleterre, si l'on en excepte quelques habitations faites depuis peu d'années, à l'imitation du style français, dans les nouveaux quai tiers, et dont les façades affectent Papparence de palais.
C'est ainsi que l'architecture privée emprunte son caractère et sa physionomie dn caractère et de la nature même de chacune des nations chei lesquelles elle se prodnit , ou dea influences auxquelles elles obéissent, et que toutes les nuances qn'elle présente se rapportent intimement à celles que la succession des siècles a apportées dans les meeurs et les' habitudes sociales des ^ilTérenis peuples. C'est en cela que les habitations du dix-septième siècle, dont nous nous occupons particulièrement, reflètent très-exacteHrtwtle go*l, fcsprit et les mœurs de la société française , qnî ««^rait alors ée tontes les sociétés de l'Europe.
La disposition générale des hôtels de cette époque oonsfstatt m m coiT» de bâtiment principal, précédé d'une conr plus ou moins vaste, destinée 4 là circulation et au staiiottnement des carrosses ; sur les côtés de cette conr, des bàtimenis de dépendance f>our les l'émises , les écuries et les commfms avec des entrées séparées eur la rue; derrière le bâtîm^ni d'habitation un jardin, auquel donnaient accès les pniiesfenêtres drt^ a}>partcments du i*ez-de chaussée. U v€>lrl>«!e et l'escalier élaienl ordinairement placés dans im angle, qu*»!quefois aussi au centre même du bâtiment. Outre l'escalier fn-indpal qui s'arrêtait an pi-emier étage , des escaliers do dégagement éuicnt disposés de manière à faciliter le service. Les appartements se divisaient en appartements de réception et en appartements d'habitation : les premiers, situés à rezde-chaussée, se coniposalent de plusleui-s grandes pièces différentes de forme et de décoration , appropriées à l'usage auquel elles étaient destinées, et mises en relation entre elles par des percements pratiqués avec symétrie. Les appartements d'habitation étaient ordinairement au premier étage ; ils offraient des recherches et des commodités auxquelles on n'avait pas été habitué tntérieuremtnt à cette époque. Au dix*septième siècle, la dimension des portes fut notablement accrue ainsi que celle des fenêtres; on éleva celles-ci Jusqu'aux plafonds pour les mettre en rapport avec les portes et à hi fois pour donner plus de gaieté à l'intérieur, en permettant de jottir de la verdure des jardins. La hauteur • des étages, et ta grande dimension des pièces dont. se composaient les appartements, permirent d'introduire un nouveau système de décoration , d'y apporter à la fois plus de recherche et plus de luxe. La peinture et la sculpture, ces deux soeurs jumelles de l'architecture, furent appelées à lui prêter leur concours pour réaliser ces harmonieuses décorations dont l'Italie, jusqu'alors, avait conservé le privilège.
Ce qu'il importe de remarquer dans les productions arclitteciurales 'de cette époque , c'est l'uniformité qui existe dans la disposition, la distribuUon el le mode de construction des bâtiments , c'est l'unité de style qu'on retrouve dans les moindres détails : toute» les (ormes de la menuiserie, ét^
serrureries^ tous les éléments décoratifs éuicnt empreints du même caractère ; il en résultait celte harmonie complète qui est le signe de tout art vérilablc. Quant au goût proprement dit qui dominait alors , ce n'élait certainement pas le pins pur ; mais les arts ne peuvent se soustraire à Tinfluence du goût général qui prévaut dans chaque période sociale, et Ton peut affirmer que les mêmes artistes , doués des mémos facultés « s'ils avaient vécu à une autre époque, se seraient manifestés d*une autre façon , tout en déployant le même talent.
Les hôtels dans lesquels on fit Tapplication de tous ces perfectionnements , étaient extrêmement nombreux h Paris; mais, bien qu'on en construisit dans différentes parties de la ville, ce fut le faubourg Saint-Germain que choisirent de préférence ceux qui voulaient se Caire bâtir un hôtel. Là le terrain était libre ; aussi les rues furent-elles tracées régulièrement et les façades élevées sur un alignement commun.
Ce nouveau quartier fut presque exdusiTement compote d'hôtels. La classe bourgeoise el^marchande de la population ne pouvait, en effet, abandonner Tintérieur de la ville pour un quartier aussi éloigné du centre du commerce et des affaires.
Dans le nombre de ces hôtels nous citerons l'hôtel de Chevreuse, rue Saint-Dominique, pat Lcmuet; Thôtel de Beau vais, rue Saint-Antoine, par Lepautre ; Thôtel du Plessis- Guénégaud, quai Malaquais, près la rue des Petits-Augustios, qui vient d'être démoli tout récemment ; l'hôtel de la VriUière (aujourd'hui la Banque de France], b&ti par François Mansart, et dans lequel on admire la galerie qui fut décorée par Cotte lorsque cet hôtel fut acquis par le comic de Toulouse; l'hôtel de Clermont, rue deVarenne, bâli par Leblond ;• l'hôtel de BcUe-Isle, rue de l^ille, bâti sur les dessins de Bruant ( le jardin en terrasse qui règne sur le quai est d'un très-bel effet ; il est établi sur des souterrains
Vue du château de Maisons, bâti par François Mansart (1657}.
voûtés d'une grande solidité); l'hôtel de Soubisc (aujourd'hui les Archives du royaume) , rue de Paradis , commencé en 1706 sous la conduite de Lemairc, architecte : la cour tu est spacieuse et l'ordonnance grandiose et monumentale. On peut prendre une idée des principaux hôtels bâtis à Paris au dix-septième siècle, dans l'ouvrage de Marot, qui a gravé les plans et les façades les plus remarquables.
Tous ces hôtels étalent élevés pour les familles nobles, pour les dignitaires du clergé , les chefs de la magistrature et les riches financiers ; en général ils ont conservé les noms des familles auxquelles ils ont originaû-ement appartenu. Quelques-uns sont devenus des propriétés bourgeoises et ont été livrés à la spéculation ; d'autres sont occupés par de grandes administrations publiques qui ont pu s'y installer très-convenablement Un certain nombre a été acquis par la noblesse de l'Empire, et quelques-uns enfin sont restés aux héritiers de leurs premiers propriétaires.
Dans des proportions naturellement très-rcst rein tes , les habitations des riches bourgeois furent une imitation des
hôtels, et l'on y introduisit, autant qu'il était- possible, quelques-unes des modifications adoptées dans la dislribuUoD des appartements : le même goût présida à leur décoration, mais nécessairement avec moins de profusion et de luxe; les maisons du dix-septième siècle , fort nombreuses à Paris , sont très-reconnaissables au style de leur architecture. Elles sont en général très-bien bâties en pierre de taille , leur toiture est assez élevée et ordinairement disposée en mansarde, les fenêtres sont plus grandes que dans les maisons modernes. 11 existe également des maisons et des hôtels du dix-septième siècle dans les principales villes de France, qui, sauf de légères différences, sont construits sur le type de ceux que nous avons décrits.
Châteaux et habitcUions de campagne.
Nous avons indiqué avec quel rapide succès l'architecturp de la renaissance se développa dans les châteaux ou seizième siècle ; mais nous avons reconnu en même temps
combien les distributions intérienres de ces cbÂteanx étaient encore restées imparfaites et pea commodes ponr Tbabîtation ; elles différaient en effet très peu de celles des cbAteaux du moyen âge : c'était toujours une suite de grandes pièces en enfilade, mal closes, mal chauffées, sans dégagement ni dépendances, mises en relation par des portes basses et étroites ; le tout desservi par des escaliers en vis placés, comme accidentellement, sur les façades, dont ils déparaient souvent Tordonnance extérieure, sans avantage réel pour les communications. Au dix-septième siècle tout était donc à faire à cet égard, et ce fut réellement à cette époque que l'on introduisit dans les habitations de la campagne, les perfectionnements qui avaient été adoptés dans celles de la ville. Inférieurs aux châteaa| de la renaissance sous le rapport
de Fart, les châteaux du dix-septième siède leur sont bien supérieurs dans Tensembie , et surtout sous le rapport de la commodité des distributions et des recherches qui peuvent contribuer au bien-être et au charme de la vie. Plus libres que pour la construction des hôtels élevés dans Tintérieur de Paris , les architectes du dix-septième siècle purent donner phis d'essor à leur imagination*, et , jaloux de rivaliser avec les œuvres des artistes les plus célèbres de l'ItaHe , ils dotèrent la France d'édifices qui feront toujours la gloire de notre architecture et qui furent pris pour modèles par tous les pays de l'Europe. Le château français de cette époque se développe noblement sur un plan symétrique et largement conçu , il est admirablement construit avec des matériaux de choix ; la masse dt» bâtiments est toujours
Vue du diâteau de Riclirlieu en Poitou, \M par Lemercier.
moniimemale, et les combles élevés dont ils sont couronnés produisent une silhouette heureuse qui leur donne un aspect grandiose. L'usage d'entourer les bûUments de fossés se conserva lraditionnell%ment dans quelques châteaux du dbt-scptième siècle ; ce n'était plus évidemment comme moyen de défense , mais uniquement pour donner à ces habitations nobles une physionomie particulière.
Le château que François Mansart construisit sur le bord de la Seine pour le président de Maisons est un des plus remarquables qu'on puisse citer , et dut servir de tyi>e aux châteaux qui furent élevés postérieurement sur la surface de Ja France. Il mérite à cet égard de fixer l'attention, et l'on peut juger de son ensemble cl de sa composition architecturale par la vue que nous en donnons. Ce fut aussi François Mansart qui bâtit le château de Fresne. La quantité de dhâtwux bâtis en France pendant le cours du dix-septième siècle fut considérable : le plus grand nombre a été détruit, parmi les plus intéressants , soit par le mérite de leur architectorc , soit par la célébrité des familles par lesqueUes Us
furent bâtis , on distinguait parliculièrcmeot : le cl)âica& de Richelieu en Poitou , bâti par Lemercier , remarquable par sa situation , son architecture et surtout par les nombreux et rares chefs-d'œuvre de la sculpture antique que Richelieu y avait réunis (ce château étant resté inachevé k la mort du cardinal, Jean -Armand Dnplesais, duc de Richelieu » héritier de ses biens, le fit termhier et l'enrichit d'une précieuse bibliothèque ; la vue que nous donnons de ce château est empruntée à l'ouvrage dans lequel Jean Marot a réuni Ici plans, façades et vues de cet important édifice) ; dans le Toistnage de Paris, le château de Ruel qui appartenait également à Richelieu et dont les jardins avaient été disposés a?ec beaucoup d'art ; le château de Gagny , bâti ponr madame de Montespan qui fut le début de Jules Hardooin-Mansart (Il existe un ouvrage spécial sur ce diâteau ; la conceptkm grandiose de l'ensemble du château de Glagny pouvait facilement faire pressentir que Mansart serait appelé â ezeiter ses talents sur un plus vaste théâtre). Nous devons citer anisi le château de Sceaux qnl fut construit pour Golbert, en i673|C
fitideviiit plus tacd la propiiéié des ducs du Maiae ; le chftteau dBs^^QCsde I^uyaes à Il^nopierre^ ««quel Jules Uardooia^ Maoaart lit d'importantes adjonctions; le chAteau de Berny, fkcoiiriétd du chaocelier Brulart de Siliery ; Cbantilly» célèbre put^i jardins et «es magnifiques écuries» et qui servit de sfiimite a» grand Qmié pendant sa disgrâce } les ciiàteaux éeSfaavigoy tt4e Tanlaj^ bfttis^ar Leyiact; celui de Marly pari^laosart» dont nous avons donné une description dé- MIU^ (togF. ibUHf p. iOô). Lie célèbre cliAteaude Vaux, témoigBSge de te prodigalité du surintendant Fouquet« fut élevé 0M» la eotfdttiiede ijevaa en 165^ ^MemolseUe de Scudéry a faii une «description da chMeau et des jardins de Vaux , 8#is le noinide Vallerre« dans le dixième lome de Clélie, pages &D9A 'Otsulvantes. ^le dit, h pi opes des eaui qui embellissent les jardins de cette belle habitation, que M. Fouquet avait divisé une rivière en mille fontaines et réuni mille fontaines en torrents. Ce fut dans sa belle propriété de Vaux que le surintendant Fouquet donna à Louis XIV cette magnifique fête qui fut immédiatement suivie de sa disgrâce. On trouve une description de celte fête dans une lettre adressée par La Fontaine à M. de Maucroix, il existe aussi de La Fontaine une pièce de vers intitulée : le Songe de Vaux.
Aujourd'hui que la plupart de ces productions architecturales du dlx-septième siècle n'existent plus , et que celles qui ont échappé à la destruction sont complètement dénaturées , il serait très-diificile de se les représenter dans leur s[>)e[Kkur primiuvfi &i nous ne poi^^édlons les descriptions tt les graTure* qui nous mettent & même de nous en faire une juste idée.
Jarâim françaii*
Ce fut «encore de lUialic qm la France apprit à composer et a jardifis dans ksqud* les ressources des beaux-arts se iiiârlam b ceiles de b nilure , panfînrenl à créer des mervelîled qui excitent encore Bdjaurd'hoi notre admiration. La ninnière dôDi les rtalieoioommimccKni les premiers à cornpK^ndre ta dlsposiiion de^ jardins cl+^jK?udani des riches halïiutions , constitua un ml Ti^riu^ble dont le célèbre Le ISnsîre est m France le plus oMt^bi n représcntint. Cet art I onsisîe h «ottuicitre le phn des jardins à des formes symétriques etréguïiùri^-i suscepiiblci de sp coordonner arec celles des bâtlA^u, ci u cr^cr art ifiriflkment certains effets qui ne KaflTâknt exister ihms h iK-itiire» Ce syaièaie decompo- %ï\im des jurdluN ^^l prév^liu suriout en France au dixs^-ptième sîùdt^ , esi u^ni Vappo^v^ de celui que les Anglais ont emprunté aux Chinois, et qui consiste è refirodaire dans les jardins les accidents de la feature et la nriété qne présentent les points de vue pittoresques é^ la campagne. La préférence à donner à Tun ou à Tauire de ces deux systèmes dépend uniquement de l'application qu'on doit en faire. Autant en effet il serait cféplacé et ridicule de prétendre obtenir . dans un espace trop exigu ces effets séduisants qui se prodtiisent d'eux-mêmes dans la nature livrée à elle-même, autant on peut fadiemênt admettre qu'une certaine liberté doit être laissée dans la plantation d'un jardin qui occupe une vaste étendue; nous ne croyons donc pas que Tun de ces deux systèmes doive prévaloir à l^exclusion de Tantre : il s*agit seulement de les adopter avec convenance et discernement. I^ersonne ne saurait contester l'effet grandiose dte ces jardins français dans lesquels rintervention de rarcbitecte domine celle du jardinier. Ce genre de jardins comporte un luxe et une richesse d'ornements qui ne sauraient trouver place dans les jardins dits anglais ; car la régularité des plans , la symétrie des lignes peuvent seules se prêter i l'emploi des statues, des vases, des bassitis, etc., tels que nous les voyons embellir la plupart des jardins qui décorent les châteaux que nous avons décrits précédemment. C'est aussi seulement dans le genre de jardin» dits jardins h la française que l'on admire ces terrasses multipliées , ces rampes, ces fontaines, ces cascades qui réalisent
tout ce que l'imagination peut concevoir de plus merveilleux. Si la France a pris l'Italie pour modèle dans ce gcnra de jardins» noua ne craignons pas de dire qu'elle l'a prompteinent surpassée et que rien en Italie ne saurait être comparé aux anciens jardins de Meudon , de Vaux , de Chantilly, de>Ruel, de Marly, de Saint^Ooud, et surtout k ceujt de Versailles qui sont l'expression la plus magnifique et la plus complète de cet art dans lequel Le Nosure s'est acquis une célébrité universelle.
Les architectes du dii-septième siècle, appelés & bâtir de vastes et somptueux palais dans lesquels il leur était permis d'épuiser toutes les ressources de leur art , avaient compris qu'il importait de mettre les jardins en harmonie avec les lignes régulières de l'archilecture, et c'est surtout la réalisation de ce principe qu'il faut admirer dans la plupart des jardins français de cette époque. Mais si les parties des jardins qui a voisinent les bâtiments d^habitation doivent se coordonner avec leur plan dont ils sont le complément indispensable, il convient que celles qui s'en éloignent de plus en plus soient plantées avec plus d'irrégularité, et du mélange des deux systèmes on a souvent composé des ensembles très-satisfaisants.
Le système des jardins réguliers on à la française, appliqué jusqu'à l'excès, comme tout ce qui dépend du goût des hommes , tomba dans une exagération de symétrie et de régularité qui le rendit bientôt ridicule et bizarre. Au naturel orné avec art on substitua un genre uniforme et compassé qui devint très-fastidieux. Cette décadence de l'art inauguié avec tant de succès par Le Nostre amena la proscription du goût dit français qui régnait alors universellement dans tous les jardins de l'Europe , et ce fut Bacon qui le premier en Angleterre proposa d'adopter un tout autre principe dans l'art de desalner fes jardins. Addison et Pope appuyèrent ensnitf" ce nouveau système, et vers Pan 1720 Kent, homme de goût, parvint à le réaliser avec succès, f^ cette époque le goût des jardins anglais l'emporta sur celui des jardins français, mais quoique le genre anglais soit devenu assez général en France, le goût des jardins réguliers a continué de s'y maintenir. I^es magnifiques jardins des anciennes habitations royales , ceux destinés à la promenade du pubK<', composés d'après l'ancien goût français, tels que Versailles, les Toileries, le Luxembourg, auront toujours des admirateurs.
Si nos lecteim veulent connaître avec détail ces magnifiques habitations du dix-septième siècle et de ces jardms dans lesquels on avait réalisé de véritables merveilles, nous les invitons à consulter les gravures d'Israël Sylvestre et de Perelle , q«i en donnent des représenutSons très-fidèles.