‹ Le Magasin pittoresqueChapitre 74 sur 185 · GEOFFROY SAINT-HILAII\E EN PORTUGAL · texte numérisé non relu

GEOFFROY SAINT-HILAII\E EN PORTUGAL

là mission de Geoffh>y Saint-fiilaireen Portugal , qui a valu à nos divii-ses collections des richesses si précieuses, peut être citée comme un des plus beaux exemples des avantages positifs qui résultent de la modération et de l'humanité dans rexercicedu pouvoir. Elle est pleine d'incidents de toute sorte qui fout de son récit un des chapitres les plus intéressants de Tliistoire de cet Ulusure savant.

Lors de l'occupation du Portugal en 1807, l'emperem*, qui ne séparait jamais les intérêts de la science de ceux de la politique , voulut qu'un* naturaliste s'y rendit aussitôt pour en explorer les richesses scientiflques que t^ Itmi^ue domination du Portugal eu Amérique y avait accumulées. D'après les termes même» de la- décision impériale, l'envoyé du gouvcrncuient français devait visiter les collections d'histoire naturelle et déterminer quels objets pourraient être transportés à Paris. Sur la demande de Geoffroy Saint-Hiluire, chargé de la mission , on joignit à Thistoire naturelle nonseulement toutes les sciences en général , mais les lettres et les arts. Ses mstructions confldentielles lui donnaient d^ail^ leurs des pouvoirs illimités.

Par une détermhiation plebie de grandeur et donr h sofi» devait amplement monu*er toute la sagesse, Geoffroy Saint- Uilaire voulut qtit sa mission fût également profitable au Portugal et à la France. Les collections du Portugal étaient riches en objets rapportés par les navigateurs des pays lointains , mais incomplètes sur d'autres objets non moins tanportants, désordonnées, mal classées: notre savant conçut ridée d'emporter avec hii plusieurs caisses remplies des doubler (jht Mnséum qui » inutfies ici , devenaient là-bas du plus haut prix, et par conséquent de servir les intérêts de la science dans les deux pays à la fois.

Arrivé à Lisbonne, après avoir failli être massacré en Espagne, qu'il venait de traverser au milieu du premier feu de rinsurrection contre les Français , il fut accueilli à bras ouverts par Junot qui avait été son compagnon en Egypte , et qui, disposant d'un pouvoir à ptni près absolu, lui assurait

d*avance tout rupputdont i\ poofvalt «teir besoin diuiSriKi mission. Ordre fut donné aux oonservaieurs des musée» et biblioliièqiies de l'État et des co«TCft|s, mêmQ<dcfl pertionUees émigrés, de comsauniquer au isommiasa^re impénJaltootos leurs richesses et de déférer à toutes ses deaaandeft. «Qe fUt une alarme générale: on voyait déjà le Ppfftugal dépouillé, au profit de la France, de toutes ses rioliesBes iUtéfâires et scientifiques. L'alarme ne dura pas. Geoffroy &dnt*èli|aiie commença par déclarer que les- dépôts publics ou des tioUr vents seraient tous visités par lui^ mais aimpleoient en qMaMuS d'inspecteur» Le ricbe couvent de Notre^-^Dame de Jésus tregut le premier sa visite, ilialasa aux moines tout ce quTils tenatenft à conserver, et reçut d'eux seulement des ta^es dont «ils étaient loin d'apprécier l'importance et qoelques-échantilloiip de nBOBéraiogie qu'ils possédaient^ en douWe. Aussi « luto'de lui rien caciier, s'empressait-on de tout lui étaler, À MtÊàr Vincent de Tora, cmame il admirait de précieux nianusctits qu^on venait de lui montrer, les religieux, pensant que cette admiration n'était que le préambuJe adpuci d'une demandb formelle, s'empressèrent d'aller aiHdevant, en lui demandant seutement la permission d'en prendre poiur eux des ooplesi tt Jo suis venu, leur répondit-il, pour organiser ies éludes let non pour en enlever les éléments. » Et il se contenta de daine dan» ce couvent ce qu'il avait fait dans l'autre, liais les ra^ ligleux dans leur joie furent plus expansifs : ils s'avisèrent de lui envoyer un présent, n C'est dommage «dit Geoffroy Saint-Iiiiaire ca partant, j'avais envie d'aller faire mes aJieux à ces ix)ns religieux, i»

Les cabinets d'histoire naturelle du gouvernement n'eurent pas moins à se louer de lui. 11 s'agissait ici du bleu du roi ; et, quoique plus libre, il ù aby^ ^tm dâ^iitad^v. Ce;? i>ibitl€t£», lora de son arrivée , nV^Liienl qu'un auiii» d^objetsi mu (!(> terminés offerts à la cmiusiié publii^ae ÏMn iûu\i>t tja'.tuK études et aux rechercha >< dn >;(V.iutp iV %on dépdvU luol éUiii changé. L'ordre méth(.nlù|iie ei l'éik[Hcitfgi.' i^E^ic»! iutruduils, et la précieuse sérltt de inii]ih-Ju.v ap^mv^v p(a lui lie Paris avait avantage UK-miiiif retupUcr 1(*t< rlmibki muUt lesquels il l'avait échangée.

Il ne se contenta pas de protéger le* rolîwciîoni», il pMiîéts*!.* les savants. L'amitié de Juml Uû on fomu]h»ikil U^ uit^ycnsk» Beaucoup de savants , aUarUt^.'v h l'anckn^ t/rdre ilu choses, se trouvaient victimes liii aauvc#iu; tb inirenl dè^^igts en Geoffroy Sahit-Uilaire un confrère dévou<S. Ami»J rtio- ûi-si professeurs les plus distingués ik ruiîiv»:r"sîté de aiïji*^w, k botai\iste Brotero, suspt iulu ei in hé dt i*ea ap|)oiA*K*ufccab , s'était réfugié dans un liiuiiuurg oti il vivait i^bficm^émctit dans la dernière miser l'. Gt^ûlfiuy Sain 1*1 Hi&trç coun di^M lui, se fait son avocat jupnr, ! - ':;;-:, -^^ i- •. '"'oui?, Brotero reçoit cependant le lendemain une partie de ce qu'il réclamait, avec l'invitation de garder le silence, a Le général, dit-on, ne veut pas même que vous le remerciie}&, oor la chose se saurait et tout le monde réclamerait comme vops. » Malgré cet avis , la reconnaissance l'emporte ; Brotero écrit au duc qui devient furieux , car il prend ces remercimenis noib médités pour une ironie. Biais bientôt l'aveu de la ptcusc supe)E*c]^lifr4e ieotfitoy Sain^ffiUdre le touche, le di^sarm^, et il accorde ce qu'il avait obstinémeal reAisé jusque-là.

Il en fut de même pour Verdier, meosère eorrespondani de i'EMtflut ât France. Gravement compromis dans les événements politiques du commencement de 1S08 , U était en exil et Junot se montrait extrêmement animé' coudre lui. A force d'hisistance, et après avoir attiré plus d'ime fois sur lui-même la colère du général, notre jeune savant obtint enfo le rappel de l'exilé; et ce fut Verdier qui en 1814, par un retour généreux, écrivit la relation des services rendus à l'instruction publique en Portugal par Geoffroy Sainl-Hilaire.

Mais de toutes les belles actions du même genre qu'il fut donné à Geoffroy Saint-Iiilaire d*accomplir dans cette époque de troubles et de réactions, nulle ne reçut une plus touchante récompense que le spr>ice q»^il[î^tf?^BÎ^^Siy^)^^PC

MAGASIN PITTOUESQUE.

l*archevèqtie d*Evora , menacé un instant pendant Inoccupation de cette ville. Quelques semaines après, l'archevêque, par son intervention tonte-puissante, sauvait à son tour les tiommes d^nn de nos postes surpris par l'ennemi et adressait à Geoffroy Salnt-Hilairc ces touchantes paroles: Je me suis souvenu de vous I

Après ics joui-s de triomphe, comme on le voit presque toujours dans les choses humaines , vinrent ceux du revers. Junot, réduit à 10 000 hommes contre Parmée anglaise débarquée sous le commandement de Wellington, se vit rédm't à évacuer le Portugal. Geoffroy Saint-Hilaire, qui avait figuré à la désastreuse affaire de Vimelra comme chirurgien militaire, dut suivre la fortune de son général et fut ramené en France par une frégate anglaise. 11 ne revenait pas les mains vides, car il les avait trop glorieusement remplies. Les commissaires anglais, dès leur occupation du Portugal, lui avaient signifié l'ordre d'abandonner immédiatement tontes ses collections ; mais, soutenu par l'Académie de Lisbonne qui avait eu tant à se louer de lui , par les persécutés maintenant puissants qu'il avait aidés. Il obtint que ses caisses lui seraient laissées, mais il titre personnel, et moyennant que, pour rendre hommage au principe, il en abandonnât quatre. C'est ce qu'il fit ; mais il en abandonna quatre qui lui appartenaient et qui ne contenaient rien de grande valeur (1).

(i) Les galcnes du Miiscum se trouvèrent enridiies d'une mullilude d'olijeU du Malabar, de la Cochiucliine, du Pérou et surloul du r.iésil, qui leur manquaient, et uicme de plusieurs es«

Ce n'était pas assez d'avoir amené les coliecdons en France : 1815 vint les y menacer. Le duc de Richelieu, prenant les devants, écrivit an ministre de Portugal pour l'inviter à faire valoir ses droits. La réponse du Portugal fut qu'on ne réclamait rien parce qu'on n'avait rien à réclamer, « Les commissaires de l'Académie et les conservateurs d'Ajuda , dit le ministre dans cette pièce officielle, considèrent que M. Geoffroy s'était refusé à user de l'autorité qu'il avait obtenue pour choisir des objets uniques ; qu'il avait seulement demandé des doubles, et que ce qu'il avait reçu lui avait été remis en échange d*objets de minéralogie, rares et inconnus dans le Portugal, qu'il avait apportés de Paris, et ù cause des sohis qu'il s'était donnés pour ranger et étiqueter Jes collections laissées h Ajuda. »

Voilà assurément une pièce unique dans les actes diplomatiques de 1815, et qui n'honore pas moins le Portugal que le savant français.

pcces totalement inconnues jusque-là dans la science , et qut Geoffroy Saint-Hilaire décrivit le premier, telles que les cariamas et les céplialoptèrcs. Mais il ne s'était pas borné à t*histoirc naturelle, et la Bibliothèque nationale lui doit un des plus précicui accroissements de ses manuscrits. « C'est avec un véritable éblouissemeut, dit M. Pavie dans son rapport au ministre de l'instruction publique sur ces manuscrits, que j'ai vu passer sous mes yeux des lettres de tous les souverains qui ont gouvertié le Portugal depuis z557 jusqu'en 17 i5, dom Sél>astien , le cardinal-roi Henri, Philippe II d'Espagne; de Louis XIV et du Dauphin, de Charles II d'Angleterre, etc. » Eu tout , cinq mille pièces originalei.

^»JJ/ï*fcR.*'^.'

Salom de 1 148. Peintare. — Le IioO| par M. Eugioe Delacroix.

Bureaux d'adoniieueiit et de tente, rue Jacob.. 30, près de la rue de» Petiti-Aagtistîns.

Page 1