‹ Le Magasin pittoresqueChapitre 90 sur 185 · DES ILES MADRÉPORIQUES · texte numérisé non relu

DES ILES MADRÉPORIQUES

Nons afons déjà traité ce sujet il y a quelques années • et c'est une raison de plus pour y revenir, car les observations hniQH depuis lors non seulement Pont amplifié , mais ont forcé do l'envisager sous uo aspect tout diiTérent, Bien qu'il ne s'agisse dans cette question que de faibles et misérables animaux, leur multitude, jointe & la constance de leurs opérations, leur donne une importance sans égale quant à leur action s<ir le globe. Celle de Tbomme, qui parait si considérable à en juger par tant de traces durables que sa main grave continuellement sur le sol, n'est rien en comparaison. l^*homme ne fait que modifier légèrement la superficie, tandis que l'on peul dire que les Madrépores bâtissent véritablement les continents. Toute la Polynésie et une grande partie des Iles de la mer des Indes sont leur ouvrage ; et ce n'est qu'une minime partie de leurs constnictions dont la presque totalité demeure ensevelie sous les eaux.

L'étendue sur laquelle ils opèrent est au moins égale à celle de l'Europe et de l'Asie , et , comme le montre l'élude de ces archipels et des bas-fonds qui les entourent, les assises qu'ils ont élevées et qu'ils ne cessent de continuer ont déjà une énorme épaisseur. On peul comparer l'ensemble de ces Madrépores à une immense végélation de prairies qui revêtirait la région océanique, et dont les herbages , au lieu de se dissiper successivement, se pétrifiant à l'automne, deviendraient chaque année la l)ase permanente destinée à soutenir la végétation de l'année d'après. Le niveau de la prairie ne cesserait de s'exhausser, et dans les parties les plus favorisées, il ne tarderait pas à se former des accumulations pareilles ^ des collines. C'est, d'une manière générale, ce qui a lieu sur les fonds de l'Océan par la végétation des zoophytes.

On conçoit donc sans peine que des lies soient formées par les polypiers qui couronnent le sommet des montagnes sous-marines , et d'autant mieux que l'on a constaté que ces animaux ne sauraient vivre plus bas que trente-trois mètres au-dessous du niveau de la mer. Les lies marquent donc les montagnes sous-marines, et c'est un point sur lequel il ne saurait y avoir aucun doute. Mais comment se fait-il qu'une quantité considérable de ces îles affecte la forme singulière d'une éUY>ite couronne, ayant dans son centre un bassin circulaire plus ou moins profond 7 Si les dépôts représentent exactement la forme des crêtes de montagnes sur lesquelles Ils se sont effectués, comme il semble naturel de le penser à première vue, il faut conclure que ces crêtes sous-marines offrent aussi cette forme , ce qui est le trait caràctértstiqoe des menugnes à icratères. C'est en effet l'idée qtri s'était priHrftiveroent accréditée et qui faisait considérer le fond de l'océan Pacifique comme «riMé d^mie innombrable multitude de volcans sons-marins. C'est la théorie que nous ayons nous-même exposée dans ce recueil, mais qu'une étude plus attentive des faits oblige main tenanlt à délaisser.

Le bassin central des lies en forme de couronne, au lieu de correspondre au cratère d'un volcan, correspond au contraire à la cime saillante d'une montagne sous-marine K voilà en deux mots la nouvelle idée, qui au premier abord semble paradoxale. Mais , si l'on ne l'adopte , comment admettre Texistence de celte OMiUUude de volcans qui, tous doués d'une hauteur considérable , puisque l'Océan est toujours profond entre les lies , se seraient pour ainsi dire accordés , comme un le voit dans la série des lies Maldives , h s'élever à en-

viron trente-sept mètres de la surface , niveau auquel les polypiers commencent à pulluler, sans que , de temps en temps, il y en eût quelqu'un quû prenait un peu plufi rie hauteur que ses voisins, se fil voir nu-de^sua des eatix ? Comment admettre , dç plus, qu'il y aîl ties volcans sousmarins d'une, dimension tetferwenl ïnusîï^e dans le reste de notre planète, que leurs craiêîres piiis*scnt offrir un dî^mflre de dix et vingt lieues, ce qui est elk'ciivemenï la v.ikur d'un diamètre de quelques unes û^n llrs annulaires de ia cliaïne des Maldives? Ce sont là é' graves drlficulii^â qui, à Tautre point. de vue, disparaissent l-^iali^nienu

Les Iles annulaires, ainsi qm? notis l'avons dîl, ne sont pas le seul produit du travail des polypiers : iï y a des étendues Immenses sur lesquelles ils travaillent et qui, n'étant point encore assez chargées de leurs di'jjùis, dcraeurenl cîichées 4 l'état de bas-fonds sous leseanx, et consîiuienl le plus grand danger de ces mers. Presque Uiute?! les lia u le s terres en sont bordées. Ainsi l'Ile montueuse di* Vanikoro, demeurée si malheureusement célèbre piir le naufrage de La ÏMionsc , est enUèremenl bordée, jusqu'à «ne Ijene environ, par m récif de corail qui, au lieu de s*appuyer sur le rivage , s'en trouve séparé par un canal (U prH de ceni Tut-tres t!-' profondeur. Si le récif conUniiait à s'élever de quelques mètres, on pourrait donc mettre l'Ile dans la classe des lies annulaires, sauf que dans le centre de la lagune s'élèverait une cime de montagne. Il en est de même à TaTU : tout autour du rivage , un canal assez profond , puis une sorte de renapart sous-marin bâli par les Madrépores, et sur lequel la mer brise sans cesse à une lieue environ du rivage.

La Nouvelle-Calédonie est aussi bordée par un canal et un rempart du même genre, qui se soutient sur une étendue de près de cent cinquante lieues. En un mot , les tles entourées par une couronne de Madrépores ne sont pas un fait moins général que les lies strictement annulaires. Il est donc d'une sage méthode, puisque ce fait semble moins extraordinaire , de commencer par s'en rendre compte, pour considérer ensuite quelles sont les lumières qui peuvent en résulter quant au premier. Or, un point capital et qui a été depuis longtemps signalé par Dampier, c'est que la pente extérieure des murailles de Madrépores est presque à pic et descend ainsi jusqu'à une profondeur considérable; c'est-à-dire jusqu'à mille mètres et plus au-dessous du niveau de trentesix mètres auquel ces animaux commencent à vivre. Ainsi leurs dépôts forment une masse qui vient s'appuyer sur la pente sous-marine de la montagne, à une profondeur où ces animaux ne sauraient vivre. Donc à l'époque où vivaient les Madrépores qui ont laissé leurs restes sur ce point de la pente, ce point n'avait pas la profondeur qu'il occupe aujourd'hui , et se trouvait au plus à trente-six mètres de la surface. Donc la masse de la montagne s'est enfouie depuis lors.

Or, considérons ces bancs de Madrépores situés sur les flancs d'une montagne qui s'enfonce graduellement et lentement dans le sein de la mer par l'effet d'une flexion générale deTécorce du globe, et voyons ce qui arrivera. A mesure que la base descendra sous le niveau de l'Océan , les Madrépores, i^trouvant de l'eau, continueront à s'établir sur son sommet et à l'accroître, cl si le mouvement d'enfoncement n'est pas plus rapide que leur travail , le banc , malgré ce mouvement souterrain , ne continuera pas moins de rester à fleur d'eau ; car sa hauteur au-dessus de la base«e cessera pas d'augmenter. Mais il n'en sera pas de même de la montagne centrale : à chaque abaissement qu'elle subira , l'eau gagnera sur les rivages en diminuant d'autant ce qui en demeure au-dessus de l'Océan ; si bien que, finalement, toute la montagne aura disparu , tandis que le banc de Madrépores subsistera toujours è peu près avec la même étendue superficielle qu'il possédait primitivement ; et loin qu'en correspondance de la lagune , il y ait sur la montagne un enfoncement analogue , ce sera , au contraire , la cime saillante

de la montagne qui se trourera aa-dessous du centre de la lagune.

Il reste à se demander ce qui arriverait si le mouvement d'abaissement du sol , ce qui est fort possible, au moins dans certains cas , ne s'opérait pas d'une manière uniforme ; si , par exemple , après avoir été assez lent durant une certaine période pour que les Madrépores eussent eu le temps de maintenir leurs constructions au niveau de la mer, il devenait trop vif dans d'autres périodes pour leur permettre de lui faire équilibre par leurs exhaussements. Or, il est clair que dans de telles circonstances, les flancs de la montagne sousmarine se revêtiraient d'une série d'anneaux madréporiques correspondant aux époques du mouvement lent , tandis que leurs intervalles, plus ou moins développés, correspondraient à celles du mouvement vif.

EnGn, on voit aussi comment il se fait que, dans celte partie de la terre, tant de cimes de montagnes paraissent au môme niveau. C'est que, quelle que soit la différence du niveau des cimes réelles , pourvu que ces cimes aient été originairement assez élevées au-dessus du fond de l'Océan pour que les Madrépores aient pu y travailler, leurs dépôts y forment aujour-

d'hui des revêtements qui s'élèvent tous pareillement au niveau de la mer ou à peu près ; car toutes ces tours madréporiques ont commencé jadis au même niveau , et ont acquis la même hauteur , une hauteur égale à celle dont le terrain s'est enfoncé.

Les lies à lagune , ainsi que les récifs formant barrière autour des terres, ce qui est le phénomène général , peuvent donc être considérées comme des preuves de l'affaissement du lit de l'Océan dans les régions où on les observe. De là des conséquences du plus haut intérêt, quant à l'ensemble des mouvements souterrains dont le grand Océan est le théâtre. Le long de l'Amérique du Sud, il > a des preuves nombreuses d'élévation , comme si cet étroit continent , pour reprendre toute son analogie avec l'Afrique , tendait à s'élargir. On y trouve en effet , en une multitude de points, des bancs de coquilles marines soulevés au-dessus du niveau de la mer. De là , en s'avançant vers l'ouest , on tombe dans une mer profonde et sans lies , et enfin l'on arrive à une bande d'tles ù lagunes et d'Iles entourées de récifs d'environ 1 tiOO lieues sur 200 , comprenant l'archipel Dangereux et l'archipel de la Société. Plus loUî,dansle massif des Nouvelles-

Montagne A , à demi submergée , laissant encore voir sa partie culminante A, et chargée sur ses flancs d'on récif de madrépores BB.

Montagne totalement submergée, montrant le massif de madrépores qui forme un anneau DD, avec une lagune centrale au-dessus du sommet.

MonUgnei submergées A^ B, C, à des profondeurs di • verses, stumontées d'anneaux de madrépores de hautems inégales , et arrivant uniformément à la surface de la mer.

tttMUigne entourée d'anneaux succcssi£i de madré- Iperes A, B, C, D , correspondant aux périodes suoâves de stabilité

Hébrides tf des Ues Salomon , on retrouve une aire de soulèvement, cardans celte région il y a des masses de Madrépores hors de l'eau sur le flanc des montagnes , comme on trouvait des bancs de coquilles près de l'Amérique du Sud. Enfin, plus à l'ouest encore, l'affaissement recommence « et l'on rencontre les récifs formant barrière autour de la Nou- ▼elle-Calédonic et de la Nouvelle-Hollande.

Si grandes que soient ces considérations , elles ne sont ce* pendant, comme on le voit, que la simple conséquence de cette observation que les Madrépores ne peuvent vivre à pUisd« 37 mètres de profondeur. C'est un bel exemple de ce prin-

cipe dëjà^énciontré en tant d'autres chrconstances, qu'il n*y a point d'obs ervations de détail qui ne soit grave , parce que dans la nature tout se lie, et que l'esprit, une fois en possession d'an seul anneau, parvient à dérouler toute la chaîne.

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me Jacob, 30, près de la rue des Petits-Augustlni. Imprimerie de L. MAatartT, rue Jacob /â^LC

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