‹ Le magicienChapitre 18 sur 22 · UNE MÈRE · texte numérisé non relu

UNE MÈRE

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Le 31 mai 1574, à sept heures du matin, Charles IX, roi de France par la grâce de Dieu, mourut.

Cette fin prématurée et mystérieuse confirma les soupçons de quelques seigneurs de la cour. Les uns tenaient secrètement pour que la Reine

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lui eut fait verser un poison leni; d'autres, parnn lesquels, assure-t-on, se Iroiivait le sieur Bourdeille de Brantôme, inclinaient à croire que cette mère eût éteint son fils au milieu de violentes et infâmes débauches.

Nous laisserons de l'ombre sur ces choses-là.

Elisabeth d'Autriche , la jeune et charmante Reine, la seule de toutes les femmes de la cour que Charles n'eût jamais aimée, fut la seule qui le pleura. Lui mort, elle rentra d'ailleurs dans cette pénombre et cet oubli où finissent , quand elles ne se sont pas rendues célèbres par de grands crimes ou des déportements excessifs, toutes les reines de France.

Le matin du jour où mourut le Roi, Catherine de Médicis reçut d'Ab-Hakek une lettre qui lui apprenait la mort de Stell. Sa douleur avait d'ordinaire un caractère de reine : elle était froide et solennelle; mais cette fois elle éclata en une sorte de rage : ses soupiis haletants, ses mains crispées et tordues lui donnaient des airs de lionne qui a perdu son lion.

Catherine aimait Slell.

« Le ciel me punit de faire mourir mon

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fils! — Je me croyais invulnérable, je m'étais entourée de la toute -puissance et de la débauche comme d'une double cuirasse contre les blessures de l'amour. Je n'avais qu'un coin du cœur qui fut encore sensible et découvert ; c'est par celui-là que le trait entre. — Stell mort! Oh ! la main de Dieu prend la Reine et la lord à l'endroit où elle est restée femme ! »

Sa douleur était si violente, que les sanglots ne pouvaient sortir et l'oppressaient; voyant alors que les larmes se refusaient à ses yeux brûlants, que toute sa poitrine était soulevée de soupirs inutiles et secs , ce qui la faisait horriblement souffrir..., elle se mit à s'arracher les cheveux et à se meurtrir les seins avec fureur, en criant :

(( Pleure donc , malheureuse ! — 0 vile comédienne que tu es, baladine de ce théâtre qu'on nomme la cour, tu as rentré si souvent tes larmes en toi-même, ou tu les as si bien usées à des douleurs feintes, qu'aujourd'hui que tu voudrais les répandre sur une douleur profonde et réelle elles te manquent et cela t'étouffe. — Souffre, pauvre Reine, souffre à petit

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i)ruit! — On (c ro.^arde |)cut-être; ces portes ont des oreilles et des yeux. On dirait : Voici la Reine qui étudie son rôle ; elle joue bien ; bravo î — Et l'on battrait des mains. — Horreur! — Encore, s'il était sûr que les morts vissent le fond de nos âmes, Stell verrait que je l'aimais : mais qui sait? — J'aurais dû le lui avouer : hélas ! il ne l'aurait pas cru , il m'avait vu tant de fois mentir. — Et puis, à travers tous les amours perdus, souillés, découronnés, qui m'entourent de leur fange et de leurs remords , je voulais m'en conserver un qui fût pur; je l'avais placé, au fond de mon cœur, sous une pensée douce et rêveuse , comme une fleur ou un vase d'or où l'on n'ose tremper ses lèvres , mais qui réjouit à voir. — Tous ces amours de nuit, Gondi, Touchet, Maurevel et les autres, ont expiré entre mes bras de satiété et de dégoût ; celui-là était le seul qui fût pour moi vivant , fleuri, inexploré, le seul que je m'étais réservé pour les jours mauvais; la mort l'a pris! — Oh ! cette maîtressc-là est plus reine que moi ! » Un huissier entra et annonça à la Keine par son silence que le Roi son fils se mourait. Elle

fut obligée de se rendre au lit du prince ; mais son cœur ne quitta pas la couche funèbre de Stell.

Au moment où elle entra dans la chambre du royal malade, tout le monde remarqua son visage défait, et, le soir, quand elle reçut les compliments de la cour, elle était si pâle et si souffrante , que plusieurs officiers du feu Roi en furent émus , et se dirent entre eux avec grande pitié :

« Comme cette mère aimait son fils ! »

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