SCÈNE II. r S
Mon visage et devienne à mon tour bateleur !
Moi ! Pinel ! Magister !
MOLIÈRE, très-naturellement.
On connaît ta valeur, • Ta science étendue et ta faconde habile, C'est justement pourquoi...
PINEL, se contenant.
Reste froide, ma bile !
Voyons, mon cher enfant, tu te moques...
MOLIÈRE
Non pas !
On compte absolument sur ton concours, là-bas.
PINEL, avec plus de calme.
Tu veux!... mais malheureux! mais c'est de la démence
Après ce que j'ai dit... quoi ! que je recommence
Ma vie et me transforme en bohémien errant?
Ton métier, eh bien, soit ! n'est pas déshonorant,
Et peut-être, jadis, ma fougueuse nature
Avait-elle, elle aussi, le goût de l'aventure
Et dé la gloire, mais, à quarante ans passés,
On a d'autres désirs. — Ainsi, mon cher, assez.
Je vis de bonne soupe et non de belle gloire,
Et — pourquoi le cacher ? — mon plaisir est de boire
(Avec discrétion et quand je me sens las)
Le jus de ces grains noirs que soutient l'échalas
l(J LE MAGISTER.
Lorsque la vigne, — à l'heure où septembre s'achève, Semble avoir un peu trop pris de sa propre sève... Ah ! la jeunesse peut parler d'un autre ton ! Mais à mon âge, foin des poulets de carton, Des jambons en bois peint et des superbes fioles D'où les vins généreux ne coulent qu'en paroles ! Pauvres comédiens ! quand arrive le soir, Soupez-vous seulement d'eau claire et de pain noir ? Rarement, n'est-ce pas ! j'en appelle à toi-même : Là, de quoi dînes-tu ?
MOLIÈRE, gai ment.
Mais, de ce que Dieu sème Pour les oiseaux et pour les faiseurs de sonnets.
FINEL.
Allons donc ! — A vingt ans, certes, je reconnais Que ce sont là festins dont le cœur se contente; Mais la gloire, l'amour, eh ! cela ne sustente Que médiocrement un ventre à cheveux gris !
MOLIERE
On aurait des repas pour vous d'un autre prix, Si jamais vous veniez, vous joindre à notre troupe. Klle n'est pas toujours en bois doré la coupe Où nous buvons ! Le vin qu'on y met, rouge et vif, Non, ce n'est pas toujours un liquide fictif.
PINEL
Ah! vous vjdez parfois...