SCENE II. i
PINEL
Ah bien!
MOLIÈRE
Mais La gloire que j'envie, et dont je me promets De tenter la conquête, est celle d'Euripide, D'Eschyle et de Sophocle!... Aussi, ma Thébaïde A-t-elle tous mes soins ; et ce modeste enfant Suivra de loin, qui sait? Corneille triomphant!
PINEL
En attendant mon cher?...
MOLIÈRE
En attendant, mon maître, A l'Illustre Théâtre, où je viens de me mettre, Accommodant au goût du spectateur français, Les auteurs étrangers, nous jouons des essais Qu'inspire la gaîté d'Espagne et d'Italie, Oui, nous nous enivrons du rire de Thalie !
Oh ! le joyeux métier que le notre 1
PINEL, dubitatif.
Joyeux?
MOLIÈRE, avec fougue.
Eh! qui serait morose aux rayons des grands yeux Si tendres, bleus ou noirs...
i 4 LE MAGISTER.
PINEL
Oui, je comprends du reste :
Madeleine Béjard ! une femme funesce !
MOLIÈRE
Madeleine^! funeste ! O blasphème infernal !
Alors, appelle aussi funeste le fanal Qui guide le pilote errant dans la tempête Vers le port souriant où la vie est en fête ! Madeleine est ma joie et ma force et mon but ! L'espoir, c'est dans ses yeux que mon âme le but, C'est elle qui Ta faite invincible et ravie ! L'amour de Madeleine, à présent, c'est ma vie ! Ah ! Condé qui vainquit, l'autre jour, à Rocroi, Ne peut être plus fier ou plus heureux que moi ! Oh ! comme l'avenir auprès de ce doux ange M 'apparaît tout fleuri d'un bonheur sans mélange ! Madeleine!... ma femme!... O sort délicieux ! Ne souris pas ! — Son cœur n'est point capricieux. Va, ne crains pas pour moi quelque triste aventure, Non ! c'est une fidèle et noble créature !
Tu verras si j'ai tort de l'aimer, mon ami, Quand tu la connaîtras, quand tu seras parmi Les joyeux compagnons de l'Illustre Théâtre...
PINEL, bondissant.
Hein ! — que dis-tu! qui? moi? que je couvre de plâtre