‹ Le magister: comédie en un acte en versChapitre 11 sur 19 · SCENE II · texte numérisé non relu

SCENE II

MOLIERE

Des bouteilles réelles !

Souvent ! et les pâtés qu'on éventre près d'elles Sont authentiques,

PINEL

Bah!

MOLIÈRE

Tel est notre destin !

Tenez, — c'était hier, — on partit le matin, Libres et sans soucis...

PINEL, soupirant.

Ah ! loin de moi ces rêves !

Ah ! m'en aller, au frais, et fuyant mes élèves, Boire modestement un petit coup de vin...

MOLIÈRE

Sous des arbres touffus?...

PINEL

Ah! ce serait divin!

MOLIÈRE

Donc, nous étions partis, en emportant nos rôles, Pour certain cabaret de Meudon, sous des saules, Dont le chaume étoile d'iris en fleur, sourit De loin au batelier...

i» LE MAGISTER.

P I N E L , soupirant.

Que ce toit a d'esprit!

MOLIÈRE

Nous suivions dans les prés le bord de la rivière ; Le brouillard matinal, où riait la lumière, S'évaporait, laissant tomber sur les rameaux Des perles et rubis comme en ont les émaux, Ce qui charmait les yeux de nos belles compagnes Nous récitions des vers au milieu des campagnes, En taillant des bâtons avec nos vieux couteaux. Cependant l'horizon étageait ses coteaux Verdoyants, d'où venait cette odeur âpre et fraîche Dont le Parisien que sa ville dessèche Se grise tout d'abord en rêvant que plus tard Surgiront le vin clair et l'omelette au lard. On riait. On chantait. Sur les herbes des rives Courait, en les moirant, le reflet des eaux vives...

PIXEL.

Ah ! poëte !... le pur et ravissant tableau!

Ton paysage exquis me fait presque aimer l'eau.

MOLIÈRE

On chantait. On riait. Rien d'ailleurs dans les poches ! Mais, bercés dans le cuir de diverses sacoches, Quelques flacons, remplis d'excellent Jurançon, Mêlaient à nos refrains leur gentille chanson...

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