‹ Le magnétiseur praticienChapitre 4 sur 42 · NT · texte numérisé non relu

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N'est-il pas Vampire, ce chef de pensionnat qui, recevant des parents de ses élèves une somme plus que suffisante pour les soins qu'il a promis , ne donne aux jeunes gens qu’une nourriture insuffisante ou de mauvaise qualité ?

N’est-il pas Vampire , ce père de famille barbare et insensé qui contraint ses enfants à un travail au-dessus de leurs forces, pour vivre lui dans Ja mollesse et l’oisiveté où pour aceroître sa fortune déjà suffisante ?

N’est-il pas Vampire, ce chef de fabrique qui, pour s’enrichir promptement, exige des ouvriers qu’il emploie une activité pénible durant quinze à dix-huit heures par jour, et ne leur accorde, pour prix des sueurs qui les épuisent, qu’un salaire insuffisant à leurs besoins matériels, alors qu’il thésaurise aux dépens de ces malheureux ?

N’est-il pas Vampire, cet usurier perfide qui, abusant de la pénurie actuelle d’une personne solvable, lui fait payer cent pour cent d'intérêts pour l’argent qu’il lui prête ?

N'est-il pas Vampire, ce chef d'administration qui, recevant une somme déterminée pour servir aux appointements des employés qu’il doit occuper, n’en consacre que le tiers ou la moiuüé à cette destination, s’approprie le restant, et oblige son personne], soit à se contenter d’un salaire misérable, soit à fournir le double du travail qu’il devrait faire ?

N’est-il pas Vampire, ce Crésus banquier qui, à l’aide des immenses Capitaux dont il peut disposer, détermine la hausse ou la-baisse dans les jeux de Bourse, par lesquels il ruine journellement quantité de personnes ignorant les filouteries clandestines dont elles sont victimes ?

N’est-il pas Vampire, cet épicier empoisonneur, qui falsifie salement les comestibles qu’il nous débite ?

N'est-il pas Vampire, ce restaurateur impudent, qui sert à ses pratiques de la chair de cheval, mort de maladie, au lieu de celle de bœuf sain qu’on lui demande?

N’est-il pas Vampire, cet accusateur publie stupide autant qu'ambitieux qui, ne doutant point de l'innocence d’un homme dont la probité est notoire, le poursuit néanmoins de réquisitoires mensongers, le ruine et le tue à la fois, dans l'espoir d’un avancement démérité, ou pour une poignée d’or qu’offrent à sa cupidité les ennemis de sa victime ?

N’est-il pas Vampire, ce grand chirurgien qui, pour une opération de quelques minutes, exige des milliers de francs, dont

st à le sacrifice énorme réduit à la misère et au désespoir l’infortuné patient qui a imploré les secours de son art?

N’est-il pas Vampire, ee prêtre inexorable qui, malgré la détresse d’une famille désolée, dont le membre le plus utile vient de mourir, réclame à outrance le prix de sa Cérémonie funèbre?

N'’est-il pas Vampire, ce militaire gradé qui, chargé de pourvoir aux besoins du soldat, s'enrichit aux dépens de la santé, de la vie de celui-ci?

Nest-il pas Vampire, cet homme d'Etat intrigont, astucieux et avide, qui sacrifie à son égoïisme éhonté les plus chers intérêts du peuple qu’il devrait protéger et servir ?

Ne sont-ils pas Vampires, enfin, ces puissants despotes qui, pour passer au sein des voluptés, du luxe, de la débauche, le temps qu’ils devraientemployer à l'étude des besoins généraux et à la recherche des moyens propres à effacer le paupérisme de la société, condamnent les classes laborieuses à mourir de misère et de désespoir au milieu des plus eruelles angoisses ?

Certes, tous ces gens-là et d’autres encore sont bien des Vampires ! oui, de véritables Vampires! Et, si nous n’invoquons pas contre eux le terrible châtiment infligé aux crisiaques suspects; si nous n’élevons pas la voix pour demander qu’on leur perfore la poitrine avec un pieu, qu’on les décapite, qu’on leur arrache le cœur et les entrailles, qu’on les brûle enfin, c’est que nous ne doutons pas que, tôt ou lard, en ce monde ou dans l’autre, ils ne subissent la peine de leurs vices et de leurs crimes.

Le Prince Grégoire de Stourdza,

IL y a deux ans, que j'avais pour disciple M. le prince Grégoire de Stourdza, fils du prince régnant de Moldavie. Ce jeune homme, de haute stature, fortement constitué, doué d’une grande énergie et très-apte aux études philosophiques, suivait avec une assiduité, rare de la part de ses égaux, et Les séances particulières dans lesquelles j’exposais et développais ma doctrine du Magnétisme, et les séances publiques où je produisais le somnambulisme , pour me livrer à des expériences de nature à convaincre mes spectateurs, de la réalité de certains effets

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incessimment contestés par quelques prétendus savants, qui ne veulent point admettre ce qu'ils n’ont pas Vu, et qui ne veulent point voir ce qu’ils ont mtérêt à repousser.

J'avais alors plusieurs somnambules à ma disposition , notamment Mademoiselle Virginie Plain, à qui sa prodigieuse faculté a causé tant de persécutions de la part d’un parquet de province, et dont la clairvoyance admirable est, à juste titre, universellement réputée.

Le jeune prince, déjà imbu des préceptes de la philosophie allemande, aimait à examiner les divers états de mes différents sujets; et, il est juste de le dire, personne mieux que lui ne savait apprécier à leur valeur les effets qui se produisaient dans telles ou telles conditions. Soumis volontiers aux principes que j'avais l'honneur de lui enseigner, il n’exigeait des somnambules que ce qu’ils pouvaient offrir, chacun selon son degré de lucidité, et sa capacité plus ou moins étendue, plus ou moins spéciale. Loin de courir curieusement à la recherche des faits les plus extraordinaires, il attendait avec patience qu’ils se présentassent à lui. Il semblait même avoir une sorte de prédilection pour les phénomènes qu’on obtient le plus communément.

Dans les essais pratiques auxquels le prince se livrait quotidiennement sous mes yeux, je le voyais avec bonheur obtenir facilement les effets que j'avais prévus, annoncés d'avance, sur la simple inspection phrénologique des individus qui se présentaient comme sujets d’expérimentation. C’est dans ces essais noviciaux que le prince produisit le somnambulisme, d'abord sur l’un de mes domestiques, jeune homme de vingt-trois ans, qui fut fréquemment l’objet de nos études.

François (tel est le nom de ce domestique) se montrait extrêèmement affectible. Peu d’instants suffirent, dès la première séance, pour le plonger dans le sommeil magnétique le plus complet, et pour déterminer chez lui la crise de somnambulisme lucide. Toutefois, la lucidité de cet homme se trouva assez restreinte, et ne sortit presque jamais d’une spécialité pour laquelle l'individu nous parut être né ; car, beaucoup plus instruit que ne le sont les valets en général, il s'était cependant attaché à cette condition, par une vocation sans doute irrésistible. Aussi sa spécialité de vision le portait-elle à connaître tout ce qui était relatif à son emploi, à pénétrer. les intentions. et à scruter les actions de ses pareils dont il faisait souvent une critique assez méchante. À la vérité, ce n’était pas

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seulement dans l’état de somnambulisme que François se montrait peu charitable, et cet état n’était pour lui qu’un moyen d'investigation, servant selon son caractère les petites passions auxquelles il se laissait aller. Ainsi, quoique l'office fût située assez loin de mon cabinet, où nous le magnétisions ordinairement, il voyait, dans ses accès, tout ce qu'y faisait ma cuisinière; et, quand la pauvre fille commettait la moindre peccadille, il me la dénoncçait sans pitié, jouissant de la peine qu’il supposait devoir en revenir à sa co-servante.

Un jour que le prince m’avait fait l'honneur d'accepter à déjeuner chez moi, François, magnétisé plus tôt que de coutume, s’écria tout à coup, dans son somnambulisme : Ah! mon Dieu ! mon couvert n’est pas dressé! Et le voilà qui se lève spontanément, marche vers la salle à manger, arrange sa able, y place la vaisselle, les cristaux, le couvert enfin, de la manière la plus complète, la plus symétrique ; tout cela sans casser, sans heurter la moindre chose, et avec une dextérité dont je pense qu’il eût été incapable pendant son état de veille, À peine füt-il revenu avec nous dans mon cabinet, qu’il nous dit : Je n’avais pas besoin de tant me hâter, la cuisinière vient de laisser brûler un mets qu’il lui faut remplacer, et vous ne déjeunerez pas aussitôt que cela devait être. Le prince, voulant vérifier le fait, alla à la cuisine, et fut convaincu que François ne s'était point trompé. Mais comme il s'était aperçu déjà plusieurs fois des motifs qui dirigeaient la conduite de François, il voulut le punir de son peu de bienveillance. Étant donc revenu près du somnambule, il l'excita d'abord un instant à parler dans le sens des pensées dont il le savait animé, puis, tout à coup, il frappa de paralysie l'appareil qui servait si malicieusementleé somnambule envieux.

Rien west plus curieux à examiner, pour l’observateur philosophe, que ce singulier état de paralysie, produit momentanément sur une partie déterminée de l'organisme ou même sur toute l’économie animale. Certains sujets sont, à la vérité, inaccessibles à cette crise; d’autres, après l'avoir subie, peuvent, par une opposition mentale, s’y soustraire plus ou moins complétement; mais François, encore tout nouvellement somnambule, y fut pris aussi fort que le voulut son magnétiseur,

L’état dans lequel François venait d’être mis le contrariait visiblement. Jamais mimique ne fut plus expressive que celle qu’il employa pendant le temps qu’il convint à son magnétiseur de le tenir sous le joug qu'il lui avait imposé. C’étaient des

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gestes de supplication, de repentir, de promesses, de regrets, d'espérance, de désolation, signifiant tour à tour les sentiments divers dont il voulait persuader le prince. Qui a vu Madame Volnys (Léontine Fay) dans Yelva ou l’Orpheline russe, ne peut se faire encore une idée complète des ressources im menses que sait trouver un somnambule saisi de mutilé, pour oblenir ce qu’il désire de ceux qui l’environnent,

Quand le prince eût jugé que la leçon était suffisante, il réprimanda oralement le somnambule, et lui rendit l'usage de la parole, Celui-ci alors, renouvela de la voix ee qu’il avait dit du geste; et, depuis lors, il se montra plus charitable, même durant son état de veille,

Une telle observation, observation qui s’est offerte des milliers de fois aux magnétiseurs praticiens, ne devrait-elle pas être prise en considération de la part de nos grands philanthropes, de nos moralistes dévoués ? Ne vaudrait-il pas mieux, dans l'intérêt de la société tout entière, recourir au magnétisme comme moyen d'éducation, pour modifier les penchants mauvais de certains individus, sur le crâne desquels Gall nous a appris à lire les facultés et les instincts ; ne vaudrait-il pas mieux cela, dis-je, que de laisser grandir chez les jeunes gens, chez les enfants surtout, les passions les plus funestes, les plus pernicieuses”?,..., Mais il y a sur ce sujet tant de choses à dire, que si je les exposais à présent, cela m’éloignerait trop de mon sujet.

François fut encore magnétisé plusieurs fois par le prince , qui devint, en peu de temps, aussi bon praticien qu'il était devenu fort théoricien, C’est après ses études sur François, que le prince eût occasion de magnétiser, sans mon assistance, dont il n'avait plus besoin, une jeune personne qui, m’a-t-il dit, lui a fourni toutes les preuves désirables en faveur de ma doctrine, Cette jeune personne, appartenant à une famille dislinguée, dont le nom est célèbre dans les fastes de notre histoire (mademoiselle Latour d'Auvergne, âgée alors de onze à douze ans), ne voulut point montrer publiquement les rares facultés que le magnétisme avait réveillées en elle.

C’est là, selon moi, une des choses les plus déplorables pour la science, que ce préjugé singulier dont les honnêtes gens subissent l'influence, plutôt que de se rendre utiles à leurs semblables en mettant au grand jour les preuvés d’une vérité dont ils souhaitent pourtant le erédit.

Quoique le prince eût alors acquis un degré d’instruetion

suffisant pour pouvoir se passer de mes soins désormais, ilw’eñ continua pas moins de suivfe quotidiennement et ma clinique médico-magnétique, et les’ études de somnambulisme auxs quelles jé me livrais, soit dans l'intérêt de mes malades, soit pour mà propre satisfaction. Le prince ne se lassait point de me voir magnétiser mes sujets. Il se montrait joyeux toutes les fois qu’un malade entrant à mon traitement voulait bien se laisser magnétiser par lui, et il était au comble du bonheur quand il était parvenu à soulager le patient dont il avait obtenu la confiance.

Dans ce temps-là, je recevais très-fréquemment la visite de madame la comtesse d’Ash (vicomtèsse de Saint-Mars }, qui, pour s’éclairer sur des questions que je ne dois point révéler, avait souvent recours aux lumières somnambuliliques de mademoiselle Virginie, dont les conseils lui furent toujours utiles.

Un jour, que j'avais réuni un petit nombre de personnes dans moh salon, pour observer quelques faits curieux, mädame la comtesse d’Ash et le prince Grégoire de Stourdza lièrent conversation. Mes expériences terminées, le prince me témoigna le désir qu’il avait de magnétiser la dame avec qui il vehait de causer, et dont il ignorait encore le nom, que je lui appris. Un instant après, madame la comtesse vint me demander de la magnétisèr, et de faire en sorte de la rendre somnambuüle. J'étais fatigué, je ne voulais point refuser la comtessé, jé souhaitais d’être agréable au prince; je proposai donc à la noble dame de se laisser magnétiser par mon disciple. Elle accéda sans peine à ma demande, et immédiatement la magnétisation conmmenca.

Je réclame du lecteur, pour ce qui va suivre, toute lattention dont il est capable. I y a, du fait principal qui sera établi tout à l'heure, une conséquence si positive à tirer, à l'appui de ce que j’ai avancé dès longtemps à l’occasion des influences réciproques du magnétiseur et du magnétisé, qué Je crois de la plus haute importance d'en faire faire la remarque de le prie aussi de me rendre la justice de croire que j'ai gardé, sur totite l'histoire de M. le prince de Stourdza et de madamn la vicomteëse de Saint-Mars, la plus sévère discrétion, taët que cette histoire n’a pas été éventée; mais aujourd hui, qué tous les journaux en ont publié la majeure partie, je ne crois pas déroger à la sainteté de ma profession en produisant au grand jour les événements curieux auxquels la magnétisation

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de la noble dame a donné naissance. Bien loin donc de regarder comme une faute de conduite de ma part la narration qui va suivre, je crois qu’il est de mon devoir autant que de mon droit d'exposer telle qu’elle est cette petite histoire si remarquable pour notre époque, nos mœurs et notre législation. Ce sera, à mon avis, Un nouveau service que J'aurai rendu à la science que je défends, et à la vérité que J'aime.

Le prince magnétisa donc madame de Saimt-Mars et la mit en somnambulisme. Dès que cette crise fut arrivée à un certain degré de développement, la comtesse nous débita des vers charmants, faisant allusion à l’état nouveau dans lequel elle se trouvait. Ces vers, sortis de la bouche gracieuse et spirituelle de la comtesse, et que je regrette de m'avoir pas recueillis, nous essayàämes de les lui rappeler, en partie du moins, une fois qu’elle fut rendue à l’état de veille. Elle nous affirma ne les point connaître, ne les avoir jamais lus ni composés. Nous conclûmes de cette assertion que, comme tant d’autres somnambules, la comtesse avait eu un sublime moment d'inspiration dans lequel elle avait improvisé ce que nous venions d'entendre.

Quelques autres magnétisations suivirent quotidiennement cette première séance. Le prince, en chevalier galant, ne tarda pas à offrir à la comtesse de l’aller magnétiser chez elle, afin de lui éviter la peine de se rendre chaque jour chez moi. La comtesse ne se fit pas prier, elle accepta sans façon. Je dois même dire ici que ses mines charmantes avaient dû enhardir le prince dans sa demande. A dater de ce temps, les visites du prince à la comtesse ne furent point négligées; bientôt le Magnétiseur et la Somnambule éprouvèrent l’un pour l’autre une telle sympathie qu’ils passaient ensemble les jours entiers sans s’apercevoir de la durée des heures, sans que l’ennui vint jamais oppresser leur poitrine.

Le monde qui, dans ses suppositions malveillantes, court toujours plus vite que les faits, exerça sa critique sur le compte du prince et de la comtesse. On dit que leur liaison était plus qu’amicale, et, comme cela arrive toujours dans de telles con- Jjonctures, les amis de l’un, d’une part, les parents de l’autre, d'autre part, cherchèrent à rompre le lien, quel qu’il fût, dont le prince et la comtesse éprouvaient la douceur. Les bonsamis, les bons parents, à qui l’on résistait recoururent, selon l'usage, à tous ces louables petits moyens de lettres anonymes peu flatteuses, de confidences universelles, de révélations peu bien-

veillantes, enfin, on alla jusqu’à faire écrire au prince régnant | pour linformer de la prétendue conduite de son fils: et rien ne fut négligé pour faire savoir à M. le vicomte de Saint-Mars, les faiblesses supposées de sa femme.

Quant à la comtesse, qu’une longue expérience des hommes et des femmes surtout, avait appris à estimer la société à sa juste valeur, elle s’inquiéta peu des propos de l’envie, elle traita le monde en sage philosophe, et n’eût pour lui que le dédain et le mépris dont sont seulement dignes les gens qui se plaisent à médire d’autrui.

Pour le prince, trop jeune encore pour secouer spontanément le joug des sots préjugés, il se laissa bientôt aller à un | ennui qu'il n'avait pas prévu. Néanmoins il lui fallut peu de À | temps pour revenir à son état normal, et, aidé des conseils d’un homme en qui il avait sagement placé sa confiance, il ne se laissa point vaincre par les chagrins qu’on avait voulu lui susciter.

L'opposition, je l'ai dit bien des fois, est, pour certaines naiures, un stimulant infaillible. Le prince et la comtesse ont confirmé la justesse de cette formule. L’un et l’autre persistèrent à se voir d'autant plus intimement qu’ils rencontraient plus d'obstacles, et peut-être ces obstacles mêmes les portèrentils à justifier une partie des suppositions que le monde avait faites à leur égard.

el est souvent le caprice du destin que les âmes pures et chastes, attirées irrésistiblement l'une vers lautre, par une sympathie tout harmonique, se trouvant satisfaites de goûter ensemble les joies nobles et saintes du bonheur spirituel, sans songer aucunement à des rapports sensuels dont rien encore n'a éveillé les désirs ; que ces âmes, dis-je, abaissées vers les choses de la terre par les méchants propos d’un monde infernal, oublient leur dignité, en s’abandonnant à des plaisirs matériels dont les suites sont quelquefois bien pénibles, bien malheureuses.

Ce qui se passa pendant plusieurs mois entre le prince et la comiesse, Dieu le sait!.... Quant à moi, j’ai toujours eu pour principe de respecter le boudoir et l’alcôve, et jespere bien agir toute ma vie avec la même réserve.

Un au environ après le jour où le prince avait magnétisé pour la premiere fois madame la comtesse d’Ash, il fut rappelé par son père, et ce rappel fut une sorte de disgrâce à laquelle, du reste, il s'était attendu. Une séparation fut la

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conséquence forcée de l'acte souverain parti dé Moldavie; mais cetté séparation n’eut lieu qu'après les promésses les plus vives, les protestations les plus forrnelles, és serments les plus solennels : le prince s’engagea à donner soñ nom aveë sa main à sa chère comtesse, celle-ci promit de aller re- Joindre au pays des Boyards 4 . 4 . + 4 + + + +

Le prince parti, la comtesse se retira à la campagne, en attendant que les circonstances, devenues plus favorables, permissent à son futur époux de l’appeler près de lui. C'est dans les quelques mois de retraite qu’elle passa dans l'atténte, qu’elle écrivit sès derniers ouvrages. Cependant elle recevait du prince de fréquentes nouvelles , et comme rien au monde ne donne plus de courage pour supporter les ennuis auxquels on est en proie que l'espérance d’un meilleur avenir , la comtesse attendait avec résignation l’appel de son amant. Le prince se réhabilita dans l’esprit de son père, lui fit part de ses desseins, et obtint à force de pérsévérance une permission de mariage pour deux ans plus tard. Le prince régnant faisait observer à son fils que, trop jeune encoré pour se marier , il lui serait plus convenable de laisser s écouler deux annéés avant de former une union matrimoniale, que dé $’unir dès à présent à un femme étrangère, sur les mérites de qui il devait réfléchir.

Ilest probable que, par cetté concession apparente au vœu de son fils, le prince régnant n'avait d'autre but que de se ménager le témps nécessaire, selon lui, pour eflacer de la pensée du prince Grégoire jasqu'au souvenir de li Comtesse d'Ash. Si peu de gens, en effet, ont une longue persistance dans leurs désseins que, le plus ordinairement, lé temps amène chez eux l’indifférenée et l’oubli. Toutefois, il y à des être organisés si différemment de ceux-là, que plus le temps marche, plus leur pensée pretid un caractère profond. L'objet de cette pensée spéciale devient celui de leurs songes de tous les jours, de toutes les: heures ; leur sommeil meme eén ést constamment rempli, etilsemportent outre-tombe l'espérance de se réunir à l’idole qu’ils n’ont pu cesser d'adorer.

Le prince Grégoire, impatiént dé revoir la comtesse, imagina ün moyen pour se réunir plus promptement à elle. Il lui écrivit de se réndre en Allemague où il se trouverait à son arrivéé, êt lui fit connaître que là, un ministre de sa confession et de Sün

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D choix, à lui, consacrerait leur union, selon les usages de la Moldavie.

La comtesse, mariée à un officier supérieur de l’armée francaise, lequel est encore en activité de service, éprouva, dit-on, quelque appréhension à l'approche du moment où une position nouvelle allait se décider pour son avenir. Néanmoins, son amour pour le prince, pour son cher Rodolphe, comme elle l'avait surnommé, l’emporta aisément sur les considérations ridicules dont tant d’existenees sont brisées ; elle suivit la voix de son cœur, et après avoir mis ordre à ses affaires, elle quitta la France pour peut-être n’y jamais rentrer.

Aujourd'hui, l’ex-comtesse s'appelle princesse de Stourdza, et se trouve heureuse, quoique bigame, au milieu d’un pays où les lois. différentes de celles qui nous régissent, ne condamment, point à un esclavage indissoluble la grande dame qui ne sympathise plus avec le mari que des circonstances, souvent bizarres, ont rendu en quelque sorte l’arbitre de son sort.

Depuis son nouveau mariage, la princesse Grégoire de &tourdza a écrit à un de ses amis une lettre publiée par les journaux de la capitale, et dont voiei la reproduction :

« Perimi, le lundi 42 mai.

« Ceci est un billet de faire-part, mon cher comte ; vous « voudrez bien le recevoir comme tel d’une ancienne amie, et « j'espère qu’il vous fera plaisir. Le roman a eu son dénoû- « ment prévu : je suis aussi heureuse que possible ; j'ai un « magnifique avenir, un mari dont le seul défaut est d'être « trop beau et trop jeune; tout eela me semble un rêve. J'ai « changé ma vie d’isolement et de chagrin contre un bon- « heur véritable; mes amis le comprendront, et seront les « premiers à m’en féliciter. Le prince régnant n’a pas encore « pardonné à son fils ce mariage qu’il avait remis à deux ans, « tout en y ayant consenti néanmoins. Nous sommes exilés « de Jassy, de la cour, dans cette terre où nous nous trou- « vons À merveille, Un autre jour, je vous conterai ce pays, « ses mœurs et sa vie étrange ; aujourd’hui cette lettre est « presque officielle et de cérémonie. Le seul nuage à notre « Lt til c'est la colère de S. A. $. Nous serions, le prince « et moi, profondément affligés si nous n'avions pas l'espoir « de l’apaiser un jour. La mère du prinee est excellente pour « moi; elle est déjà venue nous voir deux fois depuis dix

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« jours quenous sommes mariés. J’ai aussi trouvé une grande « sympathie dans la société et la noblesse de Moldavie. Tout « cela me fait espérer que mon beau-père nous accordera en- « lin son pardon que nous désirons si vivement...

« Princesse G. STOURDZA.»

Depuis la publication de cette lettre, les journaux ont annoncé que le prince régnant, ayant réuni les prètres grecs en conseil souverain, avait obtenu d’eux la cassation du mariage contracté sans son approbation.

Je dois dire, à présent, la conséquence que j'ai tirée de la chaîne des événements que je viens de mettre sous les yeux du lecteur ; mais pour que cette induction soit parfaitement appréciée, il me faut préalablement exposer l'opinion qu’on a généralement dans le monde, à l’endroit des magnétiseurs et des somnambules.

Demandez à la plupart des gens pourquoi ils s’élèvent avec force contre la science magnétologique, dont ils ne savent seulement pas l’A B C? Ils vous répondront, les cagots surtout, que le Magnétisme est l’œuvre du démon, que les magnétiseurs sont des suppôts de Satan, et que toute femme qui consent à se laisser magnétiser est perdue corps et âme. La femme magnétisée, vous diront-ils, est absolument soumise à la volonté de son magnétiseur, à ce point qu’elle obéit irrésistiblement à ses moindres désirs. Tout magnétiseur étant animé de l'esprit du diable, les pensées les plus obscènes germent incessamment dans sa tête, et le moins immoral de ses actes, c’est la séduction dont il rend victime la femme imprudente qui s’est conliée à lui. Certes, ajoutent-ils, mieux vaut laisser mourir impitoyablement sa femme, sa sœur, sa fille, que de chercher pour elles, en cas de maladie, des secours dans le Magnétisme.

Eh bien! je l’ai crié tout haut, de telles suppositions sont aussi absurdes qu’elles sont calomnieuses. Si l’on a vu des personnes magnétisées céder à des soi-disant magnétiseurs, C’est qu'elles y eussent consenti volontiers, sans aucune influence magnétique, proprement dite. Non, qu’on le sache bien, ce n’est point la magnétisation qui fait naître des désirs sensuels, qui excite les passions, qui subjugue les volontés. Ceux qui élèvent de telles prétentions n’ont. point étudié le Magnétisme, ou, S'ils l’ont étudié, ils sont loin de le comprendre, La soumis-

sion du magnétisé au magnétiseur n'est que relative, elle n’est point absolue. Le magnétisé conserve son libre arbitre, suffisamment du moins pour s opposer fermement à l’accomplissement des actes nuisibles à sa santé, contraires à ses pensées, à sa volonté. Je n’entends pas dire qu'un somnambule ne cédera jamais aux instances de son magnétiseur: loin de là ; mais je soutiens que sa condescendance n’est pas due à l’état dans lequel il se trouvê. L'individu dont l'esprit est stimulé par une passion vive, trouve dans son imagination des ressources d’éloquence, des moyens de persuasion tout à fait indépendants de la science magnétologique. De tous temps, En tous lieux, dans toutes les classes, il s’est trouvé des séducteurs, ignorant jusqu’au mot magnétisme ; ces gens-là sont en aussi grand nombre aujourd'hui qu’autrefois, et tant que la terre tournera, ils seront dans la même proportion.

L'histoire de M. le prince Grégoire de Stourdza et de Madame la comtesse d’Ash a corroboré les preuves que j'avais acquises déjà du peu de fondement de cette prétention :

« Le magnétisé est l’esclave absolu du magnétiseur; »

Car, selon moi, c’est là tout le contraire qui esi arrivé.

Qui pourrait croire, eneffet, que le prince de Stourdza, jeune, beau, instruit, riche, comblé d’honneurs, entrant à peine dans le monde, ait séduit la comtesse d'Ash, qui, ayant presque le double de son âge, vivant dans les salons de Paris, au milieu de toutes les fourberies de la société, écrivant habituellement des romans très-hardis, et se trouvant dans des conditions de fortune peu en rapport avec la richesse du prince, avait bien plus à recevoir-qu'à donner 9...Ce n’est pas vous, n'est-ce pas, lecteur?... Ni moi non plus!

Si donc il était soutenable de prétendre qu'un magnétiseur oblige son magnétisé à subir le joug de sa volonté quelle qu’elle fût, il ne le serait pas moins d'affirmer que le magnétisé commande en maître absolu à son propre magnétiseur. Mais comme la seconde proposition détruirait logiquement la première, il faut s’en tenir à la sage raison, et demeurer convaincu que la science magnétologique elle-mème n’est pour rien dans tout cela, pas plus qu'un diner, qu’une partie de campagne, qu’un spectacle, qu’une soirée où se rencontrent, se parlent etse plaisent réciproquement des personnes de Sexe différent.

M. le docteur Villemain a publié dans le journal dn Magnétisme l'article suivant que, sur son invitation, j'ai moi-même annoté. Cet article m’a semblé assez intéressant pour mériter d’être reproduit ici :

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