DIALOGUE
j M. J.—Pouvez-vous me décrire la maison à laquelle je pense fl actuellement ?
il Mile V.—Oui, attendez un peu... Fy suis... ce n’est pas ( à Paris... Ce n’est pas dans une ville... c’est à la campak one... Il y a deux entrées à cette maison... Voilà, de ce |
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c’est le théâtre de l’Odéon.….. Je vois bien... vous n’entrez pas par la porte de tout le monde; pourquoi donc?..….. Ah! je comprends... Vous n’avez «donc pas besoin de carte, vous, pour entrer ?... Vous faites signe seulement à l’homme qui est là, et vous vous contentez de dire : « C’est moi. ».. Mais, attendez donc, pourquoi n’allez-vous pas où vous avez coutume de vous placer? Ah! c’est différent.
— Savez-vous quel spectacle on donnait hier, à l’Odéon ?
— Non, depuis longtemps je ne fréquente plus les théâtres. Cependant, si vousle voulez, je vais vous faire le tableau des principales scènes ; songez-Y.
-—- Eh bien, que voyez-vous au lever du rideau ?
— Le théâtre représente... (Ici la somnambule indique le décor, la disposition de la scène, les différents acteurs qui se présentent successivement ou simultanément ; elle décrit la physionomie, le costume, la démarche de chacun d’eux, et prononce quelques mots de leurs rôles respectifs dont elle dit justement le sens.) Tout à coup, elle s’écrie : « Ah ! mon Dieu, qu'est-ce qui arrive là?.... Comme c’est gros... C’est une femme... elle m'a fait peur... Tenez, voyez-vous, voici comment elle fait... » (La somnambule imite les gestes de la célèbre tragédienne Mile Georges.)
— C’est très-bien, mais par quelle pièce à fini le spectacle ?
— Par une comédie mêlée de chant, que l’on représentait pour la première fois.
Ce dialogue terminé, M. Janin a déclaré que la Somnambule avait été d’une exactitude parfaite.
Après M. Janin, M. le docteur D...., qui arrivait depuis peu de temps de la Cochinchine, pria Mile Virginie de lui faire la description d’une maison d'outre-mer qu'il se rappelait trèsbien. La somnambule, quoique fatiguée déjà, a donné de la maison un tableau exact, allant jusqu’à signaler une montre solaire qui s’y trouve.
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MONSIEUR
Je vous avais promis de montrer à M. le docteur D...., votre ami, des faits de somnambulisme de nature à le convaincre de
la justesse de mes prétentions. J'ai tenu parole.
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Le 26 mai dernier, j’ai eu l'honneur d'adresser à M. D... une lettre à laquelle il m’a répondu avec cette gracieuse amabilité dont il accompagne si aisément, comme vous l'avez sans doute remarqué, ses savantes conversations.
« Mon Cner Monsieur,
«Ayant désiré réunir à la séancede Magnétisme, dont vous avez bien voulu me promettre de m’honorer l’un des jours de cette semaine, quelques personnes d’une haute notahilitéscientifique, et prédisposées à juger des phénomènes intéressants que cette séance peut nous promettre, avec bonne foi et en dehors de toutes les défiances et de toutes les subtilités d’argument avec quoi tant de gens ont cherché jusqu'ici à combattre les faits les plus évidents, j'ai dû naturellement prendre les convenances de ces diverses personnes pour leur réunion, et le jour qui leur conviendrait le mieux serait samedi prochain, de six à sept heures du soir. Si ce jour vous convenait à vous-même, et si dans ce court délai il vous était possible de vous assurer des sujets qui semblent appelés, par leur étonnante lucidité, à forcer l’incrédulité jusque dans ses derniers retranchements, ..…. etc.
« Ce soir jeudi 8 juin. » D.
Samedi dernier donc, je me suis rendu au vœu exprimé par M. D...., à qui j'ai présenté deux somnambules : le jeune Adolphe, que vous ne connaissez point ; et Mile Virginie, que vous avez examinée bien des fois, La société d’élite annoncée se trouvait réunie, et on Lisait sur tous ces fronts, où le mot SCIENCE es£ comme imprimé, une bienveillance dont jusqu'ici messieurs les académiciens de toutes sortes m’ayaient paru fort peu animés, où du moins à laquelle, dans les rapports que j'ai eus avec eux, ils ne n'avaient point accoutumé. Je ne connais pas toutes les personnes en présence desquelles j'avais l'honneur de me trouver, mais j’ai remarqué MM. MATHIEU, beau-frère de M. Arago, les deux frères LaucrEr, Aimé Mar- TIN, BaBineT, TAVERNIER et Ropin, tous gens capables, vous n'en doutez pas, d'apprécier les faits évidents, et d’apercevoir les ficelles, si lon cherchait à les tromper.
Je magnétisai d'abord le jeune Adolphe, à qui l’on banda les yeux sans trop dé sévérité, et à qui l'on proposa de voir des cartes étrangères à lui et à moi. Au bout de quelques instants
de concentration, le somnambule nomma plusieurs de ces cartes ; puis, sa clairvoyance se développant peu à peu, il nomma précisément, sans les retourner, sans les toucher, sans se tromper, huit à dix cartes posées devant lui, sur une table, la face contre le tapis, par l’un des observateurs. Là, le bandeau devenait inutile ou plutôt superflu, puisque l’homme normal, fût-il armé des meilleurs lunettes et des plus fins instruments d'optique, n’eût pu apercevoir rien de ce que voyait le somnambule. L'expérience fut répétée tant de fois que, dans l'impossibilité rationnelle d’en attribuer la réussite au hasard, tout le monde s’est avoué convainéu de la réalité du fait.
Après Adolphe, j'ai magnétisé Mile Virginie et l'ai mise en rapport avec M. Laugier, de l'Observatoire Ce monsieur l’a dirigée mentalement vers les lieux qu’il fréquente le plus. L’exploration de Mile Virginie a été admirable : elle a décrit l'extérieur et l’intérieur du monument, elle a vu dans un endroit qu’elle a indiqué deux personnes qui y travaillent habituellement, elle à fait le portrait de chacune de ces personnes; elle a donné, éur la famille de l’une d’elles, des aperçus d’une grande justesse ; elle a vu des instruments dont elle à décrit la forme et les matières qui les composent, sans cependant parvenir à en dire le nom, que nous avions tous deviné d après ses paroles ; enfin elle à indiqué la place, la forme et le volume d’un chronomètre, dont elle a imité le mouvementet qu’elle n’a pourtant point nommé, sans doute parce qu’elle en ignore le mot.
Je ne puis me rappeler tout ce qui s’est passé dans cette belle soirée, d’où nous ne sommes sortis qu'à minuit; mais Je vous certifie que nos savants ont été aussi satisfaits qu’étonnés de la lucidité respective de mes deux sujets.
Daignez agréer, ete,
À SH, Le Marquis de Saint-Victor A NIORT.
MonsiEUR LE MARQUIS, J'ai reçu jeudi dernier la lettre et le numéro du journal que
vous m'avez fait l'honneur: de m'adresser par an Monsieur fort aimable de vos amis, qui m’a pris au saut du lit,
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Je vous remercie mille fois, Monsieur, d’avoir bien voulu vous souvenir du pauvre magnétiseur que vous avez vu trafner sur le banc des accusés, et condamner comme criminel par les juges de votre ville, pour avoir appliqué, avec un succès presque miraculeux, à un malade de votre pays, les lumières du somnambulisme et le magnétisme direct; deux choses qui, quoi qu’aient pu prétendre Messieurs vos magistrats, ne sont ni chimériques, ni purement imaginaires, ni fallacieuses en aucune façon, et auxquelles on peut croire fermement sans faire abnégation de sa raison, attendu qu’elles ne sont nullement 7'epoussées par le bon sens, et que, si certaines intellisences ne peuvent les admettre, ce n’est pas la faute de ceux qui y ont foi; car il me semble (et vous vous rappelez sans doute les considérations que j'ai présentées au tribunal dans le plaidoyer que je me suis vu forcé de prononcer pour la défense du magnétisme et du somnambulisme, dont je me suis vainement appliqué à démontrer la réalité et l'utilité), il me semble, dis-je, que je n’ai rien négligé pour convaincre mes juges de la sainteté de ma cause. Je leur ai donné la définition du magnétisme, je leur ai dit son principe, son moyen d’action, ses effets, ses résultats ; je leur ai développé ma théorie du sommeil, du somnambulisme, etc.; je leur ai rappelé que les faits qu’on attaquait en moi comme fallacieux, ridicules, impossibles , étaient d’une réalité et d’une exactitude prouvées par tous les témoignages qui avaient été invoqués contre moi, par toutes les personnes intéressées dans la question : la famille du malade, ses deux médecins et le malade lui-même. J'ai fait plus, je leur ai offert de les reproduire sous leurs yeux ; je leur ai rappelé les erreurs qui ont été commises à l'égard des découvertes les plus importantes, au préjudice de presque tous les novateurs, par des juges prévenus ou passionnés ; je leur ai cité les paroles si remarquables de Galilée, lorsque, condamné par l’Inquisition, ce grand homme s’écria : « E pur se muove ! » (et pourtant elle tourne 1). Mais tout a été inutile ; ils ont prononcé ma condamnation.
Plaignons-les, Monsieur, ces hommes chargés du maintien et de l’exécutjon de la loi; plaignons-les de s’être fourvoyés de la sorte, el pardonnons-leur. Que peut me faire, au surplus, aujourd’hui, de passer six mois en prison ?... Ne suis-je pas ruiné de fond en comble ? Mon établissement, où les recettes de l’an passé se sont élevées à plus de trente mille francs, n'est-il pas détruit sans ressource ? La publication de
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