‹ Le magnétiseur praticienChapitre 32 sur 42 · DE · texte numérisé non relu

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mon journal n’a-t-elle pas été arrêtée au temps où j'allais y retrouver les sommes que j’y avais dépensées, et la récompense des soins que jy ai donnés pendant plusieurs années? Ne suis-je pas réduit, depuis six mois bientôt que j’ai fait mon pourvoi, à vivre des secours généreux de mes bons amis? N’ai-je pas vu les cellules de Sainte-Pélagie et les cachots du Palais de justice de Paris? N’ai-je pas été jeté parmi les voleurs et les assassins, et n’ai-je pas, comme eux, mangé le pain de la prison? N’ai-je pas vu ma malheureuse somnambule, condamnée comme moi pour avoir travaillé comme moi au bien de l'humanité, ne l’ai-je pas vue, dis-je, en proie à toutes les horreurs de la démence, lorsque, à force d'argent, J'allai la tirer de Saint-Lazare au moment où l’on se disposait à l'envoyer dans une prison de fous ? N’ai-je pas vu mon enfant arraché à mon amour, et n’ai-je pas gémi pendant quinze fois vingt-quatre heures sur son sort que j’ignorais ? N'ai-je pas été traqué comme une bête fauve, montré au doigt comme un fripon, et signalé dans tous les journaux comme un escroc ?... Que voulez-vous donc que j’éprouve de pire désormais?... A tout événement je suis résigné d’avance.

La Cour de cassation prononcera prochainement, je l’espère, sur mon pourvoi; dès que je. connaîtrai sa décision, je vous en informerai.

Je suis aise que le Mémoire présenté pour moi à la Cour suprême par le recommandable et zélé M. Mandaroux-Vertamy, comme vous l’appelez avec raison , ait produit sur votre esprit Fheureux effet que j’en attendais. C’est un travail d'autant plus remarquable, que l’excellent avocat s’est astreint à une étude fatigante, pénible, afin de s’initier à la science magnétologique, dont il n’a voulu parler qu'après avoir été à même d'apprécier, de visu et de auditu, des faits convaincants, irréfragables, que je me suis fait un devoir de lui montrer.

Dès que je connaîtrai définitivement mon sort, je publierai, si Dieu me prête vie et assistance, l’histoire complète de mon très-mémorable procès. Je le ferai sans humeur, sans récrimination, sans haine, mais aussi, quelle que soit ma position, je le ferai sans crainte et sans faiblesse : ce n’est pas de moi qu’il s’agit dans ce cas; un homme n’est rien, ou du moins c’est peu de chose; mais il ne m'est point permis d’abandonner la cause de la vérité que je suis appelé à défendre.

Passons à un autre objet. Vous me dites que mon cher et fervent disciple, M. Borreau, répand ses bienfaits sur une pau-

vre fille dont Ja maladie singulière a détérminé le somnambulisme. C'est fort bien à M. Borreau ; je reconnais là son excellent cœur et,son amour de la sagesse ; je le félicite de cette bonne action, il en sera récompensé. Que dis-je, récompensé ?.… M. Borreau est trop grand pour y avoir songé ; d’ailleurs, il est riche des biens de ce monde, et il n’a plus besoin d’en acquérir d’autres que ceux auxquels il aspire pour la vie future. J'ai lu, dans le journal que vous avez bien voulu m'adresser, la Revue de l Ouest du 20 mai dernier, un fait bien remarquable, observé par un médecin, un curé et d’autres personnes instruites, sur la malade que protége actuellement M, Borreau, alors que celle-ci était encore à Mauzé, son pays. La somnambule a découvert des objets détournés et cachés ; voilà le fait. Comment? C’est ce que bien des esprits ne peuvent comprenure ; mais c’est un faif, un fait avéré, que tous les sophismes du monde ne sauraient annihiler. Eh bien! qu’en disent messieurs les magistrats de Niort? Cela est pourtant repoussé par leur bon sens, et il faut bien qu’ils fassent abnégation de leur raison ; car, apparemment, le docteur, le curé, les gens instruits de la ville de Mauzé, qui ont attesté Le fuit, n’ont pas l'intention de persuader à leurs voisins, à leurs amis, à leurs concitoyens, l'existence d’un pouvoir imaginar'e, d'une chose chimérique. Et si aujourd’hui, malgré leur raison, messieurs les juges de Niort reconnaissent que le rarr est réel (ce qu'ils ne sauraient nier sans taxer de mensonge le médecin, le curé et les gens instruits de Mauré), que doivent-ils donc enser de la sentence-qu’ils ont prononcée contre mademoiselle irginie, ma somnambule, et contre moi, son magnétiseur?.… J'ai dit, il y a dix ans déjà : « La lumière du magnétisme éclatera tout à coup, et ce sera dans le moment mème où les antagonistes de cette sublime doctrine s’acharneront le plus à l'étouffer, à persécuter ceux qui la défendent, qu’elle brillera de tout son éclat! » Je crois que ce moment est proche; car des pays les plus divers, des points les plus opposés, des contrées les plus lointaines , les faits magnétiques nous abondent. En Italie, en Allemagne, en Russie, en Belgique , en Angleterre, en Portugal, en Afrique, en Amérique, dans les Indes, partout, les hommes les plus éminents, les personnages les plus recommandables s’occupent ardemment du magnétisme et des phénomènes qui naissent de son application, Cependant, voici ce qui se passe à Paris, Un grand nombre de personnes, amateurs du magnétismesansen faire leur profession,

produisent le somnambulisme dans tous les salons, et 1l ne restera plus bientôt dans la bonne société un seul individu qui osera nier l’évidence ; car le ridicule, cette arme si cruelle et si puissante en France, que nos ennemis, n’ayant pas la raison de leur côté, ont dirigée vers nous , commence à se tourner Contre eux. Un de mes disciples entre tous, M. Marcillet, cominissionnaire-expéditenr, rue Grange-Batelière, 12, s’est placé sur la brèche , et combat avec autant de bonheur que de courase pour une çause à laquelle il était étranger naguère. Je vais vous faire connaître quelques-uns des faits obtenus par ce vigoureux champion, ancien militaire, accoutumé jadis au maniement du sabre, au sonde la trompette, au bruit du canon, et très-capable de rappeler aux plus :brouillons les épaulettes qu'il a portées et la moustache qui couvre encore sa lèvre supérieure.

M. Marcillet donc emploie ses heures de loisir à magnétiser ; il a beaucoup d'amis, il sait son Paris, il va partout où le vent le pousse, frappant d’estoc et de taille. Son somnambule ordinaire est un Jeune homme de dix-sept ans, d’une corpulence moyenne, d’un tempérament nerveux, jadis en proie à une affection cataleptiforme qui a cédé aux applications magnétiques faites, ily a troisans, par moi-même, et arrivé aujourd’hui à une lucidité fort remarquable.

Voici quelques-unes des séances d’Alexis, sous la direction de M. Marcillet. Pour qu’on ne puisse pas me taxer d’exagération, je vais laisser parler ce dernier :

« Paris, ce 27 mai 1843.

« Moxsreur Ricar» ,

« Je vous ai dit, hier. que je devais passer la soirée chez M. le général Jacqueminot, où, avec Alexis, mon somnambule ordinaire, je devais donner la preuve du fait de la vision malgré l’occlusion des yeux, à travers les Corps opaques, et à distance.

« Vous connaissez Alexis, vous savez comment il Joue aux caries, ayant les yeux recouverts de tampons et d’un épais bandeau ; vous savez aussi qu’alors même que les cartes sont appliquées immédiatement sur la table, la face contre le tapis, il les voit néanmoins et les indique sans les retourner. Eh bien ! tout cela n’a été hier , en présence de la société d’élite réunie chez M, le général Jacqueminot, qu’un amusement pour Alexis.

| — 4104 — Il semblait, en effet, se jouer des difficultés qu’on lui opposait, et, non content de convaincre par des faits qui lui sont devenus familiers, ila encore donné la preuve d’un sentiment d’olfaction bien remarquable, en disant à un député, M. de Chassiron, à qui il venait de faire la description d’une propriété située à quelques lieues de La Rochelle : « Comme ça sent le brûlé, ici; comme il y a eu de la fumée, il y a quelques jours. » M. de Chassiron a reconnu l’exactitude du fait. IL venait de recevoir une lettre dont le contenu était parfaitement d’accord avec l’annonce d’Alexis.

« Que vous dirai-je, mon cher maître ? le somnambule a fait plus que de se surpasser en décrivant dans ses détails un château appartenant à M. le général Jacqueminot.

« Votre lout dévoué et fervent disciple ,

« MARCILLET. »

« Paris, ce 29 mai 1843.

« La séance que j'ai donnée hier chez M. le comte Duchâtel, ministre de l’intérieur , a été des plus intéressantes. Alexis, après avoir joué aux cartes d’un manière admirable, ayant laissé mettre entre lui et son adversaire un carton par dessus lequel il envoyait successivement les cartes convenables, a fait une vue à distance chezMwe...de Ségur. Ila décrit son château situé à six lieues environ de Fontainebleau, annonçant qu’on y faisait des réparations, que les chaises de la salle à manger en avaient été retirées, que le château était flanqué de tourelles dont il désigna le nombre. :

« Il a été encore plus étonnant de lucidité avec M. Dumont, député. S’étant transporté mentalement, sur l’ordre de ce monsieur, à quelques lieues de Villeneuve-d’ Agen, ila annoncé que le château était d’un seul corps, c’est-à-dire uniforme, sans ornements extérieurs ; que les fenêtres se trouvaient plus élevées du sol d’un côté que de l’autre; qu’il était bâti sur une pente, que l’on apercevait à l'horizon de hautes monlagnes ; il a mdiqué le logement d’un charretier dont il a fait le portrait ; le logement de l’intendant, à l'extrémité droite du château et au premier étage. I a fait le portrait de cet intendant dont la maigreur l’a frappé, et il a caractérisé sa femme, ajoutant que celle-ci n’est pas du pays qu’elle habite, qu’il reconnaissait cela à son langage (cette femme est Normande) ;

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enfin, il à dit qu'il n’y avait qu’un seul cheval au château, et que ce cheval était gris.

« Tout le monde est resté dans la plus grande admiration, etc.

€ MARCILLET.»

« Paris , Ce 30 mai.

« Hier, la séance donnée chez M. Dailly, maître de poste, a été remarquable par les vues à distance. Alexis, conduit mentalement à Canton, a décrit parfaitement les abords de, cette ville et désigné plusieurs choses remarquables qui n'existent point en Europe.

« Un ecclésiastique distingué, arrivant d'Afrique, lui ayant demandé ce qu’il remarquait entre Bone et Hippône, en Algérie, Alexis.répondit qu’il voyait un pont qui s’était enfoncé plusieurs fois, et sur lequel on avait toujours reconstruit, de sorte, a-t-il dit, que l’on voit deux rangées d’arcades dont les inférieures sont pour ainsi dire en ruine; ce qui est exact.

« Alexis a terminé la séance par la lecture des deux mots : Noms , Darzey, qu’il a lus malgré la superposition de plusieurs feuilles de papier.

€ MARCILLET. »

« Paris , ce 51 mai.

« Aujourd’hui, c’est chez M. Truelle, rue Louis-le-Grand, 29, qu’Alexis, sur huit à dix lettres qui lui ont été présentées, a constamment dit le contenu de chacune d'elles sans les ouvrir, et en a nommé les différents signataires, de l’un desquels il a fait le portrait physique et le portrait moral. Madame la comtesse Duchâtel lui en ayant présenté une, il hésita plusieurs fois à la toucher ; on eût dit qu’elle le brülait ; c’était une sorte de vénération, de respect, que semblait lui inspirer cette lettre ; enfin, il finit par dire qu’elle venait d’un haut et puissant personnage qu'il nomma. Ayant prié Madame la comtesse Duchàtel de s'éloigner de lui, et de tenir la lettre ouverte devant elle, il en lut le contenu.

« Une autre lettre ayant été présentée à Alexis, il dit, en la touchant, à M. Truelle, à qui elle était adressée : Celle-ci vient d’une jolie dame, blonde, fraîche, je l’ai déjà vue; elle était

vendredi chez M. le général Jacqueminot. Puis, se tournant vers Madame la comtesse Duchâtel : Vous la connaissez bien, vous, Madame, la personne qui a écrit cette lettre ; et il ajouta que c’étdit elle-même ; ce qui était vrai, etc.

€ MARCILLET. »

« Paris , 3 juin.

« Hier, nous étions chez M. Delvigne, rue Taïtbout, 34. Alexis s’est transporté mentalement chez M. Lépaule, peintre, qu'il ne connaissait nullement : il a vu chez ce monsieur beaucoup de statuettes en plâtre, des bras, des jambes, des mains ; il lui a décrit plusieurs tableaux , son atelier et son apparte-ment.

« Une deuxième épreuve a été faite par une personne des environs de Grenoble (Isère). Alexis a vu les restes d’un temple bâti par les Romaïvs, et én a dessiné la forme.

« Le maître de la maison, voyant une lucidité si parfaite, pria à son tour Alexis de se transporter à sa campagne, située a unelieue de Ham. Le somnambule, après lui avoir fait remarquer plusieurs choses sur le chemin, décrivit la maison avec des détails minutieux. I dit qu’il y avait actuellément deux charretiers, le père et le fils ; que ce dernier couchait dans une soupente de l’écurie, et que le père habitait une maison du village voisin ; 1l visita les écuries, supputa le nombre de chevaux : DIX-SEPT, €L annonça qu'un gros cheval gris avait été blessé par le collier, ce qui l’empêchait de travailler à présent. — M. Delvigne nous dit qu’une lettre qu’il venait de recevoir lui annonçait ce dernier fait ; il nous déclara que tout ce qu'avait dit Alexis était fort exact.

« MARCILLET. »

Voilà, Monsieur, bien des faits, constatés par bien des personpes qui, probablement, ne sont pas toutes dépourvues de raison et de bon sens, mais ce n’est pas tout : hier vendredi, M. Marcillet, M. Alexis, mademoiselle Virginie et moi, nous avons passé la soirée chez madame la vicomtesse de Saint-Mars, rue d’Anjou-Saint-Honoré, 45. Il y avait une société de per+ sonnes dont les noms sont assez connus pour que je n’aie pas besoin de vous dire leurs capacités. MM, Victor Hugo, Théophile Gauthier, Halévy, Paul Lacroix (le bibliophile Jacob), de

Saint-Georgés, lé marquis de Saint-Mars, Roger de Beauvoir, ete.,etc., composaient, avec des damés aussi instruites que gracieusés, la charmante réunion. Quelques instants après notre arrivée, M. Marcillet fit placer Alexis à un bout du salon, dans un large fauteuil, et le mit promptément en somnambulisme. Alexis, les yeux ocelus, fit une partie d’écarté avee une rapidité extrême, et nomma plusieurs cartes appliquées la face contre le tapis ; mais l'expérience la plus concluante fut cellez ci : M. Hugo avait prépare, chez lui, un paquet cacheté au milieu duquel se trouvait un seul mot imprimé en gros caractères, cependant invisibles aux meilleurs yeux, à travers les feuilles de papier qui l’enveloppaient entièrement. Vous comprenez que le poëte académicien avait pris toutés précautions pour n’être pas abusé. Le paquet, présenté à Alexis, fut d’abord retourné dans tous les sens par le somnambule, qui, au bout d’un instant, épela lentement ainsi: P... 0... L.. 1... POLI... Je ne vois pas la lettre suivante. Je vois celles qui viennent après... 1,, Q... U... E... Huit letires... ; non... neuf... neuf lettres... ; mais il y en à une qué Je ne vois pas... Je ne peux pas dire ce mot... Cependant... p... 0... L... 1... Je ne vois pas bien... Tr... c’est un Tr... POLITIQUE. C’est bien cela. Le mot est imprimé sur un papier verT-CLaiR... M. Hugo l’a enlevé d’une brochure que je vois chez lui.

Cette preuve seule vaut mille preuves; il n’y a rien à ob Jecter, rien ; à moins qu'on ne veuille supposer qu’un homme comme M. Hugo soit capable de s’abaisser au rôle de compère, ce que les ennemis du magnélisme oseront peut-être bien pré tendre, mais ce à quoi ils ne feront certes pas croire. Quant au hasard que certaines gens invoquent incessamment, il ést im possible qu’il soit pour quelque chose dans le fait, Je donne un siéele à cent millions de Iynx réunis pour voir, dans l’état normal, Ou pour deviner par hasard un mot quelconque placé dans des conditions analogues à celles où se trouvait le mot choisi par M. Hugo, et lu avec peine par Alexis.

Après les expériences d’Alexis, je magnétisai mademoiselle Virginie, dont la faculté spéciale est l’appréciation et la cure des maladies ; mais qui comprend néanmoins la pensée d’autrui, et qui voit parfaitement, à des milliers de lieues, les objets sur lesquels où dirige son attention, M. Halévy fut mis en rapport, le premier, avec ma somnambule à qui il adressa cette question : « Quelles sont més occupations habituelles ? » - Songez-y vous-même, dit la somnambule.…... Des lignes, .….

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sm 108 — des points sur et entre ces lignes... des petites barres... des

crochets. c’est de la musique... de la musique d'opéra. »

Certes, si Mlle Virginie eût connu d’abord l’auteur de /a Juive, etc., ou que quelqu'un eût prononcé son nom devant | elle, il n’y eût eu là rien de surprenant; mais il est certain (0 qu’elle ne connaissait en aucune façon le célèbre compositeur. !] A M. Halévy succéda M. Hugo, qui adressa à la somnambule la même question : « Quelles sont mes occupations habituelles ? — Vous, Monsieur, vous écrivez, répondit mademoiselle Virginie. Vous écrivez des choses bien fortes; mais 11 y a tant d'énergie dans votre pensée que cela doit être. Attendez, Je vous prie ; je vois chez vous une grande armoire, très-ancienne, en bois noir, dans laquelle vous serrez des manuscrits, des notes, etc. — Voyez-vous, reprit le poëte, ce qu'il y a sur la porte de cette armoire ? — Oui, ce sont des dessins.

M. Hugo déclara que cela était exact, et céda la place à M. Théophile Gauthier. Après celui-ci vint M. Roger de Beauvoir, puis M. de Saint-Georges, puis M. Paul Lacroix, puis enfin les dames qu’avaient enhardies les expériences relatives aux messieurs. Mademoiselle Virginie fut extrêmement remarquable dans tous ses aperçus. Je ne sais ce qu’elle révêla tout

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' bas à M. de Saint-Georges et à M. Paul Lacroix successivement, mais ces messieurs nous dirent qu'ils étaient émerveillés.

Cette curieuse séance vint renforcer les convictions qui s’étaient formées de la lucidité de ma somnambule, dans l'esprit de plusieurs personnes présentes à une première soirée de ce genre, une vingtaine de jours auparavant, dans les mêmes salons. Il y eut alors des faits si satisfaisants, que je ne puis résister au désir de vous en citer quelques-uns :

Alexis lut, à travers un matelas de papier, le mot ARMANCE, écrit par madame la comtesse Dash. — Le somnambule dit aussitôt qu'il y avait quelqu’un dans le salon à qui ce nom s’appliquait ; alors il toucha successivement la main de chacune des dames qui l’entouraient, et désigna celle dont le petit nom est en effet Armance. Il fit encore bien des jolies choses ; mais

| il y est trop habitué pour que j'en parle.

Mademoiselle Virginie fut mise en rapport avec la maîtresse de la maison, à qui elle fit le portrait de son mari, officier supérieur, qui se trouvait alors loin de Paris ; elle dit qu’il arriverait {el jour, et nous avons su depuis que cette prévision était juste. On apporta alors sur les genoux de la somnambule plu-

sieurs petits portraits encadrés qu’on posa sur la face, de façon qu'elle n’en pût vor que le dos, et on lui demanda si parmi eux se trouvait celui du personnage dont elle venait de parler. —Qui, répondit mademoiselle Virginie, Je le vois ; mais le costume dont il était vêtu quand on l'a peint était bien différent de celui qu’il porte actuellement, Tenez, voici son portrait ;— et elle releva précisément le petit tableau représentant M. le vicomte de Saint-Mars.

Après cela, on lui demanda qu’elles étaient les occupations d’un monsieur qui lui présenta sa main à toucher. — Il écrit, il compose, dit la somnambule; mais il n’écrit pas avec une plume, il se sert presque toujours d’un crayon à dessiner. — M. deSaint-Georges (c'était lui que touchait la somnambule) déclara qu’il se servait habituellement d’un crayon de dessinateur pour écrire ses pièces de théâtre. — Enfin, mademoiselle Virginie, tenant encore la main de M. de Saint-Georges , lui fit l’exacte description de son cabinet de travail, désigna les meubles qui s’y trouvent, indiqua la place respective de chacun d'eux, dit la couleur et la nature de l’étoffe qui les couvre, et prit elle-même la pose habituelle de ce monsieur, lorsque, s’appuyant sur son bureau, il songe à une composition.

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