‹ Le magnétiseur praticienChapitre 35 sur 42 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Un délicieux printemps répandait ses charmes les plus doux sur la nature entière. Les arbres rajeunis laissaient bercer mollement leurs feuillages verts par le souffle léger des zéphirs amoureux, Les prés, semés de fleurs, étalaient au soleil leurs couleurs variées et parfumaient l’atmosphère d’une suave odeur.

Cependant Paris, l’orgueilleuse cité, continuait encore son fracas de l’hiver. Les beaux jours de la saison étouffés en son sein, n'étaient aperçus que de ces oisifs qui, privés d’équipages, passent de longues heures à promener dans les jardins publics leur modeste désœuvrement.

Le mois de mai a toujours eu pour privilége, dans nos climats, d'entraîner à la vie champêtre les âmes sensibles. C’est sur les jeunes filles simples, bonnes, qu’il exerce le plus son heureuse influence. Le sentiment de calme qu’inspire la cam pagne aux âmes candides, Marie l’éprouvait vivement toutes les fois qu'il lui était permis de s’absenter de la ville. De tous les plaisirs aucun pour elle ne se pouvait comparer à ces joies pures etsaintes dont faisaient battre son cœur les beautés d’une riante plaine, d’un fertile coteau, d’un site varié, Anssi, à cette époque de printemps. avait-elle saisi avec empressement l’occasion qu'on venait de lui olfrir d’aller passer une quinzaine de jours dais un village de Normandie, chez d'excellents amis, où elle devait se reposer un peu des ennuis de la capitale, Elle

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quitta Paris le 8 mai, vers le soir; le 9, au matin, après une nuit passée en voiture, elle s'installa dans un joli petit logement préparé d'avance à son intention.

Marie, venant de recevoir l’accueil le plus amical, n'avait cependant pas l'esprit entièrement tranquille. En partant de chez elle, toute préoccupée du voyage, elle n'avait pas interrogé son cœur; mais arrivée à peine, elle éprouva ce vidé singulier indéfinissable que sentent si profondément ceux qui aiment, une fois éloignés de leurs êtres chéris. C'est que la tendre jeune fille se trouvait séparée, pour la première fois depuis bien longtemps, d’un homme dont elle savait toutes les pensées, toute la sympathie, tout le cœur ! Elle n’avait pas vu Jérôme depuis la veille seulement, et déjà mille inquiétudes l’accablaient. L'idée que quelque malheur menaçait son ami la tourmentait incessamment.

Les pressentiments ne sont pas toujours des chimères.

Marie savait que ceux qui lui venaient la trompaient rarement, et son expérience mème augmentait sa peine. fl lui eût été impossible de déterminer la cause de ses appréhensions ; car, plus elle songeait à Jérôme, à sa santé habituelle, à ses affaires, qu’elle connaissait, moins elle pouvait soupçonner de sujets d’ennuis. Ses angoisses secrètes augmentant de plus en plus, ses amis s’en aperçurent. Ils le lui dirent ; elle ne dissimula rien. On chercha à la distraire de cette préoccupation, et, le troisième jour après son arrivée, on l’engagea à faire une promenade sur les bords de l’Océan.

Marie alla avec ses amis jusqu’au pied des phares du Havre. Le temps était beau. Une brise légère, soulevant la vague de la marée montante, en apportait une pluie fine et tiède sur la plage sablonneuse, comme pour l’avertir du flux prochain dont elle allait être couverte.

C’est un imposant et magnifique spectacle que ce vaste Océan, dont la nappe immense va se dérouler encore bien au delà de l'horizon. Quels merveillenx phénomènes il offre à l’observateur curieux : tantôt c’est la houle rieuse qui, se berçant en cadence, prendrplaisir à tracer de mobiles sillons ; tantôt c’est la lame rapide inondant tout soudain les rescifs du rivage; tantôt c’est une arène à théâtre changeant où d'énormes poissons se livrent de sanglants combats; tantôt c’est une route sans bords où courent en voguant des cités tout entières; tantôt ce sont des flots pressés, poussés par la tempête, qui viennent furibonds se briser aux rochers ; tantôt ce sont des mon-

tagnes hurlantes s’entrechoquant avec fureur, se grandissant, se grossissant, écumant de colère et s’étouffant les unes les autres pour renaître bientôt après, et abîimer sous leurs masses terribles le timide esquif des amants trop hardis, la frèle barque du pêcheur, le navire du marchand, le vaisseau du guerrier, et les flottes des rois.

Après avoir erré quelque temps sur les bords de la mer. Marie éprouva tout à coup une sorte de pamoison ; elle sembla défaillir. Mais ce singulier état ne dura qu'un instant, et à peine ses amis s’en aperçurent-ils. Revenue à elle, ses premières paroles exprimérent le désir qu’elle avait ou plutôt le besoin qu’elle sentait de retourner à Paris, où, disait-elle, il devait se passer des choses étranges dont il lui fallait s’occuper.

On essaya de tous les raisonnements pour la dissuader. Elle savait bien, affirmait-elle, que son esprit n’élait point abusé, et qu’au surplus, elle recevrait, le lendemain, une lettre venant de Paris, prouvant qu’elle n’était pas dans l'erreur.

La petite troupe revint, en causant, vers la maison, où, une fois rentrée, les bons amis de Marie s’occupèrent du dîner. La promenade avait aiguisé l’appétit de tous. On était parvenu, pendant le chemin, à tourner la conversation sur des sujets faisant diversion aux idées de Marie. Elle semblait avoir abandonné l’objet de ses inquiétudes. On voulut s’en réjouir. Le dîner fut plus splendide que d’ordinaire : des huîtres fraîches, une bonne soupe, un salmis de pigeons, un homard à la Mayÿonpaise, un gras Chapon rôli; puis une crème à la vanille, des biscuits de Reims, des fruits secs; le tout assaisonné de vieux vin de Bordeaux, d’une très-bonne mine d'hôtes, et couronné de l’excellente tasse de café pur.

Le dîner terminé, les bons amis de Marie cherchèrent à la distraire encore. On causa des affaires du temps, on cita des anecdotes normandes et gasconnes ; enfin, lorsque l’heure du coucher fut venue, chacun se retira dans sa chambre après s’être donné le bonsoir,- souhaité une bonne nuit et dit : à demain.

Pour qui n’a pas d'inquiétude, un bon repas-pris sans excès est un somnifère certain.

Les commensaux de Marie dormirent parfaitement.

Quant à elle, une fois couchée, recueillie par la prière du soir, ses idées du jour V'assaillirent avec plus de force. Le calme de la nuit, l'isolement où elle se trouvait à présent, tout

concourait à permettre à son imagination de s'exercer dans le sens des pensées qu’elle avait eues. Le sommeil ne vint point secouer ses pavots sur le lit de la jeune fille, elle passa donc de longues heures dans les angoisses de linsomnie êt de l'anxiété.

Dès que l'aurore eût apporté les premières élartés du jour dans li chambre de Marie, elle: se mit à sa toilette, et par un mouvement machinal elle se prit à arranger son linge, ses robes, ses effets, ét les plaça dans ses malles, comme pour un départ prochain.

Elle finissait à peine cet arrangement qu’ellé entendit Ja voix du facteur rural criant : Unelettre de Paris ! Marie l'avait annoncée la veille, elle descendit précipitamment, prit la lettre qu’elle reconnût être écrite de la main du secrétaire de Jérôme, et lat ce qui suit :

« Nous sommes privés pour quelques jours de M. Jérôme, « ne fant point vous inquiéter de cela. Il s’agit d'une mau- « vaise plaisanterie qu’on a voulu lui faire, dans le but de <nuire au bon M. X, dont les puissants ennemis cl'erchent, à « ce qu'il paraît, les moyens de provoquer l'interdiction, pro- « bablement dans des vues intéressées, cupides et indignes.

« Quant à vous, Mademoiselle, ne venez point à Paris avant € que d’avoir réçu une nouvelle lettre qui vous y mande. Veuil- « lez aussi, par prudence, ne pas quitter la maison dé vos amis, « el suriout ne vous point montrer au Havre,

« Je vous le répète, ne vous tourmentez pas, sous peu de « jours M. Jérôme nous sera rendu, et je vous écrirai plus ex- « plicitement. »

Marie, loin de suivre le conseil que portait cette lettre, se rendit en toute hâte au Havre même, où elle s’assura une place dans la diligence partant le soir pour Paris.

De retour chez ses amis, elle leur communiqua la lettre, leur dit la résolution qu’elle avait prise, la démarche qu’elle venait de faire, et échangea avec eux le plus touchant adieu!

Avant de dérouler la longue chaîne des événements qui se sont succédé à partir de cette époque, il est important de jeter un coup d'œil rétrospectif sur la vie de Marie:

Née de cultivateurs aisés, dans un hameau de la Brie, Marie n’avait pas encore quatre ans lorsque ses parents remarquêrent chez elle une extrême affectibilité, dont leur ignorance ne leur permettait pas d'apprécier les causes. Faiblement constituée, elle était pour ainsi dire incessamment malade depuis qu’elle

avait reçu de! jour. La nourriture grossière dont ses frères et ses sœurs se trouvaient fort bien, ne pouvant convenir à son débile estomac, elle-ne prenait qu'avec beaucoup de répugnance des aliments qui étaient rendus, à chaque repas, immédiatement après leur ingestion.

Les paysans gâtent peu leurs enfants. Hs sont, en général, beaucoup plus attachés aux bêtes de somme servant à l’exploilation de leurs terres, qu'à leur propre sang. Aussi la pauvre Marie, déjà si malheureuse de son peu de santé, était-elle en proie aux mauvais traitements de son père et de sa mère, qui, tous deux, attribuaient à la paresse, à la malice, les effets de la souffrance, de la faiblesse, de l'hygiène contraire. La pauvre enfant tomba dans un tel accablement qu'elle s’endormait contre Son gré, d’un sommeil de plomb, voire sous les coups par lesquels on croyait pouvoir stimuler son Courage ou vaincre ce qu’on appelait son entètement. L'urtication (1), ce supplice affreux , digne des Barbares, était pratiquée quelquefois sur elle, sans autre méthode que la brutalité de la colère, sans autre but qué d'obtenir un travail productif; et alors même qu’on exerçait cette cruellé opération sur les parties les plus sensibles du corps, l'enfant restait mactive, les yeux ouverts et fixes, le Visage immobile et décoloré, plongée dans une sorté d’extase inconnue de ceux qui l’éntouraient.

À trayeïs tant de misères. la pauvre Marie atteignit l’âge de six ans. Alors ses parents, redoublant d'exigence, la contraignaient d’aller aux champs, comme les autres enfants, soit pour slaver, soit pour amasser de l'herbe destinée à nourrir le béail. On pense bien que la malheureuse petite ne pouvait jamais remplir la tâche qui lui était imposée, et que les châtiments les plus rudes lui étaient continnés. Cependant des personnes charitables ayant remarqué ses dispositions, la prirent en pitié, et Si on la trouvait dormant au pied d’un arbre, sur un tas de fumier, ou au milieu d’un Champ, on l’emportait dans une habiz tation voisine, on lui parlait, on l’éveillait enfin; puis, on lui donnait à manger les mets les plus légers qu’on eût. Grâce à ceite commisération, Marie devint un peu plus forte, et à sept ans, elle put aller, comme ses sœurs, à l’école du village, OÙ,

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(4) Opération usitée par les médecins dans certains cas patholo- 8iques. Elle consiste à Irapper la peau nue avec des orties fraîches.

dans le cours d’un hiver, elle apprit à connaître les lettres de l'alphabet,

Tout est heur ou malheur dans ce monde.

Cette formule n’est pas nouvelle : elle est encore moins consolante pour ceux sur la tête de qui le destin contraire appuie son pied de fer avec une opiniâtreté incessante, L'homme, au supplus, ne passe sur Ja terre que pour subir les épreuves auxquelles il plaît à Dieu de le soumettre, et il serait impossible sans doute au philosophe le plus avancé de déterminer si le riche est plus heureux que le pauvre, le sage que l’insensé, le valide que le malade; car chaque condition a son bien et son mal: aucune n’est parfaitement bonne ici-bas, et d’ailleurs la manière d'apprécier Les choses étant incontestablement relative aux individus, il en résulte que nul ne saurait être apte à juger sainement de la situation d'autrui, quelles qu’en soient les apparences.

Marie ayant eu dans l’école même, au milieu du bruit et des chuchottements de ses camarades, plusieurs crises extatiques auxquelles personne ne connaissait rien, on parla d’elle dans tout le village, distant d'une demi-lieue du hameau qu’elle habitait. Les matadors de la paroisse voulurent la voir : le frater d’abord, en sa double qualité de barbier et de chirurgien ; la matrone, réputée sage-femme ; les marchands, les cabaretiers ; puis, M. le maire el MM. les conseillers municipaux ; enfin, M. le curé, ainsi que son sacristain et MM. les marguilliers de la paroisse. Tous s’étonnaient de son état ; quelques-uns s’en effrayaient ; cependant il ne vint dans la pensée de personne d'essayer de la guérir, encore moins (supposant une posses-

sion diabolique) de tenter l’exorcisme, cérémonie Si en usage autrefois, dans les cas d’affections extraordinaires ; et, selon bien des gens sensés et instruils, d'accord avec les saintes Ecritures, si avantageusement pratiquée sur certains individus véritablement possédés.

L'hiver ayant plié son manteau de glace, de neige et de frimas, et les travaux des champs allant être repris, Marie dut cesser, comme ses sœurs, la fréquentation du village, où l’école ne la rappellerait qu’à la fin de l'automne suivant. C’était le chagrin dans le cœur que la pauvre enfant sentait venir le moment où elle allait se retrouver incessamment sous la férule de ses parents, et se voir contrainte de prendre part à des travaux qui, trop rudes pour elle, ne convenaient ni à sa constitution ni à ses goûts.

Les vocations sont innées !

Les enfants sentent mieux que l’homme fait ce qui convient à leurs dispositions, Un penchant naturel les guide secrètement vers la profession qu’ils devaient embrasser. Cette voix intérieure, qui parle à leur jeune intelligence, ne les tromperait point, si ce qu’on appelle l’éducation ne venait d'avance tron quer leur carrière, en les obligeant de se soumettre aux vœux de leurs directeurs, aux caprices de leurs parents, dont l’intérêt ou la vanité est le plus souvent la seule règle de conduite.

Marie, loin de sentir de l’attrait pour les travaux rustiques, ne se sentait portée qu’à des occupations délicates comme sa personne : les arts, et il faut bien le dire puisque cela est, la philosophie surtout, voilà ce qui plaisait à ses goûts, à sa nature.

La sagesse de la Providence se manifeste quelquefois d’une façon bien étrange aux yeux des mortels. C’est souvent pour nous conduire au bonheur qu’elle nous fait subir les épreuves les plus rudes, de même que, pour briser l’orgueil de ces êtres bouffis de vanité, elle les élève d’abord au summum de la fortune, et les précipite après dans le gouffre du malheur.

C’est au moment où la pauvre Marie allait peut-être succomber sous le poids des misères dont on l’accablait, que le ciel lui révéla, en songe, une page de son avenir.

Un jour que, tombée sur- le talus du chemin, elle s’y était endormie , un ange lui apparut sous la forme d’un enfant de son âge :

« Pauvre Marie, lui dit l'ange, prends courage ! Dieu ne t’a « point abandonnée ! Je suis envoyé vers toi pour t’annoncer « les événements qui t’attendent sur la terre. Je ne dois pas « cependant L’instruire dès à présent de tout ton avenir ici- € bas; mais si ta conduite répond aux bontés dont le ciel te « donne aujourd’hui la plus auguste preuve, je t’avertirai des « choses que tu auras à faire ou à éviter, toutes les fois qu’in- € voquant la protection du Seigneur, tu lui demanderas hum- « blement d'éclairer ton esprit de sa lumière divine. Fais at « tention, continua l'ange, aux choses que je vais te montrer, « Sardes-en le souvenir, et si tu ne peux en trouver immédia- « tement lexplication, c’est que le temps ne sera pas encore « venu que tu aies besoin de la connaître; mais cette connais- « sance te viendra toujours opportunément, pourvu que tu sois « attentive à observer tes inspirations. »

Aussitôt, l’ange montra à la pauvre enfant un sd Voisin

du lieu où elle s'était endormie, lui en fit voir l’intérieur, les habitants, et la fit s'arrêter dans une chambreoù se trouvaient des hardes et divers objets qui lui étaient destinés. Dans ce moment, l'ange disparut, et la petite Marie sortit de l’extase où elle était plongée.

Après cette extase, l'enfant se prit à réfléchir sur ce qu’elle appelait son rêve. Elle pensa que ce château devait être celui de madame **, dont elle avait souvent entehdu citer le nom et louer les vertus. Alors une espérance vague! remonta son courage abattu, et, pleine de l’idée du songe qu’elle venait d’avoir, elle se hâta de ramasser les herbes dont il lui fallait porter un paquet au hameau, afin d’éviter les mauvais traitements de ses parents. Peu de temps lui suffit pour réunir un fardeau au-dessus de ses forces habituelles. Elle le chargea sur ses faibles épaules, l’emporta lestement, et, à son arrivée à la maison, Le déposa d’un air satisfait, trroomphant, comme si elle fût venue de remporter une victoire.

Ce succès eût dû sans doute lui mériter les louanges de ses bons parents, dont, pour la première fois, elle secondait les vues ; cependant, il en fut tout autrement, Ils profitèrent de la preuve d'énergie que la pauvre enfant venait de donner, dans un moment d’exaltation morale où ses forces physiques s’étaient décuplées, pour l’accabler des reproches les plus amers, en lui signifiant que si chaque jour désormais elle n° accomplissait pas une tâche au moins égale, ils redouhleraient de rigueur à son égard. Par bonheur pour Marie, la Providence ne leur laissa pas le temps d'exécuter leurs mauvais desseins.

Le lendemain même, Marie, allant aux champs, fut rencontrée par madame ‘**, que la physionomie souffreteuse de la pauvre enfant intéressa d’abord.

— Où vas-tu mon enfant, demanda à Marie, madame ***, d’un ton de bienveillance qui enhardit la pauvrette ?

— Je vais ramasser de l’herbe pour les vaches, dit: Marie en baissant les veux.

— Comment s'appelle ton père, reprit madame *** ?

— Il s'appelle Joseph, madame.

— Joseph? Je le connais. Ne va-t-il pas quelquefois au chàteau de madame ** ?

— Oh! madame, c’est sûr qu’il y va des fois. H a encore porté l’autre jour une charretée de foin au château.

— Et dis-moi, mon enfant, es-tu bien utile à ton père? Ne pourrait-il se passer de toi ?

— Que oui, madame, qu’il serait bien content de s’en passer, ef ma mère aussi, parce que je ne suis pas bien forte, et puis je m’endors toujours dans les champs, et puis je ne pêux pas travailler, et puis je suis battue: |

— Pauvre enfant ! battue! battue parce que tu es malade !... Eh bien ! conduis-moi chez ton père. Je veux le voir, lui parler.

— Oh! que non, madame, si je retournais sans avoir fait ma tâche, je serais battue !

— Sois sans crainte, mon enfant. Aies confiance en moi. Est-ce que tu croirais que je veuille te faire maltraiter ?

— Oh ! non, madame, vous avez bien l'air d’être trop bonne pour cela. Mais. ….

— Allons, enfant, ne erains rien, donné-moi la main et rendons-nous ensemble près de tes parents,

La petite Marie céda aisément à l’insistance de madame ***, mit sa petite main terreuse dans Ja blanche et douce main de la noble châtelaine, et la conduisit au hameau.

(La longueur de ce chapitre étant peu en rapport avec le ca dre de cét opuscule, nous renvoyons le lecteur à l'ouvrage complet, qui sera en vente prochainement chez l’auteur, rue de La Pépinière, n° 24, et chez les libraires, )

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