‹ Le magnétiseur praticienChapitre 36 sur 42 · SAINTE PÉLAGIE · texte numérisé non relu

SAINTE PÉLAGIE

Dix minutes après notre départ de la. préfecture de police, reprit Jérôme, nous arrivèämes à la prison de Sainte-Pélagie, On nous fit traverser un premier vestibule, et l’on nous introduisit dans une espèce de corridor divisé longitudinalement en tiers par deux grilles renforcées d’un épars treillis en fer. J’ai su depuis que cet endroit s'appelle le parloir des Singes. Là nous attendimes seuls, près d’une heure, Un gardien vint nous ouvrir et nous conduisit au greffe, où l’on prit nos signalements respectifs que l’on inserivit sur un registre ad hoc ainsi que nos noms et prénoms.

Cette humiliante formalité, une fois remplie, le même gardien nous conduisit tous, à l'exception du condamné pour ban-

queroute, à travérs des cours, des corridors, des guichets, jusqu’à l'endroit appelé cour de la Dette, ou mieux cour des Prévenus, où nous fûmes jetés après avoir été fouillés de nouveau

Cette cour des Prévenus est assez vaste; sur l’un de ses côtés se trouve une espèce de péristyle, de galerie, où vont s’abriter, entemps de pluie, serrés les uns contre les autres, les prisonniers qui ne peuvent payer une chambre.

C’est un triste et singulier spectacle à voir que ce troupeau d'hommes diversement vêtus , appartenant aux différentes classes de la société, se promenant pêle-mêle, soit isolément, soit par petits nombres, parlant diverses langues, divers jarsons, Se démenant de cent facons ; les uns couverts des habits grossiers de la prison ; d’autres attiffés des haïllons du mendiant; d’autres tout pimpants encore d’un. l’uxe qui s'enfuit; ceux-là d’un abord repoussant et, pour la plupart, marqués au front du signe de la réprobation ; ceux-ci, d’un visage ouvert, d’une allure noble et portant sur la poitrine un nombre plus ou moins grand d’ordres et de décorations, que leur arrachera peut-être une condamnation infamante, Des groupes se forment de temps en temps dans l’un des coins de celte cour, pour applaudir, tantôt à la souplesse d’un jeune homme qui, oubliant sa position actuelle , ou habitué à quelque chose de pire, se distrait gaiement par des tours de force et d’agilité ; tantôt aux récits animés et pleins de franchise de quelque voleur de profession qui s’enorgueillit de l’adresse qu’ila déployée en cent occasions ; tantôt aux discours exaltés d’un pauvre diable que sa raison abandonne. Là, le valet coudoie le marquis, le goujat hurle aux oreilles du poëte, l’assassin se frotte au banquier, l’enfonceur de portes foule le pied de l'officier supérieur , tous sont confondus ensemble, tous : meurtriers, voleurs, filous, escrocs, banqueroutiers, vagabonds, faussaires et honnêtes gens!

À ce triste tableau des choses humaines , j’oublai un instant mes propres douleurs; mon esprit d'observation sembla se réveiller, les réflexions suivantes me vinrent à la pensée : Eh ! quoi, medis-\e, le gouvernement éclairé, sous lequel nous vivons, ne pourrait-il pas, avec ses vues d'amélioration et de justice, trouver les moyens d'éviter aux hommes de probité que la calomnie où l'erreur a conduits sous les verroux, le contact impur du vice et du crime, dont la contagion est tou- Jours redoutable, Serait-il donc bien malaisé de classer les

accusés selon la nature des fautes qui leur sont imputées, à tort ou à raison, de manière que les prévenus de simples délits ne fussent pas exposés comme ils le sont à être froissés, apostrophés du matin jusqu’au soir et du soir au matin, par des forçats libérés en récidive de crime, par des assassins convaincus, par des voleurs avoués, par des Gomorrhéens modernes, qui se vantent tout haut de leur dépravation! Il. me semble, à moi, que si l’État économisait quelques écus sur chaque dépense de nos énormes budgets, dont je ne prétends pourtant pas exercer le contrôle, it serait à même de disposer les prisons plus convenablement à la santé du corps et au salut de l'âme. Il est cerlain, et ceci a été dit par bien des moralistes, que la corruption gagne petit à petit les esprits faibles, au point de faire souvent d’un homme bon et juste, un fripon fieffé digne du poteau et de la corde. Si j'avais l’honneur d’être pour un peu dans la direction des affaires publiques, je voudrais appeler l'attention sur les prisons en général, sur la détention préventive en particulier, et je crois que j'aurais le bonheur de provoquer des améliorations notables dont tous les pouvoirs , unanimement, ne tarderaient pas à ordonner l’exécution. Certes, quand je dirais que, dans ces lieux d'horreur il y a des misérables qui enseignent avec un soin minutieux et un talent maudit. toutes les ressources de la ruse, de l’adresse, de l’effronterie, de la réserve, de la méfiance, du refuge pour faire entrer ou avancer dans le crime leurs tristes élèves ; quand je dirais que certains voleurs ont l’audace, en prison, de dérober, à leurs compagnons de captivité . les objets de première nécessité ; quand je dirais que les individus malades succombent dans une proportion effrayante, non pas précisément à défaut de soins médicaux, mais sous l'influence de l’air vicié qu'on respire dans ces lazarets empestés ; quand je dirais que, pour la moindre vétille l'innocent tout comme le coupable est exposé à se voir rudoyer, maltraiter et jeter dans un cachot; quand je dirais qu'il y a là des êtres humains dont les haillons ne sauraient préserver du froid et de l’intempérie de l'atmosphère, les corps à moitié paralysés par la privation de mouvement et d’une nourriture suffisante; quand je dirais que, quelquefois, la vie même des gens paisibles est menacée par des forcenés, dont la rage s’exalte à l'aspect de la pudeur; quand je dirais tout cela et bien d'autres choses encore, certes que je captiverais l'attention dé mes auditeurs, et que ma parole ne serait pas perdue,

Le quartier des prévenus se divise en deux catégories : les PISTOLIERS et les PAILLEUX.

On appelle pistolier, tont individu payant une somme qui Varie de 1 fr. 250. à 2 fr. par dix jours. pour jouir de la faveur de coucher dans une espece de cellule décorée du titre de Chambre , complétement dépourvue d'armoires, de buffets, d'étagères . mais ornée d’un nombre de grabats qui varie de deux à cinq d’une petite table carrée, et d’ume chaise jadis propre pour chaque hôte. Il faut pourtant dire qu à Sainte-Péla- Sie, cette maison si célèbre, ce lieu d'horreur pour toute âme honnête ; mais que les gens habitués à la prison appellent leur lieu de plaisance, leur Elysée, leur Eden, il faut dire que le linge est fin et propre, les matelas médiocrement manvais les oreillers pas trop durs, les couvertures à peu près chaudes.

Les pistoliers, outre qu'ils sont mieux traités que les autres, Sous le rapport des besoins matériels, sont aussi mieux vus des employés ; d’abord un article du règlement de la prison, leur accorde le privilège de rester à se promener dans la cour tous les soirs une heure après la rentrée des autres. Ainsi, Comme chacun est libré de garder la chambre pendant toute la journée, et peut prendre l'air assez mauvais à la vérité . pendant une heure par jour. à peu près. en moins nombreuse société il y a, à Sainte-Pélagie, une sorte d’aristocratie qui fait peine à voir. Quelque conpable que soit un prévenu, c’est un des princes de la maison s’il s habille avec luxe, s’il met fréquemment une chemise blanche, s il se mouche dans un foulard, s’il possède une pipe à long tuyau. et si, Surtout . il ne manque pas d'argent.

À propos de ce dernier et important artiele, je me suis perdu dans mille conjectures pour m'expliquer ceci : qui que ce soit, en entrant à Sainte-Pélagie, est fouillé, visité de pied en Cap ; l’argént que l’on trouve sur lui est déposé au greffe, moins 10 fr., au plus; puis il n’est remis au détenu que 10 fr. par semaine, de façon que quand même on reçoit du dehors les pro- Visions de houche qu’on laisse parvenir, il faut agir très-écono- Mmiquement. Eh bien, j'ai vu certains prisonniers qui dépensaient dans la maison même, jusqu’à 5, 6 etmême 10 francs par jour; qui avaient leurs poches pleines d'or, etadoucissaient, conséquemment, leur captivité. Tout est prohibé à Sainte-Pélagie, Couteaux, rasoirs, canifs, ete , et tout s'y trouve; car, bien qu'un même individu n’ait pas toutes ces Choses. il peut se les

procurer au moyen des échanges, des emprunts, parce que dix à douze prisonniers peuvent réunir tousces instruments ; — qui, un couteau; — qui, un canif; — qui, un rasoir; — qui, des épingles; — qui, des aiguilles ; — Qui. des ciseaux; — qui, une lime à ongles ; — qui, une scie; — qui, un marteau; — qui, des clous ; — qui, un compas. Je crois que, quand même les surveillants redoubleraient d’activité, de zele et de sévérité, . il serait impossible d'empêcher la contrebande; car, mal-

gré l'épaisseur des murailles, les grilles, les verroux, les gardiens, les sentinelles et les chemins de ronde, il y a des détenus qui sont au courant de toutes les nouvelles de la capitale. J'ai oui dire qué. parmi nous, il y avait un certain nombre d’espions payés par la police, et que c'était ces gens-là euxmêmes qui prétaient les mains à toutes les infractions aux règlements; cependant je n’ai pu m’assurer que cela fût exact. Pour moi, je n’ai vu là que mystère, et quiconque ne sera pas initié par les doyens de la prison cherchera vainement l’explication de tant de prodiges.

Il y a, à Sainte-Pélagie, des hommes fort instruits, fort habiles, dont les conversations sont pleines d’intérèt et de charme. Ceux de ces messieurs qui sont en prévention depuis longtemps sont devenus jurisconsultes au premier chef. Il est vrai qu'il y a presque constamment en prison un certain nombre d'avocats dont les lumières vont éclairer le dernier des détenus, et que les princes possèdent presque tous un Code annoté, de façon que dès qu’un nouvel arrivant fait connaître le motif ou le prétexte de son accusation, les maîtres s écrient, sans prendre la peine de chercher le moins du monde : 401, — 405, — 408, — elc., pour indiquer l’article du Code qui lui est applicable en cas de conviction.

Nous avons eu , à Sainte-Pélagie, un certain capitaine de frégate, décoré, nommé Zerman, qui prétendait avoir été com paguon de captivité de Silvio Pellico, dont les Mémoires ont été lus de tout le monde. Cet officier disait avoir ete arrêté pour défaut de papier et comme agent d’un parti politique en Espagne. Je n'avais point encore vu d’homme aussi impassible, aussi insensible, à bien dire, que ce marin. Sainte-Pélagie était, pour lui, un lieu de délices, à la liberté près, nous racontait fréquemment quelques épisodes de sa vie aventureuse, que d'autres tempêtes que celles des flots avaient bat. tue bien des fois. Doué d’une constitution robuste, d’un tempérament bilioso sanguin , d’une âme fortement trempée ,

d’un courage presque féroce, il pouvait, nous disaitil, supporter les plus grandes fatigues, résister à toutes les privations, à toutes les tortures. Ses récits étaient si extraordinaires que je me suis bien souvent demandé si leur exactitude entrait dans le domaine du possible.

Au temps où Sainte-Pélagie était la prison pour deties, il y avait une boucherie et un café restaurant pour les besoins et les plaisirs des détenus; à présent que sa destination à été changée, il n'y a plus qu’une simple cantine à laquelle on est convié deux ou trois fois par jour, et où les princes ne vont jamais. Si quelqu'un de mes lecteurs venait à être conduit à Sainte-Pélagie , je le préviens de ne point s’effrayer lorsqu'il entendra la voix formidable d’un homme à large poitrine faire retentir la cour du cri répété : à Ja cantine! la cantine! la cantine Let de se tenir pour averti que s’il désire boire un verre de mauvais vin, il doit se hâter d’accourir.

Je viens de dire qu’il n’y a qu’une cantine pour les prévenus; néanmoins, ils peuvent se procurer une nourriture passa ble sans avoir recours au dehors , soit en faisant eux mêmes leur cuisine, à l’aide d’un petit fourneau à charbon que l'on obtient assez facilement, moyennant le prix un peu exagéré de sa valeur réelle ; soit en s’adressant à un prisonnier reslaurateur qui, quoique étranger, en quelque sorte, à l’art culinaire, sait néanmoins préparer les mets d’une façon assez appétissante. Notre petit Vatel possédait, au suprême degré, l’émi nente qualité d'acheter, pour ses commensaux , de la viande fraîche, des fruits assez bons, du café véritable; le tout accommodé et offert parlui avec une gaieté, un entrain, une résignation qu'on rencontre peu dans une prison, chez les gens de sa classe: car il est artiste et savant, el c’est cette double qualité, à l’en croire, qui lui a valu et lui vaut encore, probablement, la détention qu’il subissait, préventivement depuis quinze mois déjà, sans savoir alors quand ni comment elle finirait.

Les pailleux sont le plus à plaindre, en apparence, et en réalité le moins dignes de commisération, du moins pour la plupart, Les dix-neuf vingtièmes de ces gens-là appartiennent à la classe paresseuse de la populace, et n’ont véeu, toute leur vie, que de vol et de rapine. Il y en a peu qui ne soient habitués à la vie des prisons et qui nes’estiment heureux d’un long séjour à Sainte-Pélagie, en attendant la Roquette, Poissy ou le bagne. Aussi, les entend-on s’ébattre bruyamment el rire aux éclats tout le long du jour. Pourtant leur nourriture est

bien mauvaise, leur lit bien dur, leurs vêtements bien dégoûtants !

Quand je dis que ces pauvres diables sont le moins dignes de commisération , je parle tout à contre sens de ma pensée intime ; et ce langage est contraire à l'humanité, tout comme à la charité, tout comme à la vérité; mais il faut bien parler de manière à être compris de la société existante, et voir comme elle le coupable dans l’ignorant, dans le nécessiteux, dans l’homme passionné. Pourtant il me semble que si nos institutions étaient modifiées, si le pauvre dès sa naissance était assuré contre l’horrible faim qui le menace incessamment par le lemps qui court; s’il recevait, je ne dirai pas une haute instruction, mais une éducation suffisante; s’il était éclairé dès son enfance sur les devoirs du citoyen; s’il ne voyait pas clairement, comme il le comprend aujourd’hui, que ses sueurs doivent être exploitées au profit du riche ; si, arrivé à l’âge viril, il n’avait la crainte de voir sa femme, ses enfants, luimême, manquer de pain, de vêtements et d’abri; il me semble, dis-je, qu’il ne serait pas exposé à tant de misérables tentations auxquelles le besoin le force de succomber. Ne voit-on pas, en effet, trop fréquemment , des gens réduits à une telle extrémité qu'ils vont dérober, au premier endroit, un morceau de pain, ou un objet de peu de valeur, afin de satisfaire une faim pressante qui déchire leurs entrailles et altère leur raison (1).

Les discours les plus bizarres, quelquefois les plus cyniques coulent à flots sur la langue infernale de ces pauvres hères,

(1) Note de l’auteur.— J'indique ici, comme tant de gens l'ont fait avant moi, une partie des plaies profondes qui dévorent le peuple, la société tout entière; mais je n'ai point la prétention d'indiquer un remède plus sûr que celui qui a été formulé si sagement par le plus grand philosophe de notre siècle, par l’'économiste le plus profond, le plus sublime qu’ait jamais éclairé la lumière céleste, par Fourrier, en un mot, dont les travaux immortels ont trouvé, trouvent et trouveront des continuateurs dignes de leur origine, jusqu'à la mise en pratique de sa sainte doctrine.

Si je me laisse entraîner à dire naivement ce que je pense d'une école qui éprouve tant de peine à s'établir, c'est que, dans mon opinion, un temps viendra où elle sera généralement adoptée.

Ce que je dis ici du Fourriérisme, paraîtra, je pense, d'autant moins suspect, que je ne suis point un de ses apôtres; mais seulement un de ses admirateurs.

et servent, sinon de récréation, dn moins de passe-temps aux pistoliers qui les entourent

Le séjour:de la prison, loin de moraliser la plupart dé ces malheurenx,.he fait que les pérvertir plus complétement.

Voici undes cent exemples que je pourrais citer à l'appui de ma proposition :

Un enfant de douze à quatorze ans me parut tellement malheureux que jé lui donnai quelques sous pour l'aider un peu, et je lui demandai en même temps, comment, si jeune, il se trouvait en prison ?

— Monsieur, me répondit-iL c’ esf parce que ÿ a plus de facililé à mettre là main dans lu poche d'un étranger que dans lu miènne. | ‘extuel )

Je fus stupéñé,

— Mais, repris-je, malheureux. tu ne songeais done pas que cela pouvait t’amener en ‘prison ?

— Je le savais bien ; car tout jeune que vous m@ voyez, J'ai déja tiré deux longes.

— Qu'est-ce que cela signifie ?

— Que j'ai dejà subi deux cohdamnations pour vol ; mais que voulez-vous, je ne sais vien faire. je n’ai aucnne ressource, personne ne s’interesse à moi, il faut bien que je vole ; à présent, C'est fini, je serai voleur toute ma vie Je sais que je vais en attraper pour jusqu à l'âge de vingt et un ans ; mais pendant ce temps-là je grandirai, je prendrai de la force, et à ma sortie, je me mettrai défonceur de portes.

Se

— ru)

MRESMIEI , SWEDEMBORG, FOURIER.

Les idées de Swedemborg et les principes cosmologiques de Ch. Fourier se rattachent par plusiéurs points à la science formulée par Mesmer.

Nous ne prétendons pas que Swedemborg a eu connaissance des lois du magnétisme animal, ‘lesquelles, quoi qu’en ait dit Thouret, n’étaient nullement connues avant Mesmer. Or, Swedemborg, né en 1688, eut ses premières visions en 1744, quatre ans après la naissance de Mesmér, et ses ouvrages avaient presque tous vu le jour lorsque celui-ci soutint, en 1766, sa thèse de l’nfluence des planètes sur Le Corps humain. Ainsi Mesmer aurait emprunté à Swedemborg. plutôt

que ce dernier n'aurait pu: emprunter au médecin viennois. Mais.il est probable qu'ils ne se doivent rien ni l’un ni l’autre, ef que s’ils se sont rencontrés sur le même terrain, c’est à leurinsu et après avoir parcouru des routes différentes.

Nous croyons cependant que Swedemborg a eu, sans le sa- Voir, recours au magnétisme pour se procurer cette espèce d’excitation durant laquelle son espritexalté ne connaissait plus de bornes et planait dans l'infini avec les sphères célestes, el dans la compagnie des habitants des cieux. L'état dans le quel il était alors, état qu’il a décrit lui-même en parlant de la première vision qu’il eut à Londres, a beaucoup de rapport avec les symptômes dusommeil lucide, provoqué par la magnélisation, et nous ne craignons pas d'avancer qu'il a pu produire sur lui-même les mêmes effets que le magnéliseur produit sur son sujet. Nous essayerons de prouver cela en peu de mots,

Nous poserons d’abord comme prémisses que le corps humain forme une machine élech'o-magnétique. qui peut se Saturer de fluide de manière à charger le cerveau avec excès et à en exaller toutes les fibres, que non-seulement le fluide peut se répandre au dehors et être communiqué aux corps mis en rapport avec nous, comme cela est aujourd’hui parfaitement prouvé, mais qu’aussi l'homme peut augmenter sx force intellectuelle et rendre son esprit plus profond et plus clairvoyant, eh auSMentant la somme de flnide magnétique qui s'élève vers Son cerveau, Or, Swedemborg, aidé par les habitudes de sobriété el de continence de toute sa vie, et par l'extrême développe ment de ses organes cérébraux, était parvenu à spiritualiser au plus haut point ses facultés intellectuelles. Comme le magnéliseur qui se met en rapport avec son sujet augmente la puissance intellectuelle de celui-ci de tout le fluide qu’il verse sur lui, de même Swedemborg était arrivé, par lhabitude qu’il avait prise de se recueillir et de se concentrer en lui-même, à agir sur son imagination et sur son intelligence de la même manière que le magnétiseur agit sur son sujet ; il était arrivé, enfin, à se magnétiser lui-même.

Mais il ya entre l’homme qui se magnétise lui-même et ce lui qui est magnétisé par un autre cette différence que le premier peut bien parvenir à surexciter ses facultés intellectuelles

oo

(1) Nous démontrons la vérité de ces principes dans un ouvrage que nous ferons paraître bientôt sous le titre de la vie universelle.

mais que, dans l’état d’extase, il ne peut rester maître du fil conducteur de la logique et de la raison, et que son imagination peut ainsi errer à l’aventure et enfanter des rêves monstrueux et irrationnels, tandis que l’homme soumis à l’action magnétique d’un autre homme, voit son imagination et tout son intellect conduit, dirigé, soutenu par une volonté forte, puissante, active, qui s’est substituée à la sienne propre. On doit comprendre que, dans cedernier cas, les fibres du cerveau, surexcitées par les effluves magnétiques qui s’y portent en abondance, peuvent produire des effets qu’elles ne produiraient pas dans l’état normal, et que les phénomènes qui en résulteront ne cesseront pas d’être logiques et rationnels, parce que la volonté et la raison du magnétiseur n'auront pas cessé de les conduire et de les éclairer.

Quelle que soit l'opinion qu’on se forme des rèves mystiques de Swedemborg, on ne peut s'empêcher d'admirer la fécondité et la logique de son esprit, qui sait décrire, expliquer et défendre par tant de raisons plausibles, les visions de son cerveau, Certes, il est probable que Swedemborg a été dupe lui-même de son imagination quand il a cru converser avec les anges etqu'il les a entendus lui expliquer tous les mystères du monde céleste ;: mais, au milieu de tout son délire, quelle clarté, quel ordre, quel enchaînement, et aussi combien de pensées sublimes que la raison peut admettre, tout en s’effrayant de leur hardiesse et de leur immense profondeur !

Avant Mesmer et avant Fourier, Swedemborg a parlé des correspondances du ciel avec la terre; il a avancé que Les créations de la terre étaient des représentations du monde céleste et comme des images du monde spirituel ; que tout ce qui constitue le ciel est environné d’une espèce d’atmosphère d'amour; que l'amour procède de Dieu et y retourne comme par un flux et reflux continuels. Mesmer a fait de la vision de Swedemborg une loi physique, qui est devenue le premier aphorisme de sou système ; 1l a dit:

« Les corps ‘célestes, la terre et les êtres vivants exercent réciproquement une action les uns sur les autres, et l'intermède de cette influence est le fluide universel qui pénètre et entoure tout. »

Etudiant ensuite cet agent universel dans ses rapports physi-, ques avec l’homme, il voulut en faire la base d’une nouvelle thérapeutique et négliger de s'occuper des lois générales du fluide magnétique par rapportaux astres €t à Ja terre,

Fourier vintet féconda de son génie l’idée de Swedemborg et de Mesmer. Entraîné par son projet d'organisation sociale à approfondir les destinées de l'humanité pendant sa vie terrestre, il remarqua, comme eux, l'influence que les astres ont sur la terre ; il alla plus loin et prétendit que les créations de la terre ont été produites par sa Copulation avec les astres et avec le soleil. IL ajouta que la terre comme les autres planètes est androgyne , et que ses deux pôles étant l’un mâle, l’autre femelle, la conjonction des deux aromes quis’échappent l’un du pôle nord, l’autre du pôle sud produisait aussi des créations terrestres. L’arome que Fourier suppose s’exhaler de tous les corps n’est pas autre chose que le fluide électro-magnétique, et il en convient en quelque sorte lui-même, lorsqu'il attribue deux pôles à tous les corps et qu'il fait de l'attraction la loi unique du monde physique et du monde moral.

Ainsi , l’amour chez Swedemborg, l'attrait magnétique chez Mesmer, l'attraction chez Fourier ne sont qu'une seule et même chose. Il importe peu qu’ils aient donné à cet agent de la vie universelle un nom différent ; ils l'ont tous les trois défini de la même manière, lui ont attribué les mêmes effets, et, apres avoir poursuivi la vérité par des routes différentes, ils sont arrivés tous trois au même but.

Nous ne savons si Fourier connaissait l’œuvre de Swedemborg, ni s’il avait approfondi la doctrine de Mesmer, son esprit était d’ailleurs trop original pour avoir rien emprunté à ses devanciers, trop étendu et trop profond pour n’avoir pu toujours se suffire à lui-même; nous croyons bien plutôt que lès points de contact, qu’on trouve dans les idées de ces trois hommes remar-quables, proviennent de ce qu’en se rapprochant de Dieu, ils se sont abreuvés à la même source, source de vérité et de vie, d’où le génie rapporte les germes précieux qui doivent féconder l’avenir, Cu. Fauverri.

Cet article, fragment d’un ouvrage inédit de M. Fauvetti, nous a paru d'autant plus remarquable qu'il exprime des idées différant des Opinions que nous avons émises nous-mêmes sur les trois hommes éminents qui en font l'objet.

Nous l'avons inséré d’autant plus volontiers qu’il donnera lieu à une polémique entre son spirituel auteur et nous; polémique qui, Si n0S prévisions ne nous trompent, ne sera pas sans intérêt pour ceux qui la suivront.

Du reste, c'est avec plaisir que nous rendons hommage à l'érudition savante et au style gracieux de M. Fauvetti, dont nous lirons attentivement l'ouvrage tout entier dés qu'il aura paru.

(Note de M, ea

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