RÉCRÉATIONS
Le comédien Odry fut arrêté, au milieu de. la nuit, au coin des rues Jocquelet et Notre-Dame-des-Victoires, par un robuste et. décidé gaillard, qui, le poignard au poing, demanda à l'acteur : La bourse où la vie? La Boursé, répondit Odry, sans se déconcerter? la voiei (et 1 [ui montra le palais du com merce) ; quant à la vie (l'avis), celui que j'ai à vous donner
c’est d'abandonner le métier que vous faites. Le voleur abasourdi renonça à son projét, el s’en alla honteux comme un renard qu'une poule aurait pris.
Tout le monde sait combien le duc dé Roquelaure était facétieux et spirituel. On sait aussi que le cynisme dont il se faisait un mérite aux yeux de certaines personnes ne le: possédait pas tellement qu'il ne pt s'empêcher de le montrer aux personnages pour qui il avait de l'estime et du respect, Un Jour que le roi l’avaitadmis à-sa table, et le priait de lui faire quelque impromptu plaisant, Roquelaure prétendit, que :son humeur était malade, et qu’il essayerait vainement de satisfaire Sa Majesté. Le roi insista.en lui disant : faites-moi seule2 ment un Calembourg, et t Je vous tiens quitte. — Sire, dit Roquelat 1re, J y veux qu essayer ; mais au moins que Votre Majesté m ‘indique un sujet. Eh mon Dieu, dit le roi, le premier sujet venu. . mot, par exemple. — ire, reprit Roquelaure, Votre Majesté n'est point un sujet; elle est Le monarque adoré des siens. Le roi comprit et se mit à rire. Un instant après Sa Majesté avala une huître (on était au commencement du repas), et, demanda à Roquelauré s’il y avait quelque chose de nouveau, de curieux à Paris. Non, répondit le due, si ce n’est qu'on à vu tout récemment une huître dé pourvue d'écaille, traverser le palais royal.
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Un de nos officiers supérieurs dans l’armée d’Afriqué avait passé plusieurs jours, pendant la camp igne, sans sê dé ‘shabiller; ses Jambes, par suite de la fatigue, s éfaient enflées, etles bottes qu’il port ait le faisaient souffrir cruellement. Un SOUSofficier vint lui transmettre un ordre supérieur qui ne lui per-
mettait point de se livrer encore au repos qu’il désirait si ardemment. À la lecture de cet ordre il s’écria : Quel ennui ! il faut se remettre en marche sans débotter! — Colonel, dit le sous-officier, je vous promets que non, car vous êtes chargé d'accompagner le dey d'Alger, et il a des bottes toutes neuves ; vous ne parlirez donc point sans dey botté. R.
Dans les derniers embarras politiques de l'Espagne la jeune reine Isabelle témoigna beaucoup d’inquiétudes ; comme un de ses conseillers cherchait à la rassurer, Isabelle, que rien ne pouvait dissuader, de ses craintes, s’écria : Dans cette conjocture, je ne trouve pas un seul de mes ministres à la hau= teur des circonstances, et j’en suis là, que Je donnerais la moilié des Espagnes pour un Thiers.— Votre Majesté me permettra de lui faire remarquer, dit le conseiller, que ce serait un bien mauvais calcul; car dans aucun pays du monde un tiers ne saurait valoir une moitié. R. .
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M. Jacques Arago se trouvant, un soir, à une de mes réunions magnétologiques, me témoigna le désir d’être mis en rapport avec une somnambule douée de facultés prodigieuses. J"Y consentis avec plaisir. Alors le goguenard auteur des Souvenirs d’un aveugle, voulut faire faire à la somnambule un Voyage autour du monde. Mademoiselle Virginie, suivant la pensée de son directeur momentané, qui l’interrogeait mentalement, déclara au bout d’un instant qu’elle se trouvait à bord d'un vaisseau, où elle voyait des hamacs, selon elle peu eon- {ortables : Je n'aime pas ces lits-là, dit-elle, avec une moue charmante. — Ces lits-là, reprit M. Arago, mais, mon enfant, il n'y à point de lilas à bord.
Deux dames, dont les mœurs n’étaient rien moins qu’austres, occupaient à l'Opéra le devant d’une loge. Un lion des plus hardis, placé derrière ellés, se penchait fréquemment d’une manière assez inconvenante, pour distinguer les traits de leurs visages, qu’il se rappela bientôt avoir vus ailleurs. L’une de ces dames, ennuyée de l’indiserétion du lion, lui dit d’un ion qui n’annonçait ni la biche, ni la panthère : Eh bon Dieu, Monsieur, qu’avez-vous donc à nous considérer ainéi ? 22 Päarz
don, mes dames,’ répondit le dandy, en se jouant avec son lorgnon, vous vous trompez, je ne vous considère point; je vous regarde,
Un musicien, dont le nom est bien connu, avait contracté l’habitude d'appeler sa femme, ravissante cantatrice d’un de nos théâtres roÿaux, mon ange. Un ami de sa maison, que ce mot contrariait sans doute, lui ditun jour : Pourquoi diable appelezvous (lonc toujours madame **" mon ange? C’est ridicule, mon cher ! les anges sont des êtres célestes, et, à vrai dire, je ne connais point de femme plus humaine que la vôtre. — On attribue à cette plaisanterie la brouille survenue quelque temps après dans le ménage du musicien, qui, si l’on en croit la chronique scandaleuse, aurait eu la preuve non équivoque que son ange était un ange déchu ! |
En quoi mademoiselle Brohan a-t-elle de l’analogie avec Damoclès, demandait M. Lafont à son camarade Arnal ? — En ce qu'elle est toujours soubrette (sous brette), répondit celui-ci1,
Au moment d’un congé, le gros Lepeintre ayant rencontré Odry, lui annonça qu'il venait de traiter avec un correspondant, et qu’il s'était engagé pour Troyes (trois).—Cela ne m'étonne point, dit Odry, car tu es assez gros pour pouvoir t’engager pour quatre.
Quelle différence y a-t-il entre M. Adam (Adolphe), notre célèbre compositeur, et notre grand père Adam, l’époux de madame Eve?
Cest que celui-ci se laissa charmer par le démon, tandis
que celui-là charme tous les jours une innombrable quantité 1]
d’anges... plus ou moins déchus. R.
Pourquoi M. Beauvallet eût-il dû préférer l'emploi des Frontins à celui qu’il tient à la Comédie-Française ?
Parce qu'il eût toujours été beau valet. R.
Quel différence y a-t-il entre mademoiselle Rachel, "de da Comédie-Française, et son ancêtre Rachel, fille de Laban, femme de Jacob?
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C'est que la première a donné à son père les idoles de notre siècle (or et argent), tandis que l’autre déroba au sien ceux qu’il avait. R.
Pourquoi M. Samson, de la Comédie-Française, s’est-il toujours abstenu d’acheter un équipage?
C’est qu'il à craint de ne pouvoir donner à ses chevaux une hygiène convenable ; attendu qu’il aurait beau faire, il serait toujours sans son (Samson). R.
Savez-vous, mon cher, demandait un jour madame Dorval à M. Raucourt, quel est votre plus grand ennemi ?
Sans doute, répondit le spirituel acteur : c’est l’homme qui a le plus de gaz dans l’estomac, parce qu’il n'aime que les rois longs, et qu’il souffre des rots courts (Raucourt). R.
Pourquoi M. de Balzac n’a-t-il en la croix que tout récemment?
Parce que, habitué depuis longtemps à ne porter que des bottes, il ne voulait pourtant pas être décoré sans souliers (sans M. Soulié). Tout le monde sait que ces deux littérateurs ont été créés chevaliers de la Légion d’honneur par la même ordonnance royale, R,
Quelle différence y a-t-il entre le bibliophile Jacob et N. S. Jésus-Christ ?
C'est que le bibliophile Jacob vit en la croix et que Jésus- Christ est mort dessus. (Le bibliophile Jacob n’est autre que M. Paul Lacroix.) R,
Quel rapport y a-t-il entre le drame intitulé : .......... dote dE .... et l'acide urique? C’est que l’un et l’autre sont produits par l’urine. (C’est M. Louis Lurine qui est l’auteur du drame.)
Quelle différence y a-t-il entre M. Bouffé et M. Beauvallet ?
Cest que M. Boufié est le plus comédien de nos acteurs sérieux, tandis que M. Beauvallet est l'acteur le plus sérieux de nos comédiens,
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Quelle différence y a-t-il entre le gros Lepeintre et M, Bo- Ce Le ?
C’est que M. Lepeintre est un acteur puissant, tandis que M. Bocage est un puissant acteur. à.
Quelle est celle de nos tragédiennes en qui vous auriez le plus de confiance pour voyager en traineau ?
C'est Me Georges, parce que c’est une très-forte reine (renne).
Et celle en qui vous en auriez le moins ?
Mile Rachel, parce que c’est une reine (renne) étique.
Un des amis de M. Frédérick Lemaître le prévint, al y à quelque temps, qu'une sorte de, cabale se montait contre lui pour le forc er de quitter le théâtre de la Porte-Saint-Martin. On aura beau faire, dit le gränd comédien, je Suis à ce théâtre, et jy serai toujours le maître (Lemaître). R,
Quel est celui des théâtres de Paris où l’on respire habituelmat le plus doux parfum ?
C’est le théâtre des variétés ; parce qu’il y a toujours des émanations d’hyacinthe. (Hyacinte est un acteur bien conûu.}
Quelle est celle de nos cupides actrices d'aujourd'hui dont le nom seul faisait palpiter de joie le cœur du roi Louis X1?
C’est mademoiselle Plessy ; car Louis XI avait une prédilec-
tion particulière pour Plessis-les-Tours. R.
Quelle différence y a t-il entre M. Arnal et M. Odry ? C’est que M. Arnal est le plus spirituel de nos acteurs comiques, (andis que M. Odry est le plus comique de nos acteurs Spiri-
tuels. R.
Un ami des jésuites, qui trouve un grand bonheur à humer la vapeur Le pâte calcinée, disait F autre jour : « Si je pouvais faire brûler Du pain à pelit feu png à ce qu’il soit ré-
duit en gendres, j'en serais ravi d’aise.
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Savez-vous pourquoi l’esprit de M. de Cormenin semble encore plus brillant qu’il ne l'est?
C’est que cet honorable a toujours pour lui ZL’Herbette. R.
Quel est celui de nos ministres qui peut s'asseoir aisément dans un fauteuil d’enfant ?
C’est M. Cuxix. R.
Quelle différence y a-t-il entre un bon magnétiseur et le mal de dents? |
C’est que le magnétiseur fait dormir les gens, et que le mal de dents les prive de sommeil. R,
Quelle est l'actrice la plus vraie de la scène française ?
C’est M'!° Maxime; car une maxime est toujours s l'expression de la vérité. R.
Quelle différence y a-t-il entre M. Jules Janin et le carrefour de l'Odéon?
C’estque M. Janin domine le Luxembourg, et que le carrefour de l'Odéon en est dominé. (M. Janin plane pour ainsi dire sur tout le Luxembourg, du belvéder de son logement de la rue Vaugirard.) R,
Un plaisant disait l’autre jour, au foyer de la Porte-Saint- Martin, que le général Tom Pouce, ayant fait demandér la main de. mademoiselle Georges, dont il était devenu éperdûment amoureux, la grande actrice lui avait fait répondre qu'elle ne pouvait Jui accorder qu'un de ses orteils ; ce qui, au surplus,
égalisait la partie. ' R.
er — ——