CONSIDÉRÉE DANS SES RAPPORTS AVEC LE SOMNAMBULISME
Au simple aperçu de ce titre, beaucoup de nos lecteurs sans doute vont penser en eux-mêmes : « Voilà un terrain bien glissant, où il est difficile de se tenir, sans enfoncer pour le moins un pied, si ce n’est deux, dans le bourbier du maté- ’ rialisme. » A cela nous répondrons qu’il est pénible de voir les plus honnêtes gens envisager d'un œil ombrageux toute idée, toute science nouvelle, et de les considérer comme autant de coups de bélier qui viennent heurter violemment l'édifice sacré de l’ordre établi.
En quoi, je vous prie, la phrénologie conduit-elle au matérialisme ? Des esprits superficiels, bien superficiels, peuvent à la vérité en tirer quelques déductions subversives, fondées en apparence ; mais quand on creuse la question un peu plus profondément, qu’apérçoit-on autre chose, sinon que l’immortel docteur Gall n’a fait que découvrir quelques divisions de plus dans les rouages de l'organisme, et qu’en cela il n’a d'aucune façon compromis l'intégrité de cette vérité fondamentale, l'existence d’un être immatériel qui, régulateur émané de l’essence divine, préside à l'harmonie et au jeu de toute la machine ?
Longtemps avant Gall, ne savait-on pas qu'il est de ces natures incorrigibles qui semblent marquées au sceau de la malédiction, non pas par une espèce de fatalité native, mais par la négligence qu’elles-mêmes ou leurs parents ont mise dès le berceau à corriger certains penchants qui n’ont fait que croître avec les années, et ont fini par les subjuguer de telle sorte, que la pente est devenue pour elles irrésistible; de là cette locution répétée tous les jours et dans toutes les bouches : Esclave de ses passions.
Si l’on admet dans le cerveau un organe spécialement affecté au penchant de la destructivité, si de malheureuses cir-
MU
constances ont fait qu’il est entré en exercice, il se développera nécessairement comme les jambes d’un fantassin par la marche ; or, de ce que cet organe est plus prononcé, il ne s'ensuit pas que celui qui le porte soit fatalement poussé à commettre ce qu’il, indique; ce signe extérieur n’annonce qu’une seule chose, savoir, que l'individu sur lequel on l’ohserve s’est livré plus souvent qu’un autre à l'horrible penchant qu’il dénote ; c’est peu tranquillisant, il est vrai, pour l’avenir ; mais je tiens à constater ce fait, que, par une ferme volonté de la part du meurtrier ou par un traitement moral sagement et habilement dirigé de la part des institutions humaines, cette infortunée créature pourra très-bien étre arrachée à l’abîme d'ignominie et de.sang dans lequel elle se vautre.
J'ajouterai même, pour tranquilliser les esprits timorés, que de ce qu’un organe existe, il ne s'ensuit pas qu'il doive entrer en action ; il y a au contraire une foule de combinaisons qui font que tels organes se contrebalançant l’un par l'autre, se modifient mutuellement, et quelquefois même neutralisent l'un d’entre eux par l'effet d’un mécanisme dont je pourrais vous exposer les lois, si c'était ici le lieu de développer cette assertion. Mais ce que j'avais surtout en vue, c'était de démontrer que nul, phrénologiquement parlant, n’est poussé au mal par le bras de fer de la fatalité.
C’est donc bien entendu, j’admets le principe, mais je nie énergiquement les conséquences que certains esprits en ont tirées par légèreté, passion ou malveillance, Le signe extérieur existe, il est palpable, mais non réfractaire à toute modification ; le cerveau est au contraire une sorte de terre souple et duetile que l’édueation peut repétrir à volonté ; et l'agent toutpuissant que l’homme possède pour obtenir ce magnifique résultat sur lui-même ou sur ses semblables, c’est l'âme qui, au-dessus des éminences cérébrales les plus saillantes, plane, maîtresse unique, comme Dieu sur son trône céleste au-dessus de tous les mondes de l'univers.
Maintenant que voilà les esprits tranquillisés sur notre manière de voir, marchons au but.
S'il est une circonstance où l’on a lieu d'observer les effets de l’organisation cérébrale, c’est bien dans le somnambulisme, où le magnétisé, libre de toute contrainte et de toute réserve, se laisse aller à ses impulsions les plus secrètes, exalté qu'il est par l’activité survenue dans l’ensemble des facultés qui lui sont propres,
En 2 PE hel. À Ÿ:
e n'en same MONET 7 à 4
us 5 ee Rec Se A à Lt
Pour ne point prêter le flanc à de justes réfutations, j'éprouve le besoin de bien distinguer les différentes phases que peut présenter le somnambulisme ; elles sont nombreuses et bien tranchées, mais nous nous contenterons d’en examiner les modes principaux. |
Tantôt le magnétiseur et le magnétisé sont dans un état de calme complet, exempt de toute réaction réciproque; tantôt le magnétiseur réagit puissamment sur le magnétisé ; tantôt celui-ci, tel qu’un cheval qui prend le mors aux dents, s’emporte et S’affranchit de la main modératrice du magnétiseur. Analysons ces trois manières d’être bien différentes.
Le magnétiseur et son somnambule sont dans un état de calme complet, ils restent, pour ainsi dire, indépendants l’un de l’autre, le rapport n’existe que pour la communication de la parole, mais là s’arrête l'influence morale du magnétiseur. On conçoit que dans cet état le somnambule. indépendant de toute réaction étrangère, laisse flotter son intelligence au gré de ses facultés les plus actives et de ses penchants les plus emportés. C’est alors qu’il est curieux d’examiner les sujets que son imagination affectionne de préférence, les idées qu’il caresse avec amour, les impulsions auxquelles il s’abandonne avec le plus d'entrainement.
A l’état de veille, les convenances, les égards voulus de l'inférieur au supérieur, la banalité des phrases et sentiments de convention, sont autant de causes qui font grimer l’extérieur de chaque individu et dérobent la bigarrure de son esprit sous un voile uniforme, un masque arrêté d'avance entre gens civilisés. Rien donc de plus difficile que de pénétrer au delà de cette enveloppe fallacieuse; mais dans le sommeil somnambulique, comme dans l'ivresse, les nuances se prononcent, les formes se dessinent, les penchants se montrent dans toute leur force. C’est ce qui fait que le somnambule, affranchi du grand nivellement social, de ces influences extéricures qui dans son état ordinaire l’ont si profondément modifié, se laisse voir, bon ou mauvais, tel que l’éducation de ses premières années jointe à une disposition native l'ont pu faire. C’est chose curieuse à examiner, que la différence de caractère et de pensées offerte par le somnambule quand il est éveillé ou quand il est endormi. On trouve les contrastes les plus bizarres et les plus inconcevables,
Mantenuit je serais désireux de savoir si tous les somnam=
bules présentent une organisation cérébrale en rapport avec les penchants et les facultés qui se mettent en jeu pendant leur sommeil artificiel. Pour mon compte, j'ai déjà fait quelques observations qui m'ont confirmé dans ce système ; j'invite les magnétiseurs à diriger leurs méditations sur cet objet, source féconde de remarques on ne peut plus intéressantes, et qui, ainsi qu’on le verra, ont leur côté réellement utile.
Arrivons au second mode, le magnétiseur agit complétement sur le somnambule. Celui-ci n’est plus lui-même, c’est une espèce de miroir qui reflète un autre individu tout entier au moral comme au physique. Evidemment dans ce cas nous n'avons plus l’espoir de voir se dévoiler la tournure d'esprit, les facultés de l'âme du somnambule. Mais admettons pour un instant que ce dernier soit une de ces misérables natures qui font le deuil de l'humanité, ne se pourrait-il pas, — c’est bien timidement que j’avance cette idée, — ne se pourrait-il pas puisqu'il est sous le coup de l'influence toute-puissante du magnétiseur, que ce dernier usât de toute la force de sa volonté pour éveiller en lui les bons penchants, les nobles facultés, et le faire sortir de ce triste état de torpeur el d'anéantissement moral? Concevez-vous toute la portée du magnétisme envisagé sous ce nouveau point de vue ? ne seraitce pas le système d'éducation le plus puissant, le modificateur le plus infaillible que nous possédions (1) ? Pour mon compte, et je n’impose ma conviction à personne, je ne doute pas que tout individu capable d’être mis en état de somnambulisme complet, ne soit susceptible de ressentir si vivement les influences de son magnétiseur, qu’il ne finisse par être réformé complétement ou en partie dans ce qu'il présenterait de condamnable et vicieux.
Abordons maintenant le troisième état dont nous avons parlé, et qui est celui où le magnétiseur imprudent n’est plus maître de son somnambule. C’est alors que le naturel de celuici se montre dans toute sa nudité. Heureusement pour le ma-
(1) Cela demande une grande persévérance et une grande force de volonté de la part du magnétiseur. Pour mon compte , j'ai eu un sujet que j'étais parvenu à amender dans ce que sa conduite présentait de plus répréhensible, mais depuis, l'ayant perdu de vue longtemps, les mauvais penchants reprirent le dessus.
mt Ge ———
ï f | | pal |
nil
BE ee
tue
ne ; :
ee N EE
gnétisme que les facultés susceptibles d'arriver 4 ce degré d’effervescence et de surexcitation sont presque constamment les plus nobles, celles dont l’homme doit le plus s’énorgueillir (1). Ainsi, les extatiques sont, à vrai dire, les seuls somnambules qui, pour un temps limité, s’affranchissent de la volonté du magnétiseur, et les idées dont s'occupe et s'inspire leur imagination prennent toute leur source dans les organes de la vénération, de la merveillosité et de l’idéalité. Maintenant eXaminez leur conformation cérébrale, et vous verrez qu'elle dépose en faveur de la phrénologie.
Nous invitons donc nos abonnés à étudier cette science intéressante qui, sœur du magnétisme, lui prête un appui de plus. Les ouvrages qui traitent de la phrénologie sont en assez grand nombre, mais beaucoup d’entre eux sont écrits d'une façon tellement aride et scientifique, que peu de nos lecteurs oseraient s’y hasarder de prime-abord. Nous leur conscillerons, pour se familiariser avec ce genre d'étude, de lire les Caractères phrénologiques, de M. Th. Poupin. Cet ouvrage, destiné aux gens du monde, est écrit sur un ton qui ne peut manquer de leur plaire.
À chaque penchant ou faculté dont il parle, le spirituel auteur joint l'exemple an précepte, la pratique à la théorie, et surtout il à eu bien soin de n’y mettre de science que tout juste ce qu’il fallait pour ne pas fatiguer son lecteur. Le reste est rempli d’anecdotes piquantes, d’aperçus ingénieux et de petites indiscrétions charmantes sur nos célébrités contemporaines ; de telle sorte qu’on arrive au bout de l'énorme volume avec le regret de l'avoir dévoré si vite.
Je vous le répète, faites de la phrénologie et du magnétisme, et vous en concevrez un attrait de plus à cultiver ces deux sciences.
Pre tenant d ei ner nr enr mp en vont hé
(1) Cela à lieu quand le magnétiseur possède ces facultés à un certain degré de développement. C'est une observation qu'il est bon de faire aussi pour les améliorations à obtenir sur un somnambule. Il est indispensable que le magnétiseur lui-même soit un homme heureusement organisé sous le rapport des facultés affeelives, Car nemo. dat quod non habet.
CPL re cdi. ee RS à
me 35