P.-J. BACHELET
Puis vient le certificat du docteur :
« Je soussigné docteur en médecine certifie que le jeune < Hurtrelle, Hippolyte-Léopold, est sourd-muet de naissance. { En foi de quoi J'ai délivré le présent certificat. « Havre. 10 mars 1841.
« H, LALLEMANT, «D, M. pP, »
Une fois garanti en bonne et due forme contre les dénégations ultérieures, M. Ricard se mit en devoir de soumettre le Jeune Hippolyte-Léopold à son traitement magnétique, qui du reste est fort simple, I consiste en courants magnétiques di-
doit, DE do) rigés dans le conduit auditif, en insufflations chaudes et injections d’eau magnétisée. L
Dès la seconde magnétisation, notre jeune enfant commenca d'entendre. Le bruit ! cette chose si nouvelle pour son système sensitif, Jui produisit le même effet qu’un rayon de soleil réfléchi par la rétine d’un individu qui subitement passerait d’un cachot obscur à la lumière d’un beau jour d’été. Il était dans un état d’agacement difficile à dépeindre, à tel point que pour modérer des sensations si vives qu’elles tournaient en supplice, on se vit dans la nécessité de lui boucher les oreilles avec de la ouate imbibée d’huile d'amande douce.
Dans le moment actuel, Faudition est parfaitement rétablie; reste l'éducation de la parole qui est tout à faire. Au premier abord, on s’imaginerait que dès l'instant que l’oreille perçoit les sons, la langue dût fonctionner ; il n’en est point ainsi. Assurément, le jeune Hippolyte-Léopold a des pensées, mais il ne, connaît encore aucun idiome pour les rendre. La parole n’est donc pas innée... Serait-ce une conquête de cette humanité dont la perfectibilité indéfinie a déjà enfanté et enfantera encore tant de merveilles !... Mais, quel que soit le plaisir que nous causent ces réflexions philosophiques, ce n’est point ici le lieu de nous y livrer.
Pour clore un article destiné à populariser un moyen qui vaut assurément à lui tout seul mieux que toutes les sections de muscles pour les bègues et les strabiques ; car que l’on voie un peu moins droit qu’un autre, ou bien que l’on hésite un peu plus en parlant, ce n’est plus là une fonction plongée dans un anéantissement* absolu comme laudition chez les sourds-muets ; pour clore cet article, disions-nous, nous ne saurions mieux faire que de transcrire la lettre qu’a adressée au journal du Havre le père de l'enfant :
« Monsieur,
« L'intérêt que doit inspirer à la société toute personne « frappée (affection meurable me porte à croire que la note « ci-après ne passera point indifféremment sous les yeux des « lecteurs de votre estimable journal.
« IL y a trois semaines environ que le bruit public m'an- « nonça l’arrivée au Havre de M. Ricard, professeur de ma- « gnétisme à Paris, et l'intention qu'avait ce monsieur de s’y « appliquer pendant quelque temps à la guérison des sourds:
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muets, La position malheureuse de mon fils , Hippolyte- Léopold, âgé de sept ans environ, sourd-muet de naissance, ne me laissa pas le temps d'hésiter à aller voir le professeur qu'on.avait annoncé. Ce monsieur eutlà bonté de donner ses soins à mon enfant, et dès le second jour nous nous aperçûmes que notre petit Hippolyte-Léopold entendait quelque peu; jugez de notre Joie et de notre surprise à tous, Enfin, aujourd'hui, après une douzaine de séances, notre enfant entend non-seulement le bruit dès voitures qu'il n'avait jamais entendu, fais encore le sifflement des personnes qui viennent à quelques pas de lui, la voix, le bruit que l'on fait en frappant un verre ayéo'un Corps dur, le froissement du papier, même lorsqu'on agit derrière Li et assez loin ; le son d’une petite clochette, ete. On peut dire que l'ouie Jui est rendue ; nous espérons qu'il parlera plus tard.
« Agréez, etc.