UNE VISITE DU DOCTEUR ELLIOTSON
Jeudi, 28 octobre 1841, M. le docteur Elliotson, célèbre magnétiste de Londres, est venu rendre visite à M. Ricard dans son établissement magnétique. Le docteur anglais, amené par M. le docteur Frapart, était accompagné de deux autres messieurs ses confrères et ses compatriotes. Comme le désir de M. Elliotson était de voir par ses propres yeux ce que la renommée lui avait rapporté de Calixte, M. Ricard s empressa de magnétiser ce somnambule extraordinaire pour répondre à l'attente de son illustre visiteur, Les deux autres médecins anglais n'avaient famais assisté à aucune expérience de wision malgre l'occlusion des veux.
M. Elliotson manifesta l'intention de bander lui-même les
eux du somnambule. M. Ricard lui laissa à cet égard pleine flberté. Par une heureuse rencontre, Calixte, mieux disposé
que jamais, se mit de suite à lire couramment tout ce qui lui fut présenté, soit imprimé, soit manuscrit,
Le fait le plus remarquable qu’on eut lieu d'observer dans le cours de cette belle expérience fut celui-ci. On venait de placer devant le somnambule an volume du Cours de philosophie de Descartes ; et à peine avait-il commencé la lecture des lignes petit texte sur lesquelles on avait appelé son attention, que ces messieurs interposérent leurs mains entre les yeux de Calixte et le livre qu’il lisait ; or, malgré ce surcroît de difficulté, son étonnante faculté ne fut nullement abolie, et à la grande surprise des nouveaux spectateurs, il continua sa lecture.
Toutefois, le somnambule déclara après l'expérience que cela l'avait beaucoup fatigué.
Le somnambule fut éveillé. Aussitôt M. Elliotson, en expérimentateur défiant, voulut que l'appareil employé pour Calixte lui fût appliqué à lui-même. M. Ricard prit donc les mêmes tampons de coton, le même mouchoir, et appliqua le tout avec beaucoup moins de soins que ces messieurs n’en avaient pris à l'égard du somnambule. Une chose encore fort importante à noter, c’est que durant l'application du bandeau, le magnétiste anglais ne cessa de faire contracter tous les muscles de son visage ; il continua les mêmes manœuvres tout le temps qu'il demeura les yeux bandés, et néanmoins il déclara qu'il lui était impossible de distinguer rien, pas même la moindre lueur du jour. Bien plus, il fit jouer son bandeau, il glissa ses doigts jusqu'aux yeux entre le coton et les ailes du nez; même obscurité profonde. .....