DU RÉVEIL DES SUJETS HYPNOTISÉS
l'épuisement explique-t-elle le sommeil par suggestion ? On l'a dit depuis longtemps, la présence de l'élément psychique dans rinp: nose rend boiteuses toutes les explications physiques qu'on voudrait donner de cet état. Cependant, sans méconnaître la difficulté de ce problème, nous croyons possible, dans une certaine mesure, de rapprocher quelques procédés psychiques dhypnotisation des procédés par épuisement. Toutes les espèces de suggestions con: sistent à faire prédominer une idée dans l'esprit du sujet ; la suggestion du sommeil néchappe pas à cette règle ; c'est par l'idée du sommeil que l'on endort. Oi-, quest-ce qu'une idée ? Des expériences multiples, dont on trouvera le détail plus loin, montrent que toute idée est une image, que toute image est un rappel d'une sensation antérieure. A ce point de vue, l'hypnotisation par suggestion consiste dans une hypnotisation par des excitations physiques, qui, au lieu dêtre actuelles, sont rappelées, (filons un exemple à l'appui ; l'expérience nous a été communiquée par M, Ballet. Voici une malade à qui Ion a donné, soit pendant l'état de veille, soit pendant un sommeil antérieur, la suggestion dune lampe électrique allumée dans un coin de la pièce. La malade est réveillée, elle cause tranquillement. Si on lui dit de regarder dans le coin où se trouve la lampe imaginaire, elle tombe tout à coup en catalepsie, comme si elle avait re(,u un rayon électrique en pleine figure. L'hallucination, c'està-dire l'image de l'impression lumineuse, a produit le même ellet que l'impression n'-elle, parce qu'elle en est le rappel. De même, il nous païaît vraisemblable que la suggestion de sommeil ne réalise son effet qu'en provoquant le rappel de certaines impressions de fatigue qui amènent l'épuisement au même titre qu'une excitation physique.
Le réveil du sujet hypnotisé peut être obtenu, comme la soniniation, au moyen de deux procédés différents, par impression périphérifiue et par impression centrale ou psychi(iue. En général, il suffit de souffler légèrement sur les yeux ou sur le front du sujet pour le réveiller ; le souffle de la bouche peut être remplacé sans inconvénient par le vent d'un souillet, ou par la projection de quelques gouttes d'eau. Quand ce moyen ne réussit pas, on découvre les globes oculaires et on souffle dessus avec force. Si le réveil ne se produit pas encore, on presse (chez les hystériques) sur la région ovarienne. 31. Pitres a montré en outre qu'il
exfste cjiez pombre d'hystériques des plaques cutanées dont l'excitation détermine le réveil. Ces plaques, dont le siège est variable suivant les sujets, se rencontrent le plus souvent sur le vertex, sur le front, au niveau des articulations. Ce sont tous là des procédés par excitation cutanée. Il est bien probable qu'on doit pouvoir réveiller en s'adressant aux sens spéciaux, et notamment à la vue et à l'ouïe. Mais on ne sait rien de clair sur tous ces points. En soufflant sur la moitié du front d'un sujet endormi, et en abritant l'autre moitié avec un écran, on ne réveille qu'une moitié du corps. Le réveil se fait aussi par impression psychique. En disant un certain nombre de fois au sujet endormi : « Réveillez-vous ! » on le réveille, comme en lui disant : « Dormez ! » on l'endort.
On voit quil existe une sorte de parallélisme entre les causes qui hypnotisent et celles qui déshypnotisent, ce sont toujours des excitations, qu'elles soient cutanées, sensorielles ou psychiques. Ce rapprochement entre les deux ordres de procédés s'accentue encore davantage chez certains hystériques qui présentent des plaques douées de propriétés inverses, à la fois hypnogènes et hypno-frénatrices. Lorsque les malades en question sont éveillés, une excitation portée au niveau de ces plaques, par exemple sur le vertex , les plonge dans l'hypnotisme ; une seconde excitation sur le même point ramène l'état de veille. On peut dire dans ce cas quune même cause a produit des effets contraires, dépendant de l'état somatique du sujet au moment de l'action. Mais ce n'est point une règle générale. 11 y a des zones qui sont exclusivement hypnogènes, et d'autres qui sont exclusivement hypno-frénatrices.
Si les moyens de produire l'hypnose sont très nombreux, leur efficacité dépend de beaucoup de conditions. La première est l'accoutumance. On l'a dit avec raison, lorsqu'on essaye d'endormir une personne pour la première fois, presque tout échoue, et lorsqu'on a répété plusieurs fois l'expérience, tout réussit. Ce fait de Véducation hypnotique est très important à noter. 11 peut arriver qu'à une première séance d'hypnotisation, on n'obtienne absolument aucun effet, et que le sujet affirme n'avoir rien éprouvé ; il n'importe, cette tentative a imprimé dans son système nerveux une modification qui persiste, et qui facilitera les tentatives subséquentes. Le sommeil tarde d'abord à se produire,