‹ Le magnétisme animalChapitre 28 sur 121 · I.A MÉ.MOIKE DANS LE SOMNAMBULISME · texte numérisé non relu

I.A MÉ.MOIKE DANS LE SOMNAMBULISME

L'exaltation de la mémoire pendant le sonmambulisme, sans donner absolument raison à ceux qui soutiennent que rien ne se perd dans la mémoire, montre au moins que la mémoire de conservation est beaucoup plus étendue qu'on ne se l'imagine, quand on la mesure sur la mémoire de reproduction ou de rappel. Il est évident après cela que dans un grand nombre de cas, lorsque nous croyons que tel souvenir est complètement effacé de notre esprit, il n'en est rien; la trace est toujours là, mais ce qui nous manque, c'est la force de l'évoquer, et il est bien probable que si l'on nous hypnotisait ou si l'on nous soumettait à l'action d'excitants auxquels nous serions sensibles, il serait possible de faire revivre le souvenir mort en api)arence.

On voit donc que l'hypnotisme exalte particulièrement la mémoire de rappel. 11 nous a paru, d'après nos expéi'iences, qui sont d'ailleurs conformes à celles d'autres auteurs, que la mémoiiv de conservation l'CSte pendant le sommeil à peu de chose près ce qu'elle est pendant la veille. En essayant à plusieurs repiises de faire répéter à des hypnotiques des séries de chiffres après une seule lecture, nous n'avons pas vu que les malades eussent acquis l'aptitude de retenir un beaucoup plus grand nombre de chiffres qu'après leur réveil. Mais ce sont là des expériences négatives, auxquelles il ne faut pas attribuer une trop grande valeur.

Le développement de la mémoite pendant le somnambulisme mérite d'être rapproché du développement de la mémoire pendant le sommeil naturel. Un grand nombre de faits nous démontrent que, pendant les rêves, on voit apparaître des personnages ou on entend prononcer des noms qu'on avait connus autrefois, mais qu'on croyait avoir complètement oubliés. Un auteur qu'il faut toujours consulter quand il s'agit du sommeil et des rêves, A. Maury, cite plusieurs exemples intéressants de cette reviviscence de vieux souvenirs chez le dormeur. « Il y a quelques années, dit-il, le mot de 31ussi(lan uk^ revint à la mémoiie. Je savais que c'était le nom d'une ville de Fr'ance, mais j'avais oublié où elle était située. Quelques jours après, je vis en songe un personnagi; qui me dit qu'il arrivait de Mussidan; je lui demandai où se trouvait cette ville. C'est, me répondit-il, un chef-lieu de canton du département de la Doi'dogne. » Au réveil, il vérifia le fait qui était viai. Autre exemple de ce lappel par le

ivvo de faits oflacés. Le même auteur a pass(' ses premières aimées à Trilport, où son père contruisait un pont. Un soir, il rêve qu'il est enfant à Trilport, et il aperçoit un homme en uniforme auquel il demande son nom. Le personnage ré|)ond qu'il s'appelle C... et qu'il est garde du port, puis disparaît. Au réveil, le nom de C... poursuit IM. Maury ; il demande quelque temps après à une vieille domestique de la famille si elle se rappelle un individu du nom de C..., et elle répond aussitôt que c'était un garde du port quand son père construisait le pont (1).

2^ — La comparaison que nous venons de faire entre le sommeil naturel et le sommeil artificiel doit être étendue aux phénomènes qui suivent le réveil. Chacun sait que l'oubli des rêves est un fait presque constant. Au moment du réveil, nos songes nous apparaissent avec une certaine vivacité ; mais quelques instants après, ils s'etïacent définitivement, à moins qu'on n'ait eu soin de les raconter à une autre personne ou de les écrire. De même, dans l'hypnose, l'oubli au réveil suit tout sommeil un peu profond ; cet oubli est même plus absolu qu'après le sommeil naturel. Il y a là un fait caractéristique, qui a frappé l'attention de tous les observateurs. Voici un sujet auquel on a fait exécuter les actes les plus compliqués et donné les hallucinations les plus dramatiques ; il s'est étonné, il a ri, il a pleuré, il s'est mis en colère, il a passé par des émotions violentes; il est même tombé et, dans sa chute, s'est fait à la tête une blessure ; rien de tout cela ne subsiste dans sa mémoire au réveil. Livré à lui-même, il ne parviendra pas à recomposer une seule des scènes dont il a été le témoin ou l'acteur.

Mais si on examine les choses de près, on s'aperçoit que la perte de souvenii' n'est pas complète ; le souvenir persiste, vague et confus, et, pour le faire revivre, il suffit de mettre le sujet sur la voie, surtout quand on réveille le sujet en somnambulisme, sans le faire passer d'abord par des phases plus profondes. M. R. Heidenhain cite plusieurs exemples de ce rappel du souvenir qui, d'ailleurs, est également possible pour les songes ordinaires.

Après avoir endormi son frère, il lui dit ce vers d'Homère :

Ilotov ce BTZoç cpuyev epxoç ooovxtov Puis il le réveilla. Pour faire renaître le souvenir de ce vers, il

1) Maury, Sommeil el Rêvex, Paris, ISfil, p. G.

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