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LA MÉMOIRE DA>S LE SOMNAMBULISME

suffît de dire: « Homère. Fuite. » Aussitôt, M. A. Heidenhain répéta intégralement, mais très lentement, le vers ((u'il avait entendu. M. Richet, à qui nous empruntons cet exemple, en cite un aulre de même nature: « Chez F..., lorsqn'il est réveillé, je puis faire renaître le souvenir de ce qu'il a fait. Il me dit d'abord qu'il ne se rappelle rien ; puis, si je lui indique par exemple qu'il s'est levé et qu'il a eu peur : « Ah ! oui, je me souviens, tu mas fait voir un serpent. » D'autres auteurs, par exemple M. Beaunis, ont employé un moyen dillérent, la suggestion. Il suffit de suggérer à certains sujets qu'à leur réveil ils se souviendront de tout ce qu'ils ont vu, entendu, dit et fait pendant leur sommeil ponr que le souvenir soit complet. M. Delbœuf est arrivé au même résultat sans suggestion spéciale; il a constaté que, toutes les fois que le sujet est réveilh' au milieu d'une action, il est capable de se souvenir de tout ce qui se rattache à cette action (1). Par exemple, l'opérateur fume un cigare imaginaire auprès de la malade endormie ; il lui dit tout à coup que la cendre brûlante du cigare vient de tomber sur son lichu et y met le feu. Aussitôt la malade se lève et plonge le fichu dans une cuvette pleine d'eau qui est sur la table. A ce moment, on la réveille ; elle sent ses mains mouillées, voit le fichu, et se rappelle toute la scène. Dans cette expérience, le dernier acte du rêve est le premier acte du réveil. M. Delbœuf insiste sur cette condition qui lui parait nécessaire au rappel du souvenir. 11 ne suffit pas que la suggestion faite pendant le somnambulisme laisse une trace matérielle; il faut, de plus, que le sujet soit surpris par le réveil au milieu d'une action.

Ces expériences sont d'autant plus intéressantes qu'elles concordent avec d'autres faits empruntés à la pathologie. L'un de de nous a montré en effet qu'après l'absence épileptique, que l'on a rapprochée de la soi-disant inconscience somnambulique, le malade peut avoir conservé le souvenir de l'acte réputé automatique, et même en donner une explication dans les mêmes conditions ("2). Nous croyons cependant qu'il ne faut pas trop se presser d'enfermer tous ces moyens de lappel dans une formule,

fl) D(.'ll)œuf, la M('m()ire chez- les hi/pnofise's (Renie pliiiosaphique, mai 1886).

(2) Ch. Féré, Note pour serrir à riiistoiir îles actes impulsifs des rpileptiques [Revue île me'ilrciue, 1885).

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car le résultat dépend d'une multitude de causes, la constitution du sujet, la forme de la suggestion, l'éducation hypnotique, etc. On sera peut-être étonné d'apprendre que quelquefois il est possible de rappeler au sujet le souvenir d'un acte commis pendant le somnambulisme, sans le mettre sur la voie, comme M. Richet, sans lui donner de suggestion spéciale, comme M. Beaunis, sans le réveiller au milieu de l'acte, à la manière de M. Delbœuf, mais simplement en insistant et en fixant aussi fortement que possible l'attention du sujet sur le souvenir qu'on veut évoquer. L'emploi simultané d'un excitant, de l'aimant par exemple, contribue beaucoup au réveil du souvenir par suggestion.

Quoi qu'il en soit de tous ces artifices destinés à exciter la mémoire de l'individu (jui sort de l'hypnose, et à jeter une sorte de pont entre sou sommeil hypnotique et son état de veille, il n'en est pas moins vrai que le sommeil hypnotique profond est toujours suivi d'amnc'sie ; les efforts mêmes qu'on est obligé de faire pour suspendre celte amnésie sont la preuve de son existence. Evidemment l'hypnose produit une lésion de la mémoire.

Mais cette lésion est plus superficielle que profonde ; elle ne porte que sui- une partie de la mémoire, la mémoire de rappel ; quant à la mémoire de conservation, elle est à peu près intacte, car un nouveau sommeil rend au sujet le souvenir complet qu'il send)l(> avoir perdu quand il est ('veillé.

On peut donc dire que les troubles de la mémoire qui sont sous la dépendance du somnambulisme sont surtout des troubles superficiels qui n'intéressent qu'une seule espèce de mémoire, la mémoire de rappel ; elle est exaltée pendant le somnambulisme ; elle est déprim(''e après le l'etour à l'état normal; quant aux causes de ces vai'iations, nous les ignorons complètement. Nous ferons encore chemin faisant plusieurs de ces aveux dignorance.

C. — Uétat intellectuel des hypnotisés est difficile à définir; on peut mesurer l'acuité de leurs sens, faire l'inventaire de ce qui est contenu dans leur mc-moire ; mais comment apprécier avec la même exactitude l'état de leur jugement et de leur raison ? Tout au plus peul-on remarquer d'une manière générale que l'intelligence de l'hypnotique se développe parallèlement à l'état de sa sensibilité.

La léthargie classique représente le sommeil profond et sans rêves ; l'état psychique est en général presque nul. Les malades dont l'ouïe veille encore peuvent recevoir quelques suggestions

LA mkmuikl; I)A>"s \m somnambulisme \(j.)

élémentaires; en les tirant par la manche, on les fait lever; on leur donne des hallucinations auditives ; mais c'est lu tout ce qu'on peut obtenir. Cependant il serait bien possible que la léthargie suspendît seulement le pouvoir de réagir, et que derrière le masque inerte de la léthargique un reste de pensée veillât encore.

Dans les deux autres phases de catalepsie et de somnambulisme,, le sommeil est beaucoup moins profond ; l'intelligence du sujet entre en jeu ; c'est le rêve hypnotique qui commence.

Le caractère dominant de la catalepsie, c'est l'automatisme. On s'est quelquefois servi de ce mot pour définir le caractère intellectuel de l'hypnotisé ; cela n'est pas exact; il n'y a que le cataleptique qui mérite le nom d'automate. La catalepsie s'accompagne quelquefois d'un éveil partiel de l'intelligence qui pernu't à l'expérimentateur d'agir sur son sujet par suggestion verbale. Dans tous les cas, l'esprit du cataleptique se laisse manier avec la même docilité que ses membres; il y a <'hez lui une sorte de plasticité de l'idéalion. Les suggestions qu'on lui donne ont un caractère fatal ; jamais le sujet n'y résiste. On a dit avec raison que le cataleptique n'a point une personnalité à lui, qu'il n'existe pas de moi cataleptique. On peut trouver un analogue de cet étal dans certains rêves que l'on subit sans faire aucune réflexion, sans opposer la moindre résistance.

Bien différent est le somnambule ; ce n'est pas un automate, c'est une personne qui a son caractère , ses aversions et ses préférences; aussi a-ton donné, et avec raison, à la vie somnambulique, le nom de condition seconde pour l'opposer à l'état de veille.

Il existe certainement un moi somnamhulique. On peut comparer l'état intellectuel du somnambule à certains rêves dans lesquels le dormeur intervient d'une façon active, et fait pieuve de jugement, de sens critique, quelquefois même d'esprit et de volonté. 11 y a d'ailleurs des somnambules qui font des rêves spontanés, pendant lesquels ils cessent d'être en rapport avec l'opérateur.

Laissant de côté ce qui concerne la létliargie et la catalepsie, nous allons étudier avec quelques dt'veloppements l'état intellectuel du somnambule ; le somnambulisme est l'état médico-légal par excellence ; c'est aussi l'état dans lequel l'aptitude aux suggestions est le plus développée.

Nous avons en ce moment sous les yeux deux sujets qui présentent les deux types opposés du somnambulisme, ce qu'on pourrait appeler le type passif et le type actif. L'une reste immobile, les yeux baissés, sans rien dire, sans rien exprimer ; elle répond aux demandes dune voix basse. Cependant, nous nous sommes assurés que ce repos de l'intelligence n'est qu'apparent : la malade a une parfaite conscience des lieux et des personnes et elle ne perd aucune des paroles qu'on prononce à côté d'elle.

Notre seconde malade foi-me un contraste étrange avec la première. C'est le mouvement perpétuel. Dès qu'on l'a mise en somnambulisme, elle se lève de sa chaise, regarde de droite et de gauche, et va parfois jusqu'à interpeller familièrement les personnes présentes, qu'elle les connaisse ou non. Un jour, on lui montre la photographie d'un des assistants ; elle la prend, cherche le modèle, le trouve et le compare à la photographie pour s'assurer de la ressemblance. Un autre jour, elle fait spontanément le récit des expériences d'hypnotisme qu'une antre personne a pratiquées sur elle les jours précédents. Bref, cette malade n'a pas, comme la première, l'aspect d'une personne qui dort. Mais ce ne sont là que des apparences ; essayons de voir d'un peu plus près l'état psychique du somnambulisme.

11 n'existe point de dillérence tranchée entre la vie somnambulique de la plupart des malades et leur vie normale. Aucune des facultés intellectuelles du sujet ne l'abandonne pendant le sommeil. Il semble seulement que le ton de sa vie psychique est monté : l'hypnotique en somnambulisme présente presque constamment de l'hyperexcitabilité psychique.

C'est ce qui se montre nettement dans les émotions. En général, rien n'est plus facile que de faire rire une malade aux éclats et de la faire pleurer jusqu'aux larmes. Un récit dramatique qu'on leur raconte les remue profondément ; le ton grave de la voix, alors même qu'on prononce des mots vides de sens, produit le même effet. L'influence de la musique est des plus curieuses ; suivant le caractère du morceau, le sujet exprime, par ses gestes et par les attitudes de tout son corps, l'impression qu'il ressent. En somme, chez les sujets que nous avons observés, l'hypnotisme ne nous paraît pas amener un changement radical dans le caractère. Les fonctions intellectuelles sont dans le même état d'activité. A ce propos, voici un exemple assez convaincant de présence

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