‹ Le magnétisme animalChapitre 30 sur 121 · LA MÉMOIRE DANS LE SOMNAMBULISME · texte numérisé non relu

LA MÉMOIRE DANS LE SOMNAMBULISME

d'espi'it : Une malade, qui est entrée très jeune à la Salpêtrière, a pris l'habitude de tutoyer M. X..., lorsqu'elle se tiouve seule avec lui ou en présence de personnes connues ; il suffit de l'arrivée d'un étranger pour qu'elle cesse aussitôt le tutoiement. Or, même quand on la met en somnambulisme, la malade conserve le sentiment des convenances, tutoyant M. X..., quand elle est seule avec lui, et cessant de le tutoyer dès qu'il arrive un étranger.

C'est chez les somnambules que Ion rencontre le curieux phénomène de la résistance. Nous aurons à en parler plus loin, à propos des suggestions. Quand on donne un ordre à une somnambule, il arrive souvent qu'elle discute, elle demande le motif, elle dit non. C'est surtout sous la forme d'un refus d'obéir à l'ordre que la résistance se produit ; les malades résistent moins aux hallucinations qu'on leur donne, car les hallucinations entament moins leur personnaliU'. Nous avons cependant quelcpies exemples de ce fait. Vn de nos sujets, quand on veut le transformer en prêtre, et lui donner une soutane, s'y refuse obstinément. Une malade de M. Richet à qui l'on pj^atiquait, par suggestion, l'amputation du bras, poussait des cris de douleur en voyant le sang couler ; mais presque au même moment, elle comprenait que c'était une fiction, et riait à travers ses larmes Ce sont les faits de ce genre qui ont fait croire, bien à tort, à la simulation. La malade de M. llichet avait réellement une hallucination, elle avait devant les yeux une image sensible, mais sa raison n'était pas complètement paralysée ; elle avait encore la force de se défendre contre la perception fausse qu'on lui suggérait.

Chacun de nous peut faire l'expérience de ces curieux dédoublements de la conscience, en étudiant ses propres rêves. Ici encore nous voyons apparaître la parenté du sommeil normal et du sommeil hypnotique. En général, le rêveur est comme la somnambule qu'on halluciné par suggestion : rien ne le surprend ; il voit passer devant ses yeux les plus criantes invraisemblances. Mais quelquefois un reste de sens critique se réveille. Au milieu d'une scène burlesque, on se surprend à dire : « Mais c'est impossible ! Mais c'est un rêve ! »

Non seulement les somnambules peuvent résister, mais elles peuvent mentir. M. Pitres raconte qu'il avait suggéré à une femme en somnanibidisme d'assassiner une de ses voisines ; le crime accompli, il la fit comparaîti-e, toujours en somnambulisme,

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devant un niai^istral. Elle déclara quelle n'avait aucune connaissance du crime ; ce fut seulement après un dialogue très prolongé que, pressée de questions, accablée de preuves, elle linit par avouer qu'elle avait donné un coup de couteau à sa voisine. Encore mettait-elle dans ses aveux certaines réticences (1).

Ces laits nous prouvent que le somnambule est loin d'être, comme quelques auteurs l'ont prétendu, un automate inconscient, sans jugement, sans raisonnement, sans spontanéité intellectuelle. Tout au contraire, sa mémoire est parfaite ; son intelligence est des plus vives, son imagination est surexcitée.

Les sujets peuvent-ils faire, pendant le somnambulisme, des opérations intellectuelles dont ils seraient incapables pendant la veille ? On en a cit('' des exemples. Pour notre part, nous n'avons rien constaté de bien certain ; quelquefois seuhmient nous avons vu que nos malades lisaient avec une plus grande rapidité que pendant la veille des caractères renversés, et même rétal)lissaient les lettres supprimées d'un double acrostiche. D'ailleurs, cette exaltation de l'intelligence n'a rien d'invraisemblable. On cite maint exemple d'un penseur qui a r(''solu la nuit, dans un rêve, des problèmes qu'il poursuivait vainement depuis plusieurs jours.

Enfin, en terminant, nous signalerons un état mental tout particulier, qui ne se rencontre que dans le petit hypnotisme. Les suji'ts au réveil affirment qu'ils nont pas perdu un seul moment conscience de leur état, et qu'ils ont assisté en quelque sorte comme des témoins aux phé-nomènes de suggestion développés par le magnétiseur.

On voit, en somme, par les observations très vagues auxquelles nous sommes obligés de nous borner, qu'il serait fort difficile de donner la formule psychique du somnambulisme. Mais ce que nous tenons à affirmer, c'est qu'on ne représente pas exactement cet état, quand on se contente de lui appliquer le mot sommaire d'automatisme.

Un dernier trait de l'état intellectuel des hypnoti(|ues est l'aptitude aux suggestions. En raison de l'importance des faits de suggestion, nous leur consacrerons une partie distincte de ce livre.

D. — Les phénomènes de sensibilité élective, dont nous avons déjà fait mention au sujet des procédés d hypnotisation, acquièrent

(1) Pitres, Z>t? la siifinestioit hypnotique, tîordeaux, 1881, p. 60.

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