PHÉNOMÈNES DE SENSIBILITÉ ÉLECTIVE
un grand développement pendant le somnambulisme. Les malades en état de somnambulisme présentent souvent une sorte dattraction pour l'opérateur qui les a endormies en les touchant sur le vertex. >i'ous verrons plus loin (iiic la friction du vertex est le moyen le plus usité pour provoquer secondairement le somnambulisme. Lorsque la pression sur le vertex est faite avec un objet quelconque, par exemple un coupe-papier, il se produit en général un état de somnambulisme indifférent. La malade est calme ; tout le monde peut rapprocher et même la toucher sans provoquer de sa part le moindre mouvement de défense ; tout le monde peut produire les contractures propres à létat somnambulique ; ces contractures peuvent être provoquées par une personne et détruites par une autre ; elles ne sont sous la dépendance daucune influence individuelle ; tout le monde enfin peut lui donner des suggestions.
Mais il en est tout autrement dans le somnambulisme électif. Lorsque rexpérimentateur a l'ait la pression du vertex avec sa main, ou bien s'est servi du souffle buccal, le sujet est] comme attiré vers rop(''rat('ur ; aussii(H qu'il s'éloigne, le sujet manifeste de l'inquiétude, du malaise, il suit parfois l'opérateur en gémissant, et ne trouve du repos qu'auprès de lui. Tout contact étranger provoque un signe de douleur.
On produit encore le somnambulisme électif quand on endort le sujet au moyen des passes, comme le font les magnétiseurs , ou quand on l'endort par intimation ou par suggestion; ce qu'il y a de plus curieux, c'est que, si l'on dit au sujet qu'il s'endormira le lendemain à telle heure, le sommeil qui survient à l'heure fixée et en l'absence de l'opérateur est électif, et le sujet nest en rapport qu'avec la personne qui a fait la suggestion (Beaunis). Enfin, quand un malade est en état de somnambulisme indilïérent, il suffit qu'une personne touche une partie nue de son corps, par exemple ses mains, pour développer à son profit les phénomènes d'électivité. Tous ces procédés opératoires ont pour caractèrc comniun de faire jouer un rôle à la personnalité de l'opérateur, rôle qu'on a peut-être exagéré autrefois, mais qu'on déprécie beaucoup trop depuis lîraid.
Il est certain que Vélectivilé peut manquer complètement chez certains sujets, mais elle est constante chez d'autres. Enfin, en dehors de Vélectivité artificielle developpi'c ])ar lexpei-imen-
ilO LE MAO'ÉTISME AMMAL
tateur, il existe une èlectivité naturelle ou spontanée : c'est ainsi que tel sujet est plus facilement endormi et suggestionné par tel expérimentateur, surtout quand celui-ci la déjà endormi souvent.
Cette influence spéciale d'un individu sur un autre, qui existe sous une forme si accentuée pendant le somnambulisme, n'est en somme qu'une exagération d'un fait normal. Il n'est pas rare de voir certaines personnes éprouver pour d'autres un état spécial d'attraction et ressentir, sans motif suffisant, des sympathies ou des antipathies. Tous ces états psychiques sont d'une réalité incontestable, bien que le plus souvent les psychologues en abandonnent l'élude aux romanciers.
Il est probable que les phénomènes d'éleclivilé prennent leur origine dans un contact de l'opérateur avec son sujet. Le contact animal, dit M. Bain (1), le plaisir de l'embrassement est le commencement et la fin de toutes les émotions tendres. Nous voyons, en effet, l'électivité se manifester chez la somnambule à la suite de l'attouchement du verlex et des mains nues; l'action du doigt à distance, dans les passes, paraît aussi tenir à une influence du même ordre. Quant à la production du sonnneil électif par suggestion, nous pouvons aussi rexplifjuer par ce fait déjà mentionné plus haut que la suggestion, consistant dans un rappel de sensation, agit probablement de la même façon qu'une excitation sensorielle.
Une ingénieuse expérience de M. Richer confirme ces vues, et montre que l'électivité a sa source dans une hyperesthésie du tact. « Pendant que la malade est plongc'-e dans le somnambulisme par friction du vertex au moyen d'un objet quelconque, deux observateurs se présentent qui, sans résistance aucune de sa part, s'emparent chacun d'une de ses mains. Que va-t-il se passer? Bientôt la malade, de chaque main, presse celle de chacun des observateurs et ne veut pas les abandonner. L'état spécial d'attraction existe à la fois pour les deux; mais la malade se trouve en quelque sorte divisée par moitié. Chacun des observateurs ne possède la sympathie que d'une moitié de la malade, et celle-ci oppose la même résistance à l'observateur de gauche lorsqu'il veut saisir la main droite qu'à l'observateur de droite loi'S(|u'il veut saisir la main gauche (?). »
(1) Émotions et volonU', p. 122 et suiv.
(2) P. Kicher, Op. cit. p., GG3.