PHÉNOMÈNES DE SENSIBILITÉ ÉLECTIVE
Signalons encore une variante de rexpéricnce qui est aussi très instructive. L'opérateur qui possède les préférences du sujet peut les transmettre à une autre personne; il suffit pour cela que le nouvel opérateur glisse sa main sur celle du premier et arrive ainsi graduellement à saisir celle de la malade qui, après une brusque secousse, se presse contre lui, et le même manège recommence.
La sensibilité élective se manifeste par plusieurs i)liénomènes dont le plus im|)ortant est relatif aux contractures. Lexpérimenlateur qui est en rapport avec; le sujet a seul le pouvoir de faire naitre des contractures somnambuliques et de les détruire. C'est en vain qu'une autre personne essayerait de détruire la contracture par une nouvelle excitation de même nature portée sur le même point. Ses efforts restent inefficaces, alors même qu'ils sont faits en dehors de la vue du sujet; celui-ci, grâce à son hyperesthésie sensorielle, est capable de reconnaître le contact de chaque opérateur entre mille ; il arrive parfois à le reconnaître à travers ses vêtements.
L'électivité existe aussi pour les suggestions. Dans le somnainbulisin(> indifférent, la malade obc'it à toutes les suggestions d'où qu'elles viennent; riiallucination formée à la voix dune personne peut être continuée par une autre et supprimée par une troisième, (^est aussi ce qui a lieu dans la catalepsie. Dans le somnambulisme électif, la malade n'écoute souvent que la voix de celui qui la endormie ; lui seul peut lui donner des suggestions. Il y a plus ; nous avons observe' que lorsque deux observateurs se partagent, par moitié, la sympathie de la malade, l'hallucinalion suggérée l)ar celui qui est en rapport avec le côté droit n'intéresse que l'œil droit; elle est unilatérale. Le sujet ne la voit point de l'œil gauche.
En soumettant à l'action des esthésiogènes les phénomènes de sensibilité élective, on voit par une transformation curieuse la répulsion succéder à l'attraction. Au moment oîi lune de nos sonuiambules lient les mains de M. X..., nous approchons un petit aimant de sa tête. Très vite, la malade s'éloigne de M. X..., en poussant une plainte : M. X... la poursuit, elle recule toujours; il ne peut pas la touchi'r sans qu'elle se mette à geindre. Quel(|ue t('m|)S après, elle revient spontanément vers l'expérimentateur; l)uis elle s'éloigne de nouveau, et il est encore impossible de la
touclicr. Au moment où elle revient pour la troisième fois, on en pi'ofite pour la réveiller (]).
C'est iei le lieu de rappeler que, ehez quelques hystériques, il existe sur certains points du corps des régions {zones érogènes de Ghambard) (•?) qui ne sont pas sans analogie avec les zones hystérogènes, et dont le simple attouchement, dans l'état de somnambulisme provoqué, détermine des sensations génitales assez intenses pour amener l'orgasme. Une malade offrait au niveau de la partie supérieure du sternum une zone de ce gCnre, dont la simple pression provoquait tout les signes du paroxysme de l'excitation génitale. Ces phénomènes ont été provoqués plusieurs fois, à l'insu de l'observateur, qui eût pu se trouver sous le coup d'une accusation des plus graves, s'il n'avait pris la précaution indispensable, dans ces conditions, de n'être jamais seul avec le sujet. Si nous rapprochons de ce fait la possibilité de suggérer à la somnambule l'hallucination de la présence d'un individu quelconque, on comprendra à quelles mystifications coupables on peut arriver.
La zone érogène n'est sensible que pendant le somnamI)ulisme total. Si on provoque un somnambulisme partiel, par excitation superficielle à la région des centres moteurs des membres, la zone érogène est sans action; elle se réveillait chez un sujet lorsqu'on excitait la région occipitale du cerveau.
La zone érogène est transférable par l'aimant. Ce transfert est suivi d'oscillations consécutives qui provoquent une exaltation génitale intense. Enfin, l'excitation de la plaque érogène n'est efficace que si elle résulte d'une pression faite par luie personne de l'auti'c sexe; si la pression est faite par une autre femme ou avec un objet inerte, elle produit seulement une inqiression désagréable.
(1) A. Binct et Ch. F'éi'é, la Polarisai ion psychique, Rente philosophique, avril 1885.
(2) Chambard, Éludes sur le somnambulisme provoque, 1881.