LES SUGGESTIBLES
mouvement vibratoire transmis par le diapason à travers l'épaisseur du crâne jusqu'au cerveau; lintelligencedu sujet n'intervient pas; l'expérience, bien que faite sur son corps, reste étrangère à son esprit ; il n'y a point de suggestion. — Au contraire, si on inculque au sujet l'idée que la paralysie frappe son bras, la paralysie qui s'ensuit est de nature psj/rhique, car elle rc-sulte uniquement de la conviction qu'a le sujet d'être paralysé; elle est le résultat, non d'un choc physique, d'un traumatisme, mais d'un phénomène didéalion; on a fait de la suggestion.
L'analyse de ce dernier exemple permet d'éviter une confusion commise par quelques auteurs; on a admis trop facilement que tout processus hypnotique qui a son siège dans le cerveau est le processus d'un phi-nomène de suggestion, ce qui a conduit à considérer la léthargie, la catalepsie et le somnambulisme hystériques provoqués, qui sont peut-être des réflexes d'origine cérébrale, comme des produits inu's et sim|)les de la suggestion. Le fait que nous venons d'exposer dissipe cette erreur. La paralysie par vibration physique et la paralysie suggérée résultent très probablement de modifications qui se produisent dans la substance corticale du cerveau; ce sont, par conséquent, des réflexes cérébraux. Mais quelle différence dans les deux cas! La paralysie par suggestion exige le concours de l'intelligence du sujet; si la fonction d'idéal ion était suspendue par une cause quelconque, une paralysie de cette espèce ne pourrait plus se produire.
On pourrait diviser l'i'tude de l'hypnose en deux parties, se distinguant par la mise en œuvre de procédés dillérents : la première partie compi'enant les phénomènes hypnotiques produits par les excitations physitjues ou sensations, que nous avons étudiées dans les deux chapitres précédents ; la seconde partie comprenant les phénomènes hypnotiques produits par des idées, c'est-àdire la théorie de la suggestion. Ce sont là deux modes d'expérimentation parallèles ; il serait difficile de dire lequel des deux a le plus d'étendue.
Les siKjgestibles. — La suggestion n'agit pas avec la même iiilensitc' sur tous les individus. Affirmez à une peisonne éveillée, noi-male, en possession d'elle-même, qu'elle a faim, elh; vous répond que vous vous trompez ; essayez de lui suggérer une hallucination visuelle en lui affirmant (|u'elle a un livre entre lîiM.r cl Ki'iïi;. 9
les mains, elle th'clarc qu'elle ne le voit pas. L'aflirmation ne produit dans son esprit cjuiin état faible, bientôt corrigé ; elle produit ridée du phénomène, et non le phénomène.
En somme, cela se comprend, la suggestion n'influence pas plus une personne saine que l'ouverture de ses yeux ne la met en catalepsie.
Pour que la suggestion réussisse, il faut (jue le sujet se trouve spontanément ou soit jeté artificiellement dans un étal de réceptivité morbide ; mais il est assez difficile de déterminer exactement les conditions de la suggcstibilité : on en a cité deux.
La première, c'est Vinertie mentale du sujet. Chez l'hypnotique, a-t-on dit, le champ de la conscience est complètement vide; un état est suscité ; et comme rien ne l'entrave, ni pouvoir d'arrêt, ni état antagoniste, l'idée suggérée règne seule sur la conscience endormie. Cette explication a été donnée par Heidenhain, llichet, Ribot et bien d'autres ; nous douions cependant qu'elle convienne à tous les faits. Si l'état de monoidéïsme est réalisé complètement chez les cataleptiques, il existe beaucoup plus rarement chez les somnambules. Aussi croyons-nous qu'il faut chercher dans un second phénomène, dans Vliyperexcilahilitè psychique, la cause de l'aptitude aux suggestions. A notre avis, si l'idée suggérée exerce un pouvoir absolu sur l'intelligimce, les sens cl les mouvements de l'hypnotique, c'est avant tout par son intensité. Cependant, nous reconnaissons que la question est difficile à résoudre, et bien volontiers nous la laissons ouverte.
Le nombre des sujets suggestibles est immense; on ne les rencontre pas seulement dans l'hypnotisme et dans le sommeil naturel, mais encore dans certaines intoxications (alcool, hascliich), et à l'état de veille. Nous n'avons à nous occuper ici que des hypnotisés.
L'hypnotisme développe dans des proportions considérables l'aptitude aux suggestions; ainsi que nous l'avons déjà dit, on ne peut pas faire de la suggestion dans toutes les phases de l'hypnose, mais seulement dans la catalepsie et le somnambulisme. Les suggestions faites à la cataleptique sont simples, automatiques, fatales; celles du somnambulisme sont plus raisonnées; la malade les discute, les conmienle, les amplifie; quelquefois même elle y résiste. Nous tiendrons compte de ces nuances toutes les ibis (lu'il s'agira de suggestions intéressantes; le plus